OU1N0U1NA
car rintermission souvent n’a pas lieu dans les fièvres pernicieuses ; mais à l’époque où les accident'; du paroxysme précédent commençaient à diminuer un peu , et , en un mot , au début de la période de rémission.
Celte méthode infiniment supérieure à celle de Morton n’est pourtant pas elle-même exempte de reproches. On ne peut se dissimuler que, dans les fièvres tierces pernicieuses subintranles, l’intervalle entre la rémission de l'accès qui précède le début de celui qui suit ne soit souvent trop court , pour permettre au Quinquina d'être absorbé et d’agir utilement.
Bretonneau , pénétré de la gravité de cette objection, modifia la méthode de Torti en ce sens qu'il commence l'administration du Quinquina au milieu du paroxysme et dès qu’il en a constaté les caractères pernicieux. De celte manière, il se ménage au moins 24 ou 56 heures avant le début de l’accès suivant , et il arrive toujours à temps pour le prévenir. Il n’est pas effrayé par l’idée d’augmenter l'intensité de l’accès pendant lequel il donne le Quinquina , car l’expérience lui a appris que le médicament n’agit que plusieurs heures après avoir été administré , et par conséquent à l'heure où la rémission va commencer. Comme il a devant lui un espace de temps fort long, il n’est pas forcé de donner du premier coup une dose aussi forte que celle de Torti ; ainsi il conseille pour la première dose o gros , et il fait répéter celle quantité toutes les trois heures , jusqu’à ce que le malade ait ingéré neuf gros de poudre de Quinquina.
La méthode de Bretonneau est certes la plus pratique et la plus efficace , et nous n’hésitons pas à la placer au-dessus de celle de Torti dont elle n'est d’ailleurs qu’une modification.
Du moment que l’accès pernicieux a été supprimé ou beaucoup atténué , il n’est plus nécessaire de continuer le Quinquina à des doses aussi élevées que celles qui ont été indiqués tout à l'heure. Il conv iendra cependant de donner, quelques jours de suite, 2 à 5 gros de Quinquina, pour reprendre ensuite la méthode de Sydenham telle que nous l’avons fait connaître plus haut.
l'oies (V introduction du Quinquina. Le Quinquina peut être administré par la bouche, par le rectum, ou bien enfin on peut l’appliquer sur la peau qui devra absorber les principes fébrifuges de l’écorce.
La voie d’introduction la plus ordinaire est celle do la bouche; mais il est des cas ou il faut l’abandonner. Certains malades ne peuvent avaler
le Quinquina, d’aulres le vomissent dès qu’ils l’ont ingéré. Les enfants en bas-âge ne consentent à aucun prix à prendre une substance aussi amère. Enfin , dans certaines fièvres pernicieuses , la cardialgique, la cholérique, les vomissement* qui caractérisent la maladie ne permettent quelquefois pas que l’on administre la moindre dose de Quinquina.
il est encore des cas où il faut renoncer à le donner par la bouche; c’est lorsque , administré depuis longtemps de cette manière, il a causé une gastrite ou une gastralgie violente.
Il faut bien alors se décider à le donner par une autre voie, et c’est par le rectum qu’on l’introduit avec le plus de facilité. Les doses de Quinquina que l’on donne en lavement doivent être un peu moindres que celles qu’on l’on prescrit en potion , et cela , parce que l’absorption se fait plus vite et mieux dans le gros intestin que dans l’estomac. Mais si le rectum relient mal le Quinquina, il faut alors en renouveler les doses de manière à en faire absorber autant qu’il est nécessaire.
Les cataplasmes vineux de poudre de Quinquina sont encore employés avec beaucoup d’avaniage chez les malades qui ne peuvent supporter le médicament ni en lavement, ni en potion. Ces calaplasmes doivent être fort larges, et sont maintenus pendant 8 ou 10 heures. On les applique sur le ventre que l’on a eu l’attention de faire savonner avec soin auparavant.
