‹ Traité de thérapeutique des maladies articulairesChapitre 28 sur 101 · RHUMATISME ARTICULA1BE AIGU · texte numérisé non relu

RHUMATISME ARTICULA1BE AIGU

M. Bouillaud (1) a cherché à résoudre ce problème en comparant ractîon de cliaque méthode de traitement à la durée moyenne du rhumatisme; pour cela, il a additionné les jours qu ont duré une certaine quantité de rhumatismes, et, divisant la somme totale de ces jours par le nombre des malades qa il a observés, il a été conduit à admettre comme type de la dorée rhumatismale une moyenne de six à huit septénaires, un mois et demi à deux mois.

Cette base a été généralement admise, et Ton s'est habitué à considérer comme efficace toute méthode dont l'application réduisait la maladie à une durée de cinq à six semaines.

Évidemment, on ne peut arriver de la sorte à une apprc«* ciation rigoureuse, car il s'agit moins de savoir quelle est la durée moyenne du rhumatisme en général que de prévoir quelle sera sa durée dans un cas donné.

Or cette détermination ne peut éire faite au début du rhu« matisme; on ne peut savoir, dans les premiers temps qui suivent son invasion, quelle sera Tintensité des douleurs, le nombre des articulations affectées , et si les organes internes deviendront ou non malades; dès lors la part qu'ont dans le résultat la tendance naturelle du mal et la puissance du traitement reste incertaine.

L efficacité d une méthode thérapeutique ne peut être vrai« ment jugée que lors((ue le rhumatisme aigu, abandonné à luimême pendant une semaine ou deux, a manifesté clairement son étendue et son intensité. Si, à cette époque, il n y a dans Us articulations que de la gène et de la douleur, il est difficile de dire quand le mal disparaîtra , mais la terminaison doit être plus ou moins prompte. Il n'en est plus de même si Ton trouve des gonflements ou des hydarthroses dans un grand nombre d'articulations; il faut s'attendre alors à une durée d*nn mois au moins, heureux encore quand la guérison arrive dans un temps aussi court. Enfin, lorsqu'une ou plusieurs ar* ticulations sont le siège d'une inflammation phlegmoneuseï ou, en termes plus rigoureux, d'une inflammation avec sécrétion de fausse membrane et de sérosité, In maladie doit se pro-

(i) Traité clinique du rhumatisme arliculairc, Paris, iS/Jo.

114 AHUMaTISMË ARTICULAiRIÎ AIGU.

longer deux ou trois mois au moins, et quelquefois mérae au delà.

Toutes choses égales, d'ailleurs, sous le rapport des conditions anatomiques, le pronostic est moins grave si le malade est vigoureux, si la cause de son rhumatisme a été de courte durée, comme un refroidissement brusque; s'il n a eu aucime lésion antérieure. Les difficultés que Ton peut prévoir sont bien plus grandes, au contraire, si la santé générale a été dété« riorée, si le séjour plus ou moins prolongé dans un lieu humide a produit de tels changements dans l'économie, que, Tétat aigu dissipé, le malade ne soit pas guéri. Ce n'est donc pas en admettant que la durée moyenne d'un rhumatisme soit de quarante à soixante jours, et en partant de cette idée comme d'un principe, que Ion pourra avoir le critérium d'une méthode de traitement ; c'est en tenantcompte de toutes les variétés de causes, de constitution et d'état anatomique que nous venons de rappeler.

Parmi les raisons qui , dans ces derniers temps, ont le plus contribué à jeter la confusion dans tout ce qui a été bit sur le rhumatisme, il fout signaler la tendance à trouver un re-*. Riède applicable à toutes les périodes de la maladie. Plusieurs de ceux qui ont mis en usage les saignées répétées, le sulfata de quinine (1), ou le nitrate de potasse (2), l'ont fait, quelle que fût 1 époque du mal à laquelle les rhumatismants leur Âissent présentés; de là devait résulter, et est résulté en efiet, que certains moyens, utiles à une période du rhumatisme, miisibles à d'autres, ont eu les effets les plus variés, et que, dans ces résultats contradictoires, les adversaires comme les partisans de la méthode ont puisé à pleines mains des arguments en faveur de leur opinion. Cependant, le soin de distinguer les diverses phases des rhumatismes, et d'appliquer à chacune d'elles des méthodes différentes, ressortait des principes les plus élémentaires du traitement médical des maladiea, et avait été signalé par plusieurs auteurs, mais surtout

(i) Bulletin de V Académie de médecine, i. VUI, p. i5t, 898. — Artkivttde médecine^ 2* série, t. XV, p. 372.

