MOYENS MÉCANIQUES
les phénomènes inflammatoires viennent enfin à céder, des flexions permanentes et des luxations spontanées sont accomplies, des adhérences solides les maintiennent, et le malade estropié ne peut être guéri que par des méthodes de traitement dune application difficile et d'un succès incertain.
Pour éviter ces funestes conséquences , quelle que soit l'acuité de l'inflammation, il faut étendre le genou s'il est fléchi , redresser la cuisse si elle est portée en dedans ou en dehors, relever le pied s'il est abaissé, puis, après ce redressement, déposer le membre dans une gouttière qui assure l'immobilité.
Ces redressements peuvent être opérés soit d'une manière lente, au moyen d'appareils qui agissent graduellement, soit brusquement, à l'aide d'efforts exercés avec les mains.
Cette dernière méthode, toujours suffisante, est celle que je préfère. Elle a l'avantage de n'exiger l'emploi d'aucun autre appareil que la gouttière dans laquelle le membre doit être placé après son redressement; et ce redressement peut être opéré dans un temps très court. Lorsque les inflammations sont récentes, qu'elles datent.de quelques semaines, et même d'un mois ou deux, le seul effort des mains suffit pour rétablir la rectitude. Aucune section de tendon n'est indispensable.
De vives douleurs sont la suite nécessaire des tractions et des mouvements que le redressement exige ; et l'on comprend sans peine qu'à l'époque où l'on ne possédait point l'éthérisation, la crainte de provoquer des souffrances intolérables ait fait reculer devant l'opération que je conseillais et que je pratiquais déjà à cette époque. Mais aujourd'hui que l'on peut rendre les malades insensibles à la douleur, ce motif d'hésitation a cessé d'exister, et l'application de l'anesthésie au redressement des articulations enflammées est devenue une des plus utiles entre celles que l'on fait chaque jour de cette méthode nouvelle.
Lorsque le redressement est opéré et que le membre repose dans une gouttière convenable , des douleurs assez vives se font sentir encore pendant un jour à peu près; mais à partir de ce moment elles cessent presque entièrement, et tous les
symptômes locaux et généraux de l'inflammation s'amendent d'une manière graduelle.
Cette amélioration est tellement certaine , qu'on peut l'annoncer d'avance. Je ne l'ai jamais vu manquer dans les arthrites aiguës du genou et de la hanche. L'influence du traitement est beaucoup moins évidente lorsque le membre étant déjà droit, on substitue le repos dans une gouttière au repos dans le lit. Souvent, dans ce dernier cas, le changement favorable n'est pas d'une évidence incontestable. Il n'en est pas de même lorsque le redressement a dû précéder l'immobilisation.
Les avantages que j'ai reconnus aux gouttières construites suivant les modèles que j ai imaginés, ne leur sont peut-être point exclusifs. Suivant M. Seutin , on retire des avantages exactement semblables du bandage amidonné, appliqué avec toutes les précautions qu'il recommande.
J'avais craint que la compression exercée par ces bandages ne tut quelquefois insupportable , et qu'ils n'eussent trop peu d'action sur les jointures voisines du tronc, comme celles de la hanche ou de l'épaule. D'après M. Seutin, ces craintes sont exagérées , et quoique je demeure convaincu qu'en général le système des gouttières est préférable à celui des bandages amidonnés, je n'hésite point, dans le cas où les gouttières sont d'un emploi impossible, à recommander le bandage Seutin comme très propre à assurer le repos des articulations et à calmer 1 inflammation et la douleur.
Quoi qu'il en soit des avantages comparés des deux ordres d'appareils que nous adoptons, l'immobilité qu'ils assurent ne doit pas être prolongée indéfiniment ; il faut y mettre un terme dès que les symptômes d'inflammation s'apaisent, et passer aux mouvements artificiels qui sont aussi nécessaires pour dissiper les douleurs que pour prévenir l'ankylose.
Aux signes déduits du calme des phénomènes inflammatoires, M. Malgai^ne ajoute la recommandation de presser sur les parties les plus superficielles des jointures, au coude, sur la tête du radius, à la hanche, en arrière du grand trochanter, à l'épaule, en avant de la tête numérale. Si ia pression exercée sur ces parties ne détermine aucune douleur, on peut.
