‹ Traité de thérapeutique chirurgicale et de technique opératoire. Tome premierChapitre 71 sur 153 · TRAITÉ DE THÉRAPEUTIQUE CHIRURGIC AUE · texte numérisé non relu

TRAITÉ DE THÉRAPEUTIQUE CHIRURGIC AUE

Nous avons une grande exioérience des traumatismes graves : attrition d un membre par un lourd véhicule, écrasement du bassin, du thorax, fractures multixiles ; nous avons observé beaucoup de ces traumatismes dans des accidents de chemins de fer. Notre règle est uni-^ forme : si la plaie saigne, on la tamponne et on fait ce qui peut être nécessaire comme hémostase; une bande élastique suffit aux membres. Le blessé est en général insensible pendant quelques heures. Il est alors presque impossible de reconnaître s’il existe ou non des lésions internes ; écrasement du foie, de la rate ou des reins, contusion de l’intestin, etc. Au contraire, l’expectoration sanguinolente peut déceler une simple fracture de côtes, sans lésions pulmonaires profondes.

On doit placer le patient dans un lit très chaud, lui faire avaler, avec une sonde œsophagienne, s’il est sans connaissance, ou bien encore à l’aide d’une sonde urétrale n° i6 ou n° i8 introduite par le nez, des grogs, du thé au rhum.

La seule contre-indication est la probabilité d’une rupture du tube digestif, dans les cas de contusion de l’abdomen.

On fera sans retard une injection de sérum artificiel, la flagellation de la face et de la poitrine à l’aide d’une serviette humide, des percussions rapides sur la région cardiaque, et le blessé sera placé la tête plus bas que les pieds, afin d’assurer au cerveau un afflux de sang suffisant; bien souvent on peut ainsi arracher à la mort des blessés qui n’avaient plus qu’un souffle de vie.

Dans les cas de choc traumatique exceptionnellement grave, il faut sans cesse s’occuper du blessé, et ne pas demeurer inactif un seul instant.

La respiration artificielle doit être continuée pendant une demi-heure et même plus longtemps encore.

L’application de bandes élastiques sur les membres est un bon adjuvant quand il y a eu une abondante perte de sang.

11 faut exciter par tous les moyens ce qui persiste encore d’influx vital; nous avons vu de ces blessés, déjà ranimés, et dont la respiration se ralentissait dès qu’ils semblaient calmes et prêts à s’endormir.

On doit les tenir éveillés et ne leur laisser aucune trêve avant que le cœur et la respiration aient repris un rythme satisfaisant.

Si le patient survit ad heures et échappe au collapsus initial, la guérison est le plus souvent obtenue.

Il faut alors procéder à l’examen minutieux des lésions, souvent multiples, et instituer un traitement local approprié.

Les plaies eontuses des extrémités seront traitées de préférence par l’irrigation continue.

L’OPÉRATION. 275

Les amputations nécessaires sont pratiquées en temps voulu, à partir du deuxième jour et sous le chloroforme.

L’examen des premières urines émises ne doit pas être omis : elles peuvent contenir du sang (lésions du rein, etc.).

La présence de l’albumine et du suere doit entrer en ligne de compte pour la détermination du pronostic.

La surveillance du blessé doit être très étroite, surtout quand il y a eu contusion abdominale, car les signes de perforation peuvent ne se produire qu’au bout de quelques jours, lorsque la paroi intestinale contusionnée commenee à se sphacéler.

Les injections préventives de sérum antitétanique ne doivent pas être négligées dans les cas de plaies contuses des extrémités, surtout si elles se trouvent souillées de terre ou de poussière des champs.

2" Opérations nécessitées par les états pathologiques à évolution rapide.

Les opérations nécessitées par certaines affections à marche suraiguës, comme la perforation du tube gastro-instestinal ou de la vésicule biliaire, les abcès du cerveau, l’étranglement interne, sont aussi urgentes, plus urgentes même que les interventions post-traumatiques; mais l’indication opératoire est, dans cette catégorie de faits, beaucoup moins évidente et moins précise. Aussi, dans ces cas, le chirurgien, dont dépend directement la vie du patient, doit-il posséder au plus haut point les qualités professionnelles requises -.sûreté de diagnostic, présence d’esprit, habileté manuelle.

Quelques heures de temporisation, et il peut être trop tard.

Dans tous ces cas de chirurgie d’urgence, le pronostic, presque toujours grave, doit être établi, avant l’opération, avec le plus grand soin, d’après l’âge, d’après l’état du cœur, des poumons, du foie, des reins, et d’après les affections antérieures : lithiase biliaire, cancer de l’estomae ou de l’intestin, etc. ; ces affections viennent aggraver le traumatisme ou l’état infectieux qui nécessite 1 intervention.

B. Opérations d’opportunité ou opérations réglées.

Lorsque l’intervention n’est pas d’une urgence absolue, le chirurgien doit choisir le moment le plus favorable et réaliser, sans en omettre aucune, l’ensemble des conditions les meilleures pour obtenir le succès. Le plus grand nombre des opérations se pratiquent ainsi au moment le

Page 1