(a) Bulletin de V Académie de médecine, t. IX, p. i3o.

PBÉCAtJTIONS HYGIKNIQCES. IIS

par Bartbez. Cest en cherchant à éviter ces erreurs que je vais faire connaître les principaux moyens qui ont éié mis en pratique dans le traitement du rhumatisme aifju.

Ait. I*'. — PaiCAunoifs HTciiHiQUis.

Le malade doit être placé dans les conditions hygiéniques réclamées par les états inflammatoires, et qui sont celles du repos absolu ou du calme de toutes les fonctions.

On sait expérimentalement quelles sont ces conditions. Je crois pouvoir les résumer sous forme de lois, et d'après les principes que j'ai développés dans la Gazette médicale de Lyon en 1850. Deux choses sont à considérer : les a^jents extérieurs, tels que I air et la nourriture; les actes de l'économie, comme le mouvement et la respiration. Les premiers, c'est-à-dire les a^^ents extérieurs, doivent avoir des qualités douces, moyennes et uniformes; les seconds, c est-à-dire les actes de Téconomie, doivent être supprimés quand ils ne sont pas indispensables; réduits à leurs éléments essentiels, quand ils ne peuvent pas être suspendus, et, dans ce cas, être aussi uniformes que possible; l'uniformité est ainsi une loi corn* mune aux modificateurs et aux actes de l'économie.

En parlant de ces principes, on voit que dans le rhumatisme aigu le malade doit être mis à la diète ou suivre un régime d^aliments doux, semi-liquides, tièdes, et pris eu petite quantité. Les bqissons ne seront ni froides ni très chaudes; lair, souvent renouvelé, sera maintenu à une température moyenne et toujours égale. Le jeu de la poitriue, borné à son méca* nisme le plus simple, celui de Tinspiratiou et de l'expiration , ne sera sollicité par aucun effort pénible. Les sens doivent être laissés dans 1 inaction; par conséquent, point de bruit, point de lumière vive, point de contact énergique. Même état de calme pour l'intelligence; dès lors éloignement des préoc«» cupations de tout genre, pas de conversations, sommeil aussi prolongé que possiole.

La nécessité d'une température douce et uniforme admise pour les organes respiratoires ne l'est pas moins pour l'enve*^ loppe cutanée : on aura donc la précaution de ne pas décou-

116 RHUMilTI^ME ARTlCULAine AIGU.

vrir le malade et de ne souineitre aucune partie au contact de corps très chauds ou très froids.

Quant aux fonctions musculaires et à celles des articulations, il va sans dire cpi elles doivent être suspendues aussi complètement que possible. En général, dans le rhumatisme généralisé, le séjour au lit assure une immobilité suffisante. Mous verrons plus tard comment, dans les cas plus graves, cette indication peut être remplie par des moyens spéciaux.

Mais, indépendamment des modificateurs hygiéniques, quels sont les autres moyens auxquels on peut avoir recours?

Aht. II. — Traitement.

Pour mettre quelque ordre et préparer les bases d'une appréciation raisonnéc, j'exposerai les moyens nombreux proposés dans le traitement du rhumatisme articulaire aigu , en tenant compte de Tindication principale qinis sont destinés à remplir. On peut les ranger sous les chefs suivants :

i^ Moyens de combattre les causes du rhumatisme et en particulier d'activer la transpiration;

2** Antiphlogistiqnes, saignées, sangsues, etc.;

5^ Moyens de combattre la douleur : opium, belladone, chloroforme , etc. ;

A* Boissons tempérantes et en partictilier solution de nitrate de potasse ;

5» Révulsifs sur la i>eau, vésiCatoii*es multipliés, etc.;

6*' Dérivatife sur le tube intestinal; vomitifs et purgatifs;

7* Moyens de soustraire Texcès de la chaleur; procédés hydrothcrapiquea.