Mais l’absorption cutanée n’est pas toujours assez active quand le chorion est revêtu de l’épiderme. AI. Lembert a indiqué aux thérapeutistes une nouvelle voie d’introduction des médicaments, celle de la peau dépouillée de son épiderme. Le Quinquina en substance ne peut guère être administré par celte voie, mais il n’en est pas de même du sulfate de quinine qui, appliqué sur le derme dénudé, avec les précautions que nous indiquerons plus bas , guérit la fièvre intermittente avec non moins de certitude que lorsqu’il est donné par la bouche ou par le rectum. Enfin il est une voie indirecte que Rosensleiu a indiquée; lorsqu’un enfant à la mamelle est atteint de fièvre intermittente, ce praticien conseille de donner le Quinquina à la nourrice. On trouve, dans le Journal de médecine de Vandermonde (t. xxxv, p. 415), un exemple remarquable de ce mode d’administration.
C’est ici le lieu de parler de l’importante découverte de Pelletier et Cavenlou , et de ses applications dans la thérapeutique des fièvres intermittentes. La découverte de la quinine et du
MÉ D1CAMENTS TON1QU ES
sulfale de quinine a fait époque dans la science, et il est rare qu’aujourd’hui on administre l’écorce de Quinquina.
Le sulfate de quinine remplit-il toutes les indications du Quinquina?Comme fébrifuge, oui : comme tonique, non. Nous verrons ailleurs pourquoi.
On ne peut contester les propriétés fébrifuges du sulfate de quinine, elles sont aussi évidentes (pie celles du Quinquina lui-même; mais ce sel est beaucoup plus irritant que le Quinquina , d’abord à cause de sa plus grande solubilité , et ensuite parce qu’il n’a pas le correctif qui se trouve dans l’écorce du Pérou, savoir le tannin. Aussi provoque-t-il des gastrites chroniques et de la diarrhée beaucoup plus souvent que le Quinquina. Mais on pare à ces accidents en associant au médicament certaines substances dont nous parlerons plus bas. Et l’on conçoit (pie, dans les fièvres intermittentes simples, mais surtout dans les pernicieuses, la facilité de l’administration du sulfale de quinine . et en même temps son extrême activité , lui donnent sur le Quinquina une prééminence incontestable.
L’analyse chimique permet de retirer du Quinquina jaune 4 grains et demi de quinine par gros. D'où il résulte que , pour donner une dose de sulfale de quinine équivalente à la quantité de Quinquina nécessaire pour guérir une fièvre intermittente simple, il faudra donner autant, de fois 5 grains que l’on donnait jadis de gros. Soit donc de 10 à 15, grains de sulfate de quinine au lieu de 2 à 3 gros de Quinquina jaune; 50 à 40 grains au lieu de G gros ou une once d’écorce pour les fièvres pernicieuses.
Dès l’abord, Pelletier et Caventou préconisèrent le sulfate de quinine à l’exclusion de toute autre préparation , et ce sel est resté seul en possession de remplacer le Quinquina dans le traitement des fièvres intermittentes; mais, de toute évidence , il est bien inférieur à la quinine brute ; et nous allons indiquer les molifs de celte préférence.
La quinine brute , comme on le sait, ne diffère de la quinine pure précipitée du sulfate de quinine, que parce qu’elle contient encore quelques principes colorants extractifs. Mais elle est aussi activement fébrifuge que celle-ci et que le sulfale; et les expériences que nous avons faites sur ce point de thérapeutique ne laissent aucun doule à ce! égard. Or la quinine brute l’emporte sur le sulfale de quinine 1° parce qu’elle est parfaitement insipide , tandis (pie le sulfate de quinine est d’une exquise amertume. Celte insipidité
est d’un grand prix dans la thérapeutique des enfants , car on peut leur administrer ce médicament avec la plus grande facilité et sans qu’ils s’en aperçoivent. 2" La quinine brute a une consistance résineuse , el elle se ramollit à la chaleur des doigts , de manière qu’on peut la réduire en petites pilules d'une ténuité extrême que l’on mêle au potage dos enfants , et qu’ils avalent sans difficulté.
Il ne faut pas croire que l’insipidité de la quinine brute , et par conséquent son insolubilité dans la salive , soienL un obstacle à l’absorption stomacale. La quinine trouve dans l’estomac des acides qui la dissolvent immédiatement , et partant elle est absorbée plus aisément encore qu’à l’état de sulfate.
Si maintenant on croit devoir la dissoudre dans une potion ou dans un lavement, il suffira d’ajouter au véhicule quelques gouttes d’acide acétique ou d’acide sulfurique.
