‹ Traité de thérapeutique des maladies articulairesChapitre 29 sur 101 · RHUMATISME ARTICULAIRE AIGU · texte numérisé non relu

RHUMATISME ARTICULAIRE AIGU

nître, danslc rhumatisme aigu, on se demandesi Tonne pourrait pas recourir aux autres sels qui ont aussi la propriété de dissoudre la fibrine, tels que Thydrochlorate d'ammoniaque et Tiodure de potassium. C'est là précisément ce que quelques praticiens ont déjà itiit. Barthez dit que le sel ammoniac» pris à dose assez Forte , lui a paru un résolutif fort avantageuse dans la première période du rhumatisme aigu (1), et Tioclure de potassium a été conseillé dans ces derniers temps.

Mais ces moyens, jouissant de propriétés excitantes ii*ès énergiques , doivent être proscrits dans Tétat iuflummntoire. Comme rexpérience l'indique , le nitrate de potasse doit leur être préféré. Ce moyen est Tun de ceux qui , semblables à la saignée, doivent rester dans la pratique; ce nest pas seule* ment vers le début delà maladie qu il peut être utile, mais lorsque ceilc*ci a acquis toute son intensité et qu'elle est arj*i véc à ce que Ton appelle sa période d'état.

$ 5. Aérttttkfs fttr U peav s vAiîealoîres mvIttplUf.

Les accumulations séreuses dans les membranes synoviales sont fréquemment le résultat du rhumatisme; il était naturel dès lors d attirer cette fluxion séreuse au dehors par des moyens révulsifs et de remplacer, par cet appel à la peau , la transpiration supprimée, cause de la maladie. Aussi, à toutes les époques a-i*on appliqué des vésicatoires sur les articula* tions douloureuses et enflammées. Cette pratique , généralement adoptée dans le rhumatisme localisé , était suivie depuis longues années par M. Martin jeune, que j'ai cilé en 18&S (2).

Elle a eu un certain retentissement depuis le Mémoire pré* sente en 1850 à l'Académie de médecine par M. Déchilly, le rapport de M. Martin-Solon sur ce Mémoire, et la discussion dont il a été le sujet (5).

Comme toutes les méthodes jusqua présent examinées, remploi de lurges vésicatoires volants sur toute retendue des articulations malades, et répété de manière à p!)ursuivrc le

(i) Loc, cit., u I, p. 3^9.

(a) Traité des maladies ties articulations^ t. I, p. 374.

(3) Voyez PuKctin rfc V /tendent ic de mcdccine^ I, XV, p, C65 cl Muv.

rliiimaibme partout où il se manifeste, reftiplit une indication , mais ne peut constituer Tensemble du traitement. Ainsi qu il est résulté de Texamen des observations faites par plusieurs membres derAcadémie, et en particulier par M. Michel Lévy, les vésicatoires multipliés n'ont d autre avantage que de hâter la résolution rhumatique dans les articulations hydarthrosees et douloureuses.

Quelquefois dans les douleurs aiguës on emploie des sinapismes ; mais ce moyen ne peut être utile que dans les douleurs simples sans phénomènes inflammatoires. Si l'articalation est enflammée , les sinapismes ne peuvent qu*aug-> menter les accidents.

$ 6. Bérnratifi fof le lobe inteitiiuil : pargatiHi et rouAtàù,

Il est peu de remèdes dont on ait fait autant usage quedesvo* mitiCs ou des purgatifs. Il semble, en effet , naturel d*enlever, àfaide des évacuations abondantes que ces agents thérapeutiques provoquent, le principe morbide qui, en se portant sur les articulations, parait constituer Tessence même dn rhumatisme. Tous les purgatifs que renferme la matière médicale ont été proposés dans ce but. Ceux qui sont dissous dans une grande quantité d*eau froide, comme leau de Sedlitz, ont paru, et je crois, avec raison, devoir être remplacés par des purgatifs incapables de produire une réfrigération, et en particulier par ceux qui se donnent en pilules; parmi celles-ci ce sont les pilules de Lartigue composées d'extrait de coloquinte, d extrait de digitale, et de colchique^ qui sont aujourd'hui le plus employées.

Les vomitifs les plus usités sont Tipécacuanha et les diverses préparations d'émétique.

