C. — Inflammations du conduit auditif externe
Dans les otites externes aiguës, la douleur est surtout calmée par l'ap plication d'épongés chaudes, ou de compresses de tarlatane mouillées de liqueurs antiseptiques faibles, les bains d'oreille ou les irrigations fré-
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quentes avec des solutions tièdes, chloralées au centième ou sublimées au deux-millième. Pendant la nuit on maintiendra sur l'oreille et ses environs des cataplasmes chauds : quelques malades souffrent toutefois de leur application prolongée qui paraît augmenter l'état congestif des parties et préparer la macération épidermique du pavillon ; en outre, le cataplasme présente ici les mêmes dangers septiques qu'ailleurs, et dans les inflammations profondes de l'oreille, Trœltsch l'accuse, avec quelque raison, de provoquer des suppurations profuses et des ramollissements étendus. On peut alors utiliser la chaleur sèche, sous forme de compresses ou d'ouate chauffées, ou, par un véritable paradoxe thérapeutique, prescrire, au pourtour de l'oreille, les applications de glace ou de compresses froides, qui maintes fois font rétrocéder les symptômes. — « Je ne connais pas de maladie, ajoute Trœltsch, dans laquelle une évacuation sanguine locale soit d'un effet plus frappant sur l'élément douleur »: c'est, en effet, une ressource à utiliser dans les cas d'hyperémie vive et douloureuse du conduit ; mais on se souviendra que, suivant la remarque de Wilde, un petit nombre de sangsues, placées près et en avant du méat, produisent un effet antiphlogistique plus marqué qu'un nombre bien plus grand appliqué derrière l'oreille. Au reste, nous restreignons de plus en plus l'usage de ces saignées locales : grâce à la cocaïne, que nous employons en solution glycérinée imbibant un petit bourdonnet d'ouate laissé à demeure, nous apaisons toujours les douleurs vives de l'otite externe et de la myringite.
Dans les formes chroniques avec otorrhée très abondante, on n'obtiendra rien ou à peu près rien par les petites injections : ce n'est point la seringue de verre communément employée, c'est la seringue à hydrocèle, poussée à plein jet, c'est l'irrigateur Éguisier, qui laveront le conduit. Pour maintenir l'antisepsie locale, on emploiera les bains auriculaires avec la solution sursaturée d'acide borique dans l'alcool, à 20 grammes pour 100. Ainsi que le recommande Lœwenberg, le malade incline la tête du côté sain et tout à fait horizontalement; le conduit auditif représente alors un tube fermé par le tympan que l'on remplit de la solution alcoolique versée au moyen d'un tube à essai. Ce bain durera une dizaine de minutes et sera répété plusieurs fois dans la journée.
Ces balnéations d'alcool borique constituent le traitement de choix du furoncle du conduit : en vertu de l'affinité de l'alcool avec les corps gras, le liquide pénètre dans les canalicules folliculaires, tubes capillaires à parois grasses ; l'excédent d'acide qui se dépose en poudre et reste après chaque bain, contribue à assurer une antisepsie continue. En combinant à ces installations répétées les éraûures de l'épiderme qui couvre le sommet du furoncle, on peut réussir à enrayer des clous déjà voisins de la suppuration; on peut surtout en prévenir les récidives. Si le bourbillon est formé, on ouvrira largement d'un coup de pointe.
On a vanté, dans les suppurations chroniques, les insufflations de poudre d'acide borique. Schwartze, le premier, s'est élevé contre cette pratique: au Congrès de Berlin, en 1886, Luca-, Trautmann, Gruber et
Guye ont signalé une fréquence plus grande des inflammations mastoïdiennes depuis le traitement de l'otorrhée par les poussières médi camenteuses. On doit le bannir quand les conditions d'évacuation dupus sont défavorables, et surtout pour les otites moyennes à tympan étroitement perforé. Le salol camphré nous a paru un topique très appréciable. Après irrigation et nettoyage du conduit auditif externe, on introduit un petit tampon d'ouate imbibé de salol camphré, qu'on renouvellera, suivant l'abondance de la suppuration, au bout de douze à vingtquatre heures.
Quand, au cours d'une otite externe, la région mastoïdienne devient chaude, rouge, empâtée et douloureuse, que le sillon rétro-auriculaire s'efface, refoulant en avant le pavillon ; quand les applications antiseptiques et chaudes n'ont point suffi à faire rétrocéder cette phlegmasie locale et les symptômes généraux qui l'accompagnent, il ne faut point, pour agir, attendre la perception d'une fluctuation nette. Une rénitence profonde, un état violacé des téguments sont une indication suffisante ; le pus, bridé par la résistance du périoste décollé et épaissi, ne trahit qu'obscurément sa présence ; atermoyer jusqu'à ce qu'il sollicite le bistouri, serait s'exposer à des lésions secondaires de la mastoïde, à des fusées intermusculaires. En arrière du pavillon de l'oreille, on fera une incision de 4 à 5 centimètres de long, allant jusqu'à l'os. L'incision type de Wilde se pratique à un centimètre derrière le pavillon ; nous préférons l'avancer, car elle devient ainsi une incision de prévoyance, pouvant parer, s'il en est besoin, à une trépanation de la mastoïde. Pour une périostite simple, ce débridement large et profond est suivi, dans les vingt-quatre heures, d'un apaisement considérable des accidents locaux et généraux: dans le cas contraire, il faut soupçonner qu'à la périmastoïdite se combine une endomastoïdite, et se comporter comme nous l'établissons plus bas.