Quant à la quinine pure, comme on l’obtient en la précipitant du sulfale de quinine par l’ammoniaque, elle esl beaucoup plus chère que celui-ci et d’ailleurs tout aussi amère , et ne présente aucun des avantage que nous avons attribués à la quinine brute. Eile se donne d'ailleurs à doses un peu moindres que le sulfate de quinine et que la quinine brute.
Outre la quinine, avons-nous dit au commencement de cet article , on a encore extrait du Quinquina de la cinchonine que l’ou a obtenue pure, ou que l’on a convertie en sulfale. Cette substance, d’après les expériences les plus récentes, jouit comme la quinine de propriétés fébrifuges évidentes. On la donne à doses deux fois plus considérables que la quinine. Ses effets sont d’ailleurs les mêmes. Mais comme la cinchonine est plus chère et moins efficace que la quinine, elle est déjà complètement oubliée, et personne ne songe plus à l’employer dans le traitement des fièvres intermittentes.
Le Quinquina, la quinine brute et le sulfale de quinine, non-seulement peuvent guérir la fièvre intermittente, mais encore la préviennent avec facilité. Nous avons vu des individus, décolorés, avec un gonflement considérable de la raie, et qui, pendant plusieurs aimées, avaient eu déjà des fièvres intermittentes , nous les avons vus , disons-n«us, rester impunément au milieu des émanations marécageuses, en ayant la précaution de prendre tous les huit ou dix jours huit grains de sulfale de quinine en une seule dose.
Avant de cesser de parler de la fièvre inlermil-
QUINQUINA
lenle dans ses rapports avec l’emploi du Quinquina, il est bon de nous arrêter encore quelques instants sur une question qui a beaucoup occupé nos devanciers et qui mérite de nous occuper encore. Cette question est la suivante : Combien de temps après le début de la fièvre faut-il administrer le Quinquina.
Hippocrate a dit : Tertiana exquisila quinque aut septem periodis ad summum judicatur (Aph. 4 , sect. 9). Judicatur ad summum no no (Coac. 148). Celte sentence d’Hippocrate, qui est loin d’être vraie, a dominé pourtant la thérapeutique des écoles, et, dans l’espoir de voir se juger spontanément la maladie, on attendait jusqu’après le septième accès, dans la crainte de troubler les efforts salutaires de la nature. Souvent sans doute , pour les fièvres intermittentes vernales, les prévisions du père de la médecine se réalisaient; mais dans les fièvres tierces d’automne on attendait vainement le jugement annoncé par Hippocrate.
Le divin vieillard ne respectait pourtant pas lui-même ce travail de la nature jusque-là qu'il s'interdit absolument toute intervention médicale avant le septième accès ; bien loin de là, nous le voyons conseiller des purgatifs après le troisième accès : Cum tertiana febris detinuerit, siquidem impurgalus œger tibi videatur , quarto die medicamentum purgans cxhibeto ( Lib.
de affect.)
Boerhaave insiste également sur la nécessité de n’administrer le Quinquina que lorsque la fièvre a déjà duré un certain temps : morbus jam aliquo tempore duravit ( Aplior. 797 , loin. îr , p. 508). El Van Swiélen , son commentateur, renchérit encore sur le dire du maître. Maximi mornenti hœc régula est , quel neglectâ , mors quandoque , sœpius autem dira et anomala penitus symptomatasecula fuerunl, ipsacerte febre longe pejora (Ibid., ,p. 511). Sydenham n’était pas moins explicite. Curandum est ante omnia. ne prématuré nimis hic cortex ingeratur, ante scilicet quant morbus , suo se marte aliquantisper protricerit (Op. omn ., sect. 1 cap. v, p. 112). 11 est peu de praticiens qui n’approuvent la justessedu précepte de Boerhaave et de son commentateur ; mais il est essentiel d’en comprendre et d’en étudier les* motifs.
