CONCLUSIONS
La voltaïsation bipolaire et l’électro-coagulation n’ont pas été bien comprises lors de mes premières communications, parce que les discussions ont porté sur des mots et non pas sur des faits.
Mes rechercbes sur la pénétration de la cbaleur dans les tissus remontent à 1896. J’ai constaté en 1896 et en 1897 que ni l’air surchauffé à plus de 5oo", ni la vapeur, employée suivant la méthode du P" Sgneguireff, de Moscou, ne permettaient de faire pénétrer la chaleur à plus de quelques millimètres.
On sait que le thermocautère coupe les tissus et ne fait pas pénétrer la chaleur dans la profondeur.
J’ai repris ces expériences quelques années plus tard, et j’ai étudié en 1 906 l’aetion de la chaleur rayonnante et de l’eau chaude sur les tissus cancéreux.
J ai remarqué, en faisant agir sur des tumeurs extérieures de l’eau chaude contenue dans un cylindre de métal, ouvert à ses deux extrémités et appliqué par compression sur leur surface, que la vitalité des cellules cancéreuses était détruite aux environs de 55”. Au contraire, les cellules saines ne sont frappées de mort qu’au-dessus de 60".
La brulure au 2® degré se produit à la température de 70 à 72" et la brûlure au 3® degré se produit aux environs de 76°, lorsque l’action du calorique se prolonge quelques minutes.
Le traitement local du cancer par les moyens physiques est dominé par ce fait biologique, dont je revendique la découverte : « les cellules
« cancéreuses et en général toutes les cellules pathologiques sont moins « i-ésistantes que les cellules saines aux agents quelconques susceptibles (( de les détruire. »
C’est à ce phénomène que l’on a attribué l’action spécifique des rayons X et du radium contre le cancer et contre d’autres lésions. D action spécifique, il n en existe point. Les radiations pénétrantes de l’ampoule de Crookes ou du radium frappent de mort les cellules pathologiques un peu plus vite que les cellules saines et il n’y pas d’autre phénomène.
De meme que la cellule cancéreuse perd sa virulence aux environs de 55°, peut-etre meme un peu plus bas, entre 55 et 5o°, le micrococcus neoformans est tué in vitro par la même température de 5o°. 11 y a là une coïncidence qui mérite d’être signalée, car il est probable que la disparition de la virulence des cellules cancéreuses est intimement liée à la disparition de leur en do-parasite.
J’avais donc étudié longuement la résistance des cellules cancéreuses, lorsqu’en 1907 la fulguration fut mise à l’ordre du jour par le professeur Pozzi. J’ai constaté immédiatement que l’action des étincelles de haute fréquence et de haute tension n’était qu’une action thermique et qu’au-dessous de la zone de carbonisation existait une zone de coagulation analogue à celle que produit l’action de l’eau chaude ou de la vapeur surchauffée.
J’ai pratiqué immédiatement des coupes histologiques et j'ai constaté que les cellules de la zone de coagulation étaient fixées histologiquement à peu près comme elles le sont dans la fixation par l’alcool absolu ou par le formol.
L’insuffisance de la fulguration dans le cancer était évidente d’après mes premières tentatives et il est certain que cette méthode n a dû son existence éphémère qu’au néologisme sonore et à 1 intervention personnelle du professeur Pozzi.
11 n’est pas très étonnant que des médecins praticiens, inaccoutumés aux expériences scientifiques, puissent prendre leurs espérances pour la réalité.
C’est ainsi que, pour les rayons X comme pour le radium et la fulguration, on a publié à la légère des apparences de guérison ; des médecins incompétents ont considéré comme définitifs des résultats éphémères, des améhorations qui n’ont abouti au bout de quelques mois qu’à la mort des patients.
Poursuivant l’étude de l’action de la chaleur sur les cellules cancéreuses, j’ai cherché à me rendre compte si les étincelles de haute fré-
quence produisaient un échaulTement des tissus assez considérable pour expliquer leur action. L’étude des coupes microscopiques que j’ai citées plus haut était à cet égard tout à fait démonstrative, mais elles démontraient aussi que les étincelles de haute fréquence et de haute tension, appliquées d’après le dispositif habituel, n’ont qu’une action très superficielle. Convaincu de leur insuffisance, j’ai cherché à obtenir par d’autres dispositifs une pénétration plus grande de la chaleur.
J’ai cherché à passer immédiatement des étincelles minuscules de la haute fréquence aux étincelles puissantes et nourries d’un transformateur de Siemens pour les rayons X.
Les étincelles émanant de ce transformateur sont très chaudes, mais elles déterminent une contracture musculaire telle que tous les muscles sont tétanisés. J’ai obtenu par leur action locale l’effet que je recherchais.
J’ai repris l’étude des courants de haute fréquence et j’ai utilisé les étincelles de haute fréquence et de basse tension qui sont obtenues avec le circuit de self induction des spires inférieures du résonateur de Oudin. J’ai produit ainsi la carbonisation superficielle et, au-dessous de la zone carbonisée, l’électro-coagnlation jusqu’à i5 ou 20 millimètres de profondeur. Mais les malades présentaient, malgré l’anesthésie, des contractions musculaires violentes. C’est alors que je me suis rendu compte qu’en mettant en court circuit le pôle terminal du résonateur de Oudin et sa borne moyenne, les contractions musculaires étaient moins fortes, tandis que F électro-coagulation atteignait une plus grande profondeur.
