CONTUSES DES MEMBRES ET DE SUPPURATION INFECTIEUSE
Dans certains cas de plaies accidentelles contuses et infectées, le tamponnement, joint à un pansement antiseptique humide, peut ne pas donner une sécurité suffisante.
écrasement.
main
La balnéation continue elle-même, qui n’est guère applicable qu’à r avant-bras et à la main, est souvent mal supportée.
Nous aA^ons pris l’habitude, depuis nos premières années d’études médicales, de traiter ces plaies, suivant une pratique ancienne, par Y irrigation continue.
Le membre écrasé est placé au bord du lit, sur une toile cirée, et recouvert de compresses de gaze sur lesquelles coule, en un mince fdet, l’eau contenue dans un récipient suspendu à i m. 5o au-dessus.
Nous avons obtenu, pendant notre internat à Reims, les résultats les plus remarquables de l’irrigation continue dans des cas de plaies contuses des membres : écrasement partiel des mains et des pieds, luxations ouvertes, fractures compliquées.
L’irrigation continue est alors une ressource précieuse. Elle donne également des résultats inespérés dans les cas de phlegmons graves ou multiples, dans l’ostéomyélite infectieuse et en général dans tous les cas de foyer purulént s’accompagnant d’un état général inquiétant.
On la pratiquait autrefois avec de l’eau pure. Aujourd’hui, il est mieux de la combiner avec l’anti-sepsie et d’additionner l’eau bouillie d’une faible proportion de phénol, i p. loo par exemple.
Les résultats de ce traitement sont remarquables. Supposons un écrasement du doigt dans un engrenage, une plaie contuse de la main, du poignet, par l’éclatement d’une arme à feu.
Il est difficile de désinfecter ces tissus déchirés, noircis par le cambouis, par les produits de la déflagration de la poudre, et souvent criblés de parcelles osseuses libres ou adhérentes à des lambeaux de tendons et de périoste.
De telles plaies sont vouées en outre à une mortification partielle.
Quelle doit être la conduite du chirurgien.^ Amputer est bien radical, quand il s’agit de la main surtout, où la réparation se fait si bien ; une pince naturelle imparfaite, constituée par le pouce et quelques débris de la paume et des phalanges, vaut mieux que le plus remarquable des appareils prothétiques.
Le seul mode de traitement sûr et qui permette d’attendre sans danger la délimitation des parties mortifiées, est, en pareil cas, l’irrigation continue.
Le liquide doit etre à la température de la chambre, qui varie en général de i4° à i8“ ; une température inférieure est rarement tolérée.
L irrigation est faite d’abord activement, puis goutte à goutte. Les parties anfractueuses de la plaie doivent être isolées par des mèches de gaze, afin dy assurer, par capillarité, l’accès du liquide antiseptique.
TRAITEMENT JJE LA PLAIE OPÉRATOIRE
La basse lempératare du liquide est un des facteurs principaux de la guérison, les bactéries pyogènes ne se développant guère au-dessous de i8a
L'action mécanique de beau à la surface de la plaie, où toute stagnation de liquides septiques se trouve ainsi prévenue, est également un préservatif de 1 infection. Que de fois n avons-nous pas constaté, si Ion tentait de supprimer l'irrigation continue, parce que l’état local et l’état général, se montraient satisfaisants, l’apparition rapide de la fièvre et des accidents inflammatoires, jusqu’alors évités. Les bains espacés et les lavages rares avec des solutions antiseptiques plus concentrées, combinés avec un pansement humide à demeure, se montrent le plus souvent inefficaces, et la plaie prend en 2 4 heures un mauvais aspect : l’irrigation continue est installée de nouveau, et tout rentre dans l’ordre.
Le bourgeonnement se fait très bien sous l’irrigation continue. La suppuration est presque nulle, et 1 élimination des parties mortifiées se fait en deux ou trois semaines, sans douleur et sans phénomènes inflammatoires.
G est alors qu il faut songer à f intervention chirurgicale pour retrancher, dans une intervention orthopédique, sans sacrifier la moindre parcelle de tissus dont on puisse tirer profit, les débris inutiles.
G est ainsi que, dès le début de notre internat à Reims, nous trouvant en présence d’un écrasement de la main et du poignet par un engrenage, où l’amputation de l’avant-bras semblait de prime abord nécessaire, nous avons pu, grâce à l’irrigation continue, en sacrifiant les trois doigts du milieu, les métacarpiens correspondants et une partie du carpe, complètement hachés, reconstituer un pouce et un auriculaire mobiles et opposables.
Ge mode de traitement est particulièrement avantageux à la campagne, où le blessé ne peut pas toujours être soumis à une surveillance éclairée. Le médecin obtiendra facilement des personnes présentes de remplir, chaque fois qu’il sera nécessaire, le récipient d’eau bouillie froide légèrement phéniquée, et pourra ainsi, en ne faisant au blessé qu une courte visite journalière, obtenir une guérison rapide et satisfaisante.
Si la plaie est contuse et souillée de terre ou de poussière des champs, il est prudent de pratiquer, dans les 2 ou 3 premiers jours, une injection préventive de sérum antitétanique.
Le sérum antistreptococcique, dans les cas d’infection à streptocoques, paraît donner des résultats satisfaisants, à condition d’être injecté à temps et en quantité suffisante.
On fera egalement des injections préventives de sérum antislapliylococcique et Ion adriiinistrera la stapliylase.
L’irrigation continue est également le seul traitement réellement efficace dans l’infcetion de la cavité utérine. On installera l’irrigation continue après avoir évacué l’utérus avec une curette mousse ou la pince gouge, et on la continuera pendant une semaine après que la chute de la température paraîtra complète et définitive.
4° traitement des plaies ouvertes par la pulvérisationantiseptique
L’irrigation continue n’est guère applicable au tronc ni à la racine des membres. Une plaie accidentelle ou chirurgicale vient-elle à présenter dans ces régions uil aspect inquiétant, par exemple un volumineux anthrax du dos ou bien, chez un malade faible et antérieurement infecté, une incision de néphrotomie, nous remplaçons l'irrigation continue par la pulvérisation antiseptique.
La pulvérisation est pratiquée, suivant la méthode de \erneuil, plusieurs heures par jour, à l’aide du pulvérisateur à vapeur de J . Ghampionnière (fig . 3 1 4) •
Si l’odeur du phénol provoque de la toux, nous substituons à l’eau phéniquée une solution de résorcine à 2 p. loo ou bien la liqueur de Labarraque à lo p. lOO.
La pulvérisation antiseptique est d’une efficacité remarquable : la plaie se déterge en quelques jours, prend un aspect satisfaisant et commence à se fermer. On substitue alors au spray un pansement humide.