Beaucoup de fièvres continues débutent par des accès (pii simulent une fièvre double tierce légitime, rarement une tierce, jamais une quarte. Cela peut s’observer dans tous les climats, dans toutes les saisons ; mais c’est un fait très-ordinaire dans
les pays où la fièvre intermittente règne endémiquement, cl surtout à l’automne. Si donc une pleurésie latente, une phlegmasie profonde et obscure, une dothinentérie , prennent , à leur début, le type intermittent tierce ou double tierce, il est bien évident que les accidents seront aggravés par le Quinquina, et alors on accuse le médicament quand il faudrait accuser le médecin qui a commis une erreur de diagnostic , en prenant une phlegmasie avec symptômes intermittents pour une fièvre intermittente légitime. C’était ce qu’avait parfaitement compris Boerhaave , qui complète delà manière suivante l’aphorisme que nous citions tout à l’heure : Siautem febris au-
tumnalis veliemens morbus jam aliquo
tempore duravit , neque signa adsint internes inflammationis , neque collecti alicubi puris, neque obstructi admodum hujus illiusve visccris, cortice peruviano abiegetur, etc. Le médecin devra donc, au début d’une fièvre intermittente , s’attacher à constater si la fièvre est symptomatique d’une lésion viscérale quelconque ; et si, après un examen attentif, si, d’après les antécédents du malade, il acquiert la certitude que la fièvre est légitimement intermittente, il peut, sans attendre les sept accès d'Hippocrate , l’attaquer sans crainte, et ce sera toujours avec avantage. Mais comme l’erreur est à toute force possible, même pour le médecin le plus attentif, il y aura prudence à attendre , si toutefois il ne survient aucun symptôme pernicieux.
Il est d’ailleurs un signe assez précieux à l’aide duquel, au début des fièvres, on peut distinguer si la fièvre est symptomatique ou essentielle. Ce signe se tire de l’examen comparatif des paroxysmes. Quand une fièvre intermittente légitime débute , il arrive le plus souvent que l’apyrexie ne soit pas parfaitement tranchée pendant les six à sept premiers jours, et que la fièvre, plutôt rémittente qu’intermittente , semble symptomatique d’une phlegmasie viscérale; mais on remarque que la rémission devient de plus en plus tranchée, que le début de chaque paroxysme se dessine par un frisson de plus en plus fort, de sorte (pie le doute déjà ne subsiste plus au quatrième ou au cinquième accès. Etau contraire, dans la fièvre symptomatique, il n’est pas rare de voir, au début , une intermittence complète; mais à mesure que la maladie fait des progrès, l’interiniltencesechangc en rémission; les frissons deviennent de plus en plus courts et finissent par disparaître complètement avant la fin du premier septénaire. De sorte qu’on peut résumer ainsi ce que nous venons de dire:
MÉDICAMENTS TONIQUES
Ce qui distingue dans leur début la fièvre intermittente simple de la symptomatique, c’est que la première, à mesure qu’elle avance, prend plus nettement le caractère intermittent, et que la seconde au contraire le pmi en avançant.
Nous avons pratiqué quelque temps dans des pays marécageux , où , par conséquent , la fièvre intermittente était endémique, et là nous avons pu nous convaincre d’un fait capilal dans l’histoire médicale du Quinquina ; savoir que pendant un temps quelquefois fort long, un, deux et même trois mois , un malade peut éprouver une affection presque continue et qui ne présente autre chose à noter que des exacerbations à peu près régulières ; et celle maladie cède parfaitement au Quinquina. Et , dans les mêmes pays, on rencontre des individus atteints de pleurésie chronique , par exemple, chez lesquels la fièvre affecte le type tierce ou double tierce le mieux tranché ; et le sulfate de quinine, loin de guérir un pareil état, l’aggrave ordinairement.
11 ne faut donc pas dire que le Quinquina est un anti-périodique , mais seulement qu’il est le médicament le plus propre à guérir cei état de l’économie dans lequel sont jetés ceux qui ont été exposés aux émanations marécageuses. Or, comme cet état s’accompagne presque toujours d'accidents périodiques , le Quinquina détruit la cause de la périodicité , et partant la périodicité ellemême ; mais si la périodicité ne se rattache pas à celle cause, le Quinquina échoue complètement. Ainsi s’expliquent les nombreux insuccès que l’on, éprouve cbaqiie jour dans le traitement d’une multitude d’affections qui , bien que périodiques, ne peuvent évidemment se rattacher aux causes qui donnent ordinairement lieu à la fièvre intermittente.
