MÉDICAMENT
par Gmelin, tome vir, p. 515); Haller ( Ele menta pliysiologiœ , t. it, p. 31G); Fourcroy ( Éléments de l’histoire naturelle et de la chimie , 2e édit., t. ji, p. 510). Mais celte présence du Fer dans le sang était niée par beaucoup de chimistes ; ils prétendaient n’avoir pu la démontrer, et regardaient comme coutrouvés les faits sur lesquels s’appuyaient les autpurs que nous venons de citer. Mais Barruel , chef des travaux chimiques de la faculté de médecine de Paris , a fait voir que le sang contenait une énorme proportion de Fer, que, dans le sang , la partie cruorique seule en renfermait , et il a , sous les yeux d’un grand nombre de médecins, extrait du Fer de tout sang qu’on lui présentait. Nous pouvons ici joindre notre témoignage. L’un de nous, étant à l’école de médecine en août 1832 , fut pris d’accidents qui nécessitèrent une copieuse saignée. Il s’était saigné lui-même , et avait ôté de la veine deux livres de sang. Cette opération se faisait en présence de Barruel qui nous proposa d’extraire devant nous le Fer contenu dans ce sang. Nous acceptâmes. Barruel fit calciner le sang , puis l’ayant mis dans un creuset préparé d’une certaine manière comme pour réduire les métaux , il le soumit à l’action d’un feu de forge très-ardent , et nous trouvâmes au fond du creuset un globule de Fer pesant 18 grains. Le même Barruel traita de la même manière 12 onces de sang tiré à Orfila , doyen de la faculté de médecine de Paris , pendant une attaque de choléra qui le mil aux portes du tombeau , et il obtint un globule de sept grains que madame Orfila fit monter sur une bague. Enfin , en 1855 un jeune homme de notre clientelle fit une chute de cheval pour laquelle nous fûmes obligés de lui tirer une livre de sang. Il avait su de nous les expériences de Barruel , et il désira également avoir le fer que contenait son sang. Quand il fut rétabli, nous allâmes ensemble trouver Barruel qui obtint en sa présence un globule de fer pesant neuf grains qui, monté sur une bague, fut offert en cadeau à une actrice célèbre de Paris.
D’ailleurs les analyses de Fœdish rapportées au commencement de cet article déposent dans le même sens.
11 s’agissait maintenant de conslaler si le Fer était réellement absorbé. El d’abord , ainsi que nous l’avons dit , on a pu constater dans les urines la présence de ce métal. Tiedraann et
i TONIQUES.
Gmelin ont trouvé du Fer dans la vessie et notamment dans le sang des veines mésaraïques et de la veine porte d’un cheval auquel , six heures auparavant , ils avaient fait avaler une dissolution de six onces de prolosulfale de fer (Vœlher, Journal des progrès, l. il. p. 108).
Il y a aussi beaucoup d’observations qui prouvent que la noix de galle noircissait les urines des personnes qui avaient fait un grand usage d’eaux et de préparations ferrugineuses (Histoire de l'acad. des sciences de Paris , 1702 p. 208 ); ( Comment . Bononiens., t. n, 3° partie , p. 478 j.
Des expériences toutes récentes et parfaitement probantes ont été faites par Brueck , à Dribourg ( Journ . des conn. mèd.-chirurg. t. iv, p. 210). Nous ignorons, dit cet auteur, si le fer est réellement le principe colorant du sang ; mais de nouvelles expériences sur des lapins ont constaté que le Fer administré , entre effectivement dans la masse du sang; on a trouvé que le phosphate , le muriate et le carbonate de fer, et, moins rapidement, la limaille, sont digérés et assimilés à la dose d’un grain par jour, pour les premières préparations, et à celle d’un demi-grain pour la dernière. En totalité, la masse du sang d’un lapin n’a pu être saturée de plus de huit à dix grains : l’assimilation semble ensuite s’arrêter pour quelque temps , et les masses de Fer ultérieurement données furent évacuées pendant 15 jours chez les lapins.
En comparant , ajoute Brueck , ces expériences qui prouvent l’introduction du Fer dans la masse du sang , on voit que chez les femmes chlorotiques le sang prend , sous l’inlîuence de ce médicament, une rougeur de plus en plus intense. Il nous semble permis d’en tirer la conclusion que le Fer , quand bien même il ne serait pas la cause immédiate de la coloration du sang , augmente cependant les parties de ce fluide susceptibles de se colorer à l’aide de la respiration , savoir : les globules ou leur enveloppe ( ibid .).
