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CHIRURGIE DE LA MOELLE

TUMEURS INTRARACHIDIENNES.

Ce chapitre vient à peine de s'ouvrir, et il est Encore difficile d'en prévoir la future ampleur. Une opération de Horsley (1), merveilleuse comme diagnostic et comme technique, constitue l'assise fondamentale de cette intervention nouvelle ; autour d'elle on ne peut jusqu'à présent

(1) Horsley et Gowers, Medic. c/rir. Transactions, vol. LXXI, 1888, p. 377. Fohgue et Reclus. II. 11

ranger qu'une vingtaine d'observations, comptant des morts opératoires dans plus de la moitié des cas et suivies, pour les opérés survivants, de résultats thérapeutiques très précaires. A en juger par son présent, cette chirurgie paraît réduite à un médiocre avenir : les quelques progrès qu'elle peut raisonnablement attendre lui viendront surtout des médecins et de la perfection de leur diagnostic.

1° Indications de l'intervention opératoire. — Les tumeurs primitivement développées dans la moelle sont en dehors de l'action opératoire: ce premier point est acquis. Si elles font de la paraplégie, ce n'est point par compression, mais par substitution aux éléments nerveux : gliomes très vasculaires, sarcomes ou carcinomes, tubercules ou gommes sont autant de néoplasmes intramédullaires qui nous échappent. Ils ont des caractères distinctifs que le chirurgien doit étudier s'il veut éviter une trépanation rachidienne inopportune : il leur manque la phase initiale pseudonévralgique et douloureuse, qui, par contre, marque presque toujours le début des tumeurs intramédullaires. De plus, ainsi que les neurologistes l'ont établi, les tumeurs intramédullaires qui se développent primitivement dans la substance grise, — et c'est la majorité, — se révèlent par des symptômes « polyomyéliques » diversement associés suivant le siège de la lésion: hémianesthésie et analgésie, symptômes postérieurs; — atrophie musculaire, symptômes antérieurs ; — troubles trophiques, vaso-moteurs, sphinctériens, oculo-papillaires, symptômes médians. Au contraire, les tumeurs extramédullaires, comme le rappelle Chipault (1) dans une bonne revue critique, « agissent d'abord sur la substance blanche et se manifestent par les symptômes dits leucomyéliques : paraplégie spasmodique, exagération des réflexes, troubles de la sensibilité tactile ».

Restent donc, dans le domaine chirurgical, les tumeurs extramédullaires. Ici, l'intervention se propose dans des cas dissemblables et que certaines statistiques ont eu tort de grouper. Citons, par exemple, la vieille opération de Reydellet (2) : une jeune femme, atteinte de rétention urinaire et fécale et de paralysie des muscles postérieurs de la cuisse, présente dans la région lombaire une tumeur qui s'ouvre et donne issue à un flot de liquide séreux ; puis, l'orifice se ferme, on se décide à le réouvrir d'un coup de bistouri ; des hydatides sortent en grande quantité. « Quel fut l'étonnemenl, ajouta Reydellet, lorsque le doigt, porté à l'intérieur, fit reconnaître que le canal vertébral était ouvert et la moelle épinière à nu. » Citons le jeune enfant de dix mois opéré par Johnson (3) ; il porte une tumeur congénitale qui recouvre à peu près tout le sacrum ; c'est un lipome dont on pousse l'extirpation jusqu'à l'ablation d'une masse extradure-mérienne ; une récidive se produit et l'enfant meurt de péritonite six semaines après l'opération. Témoin, en 1892, est intervenu de façon à peu

(1) Chipaclt, Gazette des hôpitaux, 13 septembre 1 800, p. 971.

(2) Reydellet, Dictionnaire des sciences médicales, t. XXXIII, art. Moelle, p. 5G4,

(3) Johnson, Transactions path. Soc, 185C-1857, vol. VIII, p. 1G-28.

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