Fièvres larvées .Névralgies .Si le miasme producteur de. la fièvre donne lieu à une affection fé. brile dans laquelle aucun organe , à l’exception de la rate, ne paraisse lésé , la fièvre est dite simple. S’il se manifeste par une lés on locale qui débute, se développe et se termine avec le paroxysme, la fièvre est dite larvée , parce qu’elle a pris le masque, revêtu la forme d’une autre maladie ; que s’il s’attàque à un organe essentiel à la vie , tels que les centres nerveux , le cœur , le poumon, ou qu’il donne lieu à des désordres dont la gravité peut devenir cause de mort, la fièvre est dite pernicieuse. Que la fièvre soit simple, larvée ou pernicieuse , elle se guérit toujours par le même médicament , le Quinquina. Ce n’est donc plus ici qu’une question de diagnostic.
La fièvre larvée affecte le plus ordinairement le caractère névralgique, et dans ce cas elle se guérit aisément par le sulfate de quinine ; mais toutes les névralgies ne sont pas des fièvres larvées.
Déjà , en traitant de l’emploi thérapeutique du fer , nous avons ( page 84 et suiv. ) indiqué les névralgies comme un des accidents les plus communs de la chlorose ; et nous avons vu que les préparations martiales, en guérissant la chlorose, guérissaient la névralgie plus efficacement qu’aucun autre moyen, parce qu’elles en prévenaient le retour. Nous avons , en passant , fait comprendre que , pour combattre les paroxysmes douloureux , il fallait le plus souvent recourir à des moyens qui eussent un résultat immédiat , parce que, en définitive , ont eût laissé souffrir les malades pendant plusieurs mois, si plusieurs mois étaient nécessaires à la curation de l’affection principale. De même aussi le miasme producteur de la fièvre cause des névralgies qui ne diffèrent presque pas de celles qu’il faut rapporter à la chlorose.
Enfin le rhumatisme peut affecter les rameaux nerveux comme les muscles et les articulations, et, dans ce cas encore , la maladie diffère seulement par quelques caractères de la-fièvre intermittente larvée névralgique et de la névralgie chlorotique.
Quant aux autres formes de la névralgie, ce n’est pas le lieu de nous en occuper.
A quelque cause que soit due la névralgie, lorsqu’elle est franchement intermittente, et que l’intermittence d’abord équivoque est devenue de plus en plus tranchée, il faut l’attaquer par le Quinquina; mais les doses ne doivent pas être les mêmes que dans une fièvre simple, il faut les doubler, les tripler même , et les répéter plus souvent si l’on veut obtenir la guérison. Ainsi il ne faudra pas moins de 5 à 6 gros de Quinquina, de 20 ou 50 grains de quinine pris plusieurs jours de suite, pour juger l’influence du fébrifuge sur les névralgies.
D’un autre côté, il est des névralgies , et nous en avons souvent rencontré de ce genre , qui, irrégulières dans leur type , presque continues , et se montrant quatre , cinq fois par jour par des paroxysmes inégaux et inattendus, se modifiaient sous l’influence de la quinine plus aisément que celles dont le type était le plus régulier.
L’expérience démontre en oulre que, de toutes les névralgies , celles qui siègent à la face et au cou se guérissent plus aisément par le Quinquina que celles qui occupent les membres, la sciatique,
OUINOUINA.
par exemple : et pourtant la sciatique elle-même est quelquefois avantageusement modifiée par l’écorce du Pérou , lors même qu’elle n’affecte pas le type intermittent.
D’où le précepte thérapeutique que nous avons souvent exprimé dans nos leçons cliniques, que l’on doit tenter par le Quinquina la guérison des névralgies, quelque siège qu’elles occupent, quelque type qu’elles affectent. Cette médication ne peut avoir aucun inconvénient, et il suffit qu’elle soit souvent utile pour que ce soit un devoir de l’essayer.
