PAROXYSMES
Son élude, au point de vue clinique, comporte l'examen des trois grandes manifestations, dont l'ensemble constitue la maladie, mais dont chaque variété suffit pour la caractériser. Nous voulons parler des attaques, des manifestations interparoxystiques et de l'état mental.
I. Paroxysmes. — L'attaque type est Vhijsleria major-, la grande attaque, si bien étudiée par Charcot et par Richer (1). On la connaît trop pour qu'il convienne de la décrire en détails ; après les prodromes et une aura partant d'une zone hystérogène, l'attaque éclate ; elle est d'abord êpileploïde ; la période clonique (celle des contorsions, des grands mouvements) succède, et, enfin, le délire hallucinatoire, plus ou moins long, termine l'attaque. Les manifestations psychiques qui la précèdent (l'agitation, la mélancolie, etc.), la remplacent, ou bien la suivent, ont été exposées dans un autre chapitre (Voir Agitation, Mélancolie).
D'autres phénomènes peuvent encore survenir, soit au cours de l'attaque, soit à la suite : la léthargie, par exemple ; le sommeil hystérique ressemble beaucoup à l'atonie complète de la stupidité. L'état catalepti forme, la catalepsie peuvent se montrer à la suite de la léthargie, ou survenir, comme le somnambulisme, à la deuxième période de la grande attaque.
L'attaque vulgaire, Vhysiérie mineure, est celle qu'on rencontre très fréquemment. Les périodes de la grande attaque y sont très atténuées. Les vapeurs, suivant un terme autrefois à la mode, en constituent la forme la plus simple comme la plus fréquente.
Une de ces phases peut prendre tant de développement, chez certains hystériques, qu'elle résume l'attaque à elle seule.
II. Manifestations interparoxystiques. — Elles sont fort nombreuses et revêtent toutes sortes d'aspects.
(1) Richer, Eludes cliniques sur la grande hystérie, ou hysléroépilepsie, Paris, 1885.
TRAITEMENT DE L'hYSTÉRIE.
Les troubles de la sensibilité, presque constants, apparaissent sous forme d'anesthésie cutanée, totale ou partielle. Cette anesthésie peut être complète, à la piqûre, à la chaleur; les muqueuses sont souvent atteintes d'insensibilité.
L'anesthésie des sens, du (joût, de Vodorat^ de l'ouie, de la vue est très fréquente.
Les os, le périoste, les ligaments articulaires, les muscles, peuvent être aussi anesthésiés ; en ce cas, les mouvements ne sont plus exécutés que sous la surveillance de la vue.
Les viscères sont parfois atteints d'anesthésie.
Les hyperesthésies, aussi nombreuses et aussi fréquentes que les anesthésiés, peuvent porter sur la peau, les muqueuses^ les viscères. Les zones hystérogènes sont « des régions circonscrites du corps, douloureuses ou non, d'où partent souvent, pendant les prodromes, des attaques spontanées, des sensations spéciales qui jouent un rôle dans l'ensemble des phénomènes de l'aura hystérique, et dont la pression a pour elTet, soit de déterminer l'attaque convulsive ou une partie des phénomènes spasmodiques de l'attaque, soit d'arrêter brusquement les convulsions » (Pitres) (1). Ces zones, qui jouent un rôle actif, appartiennent surtout aux hyperesthésies, bien qu'elles coïncident fréquemment avec les anesthésiés, comme le fait remai^quer Charcot.
Parmi les zones hystérogènes, on peut citer : le clou hystérique, la céphalalgie hystérique, la névralgie faciale, la miqraine ophtalmique ; les viscères, les testicules, les seins, les ovaires sont souvent le siège des points hystérogènes.
Les troubles de la niotilité sont également du cortège des phénomènes interparoxystiques. La dialhèse de contracture prédispose l'hystérique aux contractures généralisées ou partielles ; la contracture peut envahir les muscles de la vie végétative ou ceux de la vie de relation.
(1) Pitres, Des anesthésiés htjslériqucs, Bordeaux, 1887.
tr\r MENTAL DES HYSTÉRIQUES. 305
Quand la contracture se localise à un membre ou à un groupe musculaire, elle prend la forme clinique correspondante ; on observe alors l'hémiplégie ou la paraplégie. Babinsky fait remarquer que le réflexe culané plantaire, à l'état normal, produit une flexion des orteils sur le métatarse, mais jamais d'extension; s'il y a une perturbation dans le système pyra- /; midal, on note l'extension des orteils, surtout du gros orteil. Ce phénomène s'observe du côté paralysé dans l'hémiplégie organique, et ne s'observe jamais dans l'hémiplégie hystél'ique.
Vamyosthénie est le premier signe de la paralysie, de la monoplégie et de la paraplégie.
Les tremblements apparaissent et disparaissent fortuitement ou à la suite d'une émotion. Les oscillations sont rapides ou lentes, d'après le cas ; elles persistent au repos, comme dans la paralysie agitante.
in. État mental des hystériques. — Charcot (1) considérait l'hystérie, avons-nous dit, comme « une maladie psychique par excellence ». Les hystériques, en effet,. sont des héréditaires, des dégénérés, dont l'état mental particulier a attiré l'attention des médecins de tous les temps. Parmi les modernes, citons ceux qui se sont occupés spécialement de la question : Morel, Tardieu, Moreau (de Tours), Lasègue, Charcot, Féré, Debove, Legrand du SauUe (2). En 1882, Huchard (3) écrivit un article documenté; puis, Brissaud, Pitres, Babinsky, Ballet (4), Marquézy (5), Tabaraud (6), Gilles
(1) Charcot, Leçons du mardi à la Salpêtrière, t. I, 1887, p. 203.
(2) Legrand du Saulle, Les hystériques, état physique et état mental, 1883.
(3) Huchard, Caractère, mœurs, état mental des hystériques (Arch. de neur., l. 111, 1882, p. 187). — Consultations médicales, Paris, 1901.
(4) Ballet, État mental des héréditaires dégénérés [Arch. de méd., mars, avril, 1888).
(5) Marquézy, Uhomme hystérique (Bull, méd., 1888).
(6) Tabaraud, Des rapports de la décfén. mentale et de l'hystérie Thè.sp de Paris, 1888. '
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de la Tourette (Ij, Pierre Janet (2), Colin (3), Sollier, Raymond, etc. publièrent des travaux intéressants.
De toutes ces recherches, il résulte que les hystériques sont desêtres complexes. Nouspouvonsdired'euxceque Magnan (4) a dit des dégénérés : « La désharmonie fonctionnelle apparaît aussitôt avec son cortège de misères morales et de défaillances intellectuelles. Et il est remarquable que le domaine des acquisitions dernières, celles qui se trouvent au terme de la genèse de l'esprit, qui en est comme le résumé et le couronnement, le sens moral, soit souvent le premier et le plus gravement atteint. Uri^goïsnie^féroce, allié k un orgueil sans bornes, l'envie, la malveillance, une inconscience complète des devoirs sociaux, toute la série des difformités morales se donnent ici rendez-vous. Enfants, les dégénérés révèlent déjà leur dépravation native. Adultes, ils se livrent sans retenue à leurs incoercibles penchants. Etres exaltés, impressionnables, versatiles, eux qui paraissent insensibles aux deuils de la famille, qui assistent, les yeux secs, le cœur fermé, aux derniers moments d'un père, ils se lamentent, se désespèrent, poussent des cris déchirants devant une grenouille, une poule mortes. Extravagants, excessifs, immodérés en toutes choses, ils passent brusquement de l'enthousiasme au découragement, des rires aux pleurs, du calme à la colère. »
Les hystériques ont, comme les autres dégénérés, des doutes, des scrupules, le délire du toucher, l'agoraphobie, la pyromanie, la kleptomanie, des impulsions, des obsessions, en un mot toute la gamme des syndromes dégénératifs. L'état de suggestibilité les distingue tout spécialement.
En dehors de cet état mental particulier, ils ont des moments de tristesse ou d'agitation sans cause apparente. Mais généralement, ainsi que nous l'avons vuauxchapitresdel'a^/j/a-
(1) Gilles de la Tourette, Considéralions sur Vélat mental des hystériques {Nouvelle Iconographie de la Salpêlrière, t. III, p. 1890).
(2) Pierre Janet, L'automatisme psychologique, 1889.
(3) Colin, L'étal mental des hystériques, Thèse de Paris, 1890.
(4) Magnan, Leçons cliniques sur les maladies mentales, 1897.