‹ Traité de thérapeutique des maladies mentales et nerveusesChapitre 22 sur 86 · I. — Brome et Bromures · texte numérisé non relu

I. — Brome et Bromures

Brome. — Balard, préparateur de chimie à la Faculté des sciences de Montpellier, découvrit, en 1820, le brome et ses principaux composés. Aussitôt, Dumas, Sérullas et Liebig entreprirent des recherches sur ce nouveau corps chimique. Les thérapeutes firent, alors, des essais comparatifs avec l'iode, le médicament à la mode.

- C'est Fourché (1), agrégé à la Faculté de médecine de

(1) Fourché, Obs. aur Vemploi du brome et de l'hydrohromale de potasse dans les scrofules el le (joilre {liphénièrides médicales de Montpellier, t. VIII, 1828, p. 45).

Montpellier, qui réalisa l'inlroduclion du nouveau médicament dans la thérapeutique ; Magendie (1) le recommanda en 1829. A la même époque, Frank (2) publia le résultat de ses recherches.

Malgré le patronage de ces savants illustres, auxquels nous devons ajouter Naumann (3), Prieger (4), en Allemagne, le brome fut délaissé pendant plusieurs années. De 1835 à 1851, on le cite, par-ci par-là, mais sans lui donner la place qu'il mérite. Fournet (5) fait connaître les expériences d'Andral, à la Pitié, et Barthez (1838) rapporte quelques observations sur les animaux.

Mais, le brome, en 1851, ne s'employait déjà plus; il était avantageusement remplacé par ses sels, les bromures, et surtout le bromure de potassium. C'est ce dernier que Puch et Ricord employèrent dans les affections vénériennes ; c'est le bromure de potassium que Brown-Séquard, Gubler, Damourette prescrivirent.

Aujourd'hui, le brome est presque inusité; on n'emploie que ses sels dans la pratique médicale.

Bromure de potassium. — Le plus important des bromures est incontestablement le bromure de potassium, sur lequel les recherches physiologiques et cliniques ont été fort nombreuses et très minutieuses.

En 1851, Locock, se basant sur le fait signalé en 1840, par Graff, qui avait remarqué les effets anaphrodisiaques du bromure de potassium, l'essaie, le premier, dans un certain nombre de névroses, où, croyait-il, l'excitation génitale avait son rôle.

Le bromure de potassium est un médicament trop connu

(1) Magendie, Formulaire, 1829.

(2) Frank, De e/jficacia bromi interna, experimeniis illusirala, Berolini, 1829.

(3) Naumann, IJandlmch der med. Klinik., 2 Bd, p. 50.

(4) Prieger, Casper Wochensehr., 1833.

(5) Fournet, Bull, de thérap., 1838, t. XIV, p. 87.

pour qu'il y ait lieu d'insister sur son usage dans la thérapeutique générale; mais, nous ne pouvons nous dispenser de dire quelques mots sur ses elTels sédatifs dans les maladies mentales et nerveuses.

Le bromure de potassium est très rapidement absorbé par les voies digestives. L'élimination est également prompte : cinq minutes après l'ingestion, on peut déjà retrouver le brome dans les urines (Rabuteau) et dans la salive.

On a souvent discuté l'action du bromure. Agit-il comme sel, ou n'intervient-il qu'après la décomposition? On l'ignore. A la dose de 3 grammes, il produit chez l'homme sain une sorte d'engourdissement intellectuel et physique et une légère confusion dans l'enchaînement des idées. On constate de la difficulté à trouver les mots; puis, on observe des étourdissements, des vertiges, delà somnolence. Gubler nommait cet état Vivresse bromique. Il n'y a pas de période d'excitation ; au contraire, le bromure provoque la sédation, s'il préexiste de la surexcitation mentale. Gubler a même observé qu'en continuant la médication, durant quelque temps, le caractère se modifie, et devient mélancolique.

Quelques-uns ont considéré le bromure comme un hypnotique énergique, à peine inférieur à la morphine. Ce n'est pas un véritable hypnotique, mais un sédatif; il diminue la réflectibilité cérébrale, l'impressionnabilité corticale, il atténue l'excitabilité psychomotrice; il invite au sommeil, mais n'endort pas. Pour en obtenir un effet hypnotique, il faut prescrire des doses élevées, de 4 à 5 grammes, en une ou deux fois.

Le bromure de potassium agit, également, sur la moelle épinière. On a fréquemment observé la disparition des réflexes pharyngiens et de la cornée après une dose unique élevée, 5 à 10 grammes. Si l'on va jusqu'à 15 grammes, la sensibilité à la douleur est comme abolie.

Chez l'homme, le bromure, pris pendant quelque temps, diminue les érections et les rend impossibles si l'on prolonge la médication. La formation du sperme n'est cependant pas supprimée.

Le bromure de potassium est un débilitant du cœur chez l'homme comme chez les animaux. Sous son action, on observe un ralenlissement des battements cardiaques et un abaissement de la pression sanguine. Même à petites doses répétées, ces modifications se produisent. Chez un maniaque, n'ayant aucune lésion cardiaque, après l'administration de ce médicament (3 grammes par jour, en deux fois), nous avons observé des irrégularités du pouls, des faux pas du cœur, qui ont cessé avec la suppression du sédatif. Dès qu'on s'aperçoit du ralentissement de la circulation, il convient de ne plus administrer de bromure.

