CONTUSIONS
Les contusions de l’abdomen sont superficielles ou profondes. Les contusions superficielles ou pariétales présentent les signes des contusions en général. Elles accompagnent les plaies abdominales produites par des corps contondants; ou bien elles résultent de traumatismes divers.
Les contusions profondes peuvent s’accompagner de déchirure des différents viscères abdominaux. En pratique, si l’on constate une contusion de l’abdomen, il faut toujours songer à la possibilité d’une contusion profonde. En effet, tandis que la présence d’une large ecchymose peut correspondre à une simple contusion de la paroi abdominale, certaines contusions profondes ne se trahissent à l’extérieur par aucun signe appréciable. L’aspect général du blessé est très important : il est rare que les conséquences d’une contusion soient graves lorsque le blessé ne présente pas un état de stupeur très marqué. Cet état de stupeur est caractéristique : il tient a ce que la contusion s exerce presque toujours sur une large surface et qu’elle intéresse largement les viscères abdominaux.
Lorsque l’aspect du blessé n’est pas inquiétant, il s’agit probablement d’une contusion légère. Il faut néanmoins examiner les urines et les matières fécales, pour voir s’il n’y a pas des traces de sang. Puis on procédera avec précaution à un palper méthodique, pour rechercher s’il n’existe pas une douleur locale immédiate, indiquant que tel ou tel organe a pu être intéressé. L’état du pouls sera judicieusement interprété ; dans la contusion légère il est peu modifié, et, s’il a faibli momentanément, il ne tarde pas à se relever. Le traitement de la contusion légère
comprend le repos absolu, la diète, avec un peu de thé au rhum, et des applications de glace sur F abdomen.
Lorsque le blessé paraît en état de choc intense, et qu’il est dans l’état de « stupeur», il s’agit d’une contusion grave. Là encore il y a des degrés : si le pouls, quoique faible, est encore perceptible, et si le blessé n’a pas perdu connaissance, il faudra, après avoir pratiqué l’examen méthodique indiqué plus haut, tenter le relèvement des forces par les injections massives de sérum artificiel ; on fera des piqûres de caféine et de spartéine. Puis on prescrira une diète absolue, des applications de vessies de glace sur le ventre et on surveillera attentivement le malade pour se tenir prêt à intervenir chirurgicalement, si les signes observés devenaient plus précis.
Les cas très graves sont ceux où le blessé, aussitôt l’accident survenu, tombe sans connaissance, où le pouls est filiforme et incomptable, et le choc nerveux considérable. Une assez grande proportion de ces blessés est destinée à mourir. Que peut-on faire pour tenter de les sauver? Faut-il intervenir immédiatement? Il faut savoir tout d’abord que le malade supportera difficilement V opération pendant la période de choc nerveux initial et de dépression du pouls.
11 faut donc relever l’état général par tous les moyens possibles. On réchauffera le blessé par des fomentations chaudes, par des boules d’eau chaude entourées d’une enveloppe de lainage, et on enveloppera les membres dans des couvertures chaudes , sans perdre de vue que cette thérapeutique n’exclut pas les applications de glace sur le ventre, destinées à produire une réfrigération purement locale. Il faut aussi recourir aux injections décaféiné, d’huile camphrée et de sérum artificiel.
Dès que le malade a repris connaissance, il faut choisir le moment opportun pour opérer. Nous ferons remarquer que l’opération ne s’impose pas toujours ; en effet, l’état primitif de prostration où se trouvait le malade n’est pas fatalement l’indice d’une lésion profonde. Il peut se faire que cet état de prostration ait été produit par T ébranlement nerveux occasionné par le traumatisme; dans ces cas, le pouls reprend bientôt tous les caractères du pouls normal. Lorsqu’il existe une lésion grave, il est facile d’en être convaincu d’après le faciès du blessé, la décoloration des muqueuses et l’état du pouls. Dans le cas de rupture de l’intestin, la dépression du pouls prend le caractère péritonéal (pouls petit et très fréquent); les yeux sont cernés, le nez pincé, la respiration est anxieuse, et il y a de la tendance aux vomissements. Quand il y a simplement hémorrhagie interne, le pouls est petit et rapide et les muqueuses sont décolorées, mais l’habitus extérieur est moins
OPÉRATIONS SUR LA PAROI ABDOMINALE. 17
inquiétant, au début de l'hémorrhagie péritonéale, que dans la péritonite suraiguë. Lorsque le faciès est mauvais et que le pouls présente une tendance à faiblir, il faut opérer avant la fin des douze premières heures .
Aux signes péritonéaux peuvent s’ajouter de l’hématurie et de l’infiltration lombaire d’urine, qui indiquent une lésion du rein ou de la vessie. Si lë malade n’a pas uriné, il faut pratiquer le cathétérisme de la vessie. Il ne faut pas oublier enfin que les contusions de l’abdomen peuvent s’accompagner de fracture du bassin.
Dès que l’intervention est décidée, il faut procéder à la laparotomie. Le malade sera transporté sur un brancard, pour éviter toute secousse.
On commencera l’anesthésie au chlorure d’éthyle, pour la continuer au chloroforme. Le ventre est ouvert sur la ligne médiane, de l’ombilic au pubis, le malade étant dans la position horizontale. Si l’on ne trouve pas d’épanchement abdominal, il faut soulever les lèvres de la plaie avec des écarteurs, pour explorer rapidement les parties profondes dans un ordre déterminé : le petit bassin d’abord, ensuite, la fosse iliaque droite, le flanc droit et la région sous-hépatique, puis la fosse iliaque gauche, le flanc gauche et la région gastro-splénique. Si l’on ne trouve rien, on referme le ventre. L’opération, faite avec asepsie, ne présente aucune gravité.
S’il existe du liquide, il faut éponger avec soin toutes les parties de la cavité abdominale dans l’ordre précité, en laissant des compresses sèches dans les parties déjà examinées, pendant qu’on explore les autres régions. Il peut être nécessaire de prolonger l’incision en haut, jusqu’à l’appendice xiphoïde. L’opération n’a de chances de succès que si elle est pratiquée avant l’apparition du ballonnement du ventre.
Le lavage du péritoine n’est indiqué que s’il existe du sang aseptique ; s’il y a la moindre trace de perforation intestinale et d’infection, le lavage du péritoine est très dangereux, car il ne servirait qu’à disséminer les microbes pathogènes.
Si l’on constate une lésion de l’intestin, même superficielle, on placera un surjet séro-séreux. Si la déchirure est plus étendue et totale, elle sera traitée par la suture, à la condition que l’état de résistance du blessé le comporte. S’il faut se hâter, on établira un anus artificiel temporaire. Celui-ci sera fait au point le plus propice : soit au voisinage du pubis, soit par un orifice latéral pratiqué à cet effet, et par lequel on fera sortir l’anse intestinale blessée, pour la maintenir au dehors en traversant son mésentère avec une compresse.
La rupture de la vésicule biliaire sera traitée par le tamponnement