Résumons-nous. — Pour rester dans le vrai, dans l’irréfragable , nous dirons , 1° que le sang des chlorotiques contient moins de cruor et de Fer que le sang des femmes bien portantes; 2° que l’usage des préparations ferrugineuses rend promptement au sang le cruor et le Fer qu’il avait perdus; 5° que le Fer est évidemment*, absorbé, circule dans les vaisseaux, et est rendu par certaines sécrétions. Quant au reste ,
FER
•us n’y reviendrons pas ; ce sont des explitions , el nos lecteurs ont pu apprécier aiséent que nous ne tenions pas beaucoup aux ;plications.
Le Fer n’ajoute pas seulement au sang du uor et le Frr qu’il n’avait plus , il rend au ng les propriétés constituantes qu'il avait •rdues, preuve que le médicament a recoin- >sé complètement le fluide réparateur.
La chlorose , nous ne craignons pas de le re, domine la pathologie de la femme , et le ■ édecin qui ne saura pas reconnaître cette îrction échouera souvent dans le traitement ;s maladies des femmes. Sans doute , ce n’est is ici le lieu de faire une dissertation pathogique, cependant, comme nous avons sur la dorose des idées qui ne sont pas généralement :çues, nous sommes obligés de nous expliquer jur que le lecteur se place à notre point de je , autrement il lui serait impossible de comrendre l’étroite liaison qui unit des affections 1 apparence très-distinctes, et qui, toutes suordonnées à la même cause , obéissent à la
îême influence thérapeutique, celle du Fer. Dans la forme la plus grossière, et quand n’est permis qu’à un ignorant de la méconaitre , la chlorose se présente avec le corîge des symplômes suivants.
Décoloration générale de la peau el des memranes muqueuses; amaigrissement , bouffissure e la face el des extrémités inférieures.
Etal nerveux , hystérie , mélancolie , versalilé , débilité musculaire.
Douleurs névralgiques à type ordinairement ■régulier.
Augmentation du volume du cœur ; impulsion enlriculaire quelquefois plus énergique (j,ie ans l’étal sain ; bruit éclatant du deuxième bruit ii cœur; bruits de souffle divers dans les gros aisseaux artériels el notamment dans les caroti- •'8 , dans les sous-clavières , etc. , etc.
Pouls beaucoup plus fréquent que dans l’état e santé , chaleur fébrile , sécheresse de la eau , soif.
Anhélation au moindre mouvement.
Dyspepsie, pyrosis, appétits dépravés, gas- :algie , peu de vomissements , constipation , iarrhée quand la maladie a duré très-longtemps.
Menstruation douloureuse , irrégulière , peu bondanie, décolorée, nulle; llueurs blanches ; oénorrhagie , infécondité.
Tel est le tableau ou plutôt l’ébauche de la :hlorose.
Ce corlége effrayant de symptômes disparaît avec une rapidité merveilleuse sous l’influence des préparations ferrugineuses.
Comment, dans la chlorose, doit-on donner le Fer, à quelle dose, pendant combien de temps ? toutes questions que les thérapeutistes ont à peine effleurées et que peu de praticiens se sont donné la peine d’approfondir. Nous en exceptons pourtant Sydenham qui a donné les bases d’un bon traitement, mais qui n’a pas assez insisté sur quelques minuties d’une grande importance, comme nous en a convaincus une longue pratique de ce médicament.
Les préparations insolubles doivent être employées en général au début du traitement. La limaille d’acier lient le premier rang. On la donne en poudre dans une cuillerée de potage ou dans des confitures, malin et soir, aux deux principaux repas , à la dose de deux ou trois grains chaque fois. Si celle dose est facilement supportée , on l’augmente graduellement el l’on arrive ainsi jusqu’à un scrupule et même un demi-gros pour chaque repas. Il est essentiel que le médicament soit pris au commencement du repas, car si on le donne le malin à jeun, comme le font beaucoup de médecins, les malades éprouvent une pesanteur d’estomac, un dégoût fort grand , et elles perdent l’appétit.
Quand la limaille d’acier n’est pas supportée de cette manière, on prescrit des pastilles de chocolat martial, suivant la formule que nous indiquerons plus bas, et on en fait prendre dix ou douze dans le courant de la journée. Si la malade, au contraire, supporte bien la limaille d’acier, il faudra promptement passer aux préparations solubles. Celles que nous préférons à toutes les autres sont celles que nous avons inventées et que nous indiquons sous les noms de Eaux gazeuses martiales tartariques ou hydrocliloriques. Nous indiquerons p us lias la formule. Pour les femmes qui ne peuvent souffrir les eaux gazeuses, nous prescrivons la teinture de Mars hydroehlorique, solution d’hydrochlorale de Fer dans de l’alcool à 22° : l’eau ferrée , le vin chalybé ne sont pas aussi facilement supportés que les préparations que nous venons de mentionner.