8® Altérants; mercure, antimoine, sulfate de quinine, etc.;

9® Combinaison de ces diverses méthodes.

§ 1. Moyens de ccmbaUrc les causes et ee particulier d'activer

la transpiration.

Quoique les causes du rhumatisme soient très variée?, qu'il puisse succéder à une fièvre typhoïde, survenir à la suite d'une suppression quelconque, comme celle des menstrues.

TRAITF.MENT. 117

des lochies, etc., sa cause la plus ordinaire est un refit>idissemeut , et , par suite, larrét de la transpiration cutanée. De làfiodication des sudorifiques et, en général, des moyens qui portent à la peau.

Les plus usités sont les boissons chaudes, abondantes et rendues sudorifiques en y faisant infuser du sureau, du tilleul, de la mélisse, etc. On en favorise l'action en recouvrant le mabde de nombreuses couvertures de laine, et lui recommandant Timmobilité dans le lit.

Aux infusions aromatiques on a conseillé de joindre des moyens plus actifs, tels que Tesprit de Mindérérus, ou acétate d ammoniaque à la dose de & à 15 {grammes; la teintui^e de gayac à la dose de 5 à 15 grammes, suspendue dans une infu^ sion à laide d'un jaune d œuf.

Indépendamment de ces boissons, on a conseille des bains on des fumigations qui agissent sur toute la peau, et dont TefFec sadorifique est à la fois plus puissant et plus sûr. Tels sont les bains et les douches de vapeur, déjà décrits p. 38, les fumigations camphrées.

Cette dernière méthode a été surtout préconisée par notre regrettable collègue Alphonse Dupasquier. Les observations qa*il a publiées à lappui ont été analysées dans la Mevue mé* dicakiîe 1826.

Que penser de ces médications échauffantes?

Il me semble parfaitement démontré qu elles sont indiquées et qu'elles peuvent être utiles dans la période d'incubation , cest-à-dire pendant le temps qui s'écoule entre un refioidissement et la manifestation évidente du rhumatisme, période de malaise, dans laquelle le malade, abattu, craint le froid et éprouve des frissons. La confiance universelle dans la méthode sudorifique et Tusage constant de se faire transpirer au début des maladies, et surtout après un refroidissement, démontrent toute l'utilité de cette médication.

Les moyens qui portent & la peau, et spécialement les bains de vapeur, ou les fumigations camphrées, trouvent encore les applications les plus avantageuses lorsque le rhumatisme est ùson déclin , c*est-ù*dire après la disparition de la fièvre et des symptômes aigus. Aussi l'utilité de ces baingdç vapeur, quand

118 RHUSfATlSMR ABTICLLAIRR AIGU«

la maladie tend à passer a Tétat dironîque, est^elle géDérale« ment reconnue.

Mais si la méthode sudori6()ue est appliicable avant Tinvasion du rhumatisme aigu et lorsqu'il passe à Tétat chronique , il n'en est plus de même peudaut le cours de la maladie , surtout lorsquetle a un caractère inflammatoire vivement caractérisé. A cette époque, tous les échauffants augmentent les douleurs et la fièvre, et, comme le fait observer M. Trousseau, la peau dans le rhumatisme aigu est si chaude et couverte d'une transpiration si abondante qu'il n'y a aucune indication de provoquer la sueur et d'activer la calorification. L'analyse que cet auteur a faite , des observations citées par M. Dupasquier, démontre qu'elles ne sont point con* cluantes; comme je l'ai dit plus haut, p. 115, tant que dure l'état aigu, le malade doit être maintenu dans une température douce, moyenne et uniforme; et toutes les médicatioDS qui le soumettent à une température élevée ne peuvent être que nuisibles.

Pour éviter ces inconvénients, obtenir une transpiration qui n'exigeât pas une élévation de température et fût en même temps propre à calmer les douleurs , j'ai imaginé de recourir à des fumigations d ether.

