‹ Traité de thérapeutique des maladies mentales et nerveusesChapitre 80 sur 86 · ÉDUCATION DES ENFANTS NEVROPATHES · texte numérisé non relu

ÉDUCATION DES ENFANTS NEVROPATHES

système nerveux, de développer les capacités de chaque sujet, afin d'équilibrer harmonieusement la vie physique et la vie mentale.

Léducation physique des enfants névropathes. — « Dans les temps primitifs, dit Herbert Spencer, alors que la guerre, la lutte à main armée, était la première des activités sociales^,, la vigueur du corps devenait le but essentiel de l'éducation,

« On se souciait peu de la culture de l'esprit, on la traitait même avec mépris. Aujourd'hui que le succès dans la vie dépend presque entièrement de la force de l'intelligence, l'éducation est devenue presque exclusivement intellectuelle, et l'on néglige le corps. »

Remarques fort judicieuses. L'éducation physique du corps est aussi indispensable que l'éducation psychique. On ne doit pas négliger l'une au profit de l'autre. De l'accord des deux sortira l'équilibre du cerveau et du corps.

Le milieu. — L'enfant névropathe, né à la ville, doit être envoyé à la campagne, au grand air, dès l'âge de trois ou quatre ans. C'est là, dans la saine nature, qu'il sera éduqué ; l'air vicié des villes ne peut convenir à sa nature nerveuse. La campagne, « c'est le paradis de l'enfant ». Et si des difficultés pécuniaires ou autres mettent entrave à cette utile précaution, on multipliera les mesures hygiéniques pour combler cette lacune.

Le principe de l'internat est mal compris dans les collèges. Il ne peut surtout convenir aux enfants nerveux dégénérés. L'externat est préférable.

Nous n'avons pas, ou plutôt nous n'avons plus le système familial, qui existe encore en Angleterre, en Allemagne, où, dit Michel Bréal, « sur mille élèves fréquentant les gymnases allemands, il n'y en a pas cent qui soient placés hors de la famille ». Les élèves sont confiés à des familles honorables, qui en prennent soin, moyennant salaire. L'enfant fait partie

de la famille, prend part aux plaisirs et se rend à l'école aux heures de travail.

U éducation morale. — C'est, là, le point essentiel et le plus délicat.

L'enfant, né de parents nerveux, déséquilibrés, a des penchants morbides que l'éducation morale doit combattre énergiquement; c'est elle qui développera la volonté, l'énergie, ces qualités si utiles à la lutte ; c'est elle qui refrénera les exagérations des penchants, cultivera les aptitudes, tentera de suppléer aux lacunes de l'organisation morale.

L'éducation doit commencer à l'éveil de l'intelligence, alors que l'enfant est viei^ge de toute empreinte dans ses couches corticales. Et si le milieu est nuisible aux efforts de cette éducation, si la bizarrerie du caractère des parents, ou le manque d'hygiène y font obstacle, il faut soustraire l'enfant à ces mauvaises conditions et le soigner à la campagne.

Dans un entourage pervers, tout ce que l'enfant observe s'incruste dans son esprit, et l'on a de la peine à l'extirper.

Le cerveau de l'enfant se prête à toutes les influences; il faut en profiter pour suggérer les bons sentiments et les idées nobles.

De bonne heure, la famille, l'entourage doivent aider les efforts de l'enfant; rien ne blase autant que les reproches continus. Il faut donner le stimulant nécessaire, l'aliment moral qui réconforte et excite l'intelligence.

L'encouragement ne doit pas aller jusqu'à fermer les yeux sur les défauts et les fautes. Pour faire entendre raison à un enfant nerveux, la bienveillance et la douceur ont plus d'effet que la colère et la réprimande ; elles ne risquent pas de briser sa volonté naissante.

« L'homme, dit Pascal, est ainsi fait qu'à force de se le dire à soi-même, on se le fait croire. Car l'homme fait lui seul une conversation intérieure qu'il importe de bien régler. » Cela est également vrai pour l'enfant. Quand on lui répète

Page 1