‹ Traité de thérapeutique des maladies articulaires (volume 2)Chapitre 71 sur 151 · INFLAMMATION AIGUË DU GENOU · texte numérisé non relu

INFLAMMATION AIGUË DU GENOU

à maintenir la flexion, parce que c est dans cette position que

la cavité articulaire a plus de capacité, ce qui peut diminuer la tension produite par les liquides, et eonséquemment affaiblir la douleur; mais le danger signalé plus haut, celui de voir le membre s'ankyloser dans cette demi-flexion, conduit à préférer l'extension de la jambe sur la cuisse. Il est à remarquer toutefois que cette extension ne doit pas être complète, soit pour éviter la distension des parties molles situées en arrière de l'articulation , soit pour ne pas trop rétrécir la cavité articulaire et laisser le membre, s'il y avait ankylose, dans la position la plus favorable à l'exercice de ses fonctions.

En résumé, quelle que soit la période à laquelle on observe un genou enflammé, il faut étendre médiocrement la jambe sur la cuisse et faire reposer le membre sur sa face postérieure.

Les moyens d'obtenir ces résultats ont été décrits page 314 et suivantes. Je me bornerai à faire remarquer ici que l'on parvient, à leur aide et avec la plus grande facilité, à obtenir la rectitude, lors même que la flexion dure depuis deux ou trois mois.

En 1840, époque à laquelle j'ai commencé ces redressements, on pouvait être arrêté par les vives douleurs qu'ils entraînent. Ce motif n'existe plus aujourd'hui, et non seulement l'éthérisation fait éviter les douleurs, mais elle rend le redressement plus facile par le relâchement qu'elle produit dans les muscles.

Dans mon Traité des maladies des articulations, j'ai cité six observations détaillées qui démontrent à quel point les antiphlogistiques les plus énergiques peuvent rester impuissants dans les inflammations du genou, lorsqu'on laisse les malades dans une position vicieuse, et à quel point on peut les soulager et arrêter la marche de l'inflammation en donnant à leurs membres une bonne direction et des points d'appui convenables. Pour éviter des longueurs, je me borne à signaler ces observations.

La guérison devient complète si les sujets sont bien constitués et si l'inflammation aiguë n'est pas surajoutée à une maladie chronique. Si celle-ci a précédé l'arthrite aiguë, le redressement remplit, il est vrai, une indication importante,

niais n'entraîne pas la guérison. Plus tard, la maladie chronique suit son cours à travers toutes les difficultés quelle présente ordinairement.

L'importance du redressement suivi de l'immobilisation du genou dans les arthrites aiguës n'est pas démontrée seulement par les faits que je viens de rappeler et qui étaient déjà publiés en 18 fi5 ; je l'ai constatée dans bien des circonstances depuis cette époque, et si j'ai négligé de recueillir les observations relatives à ce sujet, c'est qu'il me semblait que ce n'était plus des faits empruntés à ma pratique, mais bien à celle de mes confrères que la méthode devait recevoir de nouvelles démonstrations.

Cette confirmation m'a été donnée par M. Laforgue, chirurgien-adjoint de l'Hôtel -Dieu de Toulouse. Cet honorable praticien a publié (1) des faits qui achèvent de démontrer que dans les arthrites aiguës l'immobilisation doit être précédée du redressement immédiat. MM. Barrier et Valette, chirurgiens de l'Hôtel-Dieu de Lyon, ont ajouté, par leur pratique, de nouvelles preuves à ces principes. La diffusion de ma méthode est toutefois restée très bornée, et il n'est point d'année où je n'aie eu à gémir sur les tristes conséquences qu'ont eues l'ignorance ou l'opposition des praticiens à cet égard.

Je ferai remarquer, en terminant, que l'on ne peut obtenir les résultats que j'énonce qu'à la condition d'être bien convaincu de l'excellence de la méthode. Sans cette conviction, on pourrait commencer le traitement et ne point l'achever; quelquefois il faut un ou deux jours pour redresser un genou affecté d'inflammation aiguë et fortement fléchi; pendant ce temps, les douleurs sont presque constamment exaspérées, et les malades demandent avec instance d'être ramenés à la position qu'ils avaient choisie spontanément. Evidemment, pour persévérer, il faut être convaincu qu'après le redressement l'amélioration sera évidente et progressive. Il est nécessaire aussi d'avoir à sa disposition les appareils que j'ai fait construire et qui maintiennent l'immobilité sans exercer de compression. Si l'on se sert des appareils de fracturés ordinaires,

( i) Gazette médicale de Toulouse, i85o.

INFLAMMATION A1GUK DU GENQU. oli

qui n'immobilisent les membres qu'à la condition de les comprimer avec plus ou moins de force, on augmentera les douleurs au lieu de les calmer, et l'on rejettera sur le vice de la méthode ce qui n'appartient qu'à l'imperfection des procédés suivant lesquels on l'aura mise en usage.

