DIFFORMITÉS RACHITIQUES
doit être continué même après que le redressement est obtenu, (Voyez l'article Genoux en dedans.)
2° Traitement général. — Les expériences de M. J. Guéiïn ont fait connaître l'influence puissante qu'exerce sur la production du rachitisme une alimentation disproportionnée avec les forces du jeune âge. Il a démontré cpie la cessation prématurée de 1 allaitement , son mélange avec une proportion trop abondante d'aliments autres que le lait, et plus tard l'abus de la viande et, en général, celui des aliments trop substantiels, peuvent être cause du rachitisme. Comme preuves des inductions qu'il avait déduites de l'observation des malades, il a cité des expériences faites sur des chiens à la mamelle, qu'il a pu rendre à volonté rachi tiques, en remplaçant de bonne heure l'allaitement par la nourriture qui ne convient qu'à des animaux plus âgés.
Ces remarques importantes, confirmées par plusieurs observateurs, et en particulier par M. le professeur Trousseau, conduisent à prescrire aux enfants rachitiques une nourriture douce, en rapport avec leur âge, et sans addition de viande; à leur donner uniquement du lait dans les premiers mois, et plus tard des soupes de pain d'orge, d'avoine, de pommes de terre, de gruau au beurre ou au lait , des œufs à la coque ou en lait de poule, du poisson, etc.; enfin à diminuer l'abondance des aliments que la plupart de ces petits malades prennent avec une voracité qui contraste avec leur faiblesse.
L'utilité du régime maigre et peu abondant est encore démontrée parla fièvre à laquelle sont en proie tous les enfants rachitiques 5 cette fièvre est souvent méconnue, parce qu'elle n'existe pas durant le jour : mais que l'on observe les malades pendant la nuit, on verra qu'ils sont agités, que leur pouls est fréquent , leur peau sèche et brûlante.
Evidemment, en présence de cet état fébrile, on ne peut prescrire le régime substantiel et tonique que recommandent encore quelques auteurs.
Cependant, l'alimentation prématurée ne suffit pas à elle seule pour produire le rachitisme; il faut que les enfants qui y sont soumis demeurent dans des habitations étroites, mal aérées, qu'ils ne lassent pas d'exercice, et que les soins de
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propreté soient négligés. Chacun sait que c'est dans l'ensein- Lie de ces conditions défavorables (pie se produisent les déformations rachitiques, fréquentes surtout dans les classes pauvres des grandes villes.
La première conclusion h déduire de ces faits est la nécessité d'une hygiène convenable , dans laquelle les soins de propreté , l'exercice an grand air, le séjour à la campagne , tiennent le premier rang.
Quant aux traitements spéciaux que l'on peut ajouter aux précautions hygiéniques, il est facile de les déduire des causes et des symptômes de l'affection rachitique. Comme nous venons de le voir, l'inertie des fonctions musculaires, la respiration d'un air insuffisant, l'accomplissement imparfait des fonctions de la peau , président au développement de la maladie. L'observation démontre aussi chez ceux qui en sont atteints un alanguissement de toutes les fonctions respiratoires, cutanées et nutritives : de là l'indication de toutes les méiho des physiologiques propres à donner une grande énergie à ces fonctions.
Sous ce rapport, on prévoit sans peine que le rachitisme peut être traité avec avantage par les bains que rendent excitants soit le mouvement et la température de l'eau, soit les substances salines, sulfureuses, alcalines ou aromatiques qui y sont dissoutes, et par les frictions générales qui ont {tour effet de réveiller, de ranimer, dans la peau, la circulation et la calorificaiion languissantes. On comprend l'importance de la gymnastique, qui développe la nutrition en général, et le système musculaire en particulier ; on apprécie, enfin, l'utilité du bain d'air comprimé , qui active si remarquablement les fonctions respiratoires.
L'expérience confirme toutes ces inductions et démontre que ce sont ces méthodes physiologiques longtemps continuées et soigneusement combinées entre elles qui assurent le pins de succès dans le traitement du rachitisme.
En se plaçant à un point de vue analogue, quoique un peu différent, M. Pravaz(l) s'est appliqué a démontrer que les
(i) Essai médical tur l'emploi de l'air comprimé. Paris, iSSo.
t)li FOK.M11ÉS 11ACH1TIQUKS. 111
causes clu ratliitistne avaient surtout pour effet de ralentir le renouvellement des matériaux de l'organisme, et que la formule du traitement devait être l'activité plus grande imprimée à la rénovation organique. Ces considérations l'ont conduit h insister sur les avantages du bain d'air comprimé. La consommation abondante d'hydrogène et de carbone qui se produit dans ce cas hâte merveilleusement cette rénovation organique qui fait la base de la cure du rachitisme comme celle de toute hygiène capable de produire des guérisons.
Est-il quelques remèdes spéciaux en dehors des méthodes physiologiques qui puissent être utiles dans le rachitisme? M. Jules Guérin, qui fait jouer un grand rôle à des humeurs acides dans la production de cette maladie, recommande les alcalis à l'extérieur et en boissons; et l'on sait aujourd'hui à quel point l'huile de foie de morue, primitivement employée chez les peuples du Nord, s'est répandue dans la pratique ordinaire : on la donne à la dose de une, deux et trois cuillerées à bouche par jour, suivie dune infusion aromatique, et l'on en continue l'usage pendant plusieurs mois. Cette huile est d'une incontestable utilité, et, sans doute, si elle a une supériorité sur les autres remèdes, c'est qu'indépendamment de l'action médicamenteuse qu'elle peut avoir, elle modifie les fonctions organiques. Sous son influence, l'appétit devient moins voiace, et sans doute, comme tous les corps huileux, elle fournit à la respiration des matériaux qui rendent celle-ci moins imparfaite.
Dans cette étude des remèdes applicables au rachitisme, il ne faut pas oublier les amers, et, en particulier, les préparations de quitta ; celles-ci sont surtout indiquées pour la fièvre avec redoublement le soir, dont il importe de prévenir les retours.
Parmi les moyens qui viennent d'être énumérés, il en est qui ne peuvent être que d'un usage exceptionnel : tels sont les eaux minérales, salines et sulfureuses; les bains d'air comprimé, (pie l'élévation de leur prix rend inapplicables aux classes pauvres, dans lesquelles le rachitisme est fréquent. Il en est d'autres qui trouvent facilement leur place dans la pratique ordinaire ; ceux que je conseille surtout sont le sirop de quina et
l'huile de foie de morue à l'intérieur, les frictions faites sur tout le corps, matin et soir, assez longtemps pour faire rougir la peau, avec leau-de-vie ou l'eau de Cologne, .le fais aussi un grand usage des frictions générales précédées de l'enveloppement dans la couverture de laine et faites avec un drap trempé dans de L'eau froide. Ces frictions, pratiquées suivant les procédés décrits p. '16, peuvent être continuées charpie malin pendant plusieurs mois, et si l'enfant se réchauffe bien, on peut les remplacer par un bain froid d'une à deux minutes. Ce traitement active la transpiration, la caloi ification et la circulation de la peau; il rend, suivant les vues de M. IJravaz, la rénovation organique plus prompte et plus complète, et la théorie lui est, ainsi, favorable autant que l'expérience.