Le procédé à suivre est' fondé sur ce principe que l'éther» mis en contact avec un vase rempli d'eau chaude, se vaporise avec la plus grande rapidité, et que si Ton fait dégager cette vapeur au-dessous des couvertures, elle agit sur le tronc et sur les membres sans être respirée. L'expérience m'a démon* tré qu'il suffit de deux cruches de fer-blanc ou d'étain contenant chacune un litre d'eau bouillante placées aux pieds du malade, et en contact avec 60 grammes d ether sulfurique, pour obtenir habituellement une transpiration abondante et qui n'est suivie d'aucune excitation. L'éther peut être versé dans une assiette, au voisinage de laquelle on place les cruches remplies d'eau chaude; ou Ton peut en imbiber des linges que l'on place sur les bouillottes ou dans un vase; aussitôt après que ce petit appareil a été glissé sous les couvertures, il faut engager soigueuseiuent celles-ci au-dessous des matelas et en entourer le cou , pour que la vapeur de l'éther ne puisse s'échapper. Au

TUAiTËMENT. 119

bout (1 une heure ou peut cuan^,er les linges du auilude » afin d éviter une trans|iiration prolongée. Cette opération est répétée chaque jour un plus ou moins grand nombre de fois , suivant Tobstinationdes douleurs.

1 1 importe de ne point approcher de Téther les corps chauffés autrement que par Teau bouillante. J'ai vu un cas où la transpiration ne se manifestant pas avec assez de promptitude, U garde*malade se servit d'un fer chaud à repasser qu'elle glissa sous les couvertures ; il en résulta une combustion d*une par? tie des draps et du matelas, laquelle ne fut arrêtée que par le défaut d'air.

L'expérience m'a prouvé que l'air qui entoure le malade ne s'élève, pendant cette fumigation , que d'un degré , et que la transpiration n'a alors rien de fatigant; aussi je n'hésite point à recommander ce procédé de sudation, soit au début, soit même dansie cours du rhumatisme, lorsque la période inflam^ matoireest passée. Les faits que j\ii recueillis justifientl'emploi de la sudation éthérée, cpioique les résultats obtenus n'aient été ni aussi prompts ni aussi complets que ceux que beaucoup d'auteurs ont attribués à des moyens dont l'utUité m'a parti souvent plus que douteuse.

$ 2. AniipblAgûliqiiM.

Lorsque le rhumatisme aigu est développé, on ne peut mécoonattre que l'affection générale dont il est la conséquence a'ait un caractère inflammatoire. Cet état inflammatoire n^ constitue pas la maladie tout entière, mais il en est l'un des éléments essentiels, comme le prouvent l'état du sang, dans lequel la fibrine augmente si notablement, et tous les symptômes de réaction fébrile et de douleurs locales qui précèdent et accompagnent la maladie. De là la nécessité d'un traitement ^nttphlogis tique.

La saignée au début du rhumatisme aigu a été conseillée par tous les auteurs ; elle l'a été par Baillou, Sydenliam, Stoll, Sarcone, Barlhez, Tissot, etc., et l'on sait (|u'elle est généralement employée dans tous les hôpitaux. L'utilité d'une ou deux saignées dans la période (l'accroissement du rhumatisme nigu

120 RHUMATISME ARTICULAinE AIGU.

doit être regardée comme une vérité acquise à la science, il nVn est pas de même des saignées en grand nombre, pratiquées h toutes les périodes du rhumatisme.

Le premier auteur qui ait conseillé cette méthode des saignées répétées est Sydenbam. Voici comment il s'exprime (i) :

• Dès que je suis appelé, je prescris sur-le-champ une saignée de bras de 10 onces; le lendemain, je fais tirer une égale quantité de sang; un ou deux jours après, selon les forces du malade, troisième saignée ; enfin, après un intervalle de trois ou quatre jours, selon les indications Fournies par les forces du malade, par son âge, par sa constitution et d'autres cir* constances, j'ordonne une quatrième saignée, qui, le plus ordinairement, est la dernière; car il est rare que nous ouvrions la veine plus de quatre fois. »

Sarcone (2) suivit une méthode aussi énergique dans le traitement de la fièvre rhumatismale qui régna à Naples en 176&. Tissot (3) dit dans son Avis au peuple : « Si le mal ne diminue pas considérablement après la première saignée^ il faut la réitérer au bout de quatre heures. J'en ai fuit faire quatre dans les deux premiers jours, et, quelques jours après, une cinquième. »

M. Bouillaud, de nos jours, est Tauteur qui a le plus insisté sur les saignées nombreuses ; il a modifié les règles qui doivent présider à leur emploi, et donné à sa méthode le nom de méthode des saignées coup sur coup.

