MALADIES DE L OREILLE EXTERNE
bonne suture et une compression méthodique, la guérison se fera par première intention.
B. — Corps étrangers du conduit auditif externe.
Les corps étrangers du conduit auditif externe seront extraits au plus tôt. Si les classiques ont relaté quelques faits de tolérance ou d'expulsion spontanée, les observations sont plus nombreuses qui démontrent la nocuité de leur séjour, la difficulté croissante de leur ablation et leurs dangers qui peuvent aller jusqu'à la méningite mortelle. Mais le médecin doit, avant tout, poser le diagnostic d'existence, de siège, de forme et de volume ; il vérifiera les assertions du malade et n'en croira qu'à sa vue et à son toucher. Ne connaît-on pas l'histoire malheureuse rapportée par Velpeau? Une mère amène son enfant qui a, dit-elle, depuis vingt-quatre heures, un noyau de cerise dans l'oreille : des tentatives de tous genres, inutilement renouvelées pendant trois jours, font éclater des douleurs intenses, de l'inflammation, de la fièvre, et « lorsque n'osant plus rien faire, l'idée vint de se demander si l'oreille renfermait réellement le noyau cherché, on s'aperçut qu'il n'en était rien ». Demarquay, Dalby ont cité des faits analogues ; dans un cas relaté par Pilcher, on voit tous les chirurgiens d'un hôpital de Londres fouiller à coups de pinces et de crochets l'oreille d'un jeune enfant, à la poursuite d'un clou dont l'autopsie, qui ne tarda point, montra l'absence.
Le plus efficace des procédés d'extraction est l'injection forcée d'eau tiède. Le liquide s'insinue entre le corps étranger et les parois du conduit, et, arrêté par la membrane tympanique, son reflux réalise la rétropulsion du corps. Mais il faut un jet puissant. Nous avons vu Chauvel réussir dans tous les cas, grâce à une pompe à jet continu et à réservoir d'une grande vigueur de projection, analogue au modèle qu'emploie Ladreit de Lacharrière. On peut utiliser la seringue à hydrocèle : on tiendra la canule à quelques centimètres à peine de l'oreille, et pendant qu'une main relève le pavillon, en haut et en arrière, la tige du piston, pressée d'un coup sec contre la poitrine du chirurgien, projette le liquide sous forte pression.
Lorsque le corps est mobile, libre et régulier, il tombe du premier jet dans la cuvette placée sous l'oreille du malade. S'il est mou, il se dissocie et s'expulse par parties. Les insectes ne tardent pas à sortir sous l'inondation de la douche d'eau tiède. Les corps hygrométriques qui se gonflent par le liquide résistent quelquefois aux injections forcées: tels les bouchons d'ouate agglutinés de cérumen concrète, les pois, les haricots ; de même, les corps irréguliers fixés dans le conduit par des angles ou des arêtes, ou immobilisés par l'inflammation du conduit auditif. Mais, avant de recourir à d'autres procédés, il faut prolonger la douche tiède; le jet dilate progressivement le conduit, finit par s'insinuer derrière le corps, le mobilise et l'entraîne. Avec un liquide tiédi, on n'a pas à redouter la syncope, car le jet se brise partiellement
sur le corps étranger et son choc sur le tympan en est atténué.
Quand plusieurs séances ont échoué, on tentera l'extraction directe, après avoir reconnu à l'otoscope l'exacte situation du corps étranger, et en guidant la manœuvre par un bon éclairage. La plus simple instrumentation est la meilleure : un mince crochet, une épingle coudée près de sa pointe et montée sur une pince à forcipressure, un kystitome, peuvent être introduits à plat entre le corps et la paroi, et servir à le crocheter. Les petites curettes de l'ophtalmologie pourront ramener au dehors un corps rond et assez résistant. Les pinces fines à mors dentés saisiront une boulette d'ouate ou de papier, ramollie et dissociable, un épi, une glume, un grain de blé fixé par ses deux pointes, une épingle piquée dans le conduit. Mais il faut, autant que possible, éviter cette extraction directe quand il s'agit de corps friables exposés à se briser et à s'enclaver : tels les coquillages, les perles de verre, les grains de chapelet, les fragments d'os. L'extraction doit être clairvoyante: Tillaux ne cite-t-il pas le fait d'un ingénieur chez lequel des manœuvres mal dirigées repoussèrent jusque dans la caisse un fragment de porteplume et déterminèrent une otite moyenne si douloureuse que le malade se suicida? On n'hésiterait pas, pour plus de précision, à décoller en arrière le pavillon et le conduit auditif externe par une incision semilunaire, et à aborder le fond du conduit auditif par la mobilisation de ce lambeau.
Les bouchons cérumineux et épidermiques fournissent aux auristes l'occasion facile de leurs plus brillants succès : tout le monde a vu de ces apparences de miracles, de ces sourds que guérit le nettoyage à fond du conduit auditif. Et la date de la surdité n'est pas toujours un obstacle. Après dix ans et plus, des sourds recouvrent l'ouïe, alors que l'on a pu croire à une affection irrémédiable. C'est surtout quand il s'agit de ces bouchons constitués par lïmbrication successive de dépouilles épidermiques du conduit, que l'erreur est possible : le malade enlève avec le cure-oreille la surface seule du bouchon, et, suivant l'expression de Ladreit de Lacharrière, « crépit pour ainsi dire sa muraille ». Un examen peu attentif montre le conduit terminé par une surface unie, grise, qui ressemble à un tympan fibreux. Or, il suffira de dissocier cette masse par des injections forcées, de la ramollir par des bains locaux d'eau de savon tiède ou de solution alcaline, au besoin de l'entamer avec une fine curette, pour guérir, en une ou plusieurs séances, et cette surdité et ces bourdonnements, ces vertiges, ces névralgies qu'on a pu prendre pour des troubles labyrinthiques ou cérébraux, mais qui traduisent la seule compression du tympan.