RUPTURES DE L'URÈTRE
du bout postérieur. Incisez le périnée rasé et désinfecté, sur la ligne médiane, à égale distance des ischions, depuis le scrotum jusqu'audevant de l'anus. À travers la peau et les couches sous-cutanées, vous arrivez à l'aponévrose périnéale superficielle, généralement déchirée dans les cas graves : achevez sur la sonde sa section et passez un fd sur chacune de ses lèvres; cela constitue deux écarteurs commodes. Vous arrivez sur des caillots, qu'une irrigation antiseptique balaie : vous apercevez des débris du bulbo-caverneux et reconnaissez du doigt une cavité, emplie de sang coagulé, et dont l'aponévrose moyenne forme généralement le plafond. L'irrigation suffit souvent à faire l'hémostase : sinon forcipressez ou liez les points jaillissants; le tamponnement arrêtera les bavures en nappe.
§ 2. Recherche du rout postérieur. — La recherche du bout postérieur, rétracté, à muqueuse recroquevillée, est un temps délicat. Introduisez un cathéter par l'urètre : il vient buter contre la paroi postérieure de la poche, paroi sur laquelle se trouve l'orifice à découvrir; placez votre index gauche, pulpe en haut, de façon qu'il fasse paroi inférieure et que son extrémité touche le point d'arrêt du cathéter. Ramenez légèrement ce dernier en arrière, jusqu'à ce qu'il se voie encore dans la déchirure : « la sonde qui doit pénétrer dans la vessie est alors présentée, nous dit Guyon, dans l'intervalle qui sépare le cathéter du doigt, et, soutenue par celui-ci, elle est poussée vers la vessie. » Si la déchirure urétrale a été incomplète, on pourra parfois se guider sur la petite bande de paroi supérieure restante. Quand le bout est introuvable, abstergez soigneusement la plaie; présentez un stylet boutonné aux dépressions qui ressemblent à l'entrée urétrale ; comprimez l'hypogastre et guettez l'issue d'une goutte d'urine ; faites pisser le malade. Dans le cas d'échec absolu, surtout lorsqu'une fracture du pubis a déchiré l'urètre à l'étage périnéal supérieur, faites la taille hypogastrique pour le cathétérisme rétrograde : glissez un cathéter métallique par l'orifice vésical de l'urètre ; sur son extrémité apparue dans la plaie périnéale, engagez la sonde à bout coupé et ramenez-la dans la vessie ; faites passer l'autre bout par l'urètre en le chargeant sur une sonde métallique menée par le canal : pour assurer la fixité du bout intravésical, faites-le sortir à l'hypogastre, traversez-le d'une anse de fil, qui, la sonde une fois rentrée dans la vessie, sera fixée par ses deux chefs collodionnés sur le ventre.
§ 3. Sonde a demeure. — Comme sonde à demeure, beaucoup recommandent une sonde de caoutchouc rouge ; abrégeant notablement la durée de séjour de l'instrument, nous préférons, à la clinique de Montpellier, nous servir de sondes en gomme qui ne sont point exposées, autant que l'instrument mou de Nélaton, à être chassées par les contractions vésicales et à se couder au niveau de la plaie périnéale ; Guyon nous a cependant appris à. donner à la sonde molle une certaine rigidité en collodionnant sa portion pénienne. L'orifice urétral découvert et la sonde passée de la plaie périnéale vers la vessie, il s'agit d'amener, à travers l'urètre, son bout antérieur, d'arrière en avant; rien de plus simple : on introduit
par le méat une sonde de moindre calibre, et l'on emboîte son boutvésical clans la sonde postérieure qu'elle entraînera dans le canal.
§ 4. Urétrorraphie. — Toutes les fois que les tissus péri-urétraux n'auront point été trop gravement meurtris, que la contusion même ou l'infiltration urinaire ne les auront point frappés de sphacèle, qu'ils paraîtront en un mot aptes à une réunion immédiate, on fera la suture primitive, seule capable de former vite un bon canal, d'accélérer la cicatrisation, de prévenir la suppuration des surfaces cruentes du périnée ; la cause est désormais entendue. Un plan profond de points perdus au catgut ou à la soie rapprochera autour de la sonde les tissus juxta-urétraux des deux bouts; car, à part les cas de plaie nette du canal, il serait bien malaisé de suturer exactement l'urètre et rien que lui : Terrier et Championnière l'on fait observer avec raison. Deux observations de Socin démontrent néanmoins la possibilité de cette urétrorraphie circulaire, par des points de soie comprenant toute l'épaisseur de la paroi, y compris la muqueuse. Un second plan de catgut ou de soie aseptique affrontera la partie musculo-aponévrotique de la plaie ; la peau et le tissu cellulaire seront cousus par un dernier étage. Quand les parties molles périnéales et péri-uré traies seront suspectes de sphacèle ou d'infection, on s'abstiendra de la suture et l'on pansera à plat. — Quatre à huit jours au maximum, voilà les délais de séjour de la sonde à demeure : c'en est assez pour mouler le tronçon granulant de l'urètre et pour le préserver du contact urinaire, car après quarante-huit heures l'urine finit toujours par suinter entre les parois* de la sonde et l'orifice dilaté du col vésical. Le lendemain de son ablation, on commencera à passer les Béniqué, qui vont assurer la canalisation stable de l'urètre.