Fièvre intermittente symptomatique. Nous avons déjà dit que souvent les phlegmasies aiguës au début, et que les phlegmasies chroniques, s’accompagnaient de symptômes fébriles intermittents. Le Quinquina échoue sans doute dans cette circonstance, à moins que le malade n’ait eu déjà souvent des fièvres d’accès, on qu’il y ait vraiment complication, ce qui n’est pas rare dans les pays où la fièvre règne endémiquement. Nous avons tenté en 1834, à l’IIôlel-Dieu , une série d’expériences pour constater l’influence du sulfate de quinine sur la fièvre hectique. Dans les deux tiers des cas , à peu près , nous pûmes faire disparaître le frisson , et l’accès fui évidemment moins long; mais au bout de peu de jours , le fébrifuge restait parfaitement inefficace et provoquait même bientôt de légers accidents qui nous mettaient dans la nécessité de ne plus l’administrer.
De l'emploi du Quinquina dans les fièvres continues. Le Quinquina, généralement condamné dans le traitement des fièvres continues par les premiers praticiens qui ont écrit sur ce médicament, a joui, à la fin du siècle dernier et au commencement de celui-ci, d’une faveur extraordinaire. C’était surtout dans les fièvres ataxiques , nerveuses, putrides, adynamiques, c’est à dire dans les états de l’organisme où le système nerveux faiblit , où les fonctions se dissocient et s’allanguissent.
L’état infiammatoire qui précède ordinairement les symptômes d’ataxie , d’adynamie et de putridité , les phlegmasies locales qui s’y joignent toujours, ont certainement contribué à faire rejeter aujourd’hui le Quinquina et les ioniques en général, dans le traitement de toutes les fièvres continues, sans que les résultats d’une sage et prudente expérimentation aient servi de règle aux médecins.
Ce n’est point ici le cas de discuter les conditions dans lesquelles le Quinquina et les toniques en général doivent être administrés dans les ma-
ladies aiguës; ce point important de thérapeutique sera examiné à fond dans le chapitre général qui termine celle partie et qui tiaitcia de la médical ion tonique.
Dans le même chapitre, on étudiera 1 action du Quinquina en tant qu’amer, comme moyen de hâter les convalescences, de ranimer les fonctions digestives, et de rendre aux fonctions nerveuses de la vie organique le ressort qu’elles avaient perdu.
Usaqe externe. Les propriétés antiseptiques du Quinquina indiqués par Sloane , en 1709 ( Transact . philosopha traduct. franc., 1732, pag. 265), hautement proclamées peu de temps après par Rushworth ( proposai for the improvement of surgery , 1731), furent depuis mille fois expérimentées et mille lois constatées par les chirurgiens et par les médecins , soit que la gangrène procédât de cause interne, comme cela est si commun dans certaines fièvres typhoïdes, soit qu’elle procédât de cause externe , comme il est si commun d’en rencontrer des exemples en chirurgie. Quand la gangrène procédait d’une causé interne , le Quinquina était en même temps donné à l’intérieur et appliqué sur la partie mortifiée; quand, au contraire, on ne devait l’imputer qu’à la lésion locale, c’était sur le lieu malade qu’on appliquait , soit des décoctions vineuses de Quinquina , soit de la poudre de Quinquina, soit des pommades dans lesquelles entrait l’écorce du Pérou. Sous l’influence de ce moyen , les tissus qui commencent à s’œdématier se raffermissent , les parties mortifiées se durcissent et se momifient en quelque sorle , et la démarcation entre le mort et le vif ne tarde pas à s’effectuer.
Mais , pour obtenir ce résultat , il faut ne pas craindre d’élever les doses de Quinquina , et on doit porter le médicament fort au delà des parties mortifiées ou menacées de mortification.
La quinine et la cinchonine, si puissantes comme fébrifuges , ne sont d’aucun secours dans le cas dont nous venons de parler; il est très-probable que le principe fébrifuge n’est pour rien dans l’action antiseptique du Quinquina, et que celle-ci réside entièrement dans le tannin dont abonde l’écorce du Pérou. Ce qui le ferait croire, c’est que les écorces el les extraits qui contiennent beaucoup de tannin sont aussi plus efficaces que le Quinquina dans le traitement externe de la gangrène.
Préparations , modes iV administration et doses. Le Quinquina a été tourmenté de mille manières par les médecins et par les pharmaciens, el le nombre des préparations de Quinquina est
M i'iDI C AM ENTS TON I Q UES .
vraiment immense. Nous nous bornerons à indiquer les principales.
