MOYENS D IMMOBILISER LE COI DE
L'abduction de lavant-bras entraîne, comme il est facile de le prévoir, la distension des parités molles en dedans de la jointure, la compression des os eu dehors, et elle prédispose aux luxations spontanées dans ce dernier sens. Comme elle
reconnaît les mêmes causes et entraîne les mêmes conséquences que l'abduction de la jambe dans les maladies du genou, on pourrait lui opposer des moyens semblables à ceux que nous avons décrits page 32 8 et suivantes. Cet ordre de traitement n'ayant pas été soumis à l'expérimentation, je me contenterai de faire remarquer que j'ai remédié plus d'une fois à l'abduction de lavant-bras en rétablissant la mobilité du coude. Ce résultat ne doit point étonner : 1 abduction du coude, comme celle du genou, nés' opère facilement (pie dans la flexion ; elle disparait nécessairement dans l'extension , et l'allongement que celle-ci entraîne clans les muscles abducteurs fait, sans doute, que la déformation ne tend plus à se reproduire, lorsque le coude est de nouveau fléchi.
Art. II. — Moyens d'immobiliser le coude.
Pour assurer l'immobilité du coude, il faut tout à la fois maintenir des rapports fixes entre les os et empêcher les pressions qui tendent à faire dévier lavant-bras en dehors.
L'importance de cette seconde indication sera facilement comprise, si l'on remarque combien l'abduction de l'avant bras est fréquente: quelles distensions funestes elle entraîne à la partie interne de la jointure, et comment elle est sollicitée toutes les fois que le malade étant couché, l'avant-bras et la main sont soutenus par le tronc, tandis que le coude se porte en arrière.
Le moyen le plus usité pour immobiliser le coude est l'emploi d'une écharpe, bandage suffisant dans les cas de peu d'importance, mais dont on ne peut se contenter lorsque la sensibilité du coude est 1res vive. L'avant-bras y peut toujours exécuter de légers mouvements de flexion et d'extension, de pronation et de supination, et y éprouve, quand le malade est au lit, les pressions qui font saillir le coude en dedans.
Les appareil* habituellement employés dans les fractures
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du coude, et qui se composent d'attelles assujetties avec des bandes, assurent mieux l'immobilité que l'écharpé; mais ils exercent une compression douloureuse qui les rend inapplicables aux inflammations aiguës, maladies pour lesquelles l'immobilité est surtout nécessaire.
Les méthodes que l'on doit surtout recommander sont les gouttières et les bandages amidonnés.
La gouttière de M. Mayor représentée figure 62 est disposée de manière à recouvrir les faces postérieure et latérales du
membre supérieur. Le fil de fer mou qui sert à sa construction permet de la mouler sur la forme des parties qu'elle embrasse.
Les bandages amidonnés se préparent avec deux cartons coudés, assez longs pour s'étendre de l'aisselle à l'extrémité du métacarpe: l'un de ces cartons s'applique sur la face postérieure, l'autre sur la face antérieure du membre fléchi ; ils sont assujettis avec toutes les précautions que nous avons décrites en général, page 13.
Ces gouttières et ces bandages amidonnés peuvent, immobiliser le coude et soulager les douleurs que le mouvement y eau e, à la condition toutefois de faire corps avec le membre, et surtout <'e prévenir toute saillie de l'humérus en dedans. Pour remplir cette dernière indication, ils doivent être appliqués, lorsque le malade est couché, de manière que le coude soit au niveau du plan antérieur du tronc, position favorable que l'on réalise, soit par des coussins placés derrière le membre, soit mieux encore par !a suspension. Cependant, même avec le secours de celte position favorable, ils sont insuffisants si le coude est le siège d'une fracture compliquée ou d'une inflammation avec ramollissement des liens fibreux ; les mouvements de l'épaule peuvent alors produire un retentissement douloureux dans les parties malades, il faut que le bras fasse corps avec le tronc et reste toujours au niveau de son plan antérieur. Dans ce but, on peu) placer un
MOYENS I) IMMor.ll ÎSI'lï LE COUDE
coussin épais on arrière du membre, que nous supposons mis en appareil, ci entourer ce coussin, le tronc et le membre malade de serviettes et de bandes soigneusement amidonnées. Toutes les indications dont je signale l'importance peuvent être réalisées par l'appareil que j'ai décrit dans la Gazette médicale en 1S39, et que je destinais alors seulement aux fractures du col de l'humérus. Il se compose de deux gouttières : l'une, pectorale, qui embrasse la moitié de la poitrine et dont la figure 63 représente la face interne; l'autre, brachiale, qui est destinée au membre supérieur. Ces deux gouttières sont réunies entre elles, ainsi que le représente la figure 64, qui montre l'appareil vu par derrière.
Fiîï. 64.