C'est sur cette dernière substance que les expériences les plus nombreuses ont été faites , et comme Témétique à haute dose produit d'abondantes évacuations , les résultats qu'on en a obtenus servent à juger la méthode que nous examinons , et démontrent qu elle est d'assez peu de valeur pour rester dans la théi*apeutique. Les purgatifs et les vomitifs peuvent bien remplir quelques indications spéciales et accidentelles;

1^0 RHUMATISME AKTICULAIRË AIGU.

mais ih sont loin de former l'un des éléments essentiels du traitement du rhumatisme aigu.

L'émétique administré suivant les principes de t école italienne jouit en France, grâce au patronage de Laënnec, d'une vogue momentanée. Mais des observations plus récentes , celle de Dance, de MM. Cbomel et Trousseau , ont diminué de beaucoup Timportauce qu on avait d'abord accordée à celte médication. Le Mémoire de Dance (1), appuyé suv vingt laits soigneusement observés et dont les conséquences sont rigoureusement établies, est sans contredit le travail le plus complet qu onait publié sur cette matière j aussi nous servirat-ii de guide dans 1 appréciation de la méthode amtimoniale.

Les auteurs qui ont administré Témétiqûe comme controstimulant dans le rhumatisme aigu, ont conseillé en général de débuter par une dose de 20 à ^0 centigrammes. Quelquesuns ont eu la hardiesse d'aller graduellement en augmentant jusquà 1 gramme, i gramme i/2, et même 2 et 4 gramines. Les eiïets determmés par ces doses énormes n ont pas ditléré sensiblement de ceux que Ton obtient par de plus petites quantités. Dance établit qu'à la dose de kO centigrammes Témétique doit produire son maximum d'action.

La forme que Ion préfère généralement pour l'administra* tion de l'émétique est une solution de ce sel dans 100 grammes environ d'infusion ou d'eau sucrée , à prendre dans la journée par petites portions et d'heure en heure.

L'administration de l'émétique dans le rhumatisme aigu a toujours été suivie de déjections' abondantes pendant les deux eu trois premiers jours. La tolérance s'est en général établie au troisième ou quatrième jom\

• Une sédatiou assez marquée dans la fièvre rhumatismale, une diminution notable, quelquefois complète^ du gonflement articulaire ont souvent été observées à la suite de ces évacuations« Dans plusieurs cas cette prompte amélioration se&t maintenue pendant la période de tolérance, comme MM. Cbomel et Trousseau l'ont mainte fois vérifié.

Le Mémoire de Dance se termine par la conclusion suivante:

(i) Archivti (U médedney iSap, t. XIX, p. 485 ; t. XX, p. 5.

« Si nous avions recours à cette médication contre le rhu- » matisme , ce serait au début de cette maladie et non à une ■ période avancée; mais nous aurions une plus grande con* f fiance dans le traitement antiphlogistique, et nous n'insistet fions pas sur l'emploi du tartre stibié dans la persuasion où

• nous sonuBes que le rhumatisme a quelque chose de fixe

• dans sa marche et sa durée, malgré les moyens les plus ac* f tifs et les plus perturbateurs. «

j 7. Sbyeaft d« soostraire l'ezeèf de la ehalear : ptotèdé

I)e même que des méthodes de traitement ont été instituées spécialement en vue de la douleur à combattre, des sécrétions séreiises à faire résorber, de la plasticité du sang à diminuer, de même des moyens ont été proposés dans le but de soustraire Texcès de chaleur générale et locale dont se plaignent les malades dans tous les rhumatismes intenses. Cependant si 1 on se fût borné à appliquer des compresses trempées dans de Teau froide sur les parties affectées, il eu serait résulté des effets si évidemment nuisibles que personne n'en a fait la proposition.

FriessDÎtz a imaginé pour ces cas une méthode de réfrigératiou momentanée suivie d'un enveloppement chaud et humide, pendant lequel la chaleur se rétablit et la transpiration devient très abondante.

On pratique 1 enveloppement humide avec les précautions indiquées page 150, et on le renouvelle toutes les demi-heures à peu près, une, deux, ou trois fois dans les vingt quatre heures. Le renouvellement du drap mouillé dans un même jour est fait d'autant plus souvent que la chaleur est plus vive et que le malade sent plus le besoin de la réfrigération. Au sortir de renveloppemeni humide , on doit toujours avoir soin de Élire une lotiun générale avec Teau froide; après quoi le malade est placé dans son lit avec des compresses humides seulement sur les jointures malades, qu'on entoure en outre de linges secs pour y favoiiser le rétablissement delà chaleur.