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affirmer, suivant M. Malgaigne, que l'utilité du repos absolu a atteint ses limites, que le danger du mouvement s'est évanoui, et qu'il est temps de recourir aux manœuvres de la mobilité artificielle.
Art. II. — Moyens pharmaceutiques.
Lors même que Ion remplit toutes les indications du traitement anatomique et physiologique, des applications médicamenteuses sont indispensables sur les articulations enflammées. L'importance de cet ordre de moyens, déjà si grande même avec les combinaisons d'agents mécaniques sur lesquels nous venons de disserter, est bien plus grande encore lorsque, à l'exemple de tous les praticiens et de tous les auteurs, on laisse les articulations dans la direction vicieuse et avec les points d'appui fâcheux que choisissent les malades, et qu'on se borne à assurer l'immobilité par le séjour au lit. Quoi qu'il en soit, i! est des arthrites aiguës si douloureuses, si obstinées, que l'on ne saurait posséder des moyens trop nombreux et trop variés pour les combattre. J'essaierai de classer ceux que l'on a proposés , en tenant compte de 1 indication principale qu'ils sont destinés à remplir. Ce sont :
1° Les applications émollientes, narcotiques et antiphlogistiques, qui ont spécialement pour but de combattre la tension des parties, les douleurs et la chaleur locales;
2° Les évacuations sanguines , dont le but est évident;
3° Les vésicatoires , qu'indique si bien l'infiltration ou l'épanchement de sérosité dans les tissus enflammés;
k° Les applications excitantes, acides, alcalines et salées, par lesquelles on cherche surtout à activer la résolution des engorgements ;
5° Enfin les altérants, tels que le mercure, le nitrate d'argent , etc.
§ 1. Applications émollientes , narcotiques et antiphlogiitiques.
A. Les émolliënts peuvent être employés sous forme de cataplasmes , de fomentations, et même de vapeur. Les sub-
1 hl\ ARTHRITE AIGLE.
stances que Ion fait dissoudre dans l'eau pour les fomentations , ou que l'on y mélange pour les cataplasmes, sont spécialement les laitues, les mauves, la graine de lin , le riz, la mie de pain, etc.
Toutes ces applications doivent être employées tièdes, et renouvelées plusieurs fois par jour; leur emploi est extrêmement répandu; mais, en général, ils produisent très peu de soulagement , et souvent même, d'après Scudamore, ils semblent augmenter les souffrances.
B. Les narcotiques dont on fait le plus d'usage sont : l'opium , la belladone , la jusquiame, l'étlier, le cbloroforme. On les emploie sous toutes les formes ; fomentations avec de la flanelle ou des linges trempés dans la décoction de l'une de ces plantes ; cataplasmes de farine de lin ou de mie de pain délayés dans la même décoction, ou recouverts des teintures ou des extraits de belladone, ou d'opium : applications ou frictions avec des builes calmantes, parmi lesquelles les plus employées sont celles de morphine et le baume tranquille, qui est formé parla macération dans l'huile, de la belladone, de la jusquiame et de la morelle; pommades, ou emplâtres contenant des extraits des diverses substances qui viennent d'être énumérées.
Pour assurer l'absorption de ces narcotiques on peut les placer sur la peau dépouillée d'épiderme et employer de préférence dans ce but les vésicatoires ammoniacaux , saupoudrés de deux ou trois centigrammes d hydrochlorate de morphine. Pour les appliquer, on recouvre la peau , dans une étendue égale à celle d'une pièce de deux francs, d'une couche épaisse de pommade de Gondret, et on la laisse en place de cinq à dix minutes, jusqu'à ce que l'on trouve au-dessous de l'épidémie une légère couche de sérosité. L'épiderme enlevé, on saupoudre la surface de la peau mise à nu avec l'hydrochlorate de morphine, et l'on recouvre le tout d'un morceau de diachvlon. Pendant deux jours , on peut faire absorber encore de la morphine par ce petit vésicatoire; mais , passé ce temps, l'absorption n'a plus lieu, et si l'on a besoin de continuer encore l'action de la morphine, de nouveaux vésicatoires deviennent nécessaires.
