TRAITEMENT DE LA NEURASTHÉNIE
un obturateur percé de nombreux trous très fins, et dirige ce jet sur le dos et les jambes de haut en bas, puis de bas en haut; alors le malade se retourne, et la même opération est pratiquée sur les parties antérieures et latérales du corps : ce premier temps dure d'une à deux minutes. On passe ensuite à l'eau froide. Le doucheur saisit l'obturateur et le fait tournoyer aussi rapidement que possible pour transformer les multiples petits jets en un nuage d'eau froide, au travers duquel le malade passe et repasse deux à trois fois. Puis, l'on enlève l'obturateur et l'on envoie un jet direct, percussif, sur chacun des pieds, pendant cinq secondes. »
Les applications locales sont souvent conseillées ; dans l'atonie intestinale, Bouveret emploie la douche abdominale; la douche péinnéale est ordonnée par Botley, dans les cas de spermatorrhée. Dans la rachialgie, les douleurs sont soulagées par les douches écossaises localisées.
Ces indications varient, comme on le voit, suivant chaque malade et son degré de susceptibilité à l'action de l'eau froide.
Ij électricité a été employée dans la neurasthénie ; certains médecins l'estiment un agent aussi précieux que l'hydrothérapie. Mais, si quelquefois, en effet, on obtient des résultats, il arrive, aussi, que toutes les formes de franklinisafion, galvanisation, faradisation échouent pitoyablement.
Gomme l'électricité réussit parfois, et, somme toute, ne présente pas grand inconvénient, pourquoi déconseillerait-on de la prescrire et enlèverait-on au médecin un moyen dont la mise en scène, seule, suffit souvent pour guérir? « La vérité est que ce mode d'administration de l'électricité, quel qu'il soit, présente sur tous les autres traitements un avantage considérable, celui de distraire un malheureux jusque-là réfractaireà toute distraction. L'étincelle, le dressement des cheveux sur la tête, le bruit du trembleur^ les oscillations du galvanomètre, tout cela possède une puissance thérapeutique dont un médecin sérieux aurait tort de faire fi(Brissaud). »
Nous croyons que rélectricité agit beaucoup par suggestion et, aussi, un peu par elle-même. Elle a donné des résultats qui ne sont pas négligeables. On peut l'ordonner contre l'insomnie, l'asthénie neuro-musculaire, l'anxiété, la céphalée, la rachialgie, etc.
III. Agents mécaniques. — Les agents mécaniques qui . ont pour effet d'activer la nutrition générale, la circulation périphérique et de stimuler la sensibilité, sont tout indiqués. Le massage^ les frictions ont, à ce point de vue, des avantages qu'on ne doit point dédaigner.
Ces moyens conviennent surtout dans les formes graves, aux malades alités. Ils remplacent l'exercice, la promenade. Dans le traitement méthodique de Weir Mitchell, ils ont un rôle important. Nous en avons donné la description au chapitre du massage.
Il y a lieu de dire un mot de la médecine vibratoire, préconisée par Charcot (1), et qui se rapproche des moyens mécaniques. Le point de départ de cette méthode fut l'observation de Vigouroux (1878), qui découvrit que les vibrations d'un diapason faisaient disparaître les anesthésies, les contractures.
Voici la description que donne Charcot de l'appareil qu'il employait : « Il se compose d'une sorte de casque à lames séparées, tout analogue au conformateur des chapeliers ; à l'aide d'un artifice simple, les lames de ce casque emboîtent exacte- • ment la tête du sujet en expérience. Le casque est surmonté d'un plateau sur lequel se trouve placé un petit moteur spécial actionné par une pile vulgaire. » Le petit moteur donne 000 tours à la minute, produisant une vibration uniforme, qui se transmet au crâne. Ce procédé mécanique a fait disparaître les symptômes céphaliques, les vertiges, la céphalée, l'insomnie de quelques neurasthéniques.
(1) Charcot, Leçons cliniques failes à la Salpêlriàre {Semaine médicale, 1892, p. 289).
