TOME iiU — Supplément
36 TRAITÉ DE THÉR APEUT-IQUE CHIRURGICALE.
détruite lorsqu’elles ont été soumises à une température de 55 ou 56“, et que le micrococcus neoformans, qui existe dans les cellules cancéreuses, est tué à partir de 5o“. Ces expériences comparatives m’ont permis de constater que l’effet de la voltaïsation bipolaire et de r électro-coagulation est un effet thermique.
La question des contractions musculaires méritait d’étre résolue. Je priai les ingénieurs de la maison Gaiflc et particulièrement M. Gallot, directeur et M. Gunther, ingénieur, chargé de la construction des appareils de télégraphie sans fil, de vouloir bien se réunir chez moi avec M. Maneuvrier, professeur de physique à l’Ecole des Beaux-Arts, et M. Guillet, le distingué secrétaire de la Faculté des Sciences, pour déterminer d’une façon précise les caractéristiques de mes expériences. Les voltmètres n’indiquant que des valeurs efficaces peu intéressantes, nous nous sommes contentés d’évaluer la tension par la longueur des étincelles.
L’intensité fut mesurée par des ampèremètres de haute fréquence ordinaires.
Les longueurs d’ondes et par suite les fréquences furent déterminées au moyen d’un ondemètre à capacité glissante du commandant Ferrié.
Lès mesures effectuées ont démontré que le dispositif habituel de la fulguration utilisait des longueurs d’ondes de 600 mètres environ (c’est-à-dire une fréquence de 5oo.ooo) et une intensité de 25o à 3oo milliampères environ, c’est-à-dire au maximum le tiers d’un ampère.
Au contraire, ma technique primitive de la voltaïsation bipolaire utilise des longueurs d’onde de 4oo à 45o mètres, qui correspondent à une fréquence de 700.000 et à des intensités de 4 à 5 ampères.
Les contractions musculaires, qui sont intolérables pour des longueurs d’ondes de i.5oo à 2.000 mètres, diminuent d’intensité à mesure que la longueur d’ondé est réduite (et par suite que la fréquence des oscillations augmente). Elles ne sont plus sensibles en aucune façon lorsque la self induction du circuit oscillant est réduite au petit solénoïde habituellement utilisé pour les applications de chaise longue ; la longueur d’onde à ce moment est inférieure à 100 mètres. Le passage du courant dans l’organisme ne se traduit alors que par une sensation de chaleur montant rapidement des poignets vers les épaules, sensation bien connue de tous ceux qui, depuis le D‘ d’Arsonval, ont fait des applications médicales de couranls de haute fréquence.
Ce phénomène, auquel on a donné récemment, en Allemagne, le nom de « thermopénétration » et de « transthermie » (D^ Franz Nagelschmidt, de Berlin, et Von Bernd, de Vienne) h n’est donc pas une découverte récente.
Le courant maximum que nous pouvions obtenir était d’une intensité de cinq ampères. J’ai alors prié MM. les ingénieurs de la maison GailTe d étudier un dispositif qui permette une meilleure utilisation des courants de haute fréquence et de basse tension que celle que j avais obtenue jusqu ici par mon premier dispositif et je leur ai posé le problème suivant : obtenir un courant de haute fréquence de 100 mètres de longueur d’onde au maximum, c’est-à-dire d’au moins 3 millions de périodes à la seconde et d’une intensité de 10 ou i5 ampères. Pour cela il fallait rapprocher les pôles de l’éclateur et augmenter considérablement le nombre des étincelles qui jaillissaient entre ces pôles.
Ces messieurs proposèrent d’employer l’éclateur rotatif du commandant Ferrié qui, groupé avec un condensateur de petite capacité muni d’un solénoïde de petit diamètre à 24 spires, nous a donné le courant désiré. La fréquence du courant est d’environ 3 millions et la tension utilisée est très base, relativement à ce qui était employé dans la fulguration. La puissance est telle, qu’avec mon montage, au contact d’une électrode circulaire de 3 centimètres de diamètre, l’électrocoagulation se produit en une ou deux minutes jusqu’à une profondeur de 5 à 8 centimètrès. On peut agir à une profondeur beaucoup plus grande si on laisse l’électrode en contact pendant un plus grand nombre de minutes.