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Dans ces derniers temps, les applications, locales propres à calmer les douleurs se sont enrichies de 1 iiiliocluction, dans la thérapeutique, du chloroforme et de l'éther ehlorhydrique chloré.
Le chloroformé est employé de la manière suivante : On en imbibe légèrement une compresse pliée en quatre; on en recouvre la partie malade, et par-dessus on place une ouate de coton et une compresse. Cette application peut être renouvelée malin et soir. Quoique son effet définitif soit de calmer les douleurs, le premier résultat qu'il produit est une rougeur, une irritation très vive de la peau , et quelquefois une yësication qui empêche d'en continuer l'emploi. On a cherché à affaiblir ces inconvénients en mélangeant le chloroforme avec des substances qui en diminuent 1 activité, et eu particulier avec l'alcool ou l'huile dans la proportion de la moitié ou d'un tiers.
M. Aran a proposé dans ces derniers temps l'éther ehlorhydrique chloré, autrefois appelé liqueur des Hollandais. Il paraît avoir les mêmes avantages que le chloroforme sans irriter la peau comme lui; mais son prix élevé ne permet pas d'en multiplier les applications.
C. Comme antiphlogistique , et pour diminuer la chaleur plus ou moins intense qui se fait sentir dans la partie enflammée, on peut soustraire le calorique par des applications froides, ou employer des moyens propres à diminuer la production de la chaleur.
La soustraction du calorique peut se faire par tous les moyens exposés page 78, au sujet de l'entorse récente. Est -il convenable de les employer dans l'arthrite de cause interne? D'accord en cela avec tous les praticiens , nous ne le pensons pas. Et si nous avons soutenu dans d'autres chapitres que les réfrigérants pouvaient trouver leur place, même dans des inflammations anciennes, lorsqu'elles avaient été produites et qu'elles étaient entretenues par des causes externes , nous ne pouvons qu'en rejeter l'emploi dans les inflammations de cause interne, qu'il serait dangereux de répercuter, et qui sont fréquemment la suite d'un refroidissement.
Si l'on ne peut, sans inconvénient, soustraire la chaleur,
il est possible d'en diminuer la production locale. Deux ordres de moyens se présentent dans ce but : 1° Maintenir autour de l'articulation une température moyenne et uniforme. Nous avons démontré ailleurs que c'était dans un milieu de cet ordre que la calorification avait le moins d'activité : elle acquiert de L'énergie sous l'influence de toutes les températures extrêmes.
2° Recouvrir la peau d'un enduit imperméable. On sait, depuis les expériences de M.Fourcault, couronnées par l'Institut, que la température d'un animal s'abaisse rapidement lorsque son corps est recouvert de colle, d'huile, de graisse ou de toute autre substance qui ne se laisse point traverser par l'air ou par l'eau. Une réfrigération partielle est obtenue lorsque l'enduit est partiel lui-même.
M. Amédée Latour a conclu de ces expériences que, pour diminuer la chaleur qui accompagne les érysipèles , on devait les recouvrir d'une couche de collodium. J'ai appris , par M.Fourcault, qu'il avait étendu au traitement des arthrites cette méthode des vernis ; qu'il s'était servi de colle de Flandre, de collodion ou d'autres enduits; les résultats ont été moins satisfaisants que dans les érysipèles.
Examen de ces diverses applications. — Des études générales sur les lois qui président aux effets des modificateurs de l'organisme m'ont conduit à établir que, pour assurer le repos le plus complet des fonctions, ces modificateurs devaient réunir £ uniformité à la douceur de leur action. Si l'on tire les conséquences de cette loi en ce qui regarde les inflammations articulaires, on arrivera aux conclusions suivantes, qui mettent en un parfait accord la théorie et l'expérience :
La température des applications ne doit être ni chaude ni froide, et lorsqu'elle a été faite au degré convenable, elle ne doit subir ni élévation , ni abaissement, ni transition d'un degré à un autre.
Les applications dont l'eau est le véhicule , comme les fomentations et les cataplasmes , n'offrent point ces avantages ; ils se refroidissent plus ou moins rapidement ; on est obligé de les changer à de courts intervalles , d'exposer la partie ma-
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latle à lait', et, par suite, Je lui faire subir ces alternatives de chaud et de froid que Ton doit soigneusement éviter.
