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VI. — Ghloralose

Autrement important est le chloralose, découvert par Heffter (1) en 1889, mais étudié surtout par Hanriot et Ch. Richet (2). Ce corps se présente sous la forme de grandes aiguilles anhydres, assez solubles dans l'eau, l'alcool et l'éther. Cent parties d'eau dissolvent, à 15°, 0,864 de chloralose. On le prépare en mélangeant et en chauffant du chloral anhydre et du glycose également anhydre, à parties égales.

Le chloralose, après avoir été essayé sur les animaux, fut expérimenté sur l'homme sain, sur les malades et sur les aliénés. Le sommeil qu'il produit est sans rêves. La dose employée est 0,25 à 0,50. Le réveil est facile, d'après Richet : « Tout aussi subit qu'a été l'invasion du sommeil. Nul sentiment de pesanteur céphalique, nulle sensation de nausée ; l'appétit même semble accru. Ni le cœur, ni l'appareil digestif ne sont le moins du monde troublés par le chloralose. La pression artérielle est plus élevée et l'appétit est stimulé (3). »

L'emploi du chloralose était donc indiqué chez tous ceux

(1) Heffter, Deutsche Chem. Gesellscliafl., XXII, 1030.

(2) Hanriot et Ch. Richet, Comptes rendus de V Académie des sciences, CXIV, 63; CXVn, 734. — Bulletin Soc. chim., XI, 303.

(3) Richet, Art. Chloralose in Dict. de Physiologie de Ch. Richet, t. III, p. 591.

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qui, étant atteints d'insomnie, ne pouvaient prendredu chloral. Féré l'essaya chez les épileptiques, les hystériques, les choréiques. Lombrosoel Marzo(l) trouvaient que le chloralose est un hypnotique prompt et puissant. Ses effets sur la température sont variés ; l'urine diminue quelquefois, l'urée augmente.

Maragliano l'expérimenta sur cent individus et conclut que le chloralose est un bon hypnotique qui donne un sommeil tranquille.

Ferrannini et Casarett , après l'avoir essayé chez les animaux, observèrent ses effets sur les individus; leurs conclusions sont les mêmes ; le chloralose agit comme la narcéine ; son emploi est préférable à celui du chloral chez les cardiopathes. 11 est supérieurà tous les autres hypnotiques au point de vue de la tolérance par l'appareil digestif ; il estinférieuràla morphine et autres sédatifs contre l'insomnie causée par le symptôme douleur (2).

Ce concert de louanges cessa bientôt et l'on signala, à côté des bons effets du chloralose, des accidents plus ou moins graves. Quelque temps après les expériences sur le chloralose, on discutait à la Société de biologie (3) sur sa valeur et les accidents toxiques qu'il produisait.

Maragliano (4) notait, au réveil, l'apparition de phénomènes nerveux, sanglots, tremblements, spasmes cloniques, avec ou sans perte de connaissance, phénomènes cataleptiques, somnambuliques et léthargiques. Cet auteur ne manque pas d'ajouter que ces phénomènes s'observent généralement chez les prédisposés névropathiques. Lombroso (5) a observé des phénomènes toxiques à la dose de 25 centigrammes. Bardet (0)

(1) Lombroso et Marzo, Éludes expérimentales sur le chloralose {Giornale délia R. Acad. di med. di Torino, vol. XLI, fasc. G, 7).

(2) Ferrannini et Casaretti, Il chloralosio {Riform. medic, 1893).

(3) Landouzy, P. Marie, Moutard-Martin etSégaud, Soc. dehiol., 1893.

(4) Maragliano, Il chloralosio {R. Academia medica di Genova, 1893).

(5) Lombroso, Accidents provenant du chloralose {R. Academia di Torino, 18931.

(6) Bardet, Accidents dus au chloralose (Soc. de thérapeutique, séance du 14 février 1894).

176 LES AGENTS TIIKRAPEUTIQUES.

rapporle deux cas de crises nerveuses violentes. Massaro et Salemi (1) déconseillent l'usage du chloralose chez les aliénés, à cause du peu de constance de son pouvoir hypnotique et • des accidents qu'il provoque. Telle est aussi l'opinion de Marandon de Montyel (2).

Quelles conclusions tirer de cet exposé ? Faut-il rejeter le chloralose de la matière médicale comme médicament dangereux, ou comme hypnotique peu constant?

Voici, en tous les cas, l'avis du professeur Richet : « Toutefois, le chloralose a un inconvénient réel, que certains médecins, sans grande réflexion, ont exagéré, et cette objection, très peu fondée, leur a suffi pour l'écarter de la thérapeutique. Les soi-disant cas d'empoisonnement ne sont autre chose que des inquiétudes peu justifiées ; car, aux doses normales, inférieures à 50 centigrammes, il est impossible que le chloralose, au moins chez l'adulte, olTre le moindre danger. Le soi-disant cas de mort dû au chloralose est absolument controuvé. Il s'agissait d'une femme de soixante-sept ans, soignée pour une très grave maladie de cœur, si grave que la mort n'était plus qu'une question d'heures. Après avoir pris 20 centigrammes de chloralose, elle mourut dans la nuit. On comprend que le chloralose en est absolument innocent. »

Une malade de Landouzy absorba, dans un but de suicide, 4 grammes de chloralose qu'elle conserva, n'ayant pu les vomir. Elle n'en mourut pas et le cœur conserva constamment toute sa force, sans aucune tendance à la syncope. Lombroso et Marzo ont donné fréquemment la dose de 1 gramme de chloralose. Féré a donné 1 gramme sans accident. De sorte que les soi-disant cas d'empoisonnement se l'éduisent à des crises nerveuses chez les prédisposés.

Notre opinion, basée sur l'ensemble de toutes ces recherches et des résultats obtenus sur nos propres malades, est que ce

(1) Massaro et Salemi, Le chloralose chez les aliénés {Archivio di pharm. 1895).

(2) Marandon de Montyel, Contrit, à Vélude hypn.du chloralose {Revue de médecine, 1893, p. 341).

médicament est un bon hypnotique, smrtout pour les cardiaques, chez lesquels on redoute l'action nocive du chloral.

Son usage ne s'applique pas aux nianiaques, aux paralytiques généraux ; mais, il est d'un bon effet chez les névropathes^ les épileptiques et les neurasthéniques. Il réussit à donner du calme et du sommeil aux personnes surmenées par un travail constant excessif, et aux mélancoliques dont l'anxiété est peu accentuée.

On peut, en résumé, en obtenir de bons résultats si on sait le prescrire.

Doses. — Le chloralose doit être donné à petites doses, 10 à 15 centigrammes. Cette dose suffit généralement pour amener le sommeil et ne peut jamais provoquer d'accident. S'il est nécessaire de doser plus fortement, il vaut mieux recourir à un autre hypnotique. On administre le chloralose par la voie buccale, sous forme de cachets. On peut aussi le prescrire par le rectum, en solution dans du lait, ou bien par la voie hypodermique.

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