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IV. Alimentation. — Tant que l'appétit est conservé, que les digestions sont faciles, ni le malade, ni le médecin n'ont à se préoccuper de l'alimentation ; il suffit d'exclure les aliments excitants.
Mais si, comme le cas est fréquent, les sujets s'alimentent mal, si la nutrition générale est en détresse, on surveillera de très près le régime. Beard et Weir Mitchell, dans la forme grave, ordonnent la suralimentation. Leur intention est de fournir aux neurasthéniques suffisamment d'aliments pour relever le système nerveux ; dans ce but, ils prescrivent des aliments qui, sous un petit volume, offrent le maximum de substance nutritive : beurre, crème, œufs, etc.
Vigoureux ordonnela ration d'entretien; mais, pour y arriver, il commence par une dose d'aliments inférieure à la normale, et observe les variations de poids ; quand le poids est stationnaire, il ne change plus le régime.
C'est aller d'une extrémité à l'autre. En prescrivant une ration trop abondante, on augmente les causes de dyspepsie. Si l'on n'alimente pas assez, sous prétexte que l'organisme du neurasthénique n'est pas capable d'employer tous les matériaux que les aliments lui apportent, on affaiblit le malade et l'on retarde sa guérison.
Ainsi que nous le disions au début, tant que les neurasthéniques ne se plaignent pas de l'estomac, il ne faut pas modifier le régime.
Il faut bannir le vin, les liqueurs, le thé, le café, et conseiller le lait, l'eau pure, les tisanes amères, etc.
V. Traitement pharmaceutique. — Y a-t-il un médicament spécifique contre la neurasthénie? on ne pourrait sérieusement le prétendre. Aucun des médicaments employés depuis trente ans n'a d'action curative décisive sur cette névrose. Et cependant, les drogues proposées sont en bien grand nombre. Tous les médicaments qu'on donne, s'adressent moins à la névrose qu'aux symptômes. Dans la neurasthénie^
la médication est donc surtout symptomatique. On ne peut prolonger l'expectation devant un malade qui soulFre d'insomnies, de palpitations ; ce sont des symptômes gênantts qu'il faut combattre.
Contre la névrose elle-même, pour la modifier, l'atténuer, on peut ordonner les bromures alcalins, à petites doses, et il surtout quand il y a de l'agitation, de l'anxiété ou de l'excitation génitale. .
La valériane, sous forme de valérianate d'ammoniaque, réussit quelquefois à atténuer l'angoisse ; elle produit un peu de sédation et amène un calme relatif.
L'arsenic, le fer, ont été donnés dans le cas d'asthénie générale, d'anémie, de chlorose. Ils agissent contre l'anémie comme stimulants. Comme préparation ferrugineuse, le protoxalate de fer nous semble mériter la préférence.
Les glyccro-phosphaies tendent aujourd'hui à prendre la place des autres toniques. Certains malades se sont bien trouvés des glycéro-phosphates de chaux, de fer, de soude. « Le glycéro-phosphate de chaux, en particulier, passe pour rendre à l'organisme le phosphore dépensé en excès... Sans nier les cas heureux, il est prudent d'attendre la preuve. Elle ne nous est pas fournie encore, parce que les glycéro-phosphates sont aujourd'hui conseillés, comme la panacée divine, dans toutes les maladies sans exception ni distinction, à tel point que les malades s'étonnent lorsque le médecin oublie de les prescrire (Brissaud).»
Ces dernières années, la coca, la kola, le maté, la somalose, ont eu un renom de toniques par excellence; les neurasthéniques en ont abondamment absorbé, et pas toujours avec profit. Toutes les teintures prises avant le repas, tous les élixirs de dessert sont alcoolisés et, à ce titre, le plus souvent, on devra les proscrire.
Le chanvre indien, sous forme d'extrait gras, à la dose de 5 à 10 centigrammes, a été et est encore ordonné.
L'opium et même la morphine ont été utilisés. Ce sont, ici, Paul Garnier et Cololian, 27
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des médicamenls dang-ereux; le médecin doit s'en méfier. Beaucoup de morphiniques sont d'anciens neurasthéniques.
