ENTORSES DU COU
redressées; il ne reste aucune trace de la déviation primitive'.
Cette guérison complète des déformations consécutives de la colonne et de la poitrine nie paraît tenir : 1° à ce que la section faite sur la clavicule et le sternum n'avait laissé échapper aucune fibre; 2° à ce que le collier d'inclinaison et de rotation portant la tète, pendant une grande partie du jour, dans une direction et une rotation inverses à celles produites par la maladie, les efforts d'équilibre tendaient constamment à opérer le redressement. Ces efforts n'avaient pas lieu dans le traitement de M. Guérin, pendant les cinq heures cpie les malades restaient sur le lit, ni lorsqu'ils portaient le collier à extension verticale, ni même lorsqu'ils portaient la ceinture à flexion cervicale qui n'influe pas sur la rotation.
Ce résultat m'a engagé à traiter les déviations ordinaires de la colonne par de certaines inclinaisons du cou rendues permanentes au moyen d'un appareil; il y a là un élément thérapeutique à joindre aux méthodes insuffisantes que Ton possède contre ce genre de difformité.
Art. II. — Entorses du cou.
A la suite des mouvements violents imprimés au cou, il se produit dans cette région de véritables entorses. Ponteau est le premier qui ait appelé l'attention sur ce genre d'affection, et qui en ait fait connaître le traitement. Voici l'analyse de l'observation qu'il a publiée (1).
XLII* Observation.
Une demoiselle, âgée de quatorze ans, regardait par une fenêtre ; elle tourna fortement la tête de gauche à droite, en la renversant, pour parler à une personne qui était à un étage supérieur, précisément au-dessus d'elle. Elle sentit dans le moment une vive douleur à la partie moyenne, supérieure et latérale droite du cou, avec une espèce d'éclat violent et bruyant. La tête était alors penchée et renversée sur l'épaule gauche, et elle fut subitement renversée et inclinée sur l'épaule droite, circonstance singulière et qui mérite beaucoup d'attention. La tête ainsi inclinée à droite ne put pas être redressée par la malade ; elle souffrit dès ce moment des douleurs si vives et si continues
(i) Mélanges, t. II. p. 4^9-
qu'elle demeura pendant dix-huit heures sans prendre le moindre repos. Pouteau crut reconnaître dans ce cas une luxation musculaire, et fit sur le» parties douloureuses de fortes frictions avec la main armée d'un bout de linge. Ces frictions suffirent pour amener une guérison presque instantanée, et pour tout remède, Pouteau conseilla l'application de la laine grasse autour du cou.
En reproduisant les massages et les mouvements conseillés par Pouteau, j'ai obtenu des résultats également prompts et satisfaisants. Voici l'une des observations que j'ai recueillies :
XLIII' Observation.
Un boulanger, âgé de vingt et un ans, se présenta à moi avec les douleurs les plus vives dans la partie postérieure gauche du cou, et l'impossibilité de tourner la face de ce côté. La veille, ayant la tête chargée d'une balle de pains, il avait rapidement tourné la face du côté gauche; immédiatement il avait ressenti une très vive douleur en arrière et à gauche ; la face s'était retournée du côté droit, et il ne pouvait plus la ramener à gauche. Les douleurs qu'il éprouvait depuis ce moment étaient exaspérées par le plus léger mouvement, et il était dans l'impossibilité de se livrer aux travaux de sa profession.
Ayant fait déshabiller le malade, je reconnus que la tête était légèrement penchée sur l'épaule gauche, que le muscle trapèze du côté gauche formait une corde dure et tendue, et que le malade ne pouvait porter la face de ce côté.
Après avoir huilé la partie du cou qui était rétractée, je lis sur elle, de haut en bas et avec les deux pouces, des frictions rudes et prolongées pendant cinq minutes. J'engar;eai ensuite le malade à tourner la tête du côté gauche, ce qu'il fit avec une facilité qui l'étonna et qui étonna tous les assistants. Comme le résultat me semblait un peu incomplet, j'exerçai les tractions sur la tête et la renversai du côté droit en faisant continuer le mass.ijje. Quand ces manœuvres furent terminées, le malade n'éprouvait plus que quelque» douleurs, et les mouvements s'exécutaient aussi bien qu'à l'état normal.
On remarquera que dans tous ces cas, il s'agit seulement d'entorses musculaires, semblables aux tours de rein dont nous parlerons plus tard. Il peut sans doute s'en faire qui agissent sur les articulations mêmes de la colonne, La possibilité de ce genre de lésion est prouvée par les expériences cadavériques. Qu'on incline la tête violemment dans un sens ou dans l'autre, ou qu'on lui fasse éprouver un mouvement de rotation , on produit des déchirures des muscles et des ligaments, ainsi que des épanchements de sang, sans que le