ABCÈS MAMMAIRES ET MAMMITES AIGUËS
Les fissures, les crevasses peuvent être avantageusement modifiées par un attouchement avec une solution de nitrate d'argent au trentième, mais il importe de ne point revenir trop vite aux applications caustiques, de laisser le plus possible de repos au mamelon, de profiter du sommeil de l'enfant pour ne pas le mettre trop tôt au sein, de le faire patienter avec quelques tétées au biberon. Les bouts de sein en caoutchouc sont de bons protecteurs pour le mamelon, mais les nourrissons les acceptent difficilement. Si l'allaitement continue à être douloureux, si les gerçures s'approfondissent, si l'inflammation diffuse, le mieux est la cessation prompte de l'allaitement et les applications antiseptiques chaudes ; des doubles de tarlatane, mouillés d'eau boriquée chaude, avec pardessus imperméable, excellent à faire cette antisepsie.
2° Abcès mammaires et mammites aiguës. — Nous n'avons plus les raisons qui déterminaient Boyer, Cooper, Levret et Gosselin, à attendre, dans la temporisation et avec les cataplasmes, l'ouverture spontanée des abcès mammaires : Gosselin craignait surtout l'érysipèle, les anciens chirurgiens redoutaient toutes les infections postopératoires, compagnes alors du coup de bistouri. Nous savons aujourd'hui que, au sein comme ailleurs, il faut de bonne heure ouvrir au pus la porte de sortie ; à une temporisation prolongée, on ne gagnerait qu'une continuité des douleurs, la production de décollements et de fusées purulentes, la formation de grands clapiers stagnants dans la loge rétromammaire, l'amincissement et les larges escarres de la peau. Toutefois, les pulvérisations antiseptiques continues, recommandées par Verneuil, peuvent rendre service et limiter le travail de suppuration.
Le danger n'est point d'ouvrir, mais de n'ouvrir point assez. Assurément, il est aisé de désemplir les simples abcès du pannicule sous-cutané : une incision large les évacue, un bout de drain les maintient vides, quelques irrigations les désinfectent. Les phlegmons de la loge rétro-mammaire guérissent aussi très rapidement par une ouverture bien béante au point déclive, ou par un drainage de part en part assurant l'évacuation suffisante du pus phlegmoneux de la collection. Mais les abcès de la glande elle-même, le plus souvent multiloculaires et cloisonnés, comme l'indique Giraldès, ont besoin d'une vidange large et totale. Si l'on se borne à tarir une loge purulente, une autre s'abcède et s'évacue, plusieurs clapiers purulents se succèdent, qui finissent par transformer une mamelle en une véritable éponge à pus et par cribler les téguments de points fistuleux : Velpeau n'a-t-il point vu jusqu'à 30, 40 et 50 abcès loculaires sur une mamelle? Une large incision au point le plus déclive, une contre-ouverture diamétrale, une anse de drain transcurrente, assurent l'évacuation intégrale et continue de ces abcès parenchymateux. Certains abcès énormes sont disposés en partie double, en un bissac dont une poche est rétromammaire et l'autre prémammaire, les deux parties de cette besace purulente ne communiquant que par un orifice plus ou moins rétréci : si l'on se contente d'une ouverture superficielle, l'abcès ne se videra que par intermittence et, suivant la comparaison de Giraldès, par le mécanisme
de certaines fontaines miraculeuses, Il faut alors ouvrir largement et de bonne heure à la circonférence de la glande. On ne lésinera point sur les incisions et le drainage : grâce à deux anses de drains perpendiculaires, drainant l'abcès à ses quatre points cardinaux, grâce à de larges irrigations antiseptiques, on évacue et l'on guérit les plus grosses collections ; les pulvérisations postopératoires abrègent la durée du traitement.