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ÉVOLUTION DES CANCERS SUPERFICIELS

L’évolution des cancers de la peau et des orifices muqueux comprend 4 périodes :

1“ La période de début ou période précancéreuse ;

2° La période d’envahissement par extension locale de proche en proche ;

3° La période de l’engorgement ganglionnaire initial ;

4° La période de généralisation; c’est-à-dire la période des métastases ganglionnaires éloignées et viscérales.

1° Période de début ou période précancéreuse.

Les petits cancers de la peau et des orifices muqueux débutent sans exception par une lésion très superficielle et qui peut rester telle pendant un certain temps. J’ai souvent extirpé de petits cancroïdes gros comme un grain de millet ou de petites exulcérations des lèvres, de quelques millimètres d’étendue, dont la structure histologique était caractéristique, bien que l’épaisseur de la lésion ne dépasse pas deux ou trois millimètres de profondeur. On n’observe encore dans ces cas aucun prolongement au-dessous du derme ou du chorion muqueux. Histologiquement ce sont cependant des épithéliomas bien caractérisés.

On a donné à ces petites lésions superficielles le nom de cancroïdes ; elles ne sont pas de véritables cancers et peuvent être détruites par tous les procédés capables de dépasser largement les limites du foyer infectieux. On les a guéris depuis des temps très anciens par les caustiques et par l’excision. Il est même intéressant de constater que, pour ces petites lésions très superficielles, les rayons X et le radium sont très inférieurs aux anciens caustiques. En effet, les rayons X et le radium permettent de faire disparaître la lésion en quelques semaines ; le cancroïde se trouve remplacé par une cicatrice satisfaisante, mais cette guérison n’est pas réelle : quelques mois après, la tumeur récidive soit en surface, soit dans la profondeur. On ne saurait donc pardonner aux entrepreneurs de rayons X et aux promoteurs de la thérapeutique

par le radium d avoir trompé le corps médical en prétendant qu'ils guérissaient de "v entailles cancers. En vérité, ils ne guérissent qu'un certain nombre de cancroïdes qui ne sont que des lésions superficielles et ne méritent pas le nom de cancer. L’action des rayons X et du radium est d ailleurs extrêmement irrégulière ; pour les petits cancroïdes de la peau au début, on observe tantôt une amélioration rapide, tantôt au contraire une irritation néfaste, suivie d’une extension telle, qu’il est impossible de ne pas l’attribuer à cette irritation malencontreuse. S’agit-il d’un cancroïde, si petit qu’il soit, de la lèvre, de la pointe de la langue ou d’un orifice muqueux, les rayons X et le radium échouent aussi pitoyablement Eun que l’autre.

2° Période d’envahissement par extension locale de proche en proche.

Au bout d’un temps variable, les cellules cancéreuses se disséminent au-dessus du derme ou du chorion muqueux ; elles pénètrent dans les lymphatiques et la généralisation est menaçante. L’extension du cancer est tellement variable qu’il est impossible d’affirmer, dès que le derme ou le chorion muqueux ont été traversés, que la généralisation n’est pas en voie de se faire. J’ai observé des cancroïdes de la lèvre, de lo ou 12 millimètres de surface et de 5 à 6 millimètres de profondeur et qui avaient déjà infecté à cette période les ganglions cervicaux des deux côtés jusqu’au creux sus-claviculaire. Au contraire on observe des épithéliomas du plancher de la bouche et de la moitié de la langue sans adénopathie. Je parle exclusivement des cancers laissés à leur évolution naturelle, car, comme je l’ai signalé plus haut, les récidives postopératoires affectent une évolution beaucoup plus maligne que la tumeur primitive. Cliniquement, on considérera que le cancer est encore localisé lorsqu’il sera impossible de découvrir par un examen minutieux la moindre adénopathie.

On doit classer dans cette catégorie les cancers térébrants de la face qui commencent à envahir les os sans qu’il y ait encore d’infection ganglionnaire.

3“ Période de l’engorgement ganglionnaire initial.

Cette période est celle de l’envahissement du groupe ganglionnaire qui reçoit directement les lymphatiques en rapport avec la tumeur initiale. En effet, l’envahissement du premier groupe ganglion-

nairc marque le plus souvent un temps d’arrêt sur la généralisation. J’ai signalé qu’il n’y avait aucun rapport régulier entre l’étendue de la tumeur primitive et l’envahissement des ganglions.

4'» Période de généralisation, c’est-à-dire des métastases ganglionnaires éloignées et viscérales.

Dès que l’infection ganglionnaire a franchi le groupe ganglionnaire primitif, la généralisation commence. Les métastases peuvent se produire dans toutes les régions et dans tous les organes, et leurs localisations ne sont soumises à aucune règle.

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