‹ Traité de thérapeutique chirurgicale et de technique opératoire. Tome premierChapitre 21 sur 153 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

L’HÉMOSTASE ET LE MORCELLEMENT

IMPORTANCE DE l’ HÉMOSTASE EN CHIRURGIE

La mort par hémorragie a été un des premiers phénomènes qui aient frappé l’homme.

Les anciens guerriers, lorsqu’un des leurs tombait frappe d un epieu,^ savaient qu’il succomberait dès que le corps vulnérant serait arraché de la plaie : le sang étouffait le moribond. . • ru

Les affections médicales, alors mal déterminées, laissaient libre champ à l’empirisme. La fréquence des combats à l’arme blanche et corps à corps, où vainqueurs et vaincus se trouvaient criblés de blessures profondes, fit étudier aux chirurgiens d’alors les meilleures méthodes de pansement. Une des premières indications était d assurer l’hémostase.

Les amputations n’entrèrent dans la pratique courante qu au moyen âge, où l’emploi d’engins vulnérants plus formidables multiplia les écrasements des membres, les grands fracas osseux. L art de guérir avait également progressé, et les chirurgiens s enhardissaient à disputer à la mort des blessés jadis abandonnés aux seules ressources de la nature.

La pratique des amputations attira plus particulièrement l’attention des chirurgiens sur l’ hémostase. En effet, dans les grands combats à l’arme blanche, l’hémorragie immédiate était une des principales causes de mortalité.

Le chirurgien n’était guère appelé à pratiquer 1 hémostase des A^aisseaux importants. Les blessés qui perdaient beaucoup de sang succombaient surplace, et l’homme de l’art ne donnait ses soins qu à ceux qui avaient survécu plusieurs heures ou plusieurs jours.

On hésitait, avant A. Paré, à couper un membre, même dans le

L'HÉMOSTASE ET LE MORCELLEMEjNT.

cas de gangrène, et l’opérateur craignait de ne pas pouvoir arrêter lécoulement du sang: la chirurgie, dédaignée des médecins, était réduite à des pratiques d’un empirisme grossier.

Les plaies par armes à feu étaient considérées comme vénéneuses : on les brûlait avec des caustiques, avec l’huile bouillante. L’écoulement sanguin qui se produisait lorsqu’on amputait un membre était combattu avec le fer rouge et les styptiques.

La ligature des vaisseaux était déjà connue d’Hippocrate, de Celse, de Galien, dÉginète, de Ferré. Mais on ne lui accordait aucune confiance, et c’est à Paré qu’appartient l’honneur de l’avoir adopttée comme le meilleur moyen d’hémostase dans la pratique des amputations : (( xlyant plusieurs fois usé de cette manière de coudre les veines et les artères aux plaies récentes dès qu’il se faisait une hémorragie, j’ai pensé qu’il s’en pouvait bien autant faire en l’extirpation d’un membre. » (A. Paré, ch. xxxv.)

A. Paré fit construire, pour saisir les artères à la surface des moignons d’amputation, divers types de pinces qui demeuraient fixées sur le vaisseau par l’action d’un ressort. Paré, en véritable apôtre, imposa sa méthode à ses contemporains.

La forcipressure était née. Les chirurgiens qui adoptèrent la ligature des vaisseaux firent presque tous usage de pinces, munies pour la plupart d’un ressort ou d’un anneau en glissière pour les tenir fermées.

On pratiquait aussi la ligature médiate, en chargeant sur un tenaculum le vaisseau et les tissus voisins, et en liant au-dessus de cet instrument.

Dionis, comme nous le verrons plus loin, hait les vaisseaux, après les avoir saisis entre les mors d’une pince à arrêt, avec un fil muni d’une aiguille, qui servait à traverser ensuite le vaisseau lié et à fixer la ligature par un second nœud afin qu’elle ne puisse tomber. Il liait et réséquait l’épiploon dans l’opération de la hernie étranglée compliquée d’épiplocèle irréductible. Il liait en masse le cordon spermatique dans la castration.

Dans l’amputation du sein, il liait l’artère mammaire quand cc elle donnait trop de sang ». Habituellement, l’hémorragie était arrêtée par l’application d’un bouton de vitriol sur les petites artères et par un pansement astringent.

L’hémostase des gros vaisseaux des membres ne devint l’objet de nombreuses recherches que lorsque les chirurgiens se trouvèrent aux prises avec les hémorragies opératoires.

TOM

On se contenta longtemps pour les petites amputations de la section simple :

Heister, en 1822, représente encore l’amputation du gros orteil d’un seul coup, au ciseau et au maillet.

Mais on ne pouvait amputer de même le bras ou la cuisse.

L’hémorragie des grosses artères préoccupa les chirurgiens qui abordèrent ces grandes opérations; c’est ainsi qu’on inventa pour chaque région des compresseurs spéciaux destinés à réaliser l’hémostase préventive, en comprimant l’artère principale du membre.

L’amputation terminée, on saisissait les principaux vaisseaux avec le (( valet de Patin » ou bien à l’aide des diverses pinces à ressort, à arrêt, à anneaux, à crémaillère, dont Seerig nous a représenté dans son remarquable atlas les principaux modèles (i838). Une ligature était alors placée sur le vaisseau. Il y avait des instruments plus compliqués. Golumbat se servait de pinces à antennes porte-fil, destinées à pousser la ligature à une certaine distance sur le vaisseau saisi. Les promoteurs de la méthode des ligatures avaient eu particulièrement pour objectif de supprimer les douleurs de la cautérisation par le feu et par l’huile bouillante qui, à l’époque d’Ambroise Paré, se trouvait presque exclusivement adoptée. Mais l’emploi du « valet de Patin » et des autres pinces, dont les mors cannelés étaient infectés par les virus les plus redoutables, la malpropreté des fds à ligatures, qui agissaient comme des corps étrangers septiques, occasionnèrent des désastres et inoculèrent aux malheureux, que l’amputation avait momentanément arrachés à la mort, une septicémie irrémédiable.

G est ainsi que le cri d'humanité d’Ambroise Paré a sacrifié par milliers des existences humaines, pour le faible bénéfice d’épargner à ces malheureux, après les souffrances de l’acier, celles du feu, qui pouvait au moins les prémunir contre l'infection.

La pratique de la ligature prévalut petit à petit. Les instruments d hémostase se multiplièrent. On imagina pour l’hémostase des artères difficiles a lier, les intercostales, 1 artere méningée, etc., des compresseurs destinés à etre laissés à demeure pendant deux ou trois jours (plaque de Lotteri, compresseur de Graefe, etc.).

Percy appliqua la forcipressure à demeure à l’hémostase des artères des membres, qu il enserrait entre les mors de ses pinces à plateau tournant et à vis de rappel. 11 avait pour but la suppression des ligatures, dont on constatait, sans en connaître la cause, les inconvénients et les dangers. Parmi ceux-ci, nous signalerons notamment 1 hémorragie secondaire, qui se produisait au moment de la chute

Page 1