La quantité moyenne de sang qu'il a exlrait par ces saignées répétées a été de 4 livres 1/2 environ en cinq saignées, tant générales que locales, dans les cas d'une intensité moyenne, et de 5 à 6 livres environ en six ou sept saignées dans les cas d'une gravité plus que moyenne.

Les résultats qua donnés à M. Bouillaud la méthode des saignées coup sur coup ont été, dans certains cas, des plus brillants, puisque quelques jours ont suffi pour enrayer un rhumatisme bien caractérisé. C'est surtout dans les affections récentes et d'une intensité moyenne que de semblables sticcès

(i) Traité des maladies aiguës, sect. VI, c, 5.

{%) Sarcone, Istoria, t. I, p. 109.

(3} Traité du rhumatisme articulaire, p. 35i, 3&5.

ont été obtenus. Quant aux résultats gém'raux, voici comiccnt il les expose iui-mêinc :

« Récapitulons les trois grands résultats dont Tcxpérience a

> ciaîrement démontré la réalité :

» 1* La nouvelle méthode réduit à zéro la mortalité, même

■ dans les cns les plus graves, pourvu qu'elle puisse être cm-

• ployéeà temps;

1 2^ Elle prévient le passage de la maladie à Tétat chroni-

• que, terminaison fâcheuse même lorsqu'elle n'a lieu que 9 pour les articulations, mais très grave, et souvent mortelle « au botit d'un temps plus ou moins long, quand elle a lieu

> également par Tendocardile qui accompagne presque con- 9 stamment les grands rhumatismes généralisés;

9 5* Elle abrège la durée du rhumatisme articulaire aigu 9 intense, de telle sorte qu elle n'est plus que d'un ou deux

■ septénaires, au lieu de six à huit, terme moyen. » L'époque à laquelle s'établit la convalescence, c'est-à-dire

celle à laquelle le mouvement fébrile est cotnplétement tombé, varie, dans les observations de M. Bouillaud, du quatrième au douzième jour; il fixe du seizième au dix-neuvième jour la durée moyenne du temps qui s'écoule entre le début du traitement et la guérison définitive.

Or, dans les observations de M. Bouillaud, l'âge moyen de la maladie, à l'époque du début du traitement, était d'environ neuf jours. Il en résulte que la durée totale de l'affection a été, chez la plupart des individus soumis à sa méthode de traitement, d'environ vingt-cinq à vingt-huit jours.

En présence d'une série d'observations aussi complète que celle de M. Bouillaud, on se sent entraîné vers l'emploi des saignées nombreuses et rapprochées ; cependant , plusieurs objections d'une haute gravité s'élèvent contre cette méthode. Sydenham, qui en avait pu étudier soigneusement les effets, puisqu'il l'avait mise longtemps en pratique, reconnaît, dans sa lettre à Robert Brady, que les saignées répétées, non seulement abattent dans le moment les forces du malade, mais encore, pour peu qu'il soit d'une constitution débile, le rendent plus apte à contracter d'autres maladies pendant quelques années. « L'expérience m'a appris, dit- il, qu'après la

122 HHUMATISME AATlCULAinE AiGU.

seconde OU tout au plus la troisième saignée, il valait mieux administrer et répéter souvent les cathartiques jusqu'à la complète cessation des symptômes, que de laisser tout à faire à la phlébotomie. » Stoll, qui avait quelquefois «suivi la première méthode de Sydenham, a aussi remarqué que la longue durée du mal n en était point abrégée. « Nous brisâmes, dit-il, les forces des malades plus vite que la maladie; les malades restèrent immobiles pendant plusieurs semaines. » Barthez avait sans doute rencontré des faits de ce genre, puisqu'il dit qu on doit toujours craindre d'abuser de la répétition des saignées, et qu'il recommande d'en user avec modération. Eofin, d'après les médecins ou les élèves qui ont suivi le service de M. Bouillaud, les convalescences n'y sont pas franches; elles sont toujours très lentes, et il n'est pas rare de voir reparaître dans d'autres services les malades qui en ont été renvoyés comme guéris ; leur rhumatisme a récidivé, ou ils sont réduits à un état de faiblesse et d'anémie dont on les retire fort péniblement.