Les résultats que j’ai démontrés au Congrès de Chirurgie et qui sont aujourd’hui confirmés, puisque les premiers cas traités remontent déjà à plus de deux ans, sont tout à -fait démonstratifs. L’examen des malades actuellement guéris parla méthode de la voltaïsation bipolaire et de l’électro-coagulation thermique démontre que ce nouveau traitement local du cancer permet de détruire dans toute leur profondeur tous les cancers superficiels encore localisés, à la seule condition qu’ils n’aient pas encore atteint des organes essentiels. Le point curieux est qu’on peut même atteindre, par cette méthode, les tissus pathologiques qui commencent à entourer de gros vaisseaux, car les parois des vais-
I. Zeits. f. physik und dial, thérapie. Band 1 3, H. 3, et Archives d’électricité médicale, n“ 272, 25 octobre 1909, p. 8i3 et 8i5. — M. Nagelschmidt emploie une intensité de 2 à 3 ampères sous une fréquence de àoo.ooo à i. 000. 000 d’intermittences.
seaux échappent à la coagulation en raison du refroidissement constant produit sur leurs tuniques par le courant sanguin.
Ma méthode de l’ électro-coagulation me paraît être un progrès énorme, non seulement pour la chirurgie du cancer, mais pour le traitement de toutes les plaies septiques et meme des plaies tuberculeuses.
Dispositif du D"" Doyen pour l’emploi de l’éleclrocoagulation thermique.
Pour le cancer notamment, l’emploi rationnel de cette méthode, combinée à la vaccination antinéoplasique, n’aboutit rien moins qu’à la disparition complète et définitive de tous les cancers de la peau, des orifices muqueux et des cavités muqueuses accessibles, à la seule condition qu’ils soient traités assez à temps, c’est-à-dire avant la période de généralisation ganglionnaire ou viscérale.
Cette méthode est également applicable au traitement du cancer du larynx et de l’oesophage au début, au traitement des lésions et des
ulcérations tuberculeuses et elle doit être substituée à l’extirpation dans un certain nombre d affections bien déterminées, telles que les tumeurs de la vessie, l’bypertropbie de la prostate, etc.
, La théorie de l’ électro-coagulation étant bien déterminée, nous allons préciser les cas où cette méthode doit être appliquée et ceux où elle doit ceder la place, au contraire, aux étincelles de haute fréquence et à l’aéro-caùtérisation.
Nous devons avoir constamment à l’esprit cette loi : que l’action de tous ces agents physiques est sensiblement identique; elle aboutit à la mort des cellules cancéreuses. Leurs effets se trouvent régis par cette particularité que les cellules pathologiques sont moins résistantes que les cellules saines à tous les agents capables de les détruire.
J’ai démontré que Faction superficielle des rayons X et celle du radium était très analogue à celle du coup de soleil. Les vibrations émises par l’ampoule de Crookes et par les sels de radium ont toutefois un caractère particulier : leur puissance de pénétration. Les unes et les autres sont capables de frapper de mort les cellules cancéreuses jusqu’à une profondeur de quelques millimètres, en les sélectionnant et en respectant dans une certaine mesure les cellules saines, dont la résistance est plus considérable. Le radium a cependant une action plus brutale que les rayons X, et il produit dans certains cas des nécroses profondes.
L’emploi des rayons X et du radium doit être fait avec beaucoup de prudence si l’on veut en obtenir tout l’effet utile, c’est-à-dire la desti'uction interstitielle de cellules cancéreuses superficielles, sans destruction des cellules saines qui les entourent. Les rayons X conviendront mieux par exemple pour des plaques étendues de cancer superficiel, le radium pour de petites lésions cavitaires.
Je tiens à préciser ces détails afin de bien démontrer que j’ai longuement étudié leur action. On se rendra compte, à mesure que l’on aura appris à se servir de F électro-coagulation thermique, que cette méthode permet de réaliser et d’outrepasser tout ce qui a été obtenu par l’emploi des rayons X et du radium.