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MALADIES INFLAMMATOIRES DE LA RÉTINE ET DU NERF OPTIQUE

A part les indications de traitement spécifique ou général, la thérapeutique est tout aussi désarmée contre les inflammations et les troubles nutritifs de la rétine et du nerf optique. Chez les albuminuriques, chez les diabétiques, chez les leucémiques, qui présentent de la rétinite, le chirurgien n'a rien à faire ; il doit même n'user qu'avec une réserve extrême des moyens antiphlogistiques, des sangsues, des ventouses Heurteloup, qui peuvent accentuer la débilitation organique : il faut s'en tenir aux prescriptions médicales. — La rétinite pigment-aire tend presque fatalement vers la cécité complète : quand on a pu l'enrayer, c'était de rétinites syphilitiques tigrées qu'il s'agissait. « Nous n'avons pas le pouvoir de réveiller les morts », dit de Wecker; et les injections de strychnine ne peuvent que temporairement dissiper la torpeur rétinienne. — Le traitement de la rétinite syphilitique doit procéder par vive attaque : les rechutes sont fréquentes; et si l'on obtient un succès, il faut le maintenir par une persévérante médication. — Dans le cas de rétinite hémorragique, la dérivation sous la forme de purgatifs, de sinapismes aux mollets, de ventouses à la nuque peut aider à décongestionner l'œil; mais c'est encore des prescriptions hygiéniques que ces malades retirent le plus net bénéfice : ce sont des artério-scléreux dont il faut faire fonctionner la peau par les douches et le massage, dont il faut secourir le cœur et les reins.

La névrite optique échappe à peu près à notre action thérapeutique, excepté cependant quand elle est symptomatique d'une gomme intracrànienne : on ne perdra point son temps aux doses minimes ; le mercure sera prescrit en frictions, en injections sous- cutanées ou sous-conjonctivales, l'iodure ordonné par 12 ou lo grammes chaque jour ; le succès esta ce prix, et parfois merveilleux. A part cette indication, les guérisons sont rares : la névrite optique a pu être enrayée par l'iodure, par le calomelà doses fractionnées, chez quelques malades atteints de méningite tuberculeuse circonscrite; Hulke et Soelberg Wells ont signalé la névrite optique curable chez de jeunes femmes souffrant de troubles utérins, et Hufchinson l'a observée dans l'intoxication saturnine.

Pour l'atrophie optique progressive, la thérapeutique est plus précaire encore. C'est de l'état général du malade, des lésions cérébro-médullaires concomitantes que nous tirons nos seules indications, mais combien incertaines et peu instructives! Dans le doute, souvent, on prescrit l'iodure de potassium : il demeure impuissant dans l'atrophie vraie et réalisée, et, nous l'avons observé, il est des formes qu'il accélère. Il y a une

trentaine d'années, le nitrate d'argent fut considéré comme exerçant une action curative sur l'ataxie et les atrophies grises ; peu d'ophtalmologistes ont conservé cette illusion. Les courants continus faibles, passant d'une tempe ou d'une mastoïde à l'autre, ont donné quelques résultats : c'est une ressource à essayer. On a vanté les injections de strychnine : 10 gouttes d'une solution au centième sont injectées sous la peau de la tempe; on procède par séries de dix injections qu'un intervalle de dix jours de repos sépare. Il est incontestable qu'on observe parfois une sorte d'éveil des faisceaux nerveux : le champ visuel s'agrandit, l'acuité se remonte. Mais nous n'avons jamais vu ce résultat se maintenir dans les atrophies vraies : l'œuvre de sclérose aveuglante se continue après une passagère amélioration.

En présence donc d'une papille décolorée par l'atrophie vraie, le chirurgien ne nous paraît devoir conserver qu'un espoir thérapeutique très médiocre : il n'y a de chances de guérison, pour le malade, que s'il s'agit d'une de ces « pseudo-atrophies » curables, sur lesquelles Trousseau (1) a eu le mérite d'attirer l'attention. Ces malades sont des intoxiqués, alcooliques ou grands fumeurs, présentant le scotome central pour les couleurs, chez lesquels la papille, ainsi que nous paraît l'avoir établi Abadie, présente, soit par effet de contraste, soit par une disposition congénitale, un aspect blanchâtre qui peut en imposer au début pour une atrophie. Au surplus, l'épreuve par la pilocarpine, recommandée par Courserrant, permet de le décider : s'il s'agit d'une simple intoxication, l'acuité visuelle se relève pendant l'action du médicament ; elle reste la même quand on a affaire à une atrophie véritable. — Donc, ces fausses atrophies ne paraissent être que des amblyopies toxiques, guérissables comme telles, par l'abstention de tabac et d'alcool, par les injections de pilocarpine, par l'hygiène générale. Chez les hystériques, on pourra trouver des amblyopies, avec papille pâlie, que la suggestion a parfois guéries. Quanta l'atrophie vraie, elle conserve son caractère de désespérante incurabilité ; il convient d'être sceptique sur les médications proposées et de se souvenir de l'axiome de de Graefe : « Il est difficile de faire du bien et trop facile d'accélérer le mal ».

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