Ce traitement qui ne doit pas être suspendu , même dans la période menstruelle, sera continué jusqu’à ce que les symptômes de la chlorose aient entièrement disparu. On cesse alors, pour reprendre un mois après et insister sur les mômes moyens pendant quinze jours et trois semaines. Puis ou laisse deux mois d’intervalle ; on donne
31 É D 1 C A MKN TB TON IQ UES .
ensuite les martiaux pendant quinze jours , et l’on doit en agir ainsi pendant un an et môme davantage, car, s’il est facile de guérir la chlorose, il est difficile de la guérir de manière à ne pas craindre des récidives si l’on suspend brusquement l’usage des martiaux.
H est des cas où les moindres doses de Fer causent de la diarrhée ou donnent lieu à une constipation fort douloureuse.
Dans les cas de diarrhée, il faut associer la limaille de Fer ou l’oxyde noir ou sous-nitrate de bismuth, à la poudre d’yeux d’écrevisses, ù la dose de un grain de limaille on d’œthiops pour dix grains.de bismuth. Le diascordium , la poudre de Colombo peuvent encore être employés dans le même but. Dès que , par ces moyens , la diarrhée est calmée, on augmente insensiblement la quantité proportionnelle de préparation ferrugineuse , jusqu’à ce que l’on soit parvenu à faire supporter à la malade vingt ou vingt-quatre grains de limaille d’acier.
Quand, au contraire, il existe une constipation que rien ne peut vaincre , on associe , sous forme pilulaire , un sel soluble de Fer, le tartrate, le citrate, ou mieux l’hydrochlorate avec de l’aloès, de manière à faire prendre un ou deux grains d’aloès par jour, avec quinze , vingt , trente grains de sel martial. Ces pilules seront données au repas, cette précaution est de rigueur.
L’aloès a ici le double avantage d’agir comme laxatif et comme emménagogue ; il s’ensuit que si la chlorose s’accompagne -de ménorrhagie , 'ce qui est assez fréquent , l’aloès ne devra jamais être administré ; mais on le remplacera par de la poudre de rhubarbe, ou mieux , par de la magnésie calcinée que la malade prendra le soir avant de se mettre au lit.
Il est une opinion accréditée parmi les médecins, c’est que la chlorose est une maladie qui n’affecte que les jeunes filles, febris albavirginum. Cette idée, généralement reçue, est fausse de tous points, et, chaque jour, elle donne lieu à des méprises qui ont une bien funeste influence sur le traitement. La chlorose, hâtons-nous de le dire, est , en général , une maladie de l’adolescence ; mais elle est encore très-commune dans l’âge adulte ; se montre encore chez les femmes à l’âge de retour ; et enfin nous l’avons vu deux fois après cette époque de la vie chez une femme de 52 ans, chez une autre de 57 ; et , chez ces deux malades , la chlorose , caractérisée par les signes qui lui sont propres, fut aisément guérie par les martiaux.
J Je la chlorose considérée dans ses éléments. Nous venons de voir l’heureuse influence du Fer sur la chlorose lorsqu’elle se montrait avec tout le cortège des symptômes que nous avons indiqués plus haut ; mais la maladie ne se montre pas toujours avec cet ensemble , et bien souvent , le plus souvent même, elle ne se révèle que parla réunion de quelques-uns de ces symptômes. La phase symptomatique est incomplète, pour nous servir de l’heureuse expression de Récamier ; mais, tout incomplète qu’elle est, il faut la comprendre, sous peine de n’attaquer jamais le fond de la maladie, el de ne batailler que contre un accident que l’on pourra conjurer un instant, mais qui se reproduira bientôt avec autant d intensité et sous une autre forme, sinon sous la même.
La décoloration du sang et par conséquent celle de la peau el des menbranes muqueuses peut exister seule sans autre accident que l’anhélation et les désordres circulatoires. Cette forme est la plus simple , on la reconnaît aisément ; elle se guérit avec une grande facilité.
Mais assez souvent, avant que la décoloration ne soit arrivée à son summum, les symptômes ordinaires de la chlorose, tels que les névralgies, les accidents nerveux, les troubles dans la digestion, etc., etc., dans le flux menstruel, apparaissent ensemble ou isolément, et alors le vulgaire des médecins, qui a besoin, pour juger, de la somme des éléments du diagnostic, