‹ Traité de thérapeutique chirurgicale (volume 2)Chapitre 75 sur 191 · TENDONS ET MUSCLES · texte numérisé non relu

TENDONS ET MUSCLES

affirme que, surtout au niveau de la première phalange, le résultat peut être favorable ; il rapporte plusieurs cas où, en moins de trois semaines, le rétablissement fonctionnel a été complet.

Pour lesruptures sous-cutanées du tendon tricipital et du ligament rolulien^ la suture n'est qu'un traitement d'exception. Wolter, dans sa consciencieuse monographie, n'en signalait aucun cas, et nous n'en connaissons que deux. Sands (1), dans un travail sur la rupture du ligament rotulien, où il ajoute 13 cas aux 65 recueillis par Maydl (2), parle d'un malade chez lequel, huit mois après l'accident, et devant la persistance des troubles fonctionnels, il rafraîchit les deux extrémités tendineuses et plaça deux sutures métalliques : les résultats furent excellents. KaufFmann (3), chez un homme de quarante-huit ans, a fait au cinquième jour la suture du tendon tricipital : le cul-de-sac articulaire sous-tricipital était largement béant; le tendon, à la suite des explorations, avait été poussé en arrière de la rotule jusque dans la cavité de la jointure.

Mais, d'ordinaire, l'âge du blessé, car ces ruptures frappent surtout les vieillards, ce fait que le tendon rotulien s'arrache à son insertion osseuse, militent en faveur de l'abstention : l'immobilisation du membre inférieur sur un plan incliné ou dans une gouttière métallique assure le relâchement du triceps fémoral. Il est inutile de tenter la coaptation des segments tendineux par des appareils compliqués : un simple bandage ouaté en limitera le retrait, assurera la parfaite immobilité de la région et favorisera la résorption des ecchymoses, des bosses sanguines ou de l'hydarthrose concomitante. Comme il est de toute importance que le triceps garde sa vigueur, on rejettera tout bandage inamovible, et le bandage roulé et ouaté, que l'on peut fréquemment enlever et qui permet quelques séances de massage du muscle, est parfaitement indiqué.

Cette immobilisation en position élevée donne, la plupart du temps, un bon résultat, et les chiffres de Bine t (4) paraissent trop sombres : il note, dans 22 cas de rupture sus-rotulienne, 9 boiteux et 13 guéris, mais la plupart avec raideur et difficulté de la marche. La moyenne de la durée du traitement est de huit mois. Les observations ultérieures à la thèse de Binet ou omises par lui sont plus favorables. Le malade de Demarquay(o), par exemple, avait, au bout d'un mois et demi, récupéré les mouvements d'extension de la jambe sur la cuisse ; ceux de Manuel Cuesta(6), de Bayle, de Rivington (7) arrivèrent également à un rétablissement fonctionnel satisfaisant. Il reste toujours un peu d'insuffisance du triceps : la gymnastique, le massage, un bandage remontant la rotule, l'électricité, parent à cette invalidité du muscle.

(1) Sa.nds, T/iC American nied. News, dûceaibre 1885.

(2) Mayui,, Deutsche Zeilschri/t fû.r Chirurgie, 1882, 1883.

(3) Kal'ff.mann, Correspondenzblutt fur Schweizev Aevzte, n" 10, p. 298, 15 mai 1888.

(4) Bi.NET, Arc/iive.'i r/énérales de médecine, 1868, V" série, t. XI.

(5) Drmauquay, Gazette des hôpitaux, 17 mai 1873.

(6^/ Marcel Cuesta, Bulletin r/énéral de thérapeutique, t. XXXV, 18'i8. (7) RiviSGTON, Med. Times and Gaz., '3 juin 1877.

iiurruitics et iieii.niks musculaires. 377

La nijdiiii', (In tendon d'Achille diflere, d'après Wolter, selon qu'elle alteinl la parlie juxta-calcanéenne, comprenant chez l'adulte les trois derniers centimètres, ou bien qu'elle frappe la partie supérieure. Les seclions inférieures, en raison des liens fibreux qui rattachent le tendon au calcanéum, ne donnent lieu qu'à un retrait d'à peine un centimètre. Aussi peut-on se dispenser de faire la suture : une attelle antérieure, portant et tenant le pied on extension forc{''e, met en contact suffisant les deux bouts tendineux. Milchell (1), entre autres exemples, a obtenu ainsi un excellent résultat. Mais, à cause de la séreuse rétro-calcanéenne, l'antisepsie doit être scrupuleuse, et, si la plaie est suspecte, mieux vaut débrider, désinfecter le foyer, et, par deux ou trois points de suture perdue, coudre les bouts tendineux.

Au-dessus de la portion juxta-calcanéenne, le tendon est libre dans son atmosphère de lissu cellulaire. Ici, la suture est de rigueur. Parmi d'autres observations, celles de Syrae (2) et d'Annandale (3) sont là pour faire craindre l'issue fonctionnelle fâcheuse des sections du tendon d'Achille, laissées à la cicatrisation spontanée. Le malade de Syme ne marchait que péniblement ; celui d'Annandale avait un pied infirme : il fallut en venir à la suture secondaire. Cette dernière, d'ailleurs, donne de bons résultats : un malade de Schede fut complètement guéri en cinquante-deux jours.

Prescription thérapeutique commune, il faut craindre les adhérences qui brident les tendons et les atrophies qui paralysent le muscle : aussi dès que l'union des deux bouts est assez robuste, dès que le cal intersegmentaire est solide, on doit rétablir le glissement tendineux normal par le massage méthodique et la mobilisation graduée : l'électricité refera le muscle atteint par l'atrophie; les douches sulfureuses déraidiront la partie. Grâce à ces précautions, grâce à la technique que nous avons exposée, la suture tendineuse sera le plus souvent, comme dans le fameux cas de M. de Pisançon, conté par Marc-Antoine Petit, « une occasion de triomphe pour l'art et son disciple ». Schede a trente-deux fois fait la suture primitive, ouvert de grandes gaines, traité même des plaies souillées, et ses trente-deux ténorrhaphies ont guéri simplement.

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