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VII. — Paraldéhyde

La paraldéhyde, découverte par Veidenbuch, en 1829, a eu, pendant une dizaine d'années, une assez grande vogue. On l'a beaucoup prescrite, de 1882 à 1888. On l'ordonne fort peu de nos jours.

Mise en usage par Cervello (1), de Strasbourg, expérimentée par Albertoni (2), puis par Morselli (3), Bergesio (4), Pe-

(1) Cervello, ParaWei/de corne antuffonista délia Siricnina. {Arch. per leScienze mediche, t. VII, 6). — Ueber die physiologische Wirhiniff der Paraldehyds, Beitracj zu den Sludien ûher das Chlorhydrat (Arch. fur ^xperimenlelle Pathologie und Pharmacologie, t. XVI, 1882, cah. 3 et 4). — SulV l'azione fisiologica délia Paraldeyde, etc. [Arch. per le Scienze mediche, t. VI, n° 12).

(2) Albertoni, Archives italiennes de biologie, t. III, fasc. 2.

(3) Morselli, Irrenfreund, t. XXVI, 3, 1883.

(4) Bergesio, liivista sperimentale di frenialria e di medicina leaale, 3" fasc, 1882.

Paul Garni ER et Cololian. 12

retti (1), Gugl (2), KoberL (3), Berger (4), John Brown (5), Longreuter (Gj, elle est entrée peu à peu dans la thérapeutique. En France, Dujardin-Beaumetz (7), en Belgique Francotte(8), l'étudièrent; Yvon (9) l'expérimenta et Coudray (10) en fit son sujet de thèse, d'après ses expériences dans le laboratoire de Hayem ; Kéraval (11) l'essaya sur les aliénés.

La paraldéhyde est un corps solide, cristallisé au-dessous de 15°, 5. Ce point de fusion la distingue des autres aldéhydes et surtout de la paraldéhyde commerciale, qui est liquide à 0 degré.

La paraldéhyde a une odeur de pomme de reinette, un goût piquant, suret; elle est soluble dans l'eau dans la proportion de 1 à 10, et dans l'alcool. Grâce à cette solubilité, on la prescrit sous forme de sirop. La densité, à 15°, est de 0,998; elle bout à 124° (Kékulé); la présence d'une petite quantité d'eau abaisse le point de fusion. Elle est inflammable et brûle avec une flamme pâle ; elle absorbe lentement l'oxygène, comme l'aldéhyde. L'histoire chimique de ce corps a été fort bien exposée par Berthelot et Jungfleisch (12), Wurtz (13), Bourgoin (14).

(1) PeretLi, Ueber die schlafmacheude Wirkung der Pamldehyds, {Berliner klin. Wochensclirifl, 1883, n" 40).

(2) Gugl, Ueber Paraldéhyde als Schlafinillel [Zeilschr. fur Thérapie, octobre 1883), ,

(3) Robert, Deutsche medicinische Woch., 1883.

(4) Berger, Breslauer Arztl. Zeilschr., t. \, 6, 1883.

(5) John Brown, Sur l'emploi de la Paraldéhyde{Brii. med. Journal, 1883, p. 956).

(6) Longreuter, Arch. fùr Psych. Nervenkranhheilen, XV, fasc. 1.

(7) Dujardin-Beaumeti, Bull, de thérapeutique, 1884.

(8) P'rancotte, Progrès me'dicai, 1884.

(9) Yvon, Bull, thérapeutique, mars 1884.

(10) Coudray, De la paraldéhyde, Thèse de Paris, 1884.

(11) Kéraval, Note sur l'action de la paraldéhyde chez les aliénés {Ann. méd.-psych., 1884, t. Xil, p. 259).

(12) Berthelot et Jungfleisch, Traité de chimie organique.

(13) Wurtz, Dict. de chimie.

(14) Bourgoin, Des aldéhydes {Encyclopédie chimique, 1885).

Action physiologique. — L'absorption de la paraldéhyde est très prompte (1) ; cela est prouvé par l'action rapide qu'elle exerce ; l'élimination se fait très vite, par les poumons et les reins. L'haleine des sujets « exhale l'odeur de pomme de reinette ». Cette odeur, dit Peretti, peut persister vingtquatre heures.