Les douches locales de vapeur offrent à un bien plus liant degré tous les inconvénients qu'en traînent l'élévation et l'inégalité de la température. Les huiles, les graisses, les emplâtres, mauvais conducteurs du calorique , d'un contact qui n'est jamais froid, lors même qu'ils sont à la température ordinaire, et dont la chaleur se conserve naturellement, réunissent comme véhicules toutes les conditions de température que nous indiquions tout à l'heure.
L'uniformité de contact n'est pas moins nécessaire que l'uniformité de la température pour assurer le repos : ce sont donc les substances que l'on pourra changer le moins souvent qui devront être préférées. Celles qui ne tendent ni à se refroidir ni à s'échauffer, comme les corps gras, offrent encore cet avantage : à priori on est conduit à les préférer aux vernis de M. Fourcault, qui sont secs, durs et très gênants.
Le repos le plus complet exigeant l'absence de mouvements communiqués, on voit qu'il faut non seulement éviter les frictions et le massage, mais se borner aux onctions les plus douces, et, mieux encore, aux applications rarement renouvelées et qui n'exigent aucune pression sur la peau.
A tous les points de vue. les corps gras se montrent préférables aux autres véhicules; il va sans dire qu'on peut les rendre plus calmants en y associant divers extraits narcotiques. Les formes qui nous paraissent devoir être préférées sont les suivantes :
Linges ou flanelles enduits de baume tranquille, recouvrant le siège du mal dans toute sa circonférence, s étendant au-dessus et au-dessous, et changés le plus rarement possible; Cataplasmes dont l'huile est le véhicule, et que l'on prépaie sous forme de matefaims ou d'omelettes ;
Larges emplâtres rarement renouvelés, et auxquels on incorpore des extraits narcotiques.
On remarquera que tous ces remèdes sont très répandus dans la pratique, et qu'ils s'y conservent depuis longtemps au milieu de toutes les variations des théories médicales.
§ 2. Évacuations sanguines.
Les évacuations sanguines locales se font par les sangsues , les ventouses simples ou scarifiées, et par la saignée des veines qui reviennent des parties enflammées.
On peut appliquer les sangsues sur l'articulation malade, audessus de cette articulation et au-dessous d'elle.
On n'a pas proposé d'appliquer les sangsues au-dessous des articulations. Chacun sait que les sangsues agissent non seulement par la soustraction de sang qu'elles opèrent, mais par la dérivation que produisent l'irritation et la douleur causées par leurs morsures. Or, si cette irritation attire le sang dans les parties où elle se fait sentir, les sangsues appliquées audessous d'une jointure, tout en la dégorgeant, doivent y attirer le sang. L'analogie qu'on peut déduire de la fluxion qu'on détermine dans l'utérus ou dans le rectum, en appliquant des sangsues au-dessous de ces parties, montre assez que, placées de même par rapport aux jointures, elles ne peuvent qu'y augmenter la congestion sanguine. La convictionoù j'étais des inconvénients de leur application en ce lieu ne m'a pas permis de vérifier expérimentalement la justesse de mes craintes.
L'application des sangsues sur les articulations mêmes est très généralement usitée; cependant, lorsqu'on les place ainsi directement sur le siège du mal , on peut y augmenter la congestion sanguine au lieu de la diminuer. Ce résultat est surtout a craindre lorque les sangsues sont placées en petit nombre, et que les symptômes inflammatoires ont beaucoup d'activité; il doit être attribué à ce que les sangsues attirent le sang dans le lieu sur lequel elles agissent.
Cette action dérivative est mise à profit tout aussi bien que la soustraction du sang, lorsqu'on applique les sangsues audessus de l'articulation malade, ou , en termes plus généraux, sur le trajet des veines qui reviennent des parties enflammées. Appliquées de la sorte , elles n'augmentent jamais l'inflammation ni les douleurs, et, si elles sont indiquées par la nature du mal , on en obtient constamment un résultat avantageux. On les place dans les inflammations du pied, en dedans ou en
dehors de la partie moyenne de la jambe; dans les inflammations du genou, en dedans ou en dehors de la partie moyenne de la cuisse ; à mesure que les symptômes inflammatoires diminuent , si de nouvelles émissions sanguines deviennent nécessaires, on les rapproche de plus en plus de l'articulation malade.