Trois observations , citées par M. Scoutetten , deux autres ,

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1 dues à M. Andrieux (de Brioude), et une enfin que ma rap*

j portée M. le docteur Pommics, conduiraient à assigner quel-

que valeur aux enveloppements humides dans le rhumatisme articulaire aigu.

Cependant on conçoit sans peine qu'une méthode qui choque toutes les opinions reçues, et qui engage plus qu au* cune autre la responsabilité du médecin , ne peut être employée, et surtout continuée avec la persévérance nécessaire, qu'autant que les résultats immédiats, et surtout le soulagement des douleurs en justifient Tusage. N'ayant pas obtenu ces résultats dans quelques cas rares où je me suis servi de la méthode pendant un nombre de jours sans doute insuffisant, je ne peux qu'imparfaitement en apprécier la valeur.

Une seule fois j'ai vu mettre ce procédé en pratique avec une rare obstination. Le malade était un plâtrier qui, dans le cours d'un rhumatisme chronique, avait suivi, dans un établissement de Lyon, un traitement hydrothérapique complet. L'expérience lui avait donné dans l'hydrothérapie une confiance aveugle qui pouvait seule lui permettre de répéter femploi des draps mouillés, comme il le fit pendant près de deux mois.

Son rhumatisme articulaire aigu, qni était très intense, avait envahi, dès le troisième jour, les articulations des pieds et des genoux. Les applications de draps mouillés, faites chaque matin quatre fois, de demi-heure en demi-heure, pendant huit jours, furent suivies d'une amélioration vraiment très remarquable, mais de courte durée; car les douleurs ne tardèrent pas à se reproduire au coude, aux mains, etc.

Pendant un mois et demi, ce rhumatisme aigu eut une ex* tréme intensité , privant le malade de tout sommeil, abandonnant une partie pour se porter sur une autre, et produisant les crampes les plus douloureuses. Le traitement fut continué pendant cinq à six semaines sans produire aucun résultat évident. La seule remarque que Ton puisse citer en sa faveur, cVst que le malade tendait toujours à y revenir; lorsqu'il l'avait abandonné pendant un ou deux jours, l'accroissement de ses douleurs lui faisait présumer que la médic ation le sou lageait un peu.

Les faits que je viens de citer, et les principes que j'ai déve*

loppé5 plus haut sur la néceâsicé d'une température moyenne et ODiforme, ne permettent point de recommander la méthode hydrotbérapique dans la période inflammatoire du rhuma* tisme aigu ; mais lorsque la maladie passe à l'état chronique, lorsqu^il est nécessaire d activer les fonctions de la peau » les eaveloppements humides, les frictions avec le drap mouillé, et même les bains froids avec la sudation, peuvent être extrêmement utiles. Le second et le troisième fait de M. Scoutteten viennent à Fappui de cette proposition, et j'ai eu occasion d observer un certain nombre de cas semblables.

S 8. AMéranti : mermire, aotîinwBe, eolehiqve, lullaito de qvinûie.

Le peu de succès que donnent souvent les méthodes fondées sur une indication raisonnée, ont fait rechercher des procédés empyriques dont il est impossible d'expliquer les effets. Les plus importantes de ces médications sont celles par le mercure, 1 antimoine, le colchique, le quinquina.

Dans le rhumatisme aigu , le mercure a été employé en se servant à Tintérieur du calomélas, et à Textérieur des frictions mercurielles.

Le calomélas , très usité en Angleten*e , est donné à doses purgatives ou à doses altérantes. Dans le premier cas, on en donne cinquante à soixante centigrammes en une seule dose; dans le second, on peut , suivant la méthode de Lavr, en donner un demi-centigramme toutes les heures. Il provoque alors la salivation au bout de quelques jours; et celle-ci peut être entretenue plus ou moins longtemps, en continuant Tusage du remède en moindre quantité. Les frictions mercurielles, à la dose de huit à trente grammes par jour, peuvent être également suivies de salivation. Aucun travail exact ne permet d'établir quelle est l'influence de ces médications. Dans les pays où on les met en usage, on les emploie pur tradition, mais nullement parce qu'on en a constaté les bons effets d'une manière rigoureuse.

