‹ Traité de thérapeutique des maladies articulairesChapitre 64 sur 101 · ENTORSE DE LA HANCHE. &A · texte numérisé non relu

ENTORSE DE LA HANCHE. &A

La elflodication est devenue de pluj en plut prononcée, et au commencement du mois de novembre 1848 la gène extrême quil éprouvait à marcher la déterminé à venir à IMIôtel-Dieu de Ijyon.

On consente alors l'éiat suivant : le membre inférieur (^aucbe est notablement atropkié. La jnmbe gauche parait de 3 centimètres plus courte que In droite. La mobilité de la hanche n*est pas entièrement perdue; le mouvement de flexion est as^ez étendu pour que le (;enou puisse être rapproché du front jusqu'à une distance de o,a5 centimètres. Le mouvement d'extension ne depasse pasi» point nù la cuisse et le tronc sont sur le même plan. L'abduction et l'adduction, ainsi que la rotation, sont prc8(|ue nulles. Lorsque Ton imprime à la cuisse des mouvements un peu viùlents , on entend des craquements qui se pruduiiicnt «inssi pendant la marche. Lorsque celle-ci s'effectue, le malade sent la téle du fémur s'tflcver et s'abaisser le long de Tos des iles.

Le bon éiat de la santé {générale et Tabsence de tout signe d'inflammation articulaire me firent penser qu'il n*y avait ici qu'une indication à remplir, celle de rétablir les fonctions de la cuisse, en exerçant méthodiquement les mouvements de In hanche.

Le traitement, qui dura deux mois, consista excriusivement dans l'usage des appareils de mouvements. A l'aide de cordes réfléchies par des poulies, le malade imprimait chaque jour à la cuisse gauche pendant plusieurs heures des mouvements de flexion et d'extension, d'adduction et d'abduction. Après les trois prcmièies semaines, on ajouta à ces exercices l'usage de l'appareil de loialion, qui fut employé également deux fois par jour et pendant une heure chaque fois.

Le malade, qui éprouvait une amélioration graduelle et de plus en plus sensible dans son état, mettait beaucoup d'exactitude rt d'ardeur dans l'emploi de ce mude de traitement. Cette circonstance ne fut pas étrangère sans doute à la promptitude des résultais obtenus.

Champagnieux se semant capable de reprendre les travaux de sa profession de cultivateur, quitte l'HôteUDien le 8 juin 1849. Voici quelle est alors sa situation. La jambe gtiucbe a augmenté de volume de plus d'un centimètre par suite du développement musculaire. Le mouvement de flexion est assez étendu pour que le genou puisse être amené en contact avec le front. Lorsque le malade est couché, il peut, à l'aide des muscles de la cuisse, soulever sa jambe étendue; il peut aussi, en montant un escalier, franchir deux marches d'un seul pas. II était tout à fait incapable de faire cela au début, et même après un mois de traitement. Les craquements qui se produisaient pendant l«s mouvements de la cuisse ont cessé entièrement , et la démarche est devenue plua ferme et plus assurée. On constate encore l'existence d'un raccourcissement de a centimètres.

Les entorses peuvent laisser à leur suile une faiblesse de rarliculatioD telle que les malades ne peuvent marcher, hien qu'il n'y ait aucun gonflement et aucune roideur des mouvc* ments. J'ai observé cet état chez une jeune personne délicate , et qui, depuis plus de trois ans» ne peut habituellement faire

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une marche de quel(|iics minutes sans soufFrir et sans être obligée de s'arrêter. T.es bains de mer et les eaux d'Aix en Savoie furent employés sans succès. Deux ans après son accident, je lui conseillai un traitement hydrothcrapique. Dirige par M. Lubanski , ce traitement eut un tel succès immédiat, que huit jours après Tavoir conmiencé, elle put faire des marches de demi-heure. Ce résultat se maintint pendant deux a trois mois, puis il disparut peu à peu, et, malgré le soin de poursuivre l'emploi des douches froides et des bains de pibcine , Tamélioration n*a pu être retrouvée.

Si , dans des cas semblables, les bains de mer et l'hydrothérapie restent insuffisants, c'est sans doute parce que les parties déchirées, la capsule et le ligament rond ne se sont |>as réunis : les deux bouts de la solution de continuité se sont cicatrises isolément, ei l'articulation, privée ainsi de ses soutiens naturels, ne peut jamais reprendre ses fonctions normales* L'emploi de tuteurs convenables constitue sans doute alors le seul moyen efficace que l'on puisse employer.