Poudre. C’est la préparation la plus simple. On donne la poudre de Quinquina, comme Ionique, à la dose de 5 ;V10 grains deux ou trois fois par jour; comme fébrifuge, à la dose de 2 à 8- gros , suivant la nature de la fièvre, suivant la méthode que l’on a adoptée. La poudre se prend sous forme sèche, enveloppée dans du pain azyme; mêlée à de l’eau, et mieux à du vin sous forme de bols ou d’électuaire , en l’incorporant à du miel , à du sirop, à divers extraits , etc., etc.
Infusion et décoction. L’infusion de Quinquina se prépare en jetant une livre ou deux d’eau bouillante sur un gros ou deux gros d’écorce de Quinquina concassée. Celle infusion s’emploie comme tonique, jamais comme fébrifuge., à la dose d’une ou deux livres par jour. La décoction se prépare en faisant bouillir l’écorce concassée dans la proportion d’une demi-once à une once pour une livre d’eau; à celle dose, et préparée de celte manière , cette décoction se donne comme fébrifuge. La vertu fébrifuge est augmentée si on a soin de mêler à l’eau , avant la décoction, deux ou trois onces de fort vinaigre , sans cloute parce que l’acide acétique s’empare de la quinine et de ta cinchonine.
Sirop de Quinquina. On le prépare à l’eau et au vin. Le sirop vineux est le plus usité; il ne contient qu’une petite proportion de principe actif du Quinquina, et son amertume est fort tolérable : on le donne à la dose d’une ou deux onces par jour, dans les convalescences, dans les débilités d’estomac. 11 agit alors comme tonique.
Fin de Quinquina. Ce n’est en définitive autre chose qu’une dissolution de quinine et de cinchonine dans de l’alcool étendu. Aussi aujourd’hui le formule-t-on magistralement en ordonnant au pharmacien de dissoudre 1, 2, 5 ou 4 grains de sulfate de quinine ou de quinine brute dans une once de vin ordinaire, ou mieux de vin d’Espagne ou de Lunel. Si on l’administre comme fébrifuge, on donnera au malade 5 ou 4 onces de vin dans lequel on aura fait dissoudre la quantité de quinine que l’on veut donner; si, au contraire , on le prescrit comme tonique , on se contentera de mettre 1/2 grain ou un grain de quinine par once, et on en fera prendre au malade deux ou trois cuillerées par jour.
Teinture de Quinquina. On l’emploie étendue d’eau pour faire des potions toniques; jamais on ne doit la donner comme fébrifuge. La dose est de 1 à 4 gros par jour.
Extrait de Quinquina. Les extraits de Quinquina sont au nombre de deux : l’extrait mou et l’extrait sec , encore appelé sel essentiel de Lagaraye. Ces extraits, surtout le dernier, jadis employés comme fébrifuges , sont aujourd’hui abandonnés dans le traitement des fièvres intermittentes , et avec juste raison , parce qu’ils ne contiennent en effet que peu de quinine et de cinchonine ; mais ils sont très-précieux comme toniques , et à ce litre ils méritent d’être conservés et ils ne peuvent être remplacés par les alcaloïdes.
Quinine brute. Médicament insipide, parfaitement soluble dans l’alcool et dans certains acides; la plus utile des préparations de Quinquina. Comme fébrifuge , elle se donne à la do»e de 12 à 50 grains comme le sulfate de quinine , ou en potions, ou en pilules. Quand on la nn-ten potion, il faut avoir soin de la faire d’abord dissoudre dans un peu d’eau aiguisée d’acides sulfurique , hydrochlorique ou acétique.
Quinine pure. Aussi amère que le sulfate de quinine, n’ayant par conséquent aucun avantage sur ce dernier. Elle se donne à une dose un peu moins forte que la quinine brute et que le sulfate de quinine.
Sulfate de Quinine. C’est aujourd’hui la préparation de Quinquina la plus employée, et c’est à tort, suivant nous, la quinine bruLe devant lui être préférée. 11 se donne aux mêmes doses que cette dernière.
Cinchonine et Sels de Cinchonine. Enfin la cinchonine et les sels de cinchonine qui jouissent, à n’en pas douter, de propriétés fébrifuges et un peu toniques , se donnent à doses deux fois plus considérables que les préparations de quinine.