‹ Traité de thérapeutique chirurgicaleChapitre 31 sur 372 · TUMEURS CÉRÉBRALES : RÉSULTATS THÉRAPEUTIQUES · texte numérisé non relu

TUMEURS CÉRÉBRALES : RÉSULTATS THÉRAPEUTIQUES

Quant aux néoplasmes du cerveau proprement dits, les cas sont rares des vrais succès : il faut une tumeur limitée, à fleur d'écorce, comme ces deux kystes ou « kystogliomes » dont Oppenheim (1) vient de relater l'observation. Dans les deux faits, il a suffi à Koehler et à Sonnenburg d'inciser le kyste et d'en exciser une portion de la paroi : les deux malades sont considérablement améliorées ; l'une d'elles est même heureusement accouchée d'un enfant bien portant. Dans les sarcomes et les fibromes encapsulés, habituellement superficiels et faciles à enlever, les chances de succès sont favorables. Dans les kystes néoplasiques, on peut aboutir à de bons résultats si l'on prend soin d'exciser les parois du kyste.

La plupart des gliomes ou des gliosarcomes sont infiltrés dans le tissu cérébral, au point de ne pouvoir être ni accessibles, ni extirpables. A lalecture attentive des observations, l'optimisme, qu'on est tenté de fonder sur des statistiques trop sommaires, subit une forte atteinte. Maintes fois, on est intervenu alors que les symptômes locaux étaient insuffisants pour localiser la lésion et que, comme le dit Starr, un neurologiste prudent ne se serait pas chargé de la préciser. Nombre de malades ont été tués par l'opération ou ses complications, sans qu'on puisse ni doive chercher à fixer ici un taux de mortalité, tant les résultats varient suivant l'expérience personnelle du chirurgien et suivant les conditions de nature et de délimitation du néoplasme. Enfin les succès complets et prolongés sont plus que rares; en dehors du fait de MacEwen, on cherche la guérison stable, observée pendant de suffisants délais; car trop d'observations sont prématurément publiées.

Néanmoins, comme il s'agit d'un chapitre neuf, il serait imprudent de vouloir, dès ses débuts, le borner. D'ailleurs quelques-uns placent ici la question sur un terrain plus modeste : sans viser une guérison radicale, que n'autorisent point les conditions cliniques et anatomiques de ces tumeurs profondes et diffuses, des gliosarcomes surtout, ils se proposent, soit que cette inopérabilité ait été diagnostiquée à l'avance, soit qu'elle ait été reconnue au cours de l'intervention, de pratiquer une simple trépanation décompressive, capable seulement de parer aux symptômes d'hypertension intracrànienne et de donner au patient une amélioration temporaire. Mais l'intervention est grave, surtout si l'on y ajoute, comme quelques chirurgiens, pour mieux obtenir la décompression, la ponction du ventricule latéral ; sous l'hypertension, le cerveau se hernie assez souvent ; le bénéfice thérapeutique est rarement tel que, pour de tels malades, ces interventions palliatives puissent rallier tous les suffrages.

Aussi, nous concluons. L'intervention est légitime et a des chances d'être curative quand il s'agit d'une tumeur des enveloppes, à la rigueur d'un néoplasme bénin circonscrit et peu pénétrant du cortex, d'une plaque cicatricielle limitée de l'écorce, d'une de ces cicatrices kystiques, reliquat de traumatisme. Dans les néoplasmes malins, diffus et profonds du cerveau, l'opération doit s'arrêter à la trépanation exploratrice, pallia-

(I) Oppemiei.m, Société de médecine berlinoise, 18 juin 1890, et Congrès des sciences internationales de Berlin, août 1890.

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