CANCER DES LÈVRES : RESULTATS THERAPEUTIQUES
une dissection rapide les mobilise, et un mouvement de pivot sur leur base les amène au contact sur la ligne médiane, où leur petit côté libre s'unit par deux ou trois points de suture entortillée. Tant que l'excision ne descend pas trop au voisinage du cul-de-sac muqueux gingivo-labial, d'ailleurs très profond, il est possible de ménager à ces lambeaux quadrilatères une doublure muqueuse ; il s'agit de fixer par quelques points cette muqueuse à la peau. Mais dès que l'excision empiète sur le menton,
Fig. 100.
Procédé de Syme.
Fia-. 101.
il devient impossible d'ourler de muqueuse les lambeaux : aussi, les résultats à distance ne valent pas ceux qu'on obtient avec des lambeaux géniens.
§ 3. Pansement. — L'antisepsie est difficile à maintenir. 11 importe de protéger la ligne de réunion contre les bavures salivairesou alimentaires: si l'on veut maintenir un épais pansement, il est difficile de le préserver contre ces souillures qui en pénètrent les pièces. Nous nous contentons généralement d'imperméabiliser la ligne de sutures avec un badigeon adhésif d'iodoforme et de collodion ou de kollasine.
3° Extirpation des ganglions. — « Dans tous les cas où il y a cancroïde de la lèvre, déclare Mollière, il y a engorgement ganglionnaire. » La formule est trop absolue, et nous affirmons avoir vainement fouillé, bistouri en main, les régions lymphatiques tributaires, dans quelques petits épithéliomas cornés et verruqueux de vieillards. Il n'en est pas moins vrai que, dans la très grande majorité des cas, les groupes sous-maxillaires latéraux et le groupe génio-hyoïdien sont pris ; il faut savoir les explorer, et, comme l'a dit spirituellement Mollière, « rétablir pour eux la loi des suspects ». Le plus sûr est de les « explorer au bistouri », surtout pour le groupe génio-hyoïdien, difficilement palpable, et de se souvenir qu'un ganglion peut avoir des apparences honnêtes et saines et être histologiquement malade : dans le doute, mieux vaut enlever.
4° Résultats thérapeutiques. — Quels sont, dans l'épithélioma des lèvres, les résultats de cette chirurgie? Les statistiques allemandes per-
mettent de vider nettement la question. Nous sommes capables de guérir radicalement Vépithélioma des lèvres : voilà, dès l'abord, la conclusion optimiste qui se dégage de ces nombreux documents, voilà ce dont tous les cliniciens de quelque pratique peuvent fournir la démonstration. Wôrner (1) a laborieusement colligé les carcinomes labiaux admis à la Clinique de Tubingen, depuis mai 1843 jusqu'à la fin de 1884 : sur les 277 opérés, 71 (25,63 p. 100) ont succombé à d'autres affections, mais après être restés guéris durant huit ans en moyenne : à la rigueur, on peut les enregistrer parmi les succès, puisqu'on accepte qu'après trois ans un épithélioma labial non récidivé est un épithélioma guéri; 89, en tout cas, soit 32,13 p. 100 sont encore vivants et bien portants. — Wôrner a réuni dans la littérature 866 cas de cancer labial opéré: la proportion des guérisons durables est de 28,1 p. 100.
Meyer (2), dans sa patiente enquête de 1888 sur la destinée ultérieure des cancéreux opérés par Rose de 1867 à 1878, avait retrouvé, parmi cette
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Statistique de Maïweg
Statistique de Wischnewtzky
phalange des 64 survivants du cancer, o malades radicalement guéris d'un épithélioma labial; celui de l'obs. III l'était depuis dix-neuf ans et trois mois ; il y avait douze ans et six mois que le malade de l'obs. XVII avait subi l'extirpation d'un cancroïde de la lèvre inférieure. — Maïweg (3), en une bonne thèse, a rassemblé 182 cas d'épithélioma labial opérés à la Clinique de Bonn, de 1866 à 1887 : 57 malades ont récidivé ou sont morts; 44 sont guéris, mais n'ont point encore atteint la troisième année de survie ; 32 survivent depuis trois à six ans ; 49 cas ont franchi sans récidive la sixième année. Nous construisons, d'après ce travail, le graphique de la durée de guérison constatée chez les non-récidivistes et lui juxtaposons la courbe qui représente les résultats de la clinique de Czerny à Heidelberg, de 1877 à 1884: sur 56 opérés, dont Wischnewtzky (4) a
(1) Wôrner, Beitrûge zur klin. Chirurgie von Bruns. Tubingen, 1886, Bd. II, Heft 1 et 2.
(2) Meyer, Ein Beitrag zur Lehre von Heilbarkeit der Krebskrankheit. Deutscht. Zeitschr. fur Chir., XVIII, p. 169, 1888.
(3) Maïweg, Inaug. Dissertation. Bonn, 1887.
(4) Wischnewtzky, Beitrâge zur Statistik der Carcinoma labii inferioris. Inaug. Dissert., 1887.