Circulation et échanges organiques. — De l'estomac, la paraldéhyde passe dans le courant circulatoire. Les modifications du sang et les échanges organiques ont été étudiés par Quinquaud (2). Cet auteur a observé que l'acide carbonique diminue pendant le sommeil, plus sensiblement et plus rapidement que l'oxygène, dont la quantité est à peine abaissée. Et cela est relatif à la quantité de paraldéhyde absorbée. Hénocque (3) pense, comme Quinquaud, que la paraldéhyde, à dose élevée, à dose toxique, surtout, modifie le sang; elle le méthémoglobinise.

Nercam (4) dit avoir observé, quoique exceptionnellement, le ralentissement des battements cardiaques; à un moment, même, il lui a été impossible de sentir les battements du cœur et les pulsations artérielles. Kéraval, qui en a donné à des doses très élevées, de 4 à 5 et 6 grammes, n'a jamais noté le moindre inconvénient.

Système nerveux. — L'action de la paraldéhyde sur le système nerveux est prompte ; elle agit d'abord sur le cerveau; puis, successivement, sur la moelle et sur le bulbe. Les animaux, qui ont reçu une injection de paraldéhyde, tombent d'abord dans un état d'ébriété; puis, ils s'endorment.

L'action de ce médicament ne va pas jusqu'à l'anesthésie ou l'analgésie, et l'on ne peut s'en servir pour faire une opération, si petite qu'elle soit; les chiens, endormis par la paral-

(1) Manquât, Traité de thérapeutique, 3° édition, 1898, t. II, p. 423.

(2) Quinquaud, Élude de thérapeutique expérimentale, Paris, 1892, p. 159.

(3) Hénocque, Soc. de biologie, séance du 15 mars 188 i.

(4) Nercam, Action hypnotique et sédalive de la paraldéliyde, Thèse de Paris, 1884, p. 88. •. ' l

déhyde, se réveillent lorsqu'on les pince (Ilayem). Mais dès qu'on élève la dose par une nouvelle injection, l'animal tombe dans le coma, avec anesthésie suivie de mort.

Action hypnotique. — On a vanté les avantages de la paraldéhyde sur les autres hypnotiques, et principalement sur le chloral. La paraldéhyde, à dose thérapeutique, ne modifie pas les battements du cœur, au moins dans la majorité des cas. Généralement, elle est bien supportée, même par les ■cardiaques. C'est un avantage sur le chloral ; 2 à 3 grammes de paraldéhyde procurent le sommeil au bout de cinq à six minutes, sans excitation préalable. Le sommeil est calme, accompagné quelquefois de rêves ; il dure de deux à huit heures. Au réveil, le sujet n'a pas de céphalalgie. Dans quelques cas, la paraldéhyde n'agit pas et le malade ne peut «'endormir; mais, c'est l'exception (Desnos).

Toxicité. — La paraldéhyde est toxique ; elle détermine la mort d'un chien, à la dose de 2 grammes par kilogramme d'animal. La mort est précédée de coma, avec anesthésie complète, ralentissement des battements cardiaques, etc. Sommer (1) a donné jusqu'à 5 grammes sans observer d'accident ; de Vincente, en procédant progressivement, a pu monter jusqu'à 10 grammes. Kéraval a, d'emblée, donné «6 grammes, mais sous forme de lavement.

Indications thébapeutiques. — La paraldéhyde est un médiocre médicament, dont on n'est pas toujours sûr, et qui ne peut rivaliser avec la morphine ou même le chloral. Dujardin- Beaumetz la prescrivait dans les insomnies nerveuses, et surtout dans celles qui sont provoquées par le délire alcoolique. Kéraval et son élève Nercam l'ont ordonnée dans les cas à'insoninie avec agilalion, soit dans la manie, soit

(1) Sommer.Ê^eis de la paraldéhyde [Nearologisches Centralblait, février 1886).

dans les états maniaques de l'épilepsie et de l'hystérie. On en a fait usage encore dans \e morphinisme ^ le tétanos, Véclampsie.

Doses. — On doit commencer par de petites doses : 2 grammes, et aller lentement jusqu'à 4 grammes.

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