En ce qui regarde le nombre des sangsues, je ne puis que répéter ce qui a été dit tant de ibis , savoir : qu'il doit être proportionné à la force des malades et à l'intensité de l'inflammation. En général , il doit être considérable, ainsi que M. Lisfranc en a donné le précepte et l'exemple.
Les ventouses simples ont trop peu d'action pour qu'on les considère comme des ressources efficaces dans les arthrites aiguës ; mais les ventouses scarifiées peuvent être substituées avec avantage aux sangsues. Gomme ces dernières, elles agissent par la soustraction d'une certaine quantité de sang, et par la dérivation qui résulte de la douleur et de l'inflammation qu'elles produissent dans le lieu où elles ont été placées. Quelques auteurs, Bell d'Edimbourg et INI. Bouillaud cuire autres, les considèrent comme plus efficaces que les sangsues ellesmêmes.
La saignée des veines qui reviennent des parties enflammées a été préconisée par les anciens; INI. Janson, ancien chirurgien en chef de l'Hôtel-Dieu de Lyon, les a remises en honneur. Tandis que les sangsues et les ventouses se bornent à extraire le sang de là peau, la saignée des veines sous-cutanées soustrait directement le sang aux parties profondes ; elle doit être employée toutes les fois qu'elle est praticable; mais elle ne l'est guère que dans les inflammations du poignet; j'y ai eu souvent recours dans ce cas, un soulagement marqué en a toujours été la conséquence.
§ 3. Vésicants.
Parmi les moyens locaux propres à extraire la sérosité, les plus usités, et sans doute les plus efficaces, sont les vésicatoires.
Ceux qui doivent être préférés se prépaient avec l'emplâtre de cantharides; on peut leur donner, comme on le fait d'ordi-
naire, une forme ronde et un diamètre de 8 ou 10 centimètres, ou bien , à l'exemple de M. Veipeau, une telle étendue qu'ils embrassent tout le contour de l'articulation ; ou peut les faire séclier aussitôt après que l'épidémie a été soulevé par la sérosité, ouïes entretenir par des pommades excitantes. Les vésicatoires étendus et que Ton panse avec du cératpour en dessécher promplement la surface, sont incontestablement les plus efficaces; on les renouvelle, suivant le besoin, un nombre de fois plus ou moins considérable ; on peut les placer au-dessus de l'articulation malade ou sur cette articulation elle-même.
(s 4. Applications des acides , alcalines, salées, et excitantes.
Ces applications semblent à priori bien peu en rapport avec la nature inflammatoire de la maladie ; elles ont été , cependant, conseillées par un grand nombre d'auteurs, et ce sont elles qui portent de préférence le nom, souvent prodigué, de remède antiarthritique.
Cataplasmes vinaigrés. — A. Paré, en traitant (1) de la <>outte de matière cliaude principalement faite de sang, conseille dans cette maladie, qui répond évidemment à l'arthrite aipuë des modernes , des cataplasmes acides préparés avec de la farine d'orge, de lentilles, délayée dans de l'huile rosa et un peu de vinaigre. Il n'indique pas les résultats qu'il en a obtenus ; mais je suis porté à croire qu'ils peuvent être réellement utiles, soit pour modérer l'inflammation, comme je l'ai vu dans le seul cas où j'en ai fait usage, soit pour faciliter la résolution des épanchements fibrineux.
Cataplasmes toniques et alcalins. — Je rangerai dans cette catégorie le cataplasme antiarthrhique de Pradier, qui a joui d'une grande réputation.
On le prépare de la manière suivante :
B.iume delà Mecque. . . . 24 gram.
Safran 16
Sauge. ...... j
Salsepareille. . .^aa. . . . 3o
Quinquina rouge, )
Alcool 4U0°
(i) OEuvies complètes, t. 111, p. ->.3[).
MOYENS IMIAIIMAUJJTIOUI.S. 151
Dissolvez le baume dans le tiers de l'alcool; faites digérer les végétaux pendant quatre jours dans le reste; filtrez et réunissez les liqueurs. Mêlez-en une partie avec
Eau tic; chaux i parties.
et faites un cataplasme avec
Farine de lin Q. 8.
Cataplasmes ccnnj>hrés et narcotiques. — On peut assigner ce double caractère aux cataplasmes antiarthritiques de M. Trousseau.
Mie de pain de seigle. 1 kilo;;.
Alcool camphré. ... Q. S. pour délayer la mie de pain.
Faites chauffer à un feu doux. Quand le cataplasme est fait, versez à sa surface:
Laudanum de Sydenham. . . 3a gr. Extrait dedaturastramoniiim. i 6
Appliquez sur la partie douloureuse et rec 'livrez dune bande de toile cirée. Le cataplasme sera laissé pendant trois [ours au moins.
Cataplasmes camphrés. — • Four préparer convenablement ces cataplasmes, on doit avoir à sa disposition une certaine quantité d alcool saturé de camphre. On ne doit point délayer cet alcool froid avec la farine de lin pour les chauffer ensemble ; en agissant ainsi, on ferait évaporer une grande partie de l'alcool et du camphre. Afin d'éviter cet inconvénient, on délaye la farine de graine de lin dans une petite quantité d'eau, et l'on chauffe jusqu'à ce que le mélange soit brûlant et presque sec. On retend alors d'alcool camphré froid en quantité suffisante pour obtenir la consistance et la température ordinaire d'un cataplasme. Celui-ci est placé entre deux linges et soigneusement recouvert afin d'éviter le refroidissement rapide qui est le résultat de l'évaporation de l'alcool. Ces cataplasmes sont renouvelés trois ou quatre lois par jour.
Solution de nitrate dépotasse. — M. Bashara, dont nous avons
cité les travaux sur le nitrate de potasse à l'intérieur, l'applique aussi sur les articulations rhumatisées. Il se sert pour cela d'un tissu feutré spongieux sur lequel il répand le sel après lavoir mouillé; puis il l'applique sur la partie enflammée, et l'assujettit au moyen d'une bande. Des expériences de M. Basham il résulte que cette médication a une action sédative réelle. Sans doute on doit avoir soin d'employer le liquidé tiède et de le maintenir à une température douce et constamment la même.
Examen de ces diverses applications. — Il est difficile de porter un jugement rigoureux sur la valeur de ces applications ; je pense toutefois qu'elles ne conviennent, dans les articulations superficielles, comme !e pied ou le genou, qu'à la période décroissante de la maladie; dans l'état inflammatoire aigu, elies ne feraient qu'exaspérer les douleurs.
On peut les employer dès le début pour les articulations profondément situées, comme la hanche ou l'épaule. Bien des fois j'ai constaté dans ces conditions l'avantage des cataplasmes avec l'alcool saturé de camphre : l'effet excitant de ces cataplasmes, se passant alors loin du siège du mal , peut agir comme révulsif. Quant au mode d'application . je pense que l'on doit continuer à préférer celles qui n'exigent aucune friction , dont la température est douce, que l'on peut renouveler rarement, et dans lesquelles la nature du véhicule, comme l'eau ou la graisse, maintient une propriété émolliente.
S 5. Altérants : mercure, nitrate d'argent.
Parmi les applications altérantes, celles que l'on doit surtout signaler sont les frictions mercurielles, et la pommade au nitrate d'argent.
Les frictions mercnriellcs , soit sur l'articulation malade, soit autour d'elle, ont été très vantées par quelques auteurs. Pour être efficaces, elles doivent être faites de manière à produire un effet général; 8 à 10 grammes au moins d'onguent mercuriel doivent être employés dans la journée. Les frictions ne doivent pas être bornées à la surface malade, elles doivent s'étendre au-dessus et au-dessous d'elle; on doit avoir soin de
MO Y ENS PH A RM A C EUT! Q U KS . I ."> o
laisser L'onguent mercuriel on place, et Je le recouvrir de taffetas ciré pour que les linges né l'absorbent pas. Si, comme il arrive quelquefois, les {Viciions mercurielles exaspèrent les douleurs, il faut, en les faisant, s'éloigner clu siège du mal.
