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MALADIES INFLAMMATOIRES DE L'IRIS

Dès que l'iris s'enflamme, il faut un diagnostic précoce et une thérapeutique rapide : il s'agit de devancer les adhérences, promptes à souder l'iris à la capsule. Bien des yeux ont été compromis ou perdus par retard et erreur : ce sont des iritis qu'on prend pour des conjonctivites aiguës et qu'on laisse se compliquer d'irrémédiables synéchies.

1° Cure d'atropine. — Les douleurs péri et sus-orbitaires, l'injection périkératique, la contraction et les déformations pupillaires, les changements de coloration de l'iris, ne doivent laisser aucun prétexte à temporisation : il faut aussitôt commencer la cure par l'atropine. Au surplus, les premières gouttes qu'on instille ont l'avantage de fixer le diagnostic : les dépôts inflammatoires ou uvéaux accolés à la capsule se dévoilent, et l'irrégulière mydriase de la pupille dénonce les synéchies déjà formées.

§ 1er. Sa technique. — Après avoir aidé au diagnostic, l'atropine devient la base fondamentale du traitement : il ne s'agit plus que d'en continuer l'instillation. On formule ainsi le collyre : sulfate neutre d'atropine, 10 à 15 centigrammes ; acide borique, 20 centigrammes ; eau distillée, 20 grammes. On instille 4 à 5 gouttes de ce mélange, de deux à dix fois par jour, suivant l'ancienneté du cas, la ténacité des adhérences, la tolérance de la conjonctive, l'âge ou la susceptibilité du malade. Le but à poursuivre est de dilater la pupille, de la dilater sans trêve, jusqu'à rupture des adhérences, libération de l'iris et disparition des phénomènes réactionnels.

Mais il convient de ne point atrophier l'œil sans mesure et sans examen. Les enfants peuvent présenter des symptômes nerveux graves. Il est des vieillards, à reins séniles et insuffisants, qui n'éliminent point leur atropine et s'empoisonnent : délire, sécheresse pharyngée, érythème scarlatiniforme mettront en garde le clinicien attentif; les injections morphinées et le café noir sont un antidote utile. La précaution est bonne, chez les sujets impressionnables à l'atropine, décomprimer, à chaque instillation, le sac lacrymal avec le doigt. — On voit encore des conjonctives irritées et susceptibles qui se saturent vite et deviennent intolérantes pour l'atropine : il y a de l'hyperémie folliculaire, de l'œdème palpébral : chaque instillation mydriatique ramène un surcroît de douleurs et d'irri-

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tation. C'est une véritable conjonctivite atropinique qui se développe en dépit des solutions les plus pures, les plus récentes, les plus aseptiques. En pareil cas, on a la ressource d'employer le collyre à la duboisine à 10 centigrammes pour 20 grammes d'eau, ou à la scopolamine aux mêmes doses, les onctions belladonées périorbitaires, les fomentations chaudes avec l'infusé d'extrait de belladone (4 gr. pour 300 gr. d'eau). — Enfin dans certaines formes d'iritis parenchymaleuse, il est au moins superflu de s'obstiner, à force d'instillations atropiniques, à obtenir une large dilatation que ne permettent point les épaisses et solides membranes iiïdo-capsulaires : on n'arrivera qu'à fatiguer la conjonctive sans effet mydriatique ; du seul traitement général, il faut attendre quelques résultats.

§ 2. Ses contre-indications. — L'atropine est donc l'arme de choix ; mais elle a ses dangers et ses limites d'action. Le danger, c'est surtout de méconnaître un glaucome aigu, de le prendre pour une iritis, et de l'atropiner comme tel : le mydriatique accentue la tension oculaire, accélère et exaspère la poussée glaucomateuse. C'est une grave erreur qui peut être irrémédiablement préjudiciable : il faut se méfier des pupilles dilatées, immobiles et légèrement troubles, des chambres antérieures peu profondes, des bulbes oculaires tendus et durcis, des arthritiques qui déjà ont présenté des prodromes glaucomateux. Dans les cas d'iritis séreuse, l'atropine a paru parfois, chez des malades prédisposés, provoquer une attaque de glaucome : si le palper démontre de la tension exagérée, rien ne soulagera le patient comme de pratiquer, avec une aiguille à arrêt, une paracentèse de la chambre antérieure : c'est simple comme intervention et efficace comme résultat; il peut être utile de la répéter à plusieurs reprises. D'ailleurs, dès que l'iritis séreuse prend un caractère glaucomateux net, dès que se rétrécit le champ visuel et que se ternit la cornée, une bonne iridectomie est nécessaire.

