CHIRURGIE DE LA RATE : SPLÉNECTOMIE DANS L'HYPERTROPHIE MALARIQUE
§ 3. Hypertrophie malarique. — Mais la tumeur splénique la plus fréquente et dont l'ablation longtemps déconseillée par les classiques tend à se faire admettre, c'est l'hypertrophie malarique. La splénectomie paraît indiquée dans les cas de cachexie palustre invétérée, rebelle aux médications internes. Au congrès de Moscou, en 1897, Jonnesco, communiquant 11 cas de splénectomie pour mégalosplénie palustre, pouvait réunir 36 interventions analogues.
La technique opératoire en est aujourd'hui bien réglée. L'incision abdominale sera suivant le conseil de Jonnesco, médiane, conduite de la xyphoïde jusqu'à l'ombilic et même au delà : incision large, première condition de succès. Arrivé sur la rate, on détruit ses adhérences, souvent telles qu'elles suffisent à arrêter l'opération, en commençant par celles qui existent normalement avec le diaphragme : cette section immédiate du ligament phrénosplénique ou ligament suspenseur de la rate évite les tiraillements du diaphragme et du plexus solaire qui entraîneraient le collapsus (1). Ce ligament est bien découvert, si l'on abaisse la rate vers la droite pendant qu'on fait écarter à gauche la lèvre gauche de la paroi ; il contient des veines importantes ; il faut les lier et les sectionner séparément. La rate étant libérée, on la fait sortir hors de l'abdomen en la rabattant sur le côté gauche et sur sa face convexe pour procéder à la ligature de son pédicule. Gomme précédemment, chaque vaisseau devra être dégagé avec les doigts et sectionné entre deux ligatures, sans tractions, sans ruptures. La rate est parfois si adhérente à la queue du pancréas qu'il vaut mieux réséquer celle-ci en faisant de l'artère, de la veine spléniques et d'elle un seul faisceau sur lequel on applique une double ligature : ainsi procédèrent Billroth, Richelot, Jonnesco. Le ligament gastro-splénique est séparé de même en plusieurs faisceaux vasculaires, sectionnés entre deux ligatures. L'hémostase de la loge splénique doit être parfaite. Un point saignant se trouve sur le pilier du diaphragme : il est dû à la destruction du ligament phréno-splénique et est mis en évidence, nous dit Jonnesco, en attirant vers la droite l'estomac et les intestins. Si l'hémostase est incertaine, on établira un drainage de Mikulicz; sinon, après avoir tamponné, pendant quelques instants, la loge splénique, on suturera la paroi abdominale. 11 importe de ne pas enlever trop tôt les points de suture, si on ne veut pas s'exposer à la réouverture de la plaie, qui s'est produite chez deux malades de Jonnesco et qui, dans un cas (le cinquième de sa statistique), fut mortelle.
La splénectomie, ainsi pratiquée, est une opération relativement bénigne, à l'abri des deux principaux dangers qu'on lui reprochait autrefois : le collapsus et l'hémorragie, et ses résultats opératoires aussi bien que thérapeutiques sont excellents. De 1891 à 1896. Jonnesco n'enregistre que 3 morts sur 15 cas. Après une période de leucocythémie très •courte qui est constamment observée, le rapport globulaire redevient normal et le nombre absolu des globules rouges augmente notablement. La
(1) W. Spanton, Bril. med. Joum., 2 nov. 1895, in Hayem, t. XLVIII, 189G.