Ce système de gouttières a une charpente en fil de fer soigneusement matelassée, cl on l'assujettit au tronc par la ceinture et les courroies que représentent les figures 63 et 64. Il faut en avoir fait usage pour se représenter à quel point il assure l'immobilité et la bonne position du coude, soit dans le décubitus dorsal, soit lorsque le malade est levé. On ne peut se le procurer aussi facilement que le bandage amidonné; mais son application exige bien moins de temps; il permet une surveillance bien plus facile, et lorsque des pansements sont nécessaires, comme dans les fractures compliquées ou
les abcès ai^us, sa supériorité ne saurait être I objet cl un doute.
Art. III. — Moyens de rétablir la mobilité du coude.
Au coude, comme dans toutes les jointures, on peut dans les cas de roideur, imprimer aux os des mouvements artificiels, et pour cela fixer dune part le bras, de l'autre imprimer à lavant-bras des mouvements alternatifs de flexion et d'extension, de pronalion et de supination. Mais ici, comme ailleurs, la nécessité d'un ou de deux aides pour faire ces exercices rend très préférables les appareils que le malade peut faire mouvoir lui-même.
Parmi ces appareils, ceux qui servent à la prcnalion et à la supination seront décrits dans l'article consacré aux mouvements du poignet. Je me contenterai de parler ici de celui qui sert à la flexion et à l'extension, et qui suffit dans l'immense majorité des cas.
Fifv. 65.
Cet appareil se compose : 1° dune gouttière fixée sur une planche el qui sert à assujettir le bras; 2° de deux tiges parallèles entre lesquelles l'avant-bras est retenu au moyen d'un
MOYENS DIS UKTABLIfl LA MOBILITÉ I)U COUDE. 53ÎJ
bracelet. Ces tiges sont articulées à charnière en dedans et en dehors du coude, pour se prêter aux mouvements de l'avant-bras sur le bras; 3° d'un arc de cercle gradué qui sert à mesurer l'étendue de ces mouvements quand la tige externe glisse sur lui.
Le malade, de préférence à un aide, saisit l'une des tiges latérales et l'ait exécuter à lavant-bras des mouvements alternatifs de flexion et d'extension. Au moyen de l'arc de cercle et de la vis de pression , il peut maintenir pendant un temps convenable lavant-bras dans la direction à laquelle il a pu l'amener.
J'ai passé par beaucoup de tâtonnements pour arriver aux dispositions que j'ai adoptées, sous le rapport de la direction qu'on doit donner au membre supérieur.
Dans mes premiers essais, j'avais fait construire la machine, de telle manière que le bras y reposait par sa face interne, et que l'avant-bras se mouvait suivant une ligne horizontale. L'expérience m'a démontre que cette disposition est vicieuse, et que dans cet appareil le bras n'était pas fixé avec assez de solidité. Quand on pliait l'avant-bras, le coude se portait en avant et le moignon de l'épaule en arrière; quand on étendait l'avant-bras, le coude se portait en arrière et le moignon de 1 épaule en avant. Les mouvements qui paraissaient exécutés dans le coude dépendaient donc en grande partie du déplacement du bras.
Pour éviter ces inconvénients , je fis exécuter des appa* reils disposés de façon que le bras reposait sur sa face pos^ térieure et que le plan qu'il formait avec lavant-bras était vertical. C'est ainsi qu'il est représenté dans mon Mémoire de 1848.
Cependant cette position est incommode, et si l'humérus n'exécute pas un mouvement de rotation très prononcé en dehors, l'avant-bras est entraîné dans l'abduction. L'expérience m'a démontré que, si cet effort s'exerce sur un coude dont les ligaments aient été récemment rompus, l'avant-bras se porte en dehors et forme avec le bras ui\ angle obtus au côté externe. Ce danger, que j'ai reconnu au bout de quatre mois chez une fille dont le coude luxé n'avait été réduit que
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trois semaines après l'accident, peut s'observer aussi dans les maladies graves qui ont produit le ramollissement des ligaments.
Pour faire disparaître ces inconvénients, le plan dans leipie! se meut le membre supérieur doit être incliné de manière (pie lavant-bras se dirige obliquement en dedans. Cette direction n'oblige à aucun effort ; c'est celle où le membre se place en quelque sorte instinctivement. Depuis quatre ans j'ai adopta cette direction, et je m'y suis arrêté, l'expérience rn'ayant démontré qu'elle permet de fixer solidement l'humérus, et qu'elle prévient sûrement l'abduction de lavant-bras.
Pour que l'appareil fonctionne bien, il est nécessaire, d assujettir la planche qui le supporte; une presse de menuisier, embrassant cette planche et une table, remplit parfaitement cette indication.
Art. IV. — Moyens de faciliter les fonctions du coude.
On s'est peu occupé de tuteurs propres à faciliter les fonctions du coude , lorsque cette jointure est plus ou moins altérée. On comprend toutefois qu'on pourrait lui appliquer les tuteurs inflexibles ou articulés que nous avons décrits en traitant des maladies du genou, et particulièrement les bandages amidonnés ou les gouttières portatives de cuir. J'ai vu ces appareils calmer les douleurs que produisaient les mouvements de totalité du membre supérieur, et faciliter notablement la préhension.