§ 3. Ses agents auxiliaires. — Ce n'est point seulement dans l'iritis séreuse typique que la paracentèse de la chambre peut être avantageuse : il arrive parfois que l'atropine manque à son double but de mydriase et d'analgésie; l'ouverture pupillaire ne se dilate point et le malade continue à souffrir : le globe est dur, le plus souvent. Qu'on fasse une paracentèse de la cornée ; on verra la douleur diminuer, le malade dormir et l'atropine agir. — D'autres adjuvants thérapeutiques ne méritent point qu'on les néglige : les frictions d'onguent napolitain au-dessus des sourcils, les fomentations chaudes, continues, conviennent à la généralité des iritis : employées à l'état d'infusions de jusquiame ou de belladone, elles ont un effet analgésique excellent; dans l'iritis parenchymateuse, elles peuvent puissamment contribuer àla résorption del'infiltratgommeux. — Une injection de morphine à la tempe est un bon moyen thérapeutique dans les formes très douloureuses ; non seulement elle calme la souffrance, mais elle facilite l'action mydriatique de l'atropine. — Les insomnies des malades atteints d'iritis sont cruelles : 2 à 3 grammes de chloral donneront le sommeil et contribueront à calmer l'éréthismeiridien. — Si laréaction inflammatoire est violente et l'injection périkératique vive, quatre à huit sangsues,

suivant la vigueur du sujet, seront appliquées à la tempe du côté malade.

Le traitement général est de première importance : l'iritis n'est-elle point le plus souvent une manifestation de diathèse? C'est cette dernière qu'il faut poursuivre. Aux arthritiques on donnera le salicylate de soude, et mieux, le salicylate de lithine; la teinture de colchique a de bons résultats. Les syphilitiques doivent être vigoureusement entrepris ; frictions mercurielles et iodure de potassium à fortes doses. Au dire de Deutschmann les injections sous-conjonctivaies de sublimé réussissent très bien ici. — Les purgations salines répétées sont avantageuses dans les formes traînantes d'iritis séreuse ; il importe en même temps d'agir sur les reins et la peau et d'activer leur fonctionnement. — Le calomel à doses fractionnées convient aux formes avec exsudats plastiques abondants ; les injections de pilocarpine peuvent être prescrites à cet usage; nous avons constaté quelquefois, en pareil cas, les bons effets d'un vésicatoire à la nuque. Enfin, certaines iritis à répétition sous la dépendance d'affections génitales, — métrite, urétrite chronique, — sont, nous dit Yillard, remarquablement améliorées par le traitement de ces affections.

Quand une attaque d'iritis s'est terminée, la cure atropinique doit progressivement descendre aux doses diminuées, mais ne point se suspendre aussitôt après la disparition des symptômes inflammatoires aigus. Pendant deux à trois semaines encore, il faut tenir l'iris sous l'influence du mydriatique pour prévenir toute récidive. La prescription est bien plus formelle si l'iritis a laissé derrière elle des synéchies plus ou moins nombreuses et une pupille déformée ; c'est trois à quatre semaines qu'on prolongera la cure d'atropine : on pourra voir ainsi des synéchies se rupturer tardivement. La période irritative une fois passée, on essayerait des instillations alternées d'ésérine et d'atropine pour tenter le déchirement des synéchies; mais l'ésérine est un lent et faible myotique en comparaison de l'énergique mydriase atropinique.

2° Traitement opératoire. — Une inflammation plastique a-t-elle laissé après elle un iris « cramponné » à la cristalloïde par des synéchies tenaces, rebelles à une atropinisation prolongée, la question se pose d'une intervention opératoire. C'est souvent la seule façon de mettre fin à de périodiques névralgies ciliaires, et de prévenir les désespérants retours de la phlegmasieirienne. Car, s'il est incontestable que l'état dyscrasique du sujet est parfois le seul coupable, il est manifeste d'autre part que le plus grand nombre des iritis chroniques et récidivantes tiennent à la persistance d'exsudats adhérents irido-capsulaires : de Graefe l'a depuis longtemps démontré. L'iridectomie est alors indiquée ; mais il importe de ne point trop se hâter d'opérer les iritis parenchymateuses, suspectes de syphilis, où la tendance à la prolifération du tissu irien est très accentuée : cela réveille parfois la phlegmasie, et la nouvelle pupille s'encombre d'exsudats : il faut attendre, pour intervenir, que le traitement spécifique ait été suffisamment prolongé et que l'accalmie des symptômes inflammatoires soit plus complète. L'urgence de l'intervention est d'autant plus pressante que l'on voit l'iris vousser en avant, vers sa région ciliaire et l'œil durcir.

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