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SCOLIOSE : REDRESSEMENT PAR LE MASSAGE FORCÉ

aucun malaise. Bien entendu qu'un chirurgien expérimenté ne se départira pas de certaines règles de prudence qui s'imposent de soi. »

Nous préférons procéder autrement. L'enfant, debout sur une chaise, nous tournant le dos et un aide embrassant son bassin, nous passons le bras gauche en avant du thorax du sujet pour faire contre-appui et refoulons de toutes nos forces la bosse costale, avec la face dorsale des premières phalanges, le poing étant fermé. Dans une autre série de manipulations, nous plaçons l'enfant de flanc, la gibbosité répondant sur notre cuisse droite, la tête et les bras d'un côté, les membres inférieurs de l'autre ; et des deux mains nous redressons, sur notre genou, la courbe dorsale. Ces manœuvres de force nous semblent les seules capables d'obtenir quelque résultat de détorsion vertébrale: il ne faut point redouter leur brutalité apparente.

Quand on a ainsi assoupli lerachis, mobilisé ses articulations enraidies, distendu les adhérences, on a préparé le redressement qui peut être poursuivi par les exercices orthopédiques habituels. Il faut chercher, évidemment, à maintenir la rectification obtenue et à appliquer ici le principe du redressement par étapes qui nous a si bien réussi dans le pied bot et le genu valgum : sinon, dans les fortes déviations auxquelles s'adresse ce procédé, la récidive est la règle. Avant les publications de Sayre, Delore avait déjà imaginé de soulever ces opérés par la tête et de leur appliquer un corset silicate. Nous préférons fixer la correction par un corset plâtré; nous avons même cherché à développer ainsi le redressement : nous inspirant du procédé de Dubrueil pour la compression des cavités suppurées de la plèvre, nous avons fait, au niveau de la bosse costale, une fenêtre dans le plâtré et, par des tampons d'ouate appliqués sous la pression circulaire d'une bande de caoutchouc, nous nous sommes efforcé de refouler la gibbosité. Cette compression localisée est très puissante; il faut même la mesurer avec soin, car une fillette trop vigoureusement serrée par notre interne, en fut très incommodée : c'est un secours utilisable, pour essayer d'obtenir la détorsion vertébrale.

5° Résultats thérapeutiques. — Guérit-on les scoliotiques? — Il convient de distinguer les formes et les degrés. Aux phases de simple insuffisance musculaire, les déviations dues à une mauvaise tenue scolaire sont redressées par l'exercice méthodique des muscles spinaux. — Voici même une scoliose marquée, avec saillie costale : commandez à la malade de se baisser; si l'épine se redresse en cette position, c'est d'un favorable indice. Prescrivez ici l'horizontalité prolongée, l'appui sur la sangle de Rauehfuss; les exercices de suspension latérale; quatre ou cinq fois par jour, l'enfant fera des efforts de redressement unilatéral du torse, le bras du côté de la concavité étendu et élevé, l'autre bras abaissé, pendant qu'un aide fait de la contre-pression sur la bosse ; dans l'intervalle, le corset maintiendra. Dans ce cas, ladéviationrachidienneestguérissable, ou, du moins, assez corrigible pour tromper le regard. — Voici, au contraire, une déformation rapidement progressive ; la déviation mesure quatre, cinq, six centimètres de flèche ; la bosse costo-scapulaire est en forte saillie du

côté de la convexité ; le thorax vousse latéralement du côté opposé. Voici une déviation survenue tardivement, chez des sujets approchant de leur fin de croissance. En pareils cas, il ne faut point promettre le succès : la fixité des déformations osseuses, la torsion en spirale de la colonne sont des causes d'échec. Le massage forcé améliorera ici notre thérapeutique, jusqu'à présent peu efficace ; mais ce sera déjà bien si l'on enraye les progrès de la déformation ; ce sera beaucoup si on atténue l'élément flexion delà difformité. Quanta la part résultant de l'asymétrie des corps vertébraux et de leur pivotement, il faut avouer qu'elle nous échappe presque complètement.

CYPHOSE.