AbT. II. FRACTUftES DU COL DU FÉIUB.

Mon but, dans cet article ^ n est pas de faire l'histoire de toutes les méthodes de traitement qui ont été proposées dans les fractures du col du fémur. Il n'est pas d'ouvrage de chirurgie dans lei|uel cette histoire ne soit exposée avec détails. Je veux surtout faire connaître quels sont les avantages de mon grand appareil. A mes yeux, sa supériorité sur tons les autres moyens est si grande, (|u'il doit être préféré dès qu'il est possible de l'avoir a sa disposition.

Les fractures du col du fémur peuvent être traitées : 1° en se contentant d'immobiliser les fi^aginents; 2^ en joignant à l'immobilité des tractions continues.

Traitement par f immobilité seule, — L'immobilité est la condition essentielle dans le traitement des fi^actures du col dti fémur; elle seule peut calmer les vives douleurs que ressentent souvent les malades et assurer la consolidation. Cepen» dant aucune des méthodes que l'on met habituellement en pratique ne permet d'obtenir cette immobilité. Sans doute,

FltAITUHES nu Ctlt DU PÉMUn.

lorsque l'on a pl.icé l'appareil Je Dcsault

l'une de ses innombrables variétés ; Iqrsqne l'on a Fuit reposer les membres sur le plan incliné simple ou double, la fracture est en repos tant que l'on ne d<'place pns le malade ; mais les mouvements ont lieu si on lui doime le bassin , si on le remonte dans son lit, si l'on cbange ses draps. Souvent cbacnn de ces mouvemenis lui cause de si vives douleurs, que l'on cviie de les produire et qu'on le laisse croupir dans la malpropreté, si nuisible à tous les âges, mais dangereuse surtout chez les vieillards, qui, plus (|ue tous auires, sont exposés aux fractures du col du fémur. Ces dangers sont surloulà craindre chez les femmes, dont on ne peut préser\ er le lit qu'en les soulevant pour passer un bassin.

Legrand appareil que représentent les figures 39, &0 et hi, permet seul d'obtenir l'immobilité des fragments, quels que soient les déplacements généraux qu'exigent les loins de propreté ou les excrétions du malade.

L'histoire des modifications successives qu'il a subies fera mieux comprendre qu'une dissertation la raison et l'importance de chacune de ses dispositions actuelles. Le premier que je Gs construire date de 1838 : il était destiné ù une fracture du col du fémur. J'avais pour but d'embrasser le bassin eit même temps que le membre malade , et de faciliter le soulève.

TKilTEMECtT SPECtAL.

Jcu^'

ment du corps. Dans ce premier essai, on laiss» le membre sain libre, et le saulèvement Fui effectué au moyen d'un levier du premier genre.

En 1S39, ayant eu à traiter un malade (Chambige) qui avait une fracture non consolidée des deux cuisses, je fus obligé de faire faire un appareil (|ui embrassa tout a. la fois le tronc et les deux membres inférieurs. Ainsi disposé, il put être soulevé sans pencher en aucun sens, et cet avantage parut si (;raDd que, dans tous les appareils que l'on a construits depuis cette époque, on a toujours eu soiu de biie une (jouUiêre pour le côté sain aussi bien que pour le côté malade ; il va sans dire que le premier de ces membres n'est pas assujetti au moyen de courroies.

Ce fut aussi pendant le traitement de Chambige que l'on substitua la moufle au levier, qui lui est bien inférieur en puissance et en commodité.

FRACTURES OU COL Dt FÉMUR. 665

Jnsqiren 18ûl j'avais élé obligé de placer une planche entre les cordes qui s*attachcnt sur les côtés du bassin, lorsque le malade se soulevait, aKn d'éviter les pressions latérales que produisait alors le rapprochement des deux côtés de lappareil. On rendit inutile cette addition incommode en donnant aux ferrures transversales qui soutiennent les boucles au niveau du bassin et des genoux, une épaisseur suffisante pour les rendre inflexibles.

En 18^3, lappareil était complètement droit, ainsi que je l'ai fait représenter (1). En le faisant dessiner, je fus frappé de la roideurdes hgnesqui le représentaient, et je pensai qu'il serait préférable de lui donner une légère courbure au niveau des genoux et des hanches. La réflexion ne tarda pas à mon* trer que la commodité du malade exigeait les mêmes dispositions (|ue l'élégance du dessin, et la forme légèrement fléchie fi été conservée depuis celte époque.

