‹ Traité de thérapeutique chirurgicaleChapitre 82 sur 372 · OPACITÉS DE LA CORNÉE · texte numérisé non relu

OPACITÉS DE LA CORNÉE

cicatrices cornéennes, de leucomes denses et opaques, il n'y a point à s'illusionner sur l'efficacité des moyens éclaircissants : la tache est indélébile. Plus la lésion kératique s'est éloignée du type d'infiltrat inflammatoire simple, moins le retour à la transparence est à espérer. C'est avant l'heure de la sclérose cicatricielle définitive qu'on a chance encore de déterminer la résorption cellulaire : et cela d'autant plus aisément que l'opacité est moins profonde, l'âge du malade moins avancé. Ainsi, à la période de cicatrisation de la kératite phlycténulaire chez les jeunes, on arrive à effacer des néphélions, des nuages opalins légers, même des albugos peu épais. La poudre de calomel est un moyen classique : un pinceau, chargé de calomel, est secoué d'un coup d'index sur l'œil du malade : tous les trois ou cinq jours, suivant l'intensité de la réaction provoquée, on fait ains; voler sur la cornée un nuage de protochlorure mercurique. Cette poussière se roule dans les culs-de-sac conjonctivaux, y devient du sublimé grâce aux chlorures alcalins des larmes, et détermine sous cette forme un processus irritatif. On évitera de prescrire la médication iodée pendant ce traitement pour éviter la formation d'iodure de mercure caustique. Deux ou trois heures de douches chaudes par jour contribuent pour une bonne part à l'éclaircissement cornéen.

Parfois, si le tissu cornéen reste opaque et s'il a de la peine à se désencombrer de l'inOltrat cellulaire qui s'organise, c'est que sa nutrition est gênée : une hypertension oculaire, un embarras de la circulation lymphatique au niveau de l'angle iridien, empêchent l'élimination des cellules immigrées et préparent la sclérose définitive : cela résulte souvent d'épisclérites et d'irido-choroïdites concomitantes. Le moyen d'activer la résorption de pareilles infiltrations est de décomprimer l'œil, soit par la paracentèse de la chambre antérieure, soit par une sclérotomie. Souvent, cette détente oculaire suffit à donner le branle à l'élimination d'infiltrats rebelles. — La péritomie ignée à l'anse galvanocaustique paraît avoir fourni à Vacher de beaux résultats dans de vieilles scléroses cornéennes ; la tonsure conjonctivale « à la Furnari » a eu aussi d'incontestables succès; et l'on s'explique que l'anneau cicatriciel qui en résulte, encerclant le tissu trabéculaire qui renferme les voies lymphatiques de l'œil, puisse exercer une action modificatrice sur cette circulation.

Quelques-uns ont conseillé d'abraser la cornée : la chose n'est raisonnable et ne peut être utile que s'il s'agit de dépôts métalliques ou d'incrustations calcaires, comme en a souvent déterminé l'abus des collyres sur les cornées avivées. Nous ne citons que pour mémoire la greffe de la cornée et les essais de fistulisation de leucomes opaques : ces ingénieuses propositions attendent et attendront longtemps leur réalisation pratique. La thérapeutique opératoire ne réussira que sur les leucomes partiels, centraux ou marginaux : elle ouvre, par l'iridectomie, qui doit en pareil cas être très petite, une fenêtre pupillaire au niveau des parties cornéennes restées translucides. Encore faut-il, pour qu'elle donne de bons résultats, qu'il n'y ait ni larges synéchies de l'iris, ni altérations capsulaires ou cristalliniennes, ni ramollissement du vitré : et trop souvent ce n'est pas

le cas. — Le tatouage de la cornée, que de Wecker a introduit, est une opération de complaisance dirigée contre les leucomes disgracieux : le leucome est recouvert d'une épaisse couche d'encre de Chine; puis, on y pratique, à l'aide d'un faisceau d'aiguilles réunies sur un manche, une série de piqûres dépassant l'épiderme, mais n'atteignant pas la face postérieure de la membrane. Au moyen d'une petite spatule, on étale et on insinue la matière colorante dans les piqûres : en deux ou trois séances, un leucome d'un blanc éclatant est ainsi « déguisé » et devient une tache noire simulant la pupille. Le danger du tatouage est de réveiller une inflammation insuffisamment éteinte : Panas en a cité jadis des exemples; il faudra donc attendre que tout indice d'inflammation cornéenne ait disparu. — Quant aux lunettes sténopéiques, elles ne sont qu'un palliatif, utile parfois pour éliminer les rayons marginaux et faciliter la vision de près ; mais le rétrécissement extrême du champ visuel empêche qu'elles ne puissent être employées pour la marche et l'orientation.

6° Traitement des staphylomes. — § 1er. Staphylome opaque. — Les staphylomes partiels et jeunes peuvent être enrayés et améliorés comme

résultat optique par l'iridectomie, qui a l'avantage de dégager l'iris, de détendre le globe, et de percer une fenêtre pupillaire utilisable si elle peut se placer en face de la portion translucide de la> cornée. Mais le praticien doit tendre surtout à bien désenclaver l'iris, à enlever exactement sa partie incarcérée dans la cicatrice :

à deux ou trois semaines de distance, on peut refaire une iridectomie; des paracentèses répétées aideront à la détente oculaire. Toutefois, il ne faut point trop se leurrer : on échoue souvent, même dans le cas d'un staphylome partiel et circonscrit, et l'on voit progresser la bombure opaque de la cicatrice cornéenne.

L'incision du staphylome ne convient qu'aux cicatrices ectasiques à parois minces : les deux moitiés du staphylome incisé se chevauchent alors, et, grâce au bandeau compressif, peuvent se réunir en une cicatrice plate. — On excisera le staphylome s'il est bien limité à la cornée : l'opération est simple ; le détail délicat est de fermer exactement, par les sutures conjonctivales, la plaie résultant de cette excision; de Wecker a bien précisé ce point de technique. Quatre sutures sont d'abord placées dans la conjonctive, détachée du bord cornéen et dégagée jusque vers

Fig. ï9. — Excision d'un staphylome opaque.

Page 1