TRAITEMENT GÉNÉRAL DES KÉRATITES
pour la récidive, et greffe nouvelle de la conjonctive sur la surface cornéenne avivée : si la suture doit tirailleries bords conjonctivaux et les « froncer » au contact de l'onglet cornéen, mieux vaut laisser la plaie sans réunion muqueuse : nousTavons fait avec un plein succès dans un cas qui, deux fois, avait récidivé. La cautérisation au fer rouge de la surface d'implantation cornéenne, et même de l'emplacement conjonctival, est encore un moyen de parer à la réapparition, parfois désespérante, du ptérygion. Devant les résultats si fâcheux de l'opération, quelques chirurgiens, comme Dehenne, ont pris pour règle de ne plus s'occuper de la partie conjonctivale et de traiter seulement par des thermocautérisations successives la partie cornéenne qui seule compromet la vision.
MALADIES INFLAMMATOIRES DE LA CORNÉE. — KÉRATITES. A. — Traitement général.
La cornée est un très impressionnable réactif des états diathésiques : le clinicien n'oubliera point que c'est par la médication générale qu'on en réalise souvent le pansement le plus efficace. Aux petits scrofuleux qu'affectionne la kératite phlycténulaire à répétition, l'on donnera, par doses larges et persévérantes, l'huile de morue, le sirop de Portai iodé, le sirop d'iodure de fer, le sirop iodo-tannique. Le séjour dans un milieu sain et bien aéré ; la propreté du corps et des yeux ; les lotions hydrothérapiques en été, les bains salés, les frictions alcooliques ou sèches chez les tout jeunes, mettront le strumeux en état de défense.
C'est surtout pour la kératite interstitielle diffuse que le chirurgien doit recourir aux moyens médicaux avec confiance et patience, comme le dit Gayet. L'affection est d'évolution lente, capricieuse, épandant ses nappes infiltrées à travers la cornée, avec de brusques et insidieux changements dont il ne faut pas toujours faire l'honneur à l'agent thérapeutique employé. L'important est de ne point désespérer devant cette ténacité fantasque de la maladie : on verra des cornées, opaques depuis des années, s'éclaircir et guérir presque sans traces cicatricielles. Il faut surtout opiniâtrement poursuivre l'amélioration de l'état général. Cette kératite frappe de préférence des adolescents lymphatiques, hérédosyphilitiques pour la plupart, ainsi que l'ont établi les remarquables travaux de Hutchinson. Il s'agit de les tonifier par le régime, l'hygiène, les analeptiques, les bains de mer, les, eaux salines. Il s'agit aussi de combattre la tache syphilitique originelle. Or, il est an fait remarquable : l'iodure de potassium et le traitement mercuriel ordinaire ne mordent pas ou mordent peu sur la kératite parenchymateuse diffuse ; naguère on considérait comme le procédé le plus actif les frictions mercurielles associées aux sudations abondantes par les injections de pilocarpine.
Abadie (1) a démontré récemment que, dans les kératites interstitielles graves, celles qui frappent les deux yeux, soit simultanément, soit l'un à la suite de l'autre, les injections de bichlorure ont donné toujours, après quelques semaines, des résultats favorables et bien supérieurs à ceux des autres moyens : 1 gramme pour 100 grammes d'eau, additionnés de 2 grammes de chlorure de sodium. 20 gouttes sont injectées tous les deux jours, profondément, sous la peau du dos. C'est même dans les formes le plus largement et le plus profondément infiltrées que le succès est le plus brillant : d'ordinaire, l'amélioration se dessine à partir de la douzième ou de la quinzième injection.
Il est encore une variété de kératite qu'Abadie a signalée chez les adultes âgés de trente à quarante ans : elle s'accompagne d'une injection péricornéenne vive, d'une coloration vineuse de la sclérotique, de douleurs intenses au pourtour orbitaire : ici, il y a du rhumatisme sous roche. On combattra la diathèse par la médication appropriée : le salicylate de soude ou mieux de lithine a donné de bons résultats. — Contre les kératites ulcéreuses, asthéniques et roo géantes, trop souvent les kératites du paupérisme et de la malpropreté, et tout en intervenant vigoureusement par le traitement local, il faut s'armer des toniques, de l'alimentation reconstituante, d'une hygiène favorable.
B, — Traitement des complications ou des causes secondes.
Une précaution indispensable à prendre à l'égard de certaines inflammations cornéennes est de rechercher et supprimer les causes irritantes qui parfois les entretiennent, ainsi que les complications qui les prolongent. La kératite phlycténulaire est un bel exemple de la valeur pratique de ce détail. On a beau s'obstiner au traitement local d'une cornée de scrofuleux où se font d'incessantes poussées de phlyctènes, l'affection continue ses récidives désespérantes. Puis, un jour, on examine les fosses nasales du jeune malade, et l'on constate chez lui l'existence d'une rhinite chronique qu'on n'avait pas soupçonnée. Par des douches topiques, par des insufflations médicamenteuses, on met la muqueuse en état de santé et de sécrétion normale. Aussitôt l'on voit céder devant une médication locale réduite à sa plus simple expression une kératite tenace et jusqu'alors incurable.
Il y a longtemps déjà que, dans son enseignement, le professeur Gayet, de Lyon, a mis en relief l'importance de ces irritations nasales comme point de départ et cause d'entretien des kératites phlycténulaires à répétion. Augagneur (2) y a encore insisté. Nous avons maintes fois vérifié la valeur clinique de cette observation. Le précepte est donc formel : il est des scrofuleux dont on ne guérira la cornée qu'en traitant leur
(1) Abadie, Des manifestations oculaires tardives de la syphilis. Annales d'oculislique, 1886, t. XCV, p. 250.
(2) Augagneur, Pathogénie et traitement de la kérato-conjonctivite phlycténulaire. Provence médicale, Lyon, 1888.