En 18^5, je revins aux sous-cuisses flexibles, que j'avais pendant quelques années cherché h remplacer par la résistance qu'opposaient les bords supérieur et interne des gouttières, que Ion prolongeait jusqu'i^u pubis.

Cependant quelques malades souffraient à la longue sur le sacrum, l'ouverture postérieure de l'appareil correspondant seulement à l'anus. En 1847, M. Blanc eut l'idée de faire une échancrure assez .vaste pour que le sacrum fût complètement à découvert. Grâce à cette heureuse modification, le séjour le plus longtemps prolongé dans l'appareil n'entraîne ni écor* chure ni rougeur à la peau en arrière du bassin.

Après toutes ces modifications, la seule incommodité que ressentissent les malades était une douleur aux reins, dans le lieu où se terminait la gouttière du tronc. Je fus surtout frappé de cet inconvénient en traitant d'une fracture du col du fémur la veuve de l'un de mes plus illustres prédécesseurs, Marc- Antoine Petit. On ne faisait disparaître cet inconvénient qu'en glissant derrière le thorax un coussin épais. Depuis cette époque, je fais toujours ajouter un coussin semblable en haut

(i) Traité ites maiaiUes des articulations^ allas, pi. XV, fig. 1.

b&6 TJtAlTEMEMT SPÉClAf..

de Tappareil, afin d'éviter le vide qui exislaii inamédiaLcmenl au-dessus.

Grâce à ces modifications y que le temps et des essais nombreux ont seuls permis de réaliser, Tappareil réunit toutes les conditions qui permettent d assurer une complète immohiliié.

Lorsque la fracture existe chez des personnes très âgées ou trop impressionnables pour supporter aucune contrainte, je me contente de les déposer dans cet appareil sans exercer d'extension ou de contre -extension. On maintient seulement le membre malade dans la gouttière qui lui est destinée au moyen de quelques courroies.

L'expérience m'a démontré que, par le repos obtenu de la sorte, la consolidation pouvait se faire et la marche se rétablir, même chez les personnes les. plus avancées en âge. Je citerai surtout, à ce sujet, l'observation de madame Petit et de madame Delescluze.

XVIII* Ombktatios* — Madame Petit, veuve de l'illustre chirurgien Marc- Antoine Petit, avait quatre-vingts ans lorsque, au mois de novembre i847* elle se cassa le col du fémur. Elle fut placée dans l'appareil trois jours après son accident : elle y testa de quatre à cinq muis. Un an plus tard, elle marchait avec une canne, et elle est arrivée à pouvoir faire à pied a à 3 kilomètres. Au moment on j écris ces lignes (janvier i853), c'est-ii*dire cinq ans après son accident, et à Tâge de quatre-vingt-cinq ans, cllen*a rien perdu de sa sauté et de Taptitude qu'elle a recouvrée pour la marche.

Il va sans dire que le membre est raccourci, et la pointe du pied tournée en dehors.

XIX* Observation. — Madame Delescluze avait quatre-vingt-quatre ans lorsqu'elle se fractura le col du fémur. Appelé auprès d'elle dix jours aprrs son accident, je la trouvai dans une fièvre aoporeuse telle qu'elle s^aiierçut à peine de ma présence. Cette fièvre était due à ce que tout sou corps t'i.iii plongé dans une atmosphire urinense. Lrs douleurs que lui causaient les mouveroents étaient si vives qu'on ne pouvait ni la soulever, ni changer ses draps; et ceux-ci, imbibés d'urine, étaient depuis plusieurs joui-s en contact avec elle. Ses reins étaient rouges et commençaient à s ecorcher. Je n*hésite point à dire qu'elle serait morte avant huit jours si elle eût clé Uis^ée au milieu de rinfection dans laquelle elle cioupi.<tsait. Elle fui placée simplement dans le grand appareil, et sitôt qtt*à son aide elle put être maintenue propre et en repos, elle cessa de souffrir; on vit sa fièvre disparaître en moins de deux jour». Son accident était arrivé au commemeuient de 1849. ^^^® ne put marcher avec une canne qu'un an après. Eli*! a joui de son rétablis!»ement pendant un peu plui d'une année; elle est morte vers le milieu de i85i, Agée de plus de quatrevingt-six ans. Bien qu'elle eut conservé le rarrourris<»rment et la lotaliou

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