L'ergoliiie, la duhoisiiie, la sirijchnine ont été prescrites plutôt contre les symptômes tels que la parésie vaso-motrice, la spei'matorrhée, etc.
Nous ne citons que pour mémoire les injections sous-cutanées de liquides organiques dont la vogue s'éteint. Aujourd'hui, on cherche à obtenir, un effet tonique en injectant le sérum artificiel dont nous avons déjà parlé. On en retire quelques avantages.
VI. Traitement des symptômes. — La céphalée est un symptôme gênant qu'on doit combattre. Les antinévralgiques ordinaires, Vanlipyrine, la phénacéline, suffisent quelquefois pour l'atténuer. Le pijramidon^ dérivé de l'anlipyrine, médicament lancé comme spécifique contre la céphalée neurasthénique, réussit dans quelques cas. Quand ces substances ne calment pas la douleur au bout de quelques jours, ilconA-^ientd'y renoncer ; il faut surtout supprimer l'antipyrine qui a une action fâcheuse sur le fonctionnement rénal et peut provoquer l'albuminurie.
Uacélanilicle, Vexalgine sont plus actives, mais plus toxiques. Les accidents produits par l'exalgine sont fréquents.
Tout récemment, on a lancé dans le commerce le ci'irophène^ efficace contre la céphalée. On peut l'essayer; il est peu toxique et s'administre en potion ou plutôt en cachet, jusqu'à 3 grammes par jour, en plusieurs fois.
Les vertiges sont très pénibles; les malades en sont fort tourmentés, et d'autant plus qu'ils empêchent parfois le& mouvements. Le repos au lit a quelque effet sur ce phénomène tenace qu'aucun médicament ne réussit à faire disparaître complètement. On peut essayer la noix vomique; elle paraît avoir une légère influence.
Quant à Vinsomnie, on essaiera d'y remédier par les moyen» ordinaires (Voir article Insomnie).
TRAITEMENT DES SYMPTÔMES. il9
Troubles c/nslriqaes. — Les désordres gastriques sont fréquents. On a élé jusqu'à penser que la neurasthénie était la conséquence de la dyspepsie, et l'on soignait l'estomac, les intestins, l'anémie, sans se soucier de la maladie causale, de l'épuisement nerveux'.
Les troubles dyspeptiques disparaîtront avec l'ensemble de la maladie ; mais cela ne signifie pas qu'il faille négliger de soigner l'estomac et se désintéresser de savoir si le régime est trop abondant ou insuffisant ; il doit être mixte; en indiquant les aliments de digestion facile, en fixant le moment de les prendre, le médecin pourra atténuer notablement les troubles et éviter la stagnation trop prolongée des débris alimentaires dans l'estomac.
Le régime suffit quelquefois pour modifier favorablement les fonctions gastriques et intestinales. D'après le degré d'acidité, et suivant les fermentations, on le variera, mais sans recourir aux médicaments, autant que possible.
Troubles inlesiinaux. — Aussi fréquents que les désordres gastriques, ils demandent des soins hygiéniques plutôt qu'ils ne réclament des agents thérapeutiques proprement dits.
La constipation par atonie mécanique est de règle. On prescrit les moyens ordinaires, le massage, par exemple, qui agit efficacement. Quand la constipation est provoquée parla sécheresse de la muqueuse, les grands lavements d'eau bouillie sont des plus utiles.
Contre la colite muco-membraneuse, les lavements réussissent ; il faut y ajouter du salicylate de bismuth.
Troubles cardiaques. — Ce sont des symptômes qui afi'olent les malades et qui, cependant, n'ont aucune gravité. Les palpitations, la fausse angine de poitrine, sont des phénomènes nerveux qu'on peut vaincre facilement avec les antispasmodiques : la valériane (teinture ou extrait), le bromure^ Voxyde de zinc, etc.
Mme P..., trente-six ans, pédicure, éprouva à la suite de la