J’avais traité par cette méthode un grand nombre de tumeurs accessibles, lorsque je m’aperçus, que les étincelles n’étaient pas nécessaires et que la coagulation des tissus se produisait sans carbonisation si, au lieu de tenir l’électrode à un centimètre de la tumeur, on agissait au contraire par contact, avec une électrode d’une surface suffisante.
J’ai observé également que dans les cancers du col de l’utérus, la destruction du cancer était obtenue aussi bien par l’introduction de 1 extrémité de l’électrode dans l’intérieur des tissus pathologiques, sans étincelles, que par l’application des étincelles.
Tous ces détails ne pouvaient pas être contenus dans un seul mot. G est pourquoi ma méthode n’a pas été bien comprise de ceux qui n’ont connu que 1 expression voltaïsation bipolaire et qui n’ont pas pris la peine de venir assister à mes opérations.
M. Nagelsclimidt m’a objecté que le professeur Czerny croyait la voltaïsation bipolaire identique à la fulguration. J’ai eu pendant 20 minutes la visite du professeur Gzerny lorsqu’il est venu étudier la fulguration chez le professeur Pozzi : il était très pressé; je lui ai montré divers résultats, plusieurs expériences, des conpes histologiques et plusieurs groupements électriques différents. 11 est évident que ma démonstration a été trop courte ; il est possible que pour cette raison il n’ait pas pu apprécier exactement les résultats obtenus.
Il n en est pas moins vrai que depuis deux ans beaucoup de confrères ont vu traiter à ma clinique un grand nombre de malades ; tous ont été unanimes pour constater que la méthode de la voltaïsation bipolaire agissait par la pénétration du calorique et par la coagulation des tissus pathologiques à une grande profondeur.
La fulguration utilise des courants d’un ampérage très faible et d’un voltage considérable, c’est-à-dire de très haute tension, tandis que la voltaïsation bipolaire et l’ électro-coagulation utilisent des courants d’un ampérage très élevé, jusqu’à i5 ampères, et de basse tension, relativement aux premiers.
Mes électrodes sont portées par un manche d’ébonite au centre duquel existe un conducteur métallique. Je ne reçois cependant aucune secousse éleetrique.
Si l’on employait le même manche isolateur pour une séance de fulguration, on recevrait immédiatement des étincelles, car, par suite de leur tension considérable, elles traverseraient la couche isolante.
Il est à remarquer aussi que l’ électro-coagulation se produit avec ou sans étincelles, suivant que l’on emploie une électrode d’une large surface ou bien lorsque la surface en contact avec les tissus est très réduite par rapport à l’intensité du courant.
L’appareil qu’ont construit sur mes indications MM. les ingénieurs de la maison Gaifife est très intéressant, car il permet de réaliser l’ électro-coagulation aussi bien avec sa puissance maximum que dans les cas où il importe d’obtenir des effets très réduits.
Il y a un grand intérêt à ne pas employer les étincelles, c’est-àdire à choisir une électrode d une certaine etendue, lorsqu on veut obtenir la pénétration de la chaleur à une grande profondeur.
Les étincelles sont utiles, au contraire, dans certains cas, par exemple dans les cavités anfractueuses, où l’on peut agir en déplaçant sans cesse l’électrode, par une sorte de balayage. Il se produit ainsi une quantité d’étincelles très courtes qui font pénétrer la chaleur avec une grande intensité sans carboniser la surface de la plaie. On peut aussi faire
g0 traité de thérapeutique chirurgicale.
pénétrer le courant dans ces cavités en les remplissant d une pâte faite avec du sulfure d’étain et de l’eau salée.
Pour les tout petits cancroïdes, il faut se servir d’une électrode très fine, mais dans ces cas il faut aussi diminuer l’intensité du courant, en employant simplement une ou deux spires du solénoïde.
Il est donc possible d’obtenir à volonté, par l’ électro-coagulation avec le grand appareil de Gaiffe, les effets les plus réduits et les effets les plus considérables.
Si l’on veut agir sur une grande surface et à une faible profondeur, on emploiera un entonnoir renversé et rempli d’eau salée. — supposons un cas de cancer en cuirasse — et on fera aux limites de l’entonnoir plusieurs ponctions au bistouri, pour y introduire de petits thermomètres. On arrivera ainsi à chauffer toute la région malade dans l’épaissenr que l’on jugera convenable, jusqu’à la température nécessaire.
Il est dès aujourd’hui démontré que, si l’on emploie comme il convient l’électro-coagulation thermique, cette méthode de traitement doit être substituée, dans toutes les variétés du cancer, aussi bien aux rayons X qu’au radium ; ces agents physiques en effet sont incapables d’agir dans la profondeur, et ne possèdent, bien qu’on ait prétendu le contraire, aucune action élective sur les cellules cancéreuses.