En tenant compte de l'ensemble des travaux que je viens de citer, on est conduit à penser que dans des cas spéciaux, dans les rhumatismes aigus et généralisés existant chez les hommes jeunes et vigoureux, la méthode des saignées coup sur coup peut être employée avec les plus grands avantages; naais elle doit être exceptionnelle, et, dans Timmense majorité des cas, on doit se borner, suivant le conseil de la pi upart des praticiens, à quelques saignées proportionnées aux forces du malade et à Tintensité de l'état inflammatoire; et les faire dans les premiers temps qui suivent l'nj^parition des phénomènes inflammatoires.

^ 3. SKo^ent de eomballre lef douleurt lopinm, belladone, ehloroforme, eto.

Les douleurs sont si vives dans la plupart des rhumatismes aigus, elles en constituent un élément si essentiel, que les médicaments dont l'effet spécial est d'eng(mrdir la sensibilité ont été recherchés dans tous les temps.

L'opium, base de la plupart des formules destinées à produire un effet calmant, a été administré à hante dose, soit à l'intérieur, soit en applications externes. M. le docteur Corri-

TllUTEMENT. 128

{[an préfère Tusâge interne; il ne ilonne guère moins de 50 à 60 centigrammes d'opium par jour. M. Piedagnel a lu à l'Académie de médecine un Mémoire dans lequel il cherche à démootrcr les avantages de la méthode de M. (>orrigan.

Nous avons fait, M. Trousseau et moi, des expériences nombreuses sur les elTets de Topium administré par la méthode eudermiqiie,dans le rhumatisme articulaire aigu, et nous avons rendu compte de nos observations dans un Mémoire publié en 1832(1).

Cependant, quels que soient les éloges donnés au traitement (lu rhumatisme aigu par l'opium à haute dose, il importe de prémunir les praticiens contre Timporlauce exagérée qui lui a été donnée. Les grands observateurs de tous les temps ont signalé les inconvénients qu'il entrahie; Sydenham, Cullen, Quariu, Van-Swieten, Barthez ont proscrit Topium ou en ont beaucoup restreint Tusage dans le rhumatisme aigu. « L'expérience, dit Barthez, apprend que Topium est le plus souvent un palliatif équivoque des douleurs de rhumatisme, et que, lorsque son action vient à cesser, les douleurs se renouvellent dans la même |)artie ou dans d'autres avec autant ou plus de violence. Il est à craindre, ajoute-t-il, que l'opium ne détermine le transport du rhumatisme sur le cerveau ou les poumons, qu'il n'augmente réchauffement en resserrant le ventre, etc. » A en juger par les cas nombreux où j ai eu l'occasion de suivre le traitement du rhumatisme par r('pium à haute dose, les malades sont jetés par le narcotisme dans un état très pénible ; leurs douleurs deviennent moins aiguës à la vérité, mais ils éprouvent des envies de vomir et un malaise générai; les rêves les plus fatigants troublent leur sommeil, et lorsqu'ils sortent du l'assoupissement où ils ont été plongés, leurs douleurs se reproduisent avec presque autant d'intensité qu'auparavaut. Ils les préfèrent toutefois au malaise indicible qui suit rem|doi de l'opium. Ce remède à haute dose doit être proscrit tant que dure l'état inflammatoire ; on ne doit l'employer qu'en petite quantité et lorsqu'il est indiqué par la violence des douleurs.

(i) Archives de médecine, t. XXVIJ, p. 293 ; t. XXVIll, p. a8, 167.

12& RIIUMATISMC ARTICULAIRE AIGC.

Ou peut remplacer Topium par ia morphine, à la dose de 5 à 10 centigrammes; ces doses un peu fortes sont mieux sup* portées que dans d'autres conditions.

Les solanées vireuses, et en particulier la belladone et le datura stramonium, ont été conseillées. M. Lebreton en a surtout fait usage avec hardiesse : il donne 1 centigramme et quart de poudre de Tune ou Tautre de ces plantes toutes les heures, et il en continue Temploi jusqu'à ce que le délire survienne. Ce phénomène obtenu, il diminue la dose de manière à laisser persister le délire au même degré pendant deux, trois ou quatre jours.