Si l'on considère que l'absorption par la peau qui recouvre une jointure ne permet pas aux substances absorbées de pénétrer dans celle-ci, on serait conduit à prescrire les frictions mercurielles beaucoup au-dessous des parties malades. Ainsi, dans les inflammations du genou, ce serait sur la plante des pieds qu'il paraîtrait convenable de les faire. Cependant ce sont les frictions locales qui sont seules usitées, et sans doute l'effet sédatif direct qu'exercent les graisses sur la calorificalion est la cause de la préférence que l'on accorde aux frictions faites sur la partie malade elle-même.
Les frictions avec la pommade de nitrate d'argent, spécialement conseillées par M. Jobert de Lamballe et par M. Biescliy, deScbelestadt, dans les tumeurs blanches chroniques, peuvent aussi être employées dans les arthrites aiguës. Comme l'a fait remarquer M. Bieschy , il est inutile de produire avec la pommade de nitrate d'argent la rougeur et les vésicules de la peau qui suivent souvent son emploi. Il importe surtout d'en faciliter l'absorption. Pour arriver à ce but, M. Bieschy dissout préalablement le sel argentifère dans un peu d'eau.
Depuis, dit-il, qu'il use de cette méthode, les frictions se font sans production de douleur ni d'irritation tégumentaire; loin de là, sous leur influence, les douleurs existantes disparaissent, les tuméfactions périarticulaires et intraarticulaires se dissipent, et l'arthropathie guérit. Voici Ja formule de sa pommade :
Nitrate d'argent. . 4 giammes.
Eau distillée. ... Q. S. pour dissoudre complètement le sel.
Axonge 32 grammes.
Mêlez. — Les frictions se font deux fois par jour avec k ou 5 grammes de pommade. Le troisième ou quatrième jour, la peau prend l'aspect luisant d'un cuir noir et verni. Les frictions n'entraînent aucune douleur, aucun indice d'irritation tégumentaire. Dans des cas très exceptionnels on remarque çà et là
15 h ARTHRITE AIGUË.
quelques vésicules dues à quelques parcelles de sel imparfaitement dissoutes. Du reste, une fois les parties bien frictionnées, et quand elles ont revêtu cet aspect d'un masque noirâtre et vernissé , il est inutile d'insister sur les frictions; car la couche plastique fournie par la pommade et l'épidémie desséché empêchent l'absorption. Après quelques jours, l'épidémie ne tarde pas à se détacher par feuillets, et les téguments reprennent leur état normal.
« Sous l'influence de crtte médication dynamique, dit M. Bieschy, les altérations les plus profondes sont modifiées; vous voyez successivement la chaleur et la douleur s'éteindre, l'épanchement se résoudre et le gonflement se dissiper. »
M. Teissier et moi, nous avons souvent vérifié la justesse de ces assertions.
§ G. Chois à faire entre les divers moyens thérapeutiques.
Chacun des moyens que nous venons de faire connaître est destiné à remplir certaines indications : chacun d'eux doit donc être surtout employé quand se présente l'indication spéciale en vue duquel il est institué. Ainsi, les évacuations sanguines, quand la congestion paraît très active; les narcotiques, quand les douleurs sont intenses, etc., etc.
En généra!, on commence par l'emploi des sangsues , des émollients et des narcotiques; plus tard on emploie, suivant les cas, les frictions mercurielles ou les cataplasmes divers que nous avons indiqués. On termine par les vésicatoires et la pommade au nitrate d'argent.
Nous avons vu plus haut que lorsque 1 inflammation aiguë tend à passer à l'état chronique, on doit substituera 1 immobilité des exercices graduellement croissants sous le rapport de l'étendue et de la durée. De même en ce qui regarde les applications thérapeutiques, on doit, si le mal passe à l'état chronique, recourir peu à peu aux médications que réclame cet état. Tels sont, en particulier, la compression, les douches, le massage, les frictions stimulantes, etc. Les détails relatifs à ce traitement seront exposés plus loin.
MÉDICATIONS EH RAPPORT AVfcC LES CAUSES, 155