Le même jugement peut être porté sur les préparations antimoniales administrées à dose altérante, c'est-à-dire dans cet état oh, ne produisant aucune évacu^tiqn , elles sont évidem*

134 RHUMATISME ARTTCULAIRK AIGU.

ment ubsorbées. Le vin stibie donné en gouttes par Haxam, le siilFure d'antimoine, loxyde blanc à la dose d'un deniigronrune à deux grammes dans un looch, telles sont les préparations les plus recommandées, mais que nous ne citons que pour mcinoire.

Quant au colchique, d'après l'abandon dans lequel il est tombé aujourd'hui pour le rhumatisme articulaire aigu > il y a lieu de croire que son utilité est tout aussi douteuse que celle du mercure et de lantimoine. Cependant, comme il jouit encore d'une certaine faveur dans le rhumatisme chroniqne et dans la gontte, jen parlerai de nouveau en traitant de ces deux maladies; j'indiquerai alors ses principales préparations.

L'idée d'appli(|uer le quinquina au traitement du rhumatisme articulaire ai{;u n'est point nouvelle ; Morton, Fothergill, Barthez, ont conseillé Temploi de ce remède dans les affections rhumatismales présentant un certain degré d'intermittence , ou coïncidant avec une fièvre de mauvais caractère. Plus tard, Haygarth l'érigea en méthode générale. Tandis que ses devanciers n'avaient jugé le quinquina utile que dans des cas exceptionnels , il se crut autorisé à le proclamer un spécifique de l'affection rhumatismale.

Haygarth administrait le quinquina en poudre à la dose de 2 à 12 grammes par jour. Cette pratique eut un petit nombre d'imitateurs; elle était à peu près complètement tombée dans l'oubli , lorsque M. Briquet vint , en 18&2 , appeler lattention des médecins sur les effets du sulfate de quinine à haute dose, et exciter des recherches auxquelles ont pris part un grand nombre d'observateurs.

Le sulfate de quinine peut être administré en poudre ou en solution. C'est cette dernière forme à laquelle on s'est arrêté, parce que l'absorption du remède est plus complète, quon peut le fractionner et le suspendre s'il survient des accidents toxiques.

Dans le commencement de ses expériences, M. Briquet donnait jusqu'à 5 et 6 grammes par jour de sulfiate de quinine; plus tard les inconvénients ont fait réduire la dose à i,

(i) Archives de médecine^ 3* série, t. XV, p. S73. — BuUeiin de VAcaéi^ mie de médecine^ t. VllI, p. i5a, 898.

9 OQ S Q[rainmes au plus, suivant la gravité des cas. Le sel était administre dissnus dans une potion gommeuse de 190 grammes , à Taide de 10 à 12 gouttes d'acide sulfurique. Cette potion était donnée par cuillerée, de manière à être prise en douze heures.

Soumis à Faction du sulfate de quinine, les malades éprouvent une sorte d'ivresse, que ion a désignée sous le nom ^ivresse quinique; ils ne peuvent appliquer leur esprit, ils éprouvent des bourdonnements, des sifflements, des tintements d'oreille, et assez souvent un peu de dureté de Touïe, de faiblesse delà vue, des vertiges et de la titubation. Ces troubles fonctionnels sont ordinairement passagers, mais quelquefois ils deviennent plus graves, et les malades tombent dans un véritable état typhoïque, caractérisé par Tadynamie et la prostration. Quatre malades sont morts à la suite de ces accidents.

En présence de ces faits, on est conduit à rejeter Temploi du sulfate de quinine à la dose de 2 et 3 grammes par jour, proscription d'autant mieux justifiée que la moyenne de vingttrois jours , qui est celle des rhumatismes traités par M. Briquet, n'a rien qui démontre l'efficacité de sa méthode lorsqu'elle n'est pas dangereuse. L'expérience ne permet pas de se prononcer sur la valeur du sel de quinine administré & la dose de 25 à 50 centigrammes par jour, et probablement il ne doit rester dans la pratique que comme moyen de combattre des symptômes intermittents qui pourraient se manifester dans le cours du rhumatisme aigu.

S 9. GomlnDaitoii de diveriei méthodef .

Cette combinaison peut se faire de deux manières : on peut employer successivement, et suivant les indications qui se présentent, les moyens ap|)licables à des cas déterminés; ou bien mélanger dans une même formule les diverses substances que Ton suppose utiles dans le rhumatisme aigu.

La première méthode est celle que la raison inditjue et que suivent un grand nombre de praticiens ; la seconde est celle qui a donné naissance aux formules compliquées.

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