Par cctie énergique médication, que M. Trousseau a répétée sans lui trouver aucun danger, il prétend guérir en peu de jours les rhumatismes synoviaux, fébriles et généraux.

M. Lombard, de Genève, qui a fait des études sur 1 aconit et qui en donne lextrait alcoolique à une dose progressive* ment croissante de 2 à 45 centigrammes, attribue aussi à ce médicament une salutaire influence sur la marche du rhuma* tisme.

On sait que la classe des auesthésiques s'est enrichie, dans ces dernières années, de plusieurs moyens nouveaux. M. Aran en a fait des applications au sujet qui nous occupe, et il a publié des expériences sur lemploi local du chloroforme et de la liqueur des Hollandais (éther chlorhydrique chloré). Je traiterai avec quelques détails des effets de ces substances en m'oc* cupaut de Tarthrite aiguë, ou rhumatisme localisé.

Quoi qu*il en soit des nombreuses variétés des substances naiTotiques que nous venons de passer en revue, Tindicationde calmer les douleurs est tellement formelle et souvent si pressante, que les remèdes propres à Tatténuer tiendront toujours une grande place dans le traitement du rhumatisme aigu, et que, dans les cas difficiles, on sera heureux d'en avoir une grande variété à sa disposition pour les faire succéder les uns aux autres. Mais ce serait une grave erreur que d'y voir un moyen spécifique propre à combattre cette maladie, ils soida* gent un symptôme pônihle, ils remplissent une indication importante; leur utilité ne va pas au delà.

S 4. TcœpëranU, et en partîouHer, nîtrale de potasse.

La fièvre inflammatoire qui coïncide avec les douleurs articulaires indique Tusage des boissons tempérantes, et l'état du sangy qui contient une grande proportion de fibrine (celle-ci » de 2 à 3 millièmes, quantité normale, peut s'élever à 7 ou 8 millièmes), montre Timportancc de choisir les tempérants qui rendent le sang plus liquide et dissolvent son élément fibrineux. Toutes ces conditions sont réunies parles lx)issons aqueuses, auxquelles on ajoute des sucs acides, et en particu' lier le jus de citron, vanté dans ces derniers temps, Tacétate de potasse, etc. ; mais aucune substance n'a une utilité aussi bien constatée que le nitrate de potasse, sur lequel des travaux très nombreux ont été Faits aux diverses époques de la science.

Sydenham, Barthez, Tissot le prescrivent en petite quantité et dissous dans une boisson abondante. Il n aussi été conseillé à haute dose, et le nombre des médecins qui Tont employé de la sorte, dans ces derniers temps, est très considérable. Bocklesbv (1) parait être celui qui a le premier expérimenté le nitre decette manière. « Il en a donné jusqu'à 10 gros (&0 grammes par jour), pendant quatre ou cinq jours de suite, en faisant boire en même temps une très grande quantité de boisson délayante et chaude, comme une infusion de sauge ou de gruau. « Mac* bridge (2) et William Withe ont suivi avec succès la méthode de Brocklesby. M. Gendrin, qui a importé cette méthode en France, a commence à employer le nitre à la dose de 8 oïl 10 grammes, et il l'a porté graduellement jusqu'à celle de UQ ou 50 grammes. Les résultats favorables qu'il en a oblémiâ dans un g;rand nombre de cas sont consignés dans le numéro de février 1841, du Journal des connaissances mécUcO'chirurgt. cales. M. Forget (3) et M. Stœber (4) ont imité la pratique de M. Gendrin, et, comme lui, ont eu lieu de se louer de ses ct-

(i ( OEconomical and %ncdlcttl ùhscrvattous, ijSS — 63.

(î) hîcihodit'al Introduction lo tUc thcory and pmclirc of ph)ViC,

(3) Gazette mrdiciiie^ l" janvier l843.

(i) Bulicttn thtrttpfittitiur, i/î jniii |8.{3.

126 IIHUMATISMK ARTICULAIRE AIGU.

fets. EnFii), M. Martin-Solon a publié un Mémoire (1) très étendu sur l'emploi du uitriue de potasse dans le rhumatisme articulaire aigu. Je me contenterai de citer les conclusions de ce dernier Mémoire, parce qu'elles sont appuyées sur des faits précis, et qu'elles sont conformes à celles de tous les auteurs qui ont étudié la question.

