‹ Traité de thérapeutique et de matière médciale [sic]Chapitre 1 sur 242 · PROFESSEUR DE CLINIQUE INTERNE A LA FACULTÉ DE MÉDECINE DE PARIS · texte numérisé non relu

PROFESSEUR DE CLINIQUE INTERNE A LA FACULTÉ DE MÉDECINE DE PARIS

J’ai eu deux maîtres , M. Bretonneau et vous. Tous deux vous m'avez aimé d'une amitié paternelle ; à tous deux j'ai voué un attachement filial. M. Bretonneau ?h'a donné les premiers éléments d'une science que j'ai essayée par goût, que depuis j'ai tou jour' s cultivée avec passion ; puis , quand il a cru que j'étais assez longtemps resté près de lui, il m'ci envoyé ci Paris , et c'est à vous qu'il m'a confié.

Depuis cette époque, douze ans se sont écoulés , et vous n'avez cessé cl' être pour moi ce que mon père par le cœur, M. Bretonneau, désirait que vous fussiez.

■ h lève, j'ai toujours été aidé de vos conseils : docteur , j'ai été soutenu par vos encouragements dont j'avais grand besoin, car j'étais pauvre et sans appui.

Plus tard vous fûtes mon juge , alors que je briguai l'honneur (V être suppléant a la faculté de médecine : peut-être votre amitié vous rendit-elle trop bienveillant pour moi , et sans doute j'ai clü à cette bienveillance , cl'obtenir à 2 6 ans un titre dont pourtant je suis fier. Quatre ans plus tard quand fut renversée la bannière politique sous laquelle vous vous rangiez , vous refusâtes l'encens ci ce (lue vous appeliez les faux dieux ; et une

disposition brutale vous interdit les chaires que vous occupiez si dignement et si légitimement à l'école de Médecine et au collège de France , comme si la politique avait rien ci voir clans V enseignement de la médecine.

Cependant cette même révolution ouvrait aux jeunes médecins la porte des hôpitaux. Cette porte était étroite , c'était celle des concours et beaucoup s'y présentaient. J'eus le bonheur d’y pouvoir entrer et je devins ainsi votre collègue.

C'est alors , alors surtout que votre amitié fut active, vous me p?jtes à l' Hôtel-Dieu avec vous , vous daignâtes m'associer à votre seixice, comptant bien, si l'expérience me faisait défaut , venir encore ci mon aide , et me redresser si j'allais gauchir.

Et puis quand de nombreux élèves se pressaient autour de vous pour écouter nos leçons cliniques, vous permettiez (lue je leur exposasse aussi les idées que me suggérait l'examen des malades. Quelquefois même m'offrant en public une lu lie inégale , vous me faisiez l honneur de descendre avec moi dans la lice , et tandis que je combattais à fer émoulu , tous ne vous serviez vous que d'armes

courtoises. Je vous ai souvent remercie au fond du cœur de la bienveillance de vos attaques , car vous avez ainsi /ail que , facilement victorieux dans le combat., vous avez toujours voulu laisser

quelque gloire au vaincu.

Je ne me dissimule donc pas , que si mon nom est un peu sorti du cercle étroit oit il aurait toujours été renferme , c’est

à vous que je le dois.

Et pourtant bien des motifs devaient pous éloigner de moi. J’étais lie d opinion avec vos ennemis politiques ; je pensais comme ceux dont vous réprouvez les idées religieuses. Et vous, homme plein de foi dans ce que croyaient et respectaient nos pères , vous n’axez cessé pendant douze ans de me prodiguer les témoignages de l’attachement le plus désintéressé.

Voici un livre que je vous dédie. Il est de Pidoux et de moi. Pidoux , votre élève pur, et moi votre élève aussi que vous n’avez jamais pu convertir entièrement et qui suis resté imbu des idees de mon premier maître M. Bretonneau.

Pidoux, admirateur enthousiaste de l’antiquité qu’il conna.it et qu’il comprend comme vous ; impatient de systématiser, rajeunissant les théories anciennes avec tous les faits nouveaux qu il analyse ; avide d’expliquer , et moi tout au contraire expérimentateur presque servile , résistantaux explications, même

à celles que j’ai imaginées , et me hasardant à peine à grouper quelques analogues, tant j’ai peur des systèmes. Le que m’importe si cela guérit, est, vous le savez, mon adage habituel. Cet adage si grossier et si inintelligent, est pourtant celui de M. Bretonneau le médecin de notre époque le plus spirituel peut-etre , de M. Bretonneau , artiste aussi ingénieux que vous / de M. Bretonneau, qui fait la médecine comme Lafontaine faisait des fables.

Le point de vue différent en apparence sous lequel Pidoux et moi nous envisageons la thérapeutique , mettra peutêtre un peu de désharmonie dans notre livre. Je ne sais s’il en vaudra moins. Vous en jugerez. Quoi qu’il en soit , si, dans tout cet ouvrage , vous trouiez semées quelques-unes des idees medicales que vous avez si admirablement dei eloppées dans les notes de votre T? ente du cancer, vous n’ciurez pas le droit de vous en plaindre', vos disciples sont vos lientiers naturels , et ils ont pris une peu t en avancement d’hoirie.

Paris, 8 avril 1856.

A. Trousseau.

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