Lorsque les symptômes aigus sont dissipés, il importe, si l'on veut prévenir l'ankylose, de recourir aux mouvements artificiels, et spécialement à ceux que Ton peut produire au moyen des appareils. Le fait suivant peut donner une idée des résultats que produit cette méthode.

IXe Observation. — Arthrite rhumatismale très intense, localisée dans le genou gauche ; passage delà maladie a l'état chronique ; emploi utile des appareils de mouvement.

Jean Esculier, âge de quarante-cinq ans, bien constitué, sujet à des douleurs rhumatismales, vint à l'Hôtel-Dieu de Lyon le 28 octobre 1847 pour se taire traiter d'une inflammation aiguë très intense du genou gauche. Cette inflammation avait tous les caractères de celles qui sont constituées par des épanchements de sérosité et de lymphe plastique dans l'articulation du genou. Au bout d'un mois, les accidents aigus furent calmés, grâce à un traitement très énergique local et général.

Après ce traitement, l'hydarthrose s'était en grande panie dissipée; mais les parties molles qui entourent la jointure étaient gonflées, les mouvements imprimés à la rotule et ceux que l'on faisait exécuter à la jambe s'accompagnaient d'une crépitation très marquée; la marche était impossible; la jambe, habituellement droite, ne pouvait se fléchir que dans l'étendue de 25 à 3o degrés.

Le malade prit tous les jours un bain et une douche de vapeur chaude. Sous l'influence de ce moyen, l'engorgement du genou diminua, mais ses mouvements ne se rétablirent pas d'une manière appréciable.

Le malade fit alors usage de l'appareil pour les mouvements du genou. On ne larda pas à voir la mobilité de la jointure s'accroître de jour en jour, et l'engorgement des parties molles se dissiper entièrement. Ces mouvements artificiels, pratiqués pendant une demi -heure d'abord, puis pendant une et deux heures chaque jour, constituèrent tout le traitement pendant cette dernière quinzaine. Le résultat obtenu fut des plus satisfaisants. La marche devint facile, les douleurs cessèrent entièrement, et le malade se sentant tout à fait en état de reprendre les travaux pénibles de sa profession, demanda à quitter l'hôpital. L'articulation du genou avait recouvré ses fonctions dans toute leur intégrité; les mouvements de flexion et d'extension, aussi complels qu'à létat normal, s'exécutaient sans faire entendre de craquements.

On produisait encore un peu de crépitation lorsque, imprimant un mouvement de latéralité à la rotule, on faisait glisser sa face profonde sur le condyle externe du fémur.

Art. VIII. — Arthrite chronique du genou.

Lorsqu'il existe une arthrite chronique, maladie que j'ai étudiée en général, page 180 et suivantes, si la jambe est maintenue, comme on le voit d'ordinaire dans la flexion , 1 abduction et la rotation, en dehors, il faut la redresser avant tout. lia forme rétablie, on doit s'occuper de la fonction, et, dans ce but, employer les appareils de mouvement, et faire porter des tuteurs pour faciliter la marche.

J'ai traité un grand nombre de malades d'après ces principes, soit à ma clinique, soit dans ma pratique particulière. Tous les faits m'ont démontré que, malgré l'ensemble des moyens que je conseille, et après des traitements de deux à trois mois, on est loin de rendre au genou une rectitude et une mobilité parfaites; mais l'amélioration est toujours plus ou moins grande sous ces divers rapports. Il n'est personne qui , après avoir observé les changements obtenus , ne reconnaisse que ces opérations inusitées méritent de se répandre dans la pratique. Seules, elles peuvent faire sortir les malades de ces états chroniques dans lesquels leur mal reste tristement stationnaire s'il n'éprouve pas une aggravation croissante. Comme exemple de leurs effets, je citerai l'observation suivante, à laquelle il me serait facile d'en joindre un grand nombre de semblables.

X* Observation. — Arthrite chronique du genou gauche datant de huit ans; gonflement douloureux de la jointure, sans suppuration ; Jlexion et abduction de la jambe; mouvements très bornés. Sections tendineuses ; mouvements artificiels; bains de vapeur et douches froides. Amélioration remarquable.

Antoine Gattel, âgé de dix-huit ans, d'une bonne constitution, était à I Hôtel-Dieu de Lyon dans les premiers jours d'octobie 1847, au moment où je pris le service de la clinique chirurgicale. Son genou gauche, malade depuis huit ans, et ne permettant plus la marche depuis six mois, avait une augmentation de volume telle que sa circonférence dépassait de 3 centimètres la circonférence du genou droit, laquelle était de 0,35. Les dépressions et les saillies normales en étaient voilées par l'engorgement des parties molles. La mobilité était très bornée; la jambe était habituellement placée dans une extension incomplète; le mouvement de flexion dépassait à peine l'angh- droit. La jambe était portée dans une abduction et dans une lotation en dehors très prononcées. Le tibia avait subi un commencement de déplacement en arrière

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