1^ Le nitrate de potasse est facilement toléré par les rhumatisants, à la dose de 20 à 60 grammes;

2^ Appliqué au traitement du rhumatisme articulaire aigu, il eu détermine la solution en quatre ou dix jours, et le plus souvent sept. Son action suffit dans les cas les plus intense.*'^, lorsqu'ils sont simples.

3° Ce résultat a lieu sans qu'il y ait d*efFet apparent autre qu'un abaissement de la fréquence du pouls et une diminution de la chaleur de la peau ; l'augmentation des sécrétions cutanées, alvines et uriuaires ne semble pas le favoriser.

W Le nitrate de potasse à haute dose arrête presque toujours les progrès du rhumatisme, ou bien, si de nouvelles articulations s'endolorissent, rintensiié des douleurs va graduellement en diminuant. Ce traitement, [lar sa rapidité, prévient les endocardites, rend la convalescence très courte et les rechutes moins lréc|uentes.

5** Cette médication est suffisante et conserve toute son efficacité lorsque le rhumatisme est compliqué d*une faible endocardite.

6^ Quand la circulation est gênée, et quand une autre phlegroasie s'ajoute à l'arthritis, les émissions sanguines ou les divers moyens appropriés à la nouvelle maladie doivent concourir au traitement.

Le nitrate de potasse doit être administré en solution éten» due: sous cette lorme il ne produit aucun effet toxique. « II n faut le prescrire, dit M. Martin-Solon, aux doses de 8, 10 et » 15 grammes [)ar litre de tisane, de manière que le malade «prenne, dans les vingt-quatre heures, de 16, 20, kO ou V même 60 grammes de sel potassique. La dose ordinaire est » de 30 grammes. Un ne doit arriver à 60 que quand la soif

(i) Bulletin de V Académie de médecine^ i843, t. IX, p. i3o.

» est vive ei qu'il devient nécessaire d'accorder cinq à six po:s I de tisane |)Our IVuancher »

La durée du trairement par le nitrate de potasse ne doit pas étretrès prolongée. On s'accorde généralement à le considérer comme devant agir pendant les quatre ou cinq premiers jours de son administration ; passé ce temps , s'il ne survient aucun ameodement , il sera inutile d'insister sur son emploi.

Le nitrate de potasse augmente ordinairement la sécrétion urinaireet modifie à peine la sécrétion cutanée; il exerce une action sédative générale, produit le ralentissement de la circuiaiion, la diminution de la fièvre et calme la douleur.

EolTi^i Bœcfaer publiait un travail sur ceite question: dnniirum sanguinem resolvat aut coagulet? Il considérait le nitre comme un dissolvant susceptible de détruire la plasticité du sang. Barthez accordait aussi à ce sel une action spéciale et le regardait « comme un résolutif de l'état du sang et des humeurs. » Ces présomptions sont démontrées par les faits.

En premier lieu , le nitre est absorbé. Raynard d'Amiens eiBatham l'ont trouvé dans le sang et dans l'urine des malades à qui ils l'avaient administré à haute dose. M. Martin- Solon Ta découvert également dans l'urine, et en si grande quantité qu il pouvait en obtenir des cristaux. Enfin, mon pafeoi, M. Eugène Bonnet , a constaté sa présence dans Turiue de plusieurs malades traités dans le service de M. Brachet.

En second lieu le nitrate de potasse dissout la fibrine. C'est là un fait acquis à la science depuis les travaux de M. Denis sur ce sujet. Je fai moi-même constaté dans bien des circon- Hances, soit eti recevant le sang d'une saignée dans une solution de nitrate de potasse, soit en faisant macérer de la fibrine dans cette solution saturée. Dans le premier cas, le sang restait liquide , il ne se formait pas de caillots ; dans le second , la fibrine se développait complètement.

Si le nitrate de potasse est un dissolvant du $ang,il ne peut être utileque dans les cas où il y a état inflammatoire du sang ^t augmenta lion de la fibrine. Cesi ce que lexpérience démontre en effet. M. Martin-Solon n'en a rien obtenu en l'absence de la fièvre.

En voyant Tutilité d'un dissolvant de la fibrine, tel que le

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