D'ailleurs, il ne faut jamais pousser la médication bromurée jusqu'au hromisme, qui en est l'intoxication chronique. Le bromisme se manifeste par l'amaigrissement, l'affaiblissement général, la perle d'appétit, avec soif, diarrhée, faiblesse et petitesse du pouls, refroidissement des extrémités, cyanose, éruptions cutanées. Au point de vue mental, le malade paraît atteint d'obnubilation ; il ressemble à un paralytique général, a dit Séguin, tant l'affaiblissement psychique est accentué.

" Indications. — Les indications du bromure de potassium sont multiples ; on l'a essayé dans toutes les maladies mentales et nerveuses, dans la manie et dans la mélancolie, dans l'épilepsie et dans la neurasthénie.

On peut distinguer deux groupes d'indications pour l'administration du bromure :

1° Contre les symptômes psychiques d'agitation par anxiété.

2° Contre les symptômes physiques d excitai ion motrice.

Au point de vue psychique, nous avons vu que le bromure est un sédatif mental ; en amoindrissant la réflectibilité du cerveau, en atténuant les sensations, il agit contre l'angoisse, contre l'agitation psychique. De là, une première indication pour les étals maniaques et pour les états mélancoliques. Au début de ces affections, suivant la constitution du sujet et son degré d'agitation ou d'anxiété, la médication bromurée sera ordonnée.

L'état d'anxiété existe aussi parfois dans la neurasthénie. Le bromure ne guérit pas la maladie.; il la modifie en atténuant les grands symptômes psychiques, en amoindrissant les sensations.

Mais il est surtout employé contre l'agitation motrice de toute nature, parce que c'est un sédatif de la moelle épinière. Aussi, peut-on le donner dans la manie, dans l'excitation maniaque et dans la mélancolie anxieuse.

Comme il possède une action déprimante sur Téréthisme des organes génitaux, on le conseille souvent comme anaphrodisiaque.

La grande indication est dans Vèpilepsie\, où « il guérit quelquefois, soulage souvent et ne nuit presque jamais », disait Gubler. On a peut-être exagéré la fréquence de la guérison de l'épilepsie par le bromure, mais il est certain que ce médicament espace très sensiblement les accès et les fait parfois disparaître.

Le bromure de potassium a été et est encore employé dans Vhystérie^ non contre la névrose elle-même, sur laquelle il n'a à peu près aucune action, mais contre les symptômes psychiques d'agitation.

Insomnie. — Nous avons dit que le bromure invite seulement le cerveau au sommeil. Pour obtenir nettement l'effet narcotique, il faut le combiner à un véritable hypnotique. Après avoir calmé le cerveau et préparé le terrain par du bromure, si l'on administre une dose minime de chloral, le sujet s'endort facilement d'un sommeil réparateur.

Modes d'administration. — On peut prescrire le bromure de 50 centigrammes à 10 grammes et plus, dans les vingt-quatre heures. Pour obtenir des effets prompts et marqués, il faut donner des doses assez élevées, de 4 à 6 grammes.

On l'ordonne en solution dans une potion ; c'est le procédé courant.

On peut aussi l'administrer sous forme de cachets.

158 LES AGENTS THÉRAÏ^EUTIQUES.

Autant que possible, on doit donner le bromure au moment des repas, un peu avant ou immédiatement après. L'absorption en est plus facile et ne provoque pas de douleui's, comme il arrive parfois chez les dyspeptiques. Nous faisons souvent prendre le bromure api^ès le repas du soir, dans une tasse d'infusion de tilleul ou de feuilles d'orang-er.

Bromure de sodium. — L'expérience physiologique a démontré que le bromure de sodium a les mêmes effets sédatifs que le bromure de potassium; il est moins toxique; son action sur le myocarde est beaucoup moins active. Le bromure de sodium a sa place dans la thérapeutique à côté du bromure de potassium.

On le prescrit généralement aux mêmes doses ; mais comme il est moins actif et moins toxique, on peut l'administrer à doses plus élevées.

Bromure d'ammonium. — Le bromure d'ammonium a été moins étudié que les autres bromures. D'après BroAvn- Séquard, il est cependant plus actif. l^^SO de ce sel équivaut à 3 grammes de bromure de potassium. Chéron et Fauquez, qui l'ont expérimenté, pensent que le bi'omure d'ammonium agit, d'une part, par le brome, quoique la proportion soit très faible (8 p. 100, tandis qu'il en existe 17 p. 100 dans le bromure de potassium), et, d'autre part, par l'ammoniaque. 11 serait sédatif et stimulant diffusible.

Bromure de strontium. — Doué des mêmes qualités physiologiques et thérapeutiques que les autres bromures, le bromure de strontium a l'avantage d'être toléré par les dyspeptiques plus aisément que ses congénères chimiques. On l'emploie aux mêmes doses que le bromure de potassium.

Il existe d'autres bromures, des bromures de lithium, de calcium, de baryum, de magnésium, de z.inc, d'arsenic, de nickel, d'or, de camphre, mais, sauf ce dernier, ils ont été

peu expérimentés en médecine générale, et moins encore en médecine mentale.

Page 1