La gymnastique musculaire localisée comprend ici une série d'exercices inspirés de cette méthode : une main appliquée derrière la nuque du malade tend à infléchir le rachis en avant ; le cyphotique lutte de ses muscles spinaux postérieurs et fait effort contre cette pression. La ceinture norvégienne et les exercices d'équilibre sont à recommander. L'échelle orthopédique est une échelle à laquelle une planche est plaquée sur le milieu de son axe: le cyphotique doit la gravir, le dos appuyé sur le plan incliné médian. Les barres parallèles permettent un excellent exercice : le malade s'y étend, soutenu en avant par les mains, en arrière parles pieds: son rachis se creuse fortement en cette attitude. La barre à dos permet de varier les manœuvres : le malade la tient horizontalement devant lui, avec ses mains rapprochées au contact; puis, écartant les mains, il élève graduellement le bâton, le fait passer par-dessus sa tête, derrière son cou, son dos, et le fait descendre en arrière aussi bas que possible : la manœuvre inverse ramène la barre en avant.

L' « attelage » est peut-être un des meilleurs moyens gymnastiques : « Étant donné un mur résistant, je fais assujettir, dit de Saint-Germain, quatre poulies de renvoi dont deux sont fixées en bas sur la cimaise et séparées par une longueur d'un mètre; les deux autres sont fixées en haut du mur et écartées de lamême longueur. Deux cordes parallèles s'enroulent sur les poulies, de façon que les bouts inférieurs, munis de poignées, traînent sur le sol, alors que les bouts supérieurs pendent verticalement, soutenant un sac contenant de la grenaille de plomb. A l'état de repos, ces sacs reposent à terre. » L'enfant saisit les poignées, se raidit, et « démarre » en enlevant les deux sacs ; il marche ainsi les coudes au corps jusqu'au bout de la pièce ; là, il fait « machine en arrière », porte derrière lui ses deux bras étendus, et retourne à reculons vers le mur, les épaules effacées.

Le massage et l'électrisation des muscles de la masse commune, « ces véritables haubans delà colonne vertébrale », comme les appelle Bouvier, contribueront au redressement rachidien. — Comme appareil le mieux

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toléré, Dubrueil recommande l'appareil de soutien de Lebelleguic: une tige médiane appliquée sur le rachis, moulée sur lui, s'élève jusqu'à la région cervicale ; une petite ceinture fixe cette tige à la taille ; vers le milieu de la région dorsale, deux tiges obliques s'embranchent sur la première et viennent se presser sur les deux omoplates ; deux épaulières fixées au bout supérieur de la lame verticale d'une part, et d'autre part au bout de chaque lame oblique, contournent les épaules et les repoussent en arrière. Cet appareil suffit à faire la tutelle du rachis dans les cyphoses moyennes : aux degrés avancés conviennent les corsets à tuteurs postérieurs.

LORDOSE.

Un exercice à recommander au lordo tique consiste à gravir les degrés d'une échelle verticale ou peu obliquée, la face dirigée vers l'échelle et les pieds aussi rapprochés que possible des mains. — L'exercice du scieur de long a une bonne valeur thérapeutique : les inflexions du tronc en avant, sans flexion du genou, font aussi travailler les muscles de la paroi abdominale. — De Saint-Germain décrit ainsi un procédé imaginé par Reynier : « Sur les deux montants d'un fauteuil solide, on fixe un tube de caoutchouc qui, par ses nombreux doubles transversalement placés, divise le siège du fauteuil en deux parties, une postérieure qui est en arrière du tube, et une antérieure beaucoup plus étroite. Quelle que soit son étroitesse, c'est sur cette partie que s'assied le sujet dont les lombes se trouvent alors en contact avec les tubes de caoutchouc. S'aidant ensuite des deux mains, qui s'appuient avec force sur les montants, il pousse le tube avec ses reins de façon à venir toucher, en le refoulant, le dossier du fauteuil et à s'y maintenir durant quelques secondes. Cédant bientôt à la pression du caoutchouc, il vient reprendre sa première position et recommence plusieurs fois de suite le même exercice. »

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