‹ Traité de thérapeutique des maladies mentales et nerveusesChapitre 63 sur 86 · TRAITEMENT DE I.A NEURASTHÉNIE · texte numérisé non relu

TRAITEMENT DE I.A NEURASTHÉNIE

sans parfois comprendre un mot. Ils ne pensent qu'à eux, à leurs sensations, de sorte que l'attention est incapable de se porter sur un objet extérieur. Quand ils veulent narrer un fait, ils s'arrêtent brusquement, ayant perdu l'enchaînementde leurs idées; pendant qu'ils causent ou semblent écouter, la pensée court toujours, harcelée par toutes sortes d'appréhensions.

La diminulion de la mémoire, citée par quelques auteurs, est, en réalité, insignifiante et souvent elle n'existe pas ; elle est plus apparente que réelle. Ce point est important. La mémoire n'est pas altéi^ée au point de dire qu'il y a diminution véritable. A un examen superficiel, elle paraît affaiblie, mais il n'y a pas de perte du souvenir, il n'y a que de la paresse cérébrale à porter l'attention sur le souvenir. Le malade, distrait et préoccupé, ne se donne pas la peine de chercher. C'est l'attention plutôt que la mémoire qui est atteinte. Nous avons vu un neurasthénique qui, plusieurs mois après le début de sa maladie, se souvenait des numéros de téléphone de ses amis.

Au début, quand le malade est tout à son mal, il ne fait plus guère attention à l'entourage; les événements qui se succèdent autour de lui, ne se fixent pas dans son cerveau. Le premier médecin qui l'examine, se basant sur ce qui a été dit de la mémoire des neurasthéniques, attire son attention sur ce point ; la suggestion est faite, dès lors ; le malade est persuadé qu'il ne se souvient pas et il ne cherchera même plus à retenir ses perceptions.

Dans bien des cas, où le neurasthénique était convaincu que sa mémoire était affaiblie, suggestionné qu'il était par de? affirmations médicales antérieures, nous avons pu obtenir des détails minutieux sur des sujets ne concernant pas l'affection.

D'ailleurs, anatomo-pathologiquement, il ne peut y avoir d'amoindrissement de la mémoire, puisque la perte continue de la mémoire est le signe d'altérations cérébrales profondes, et ces lésions font défaut dans la neurasthénie.

SYMPTOMES PSYCIIIOUKS. MV

Infériorité morale. — Le malade perçoiL les défectuosités de son état mental. Les mélancoliques conscients et les neurasthéniques sont les seuls, parmi les déprimés, qui se rendent com pte de leur infériorité morale : ils s'en chagrinent, deviennent anxieux, timides. Ils n'osent sortir, aller dans le monde; ils fuient le regard des passants qui doivent lire leur maladie sur leur visage ; ils négligent les obligations mondaines et leurs devoirs sociaux.

Ayant perdu toute confiance en leurs forces intellectuelles, ils se déclarent incapables de gérer leurs affaires, de surveiller leurs intérêts, même les plus pressants. • Les idées hypocondriaques sont très fréquentes; chaque sensation interne est immédiatement mise sur le compte d'une affection grave : la céphalalgie est « une maladie cérébrale », la rachialgie «la maladie de la moelle épinière » ; le cancer de l'estomac, la tuberculose pulmonaire, les affections cardiaques, etc., entrent aussi en scène...

Mais ce qui est caractéristique, c'est la mobilité et le peu de fixité des idées. Aucune systématisation dans les idées morbides : le premier venu pourra ébranler sans trop de peine la préoccupation hypocondriaque de l'instant.

Une seule idée reste enracinée dans ce cerveau épuisé, l'idée d'une maladie grave, indiagnoslicahlé. Par une sorte de vanité bizarre, chaque neurasthénique prétend souffrir d'une maladie jusqu'alors inconnue et se croit un phénomène. 11 se sent malade, très malade, et les médecins s'accordent à ne trouver aucune lésion; ils ne découvrent qu'une petite fatigue nerveuse, la banale neurasthénie 1 Est-ce possible? Non, les médecins font erreur. Cette idée est l'objet d'une longue rumination; le neurasthénique a la conviction d'être atteint d'une affection chronique, inconnue et inguérissable, et il met une sorte de fierté à afficher la banqueroute de la médecine.

1). Traitement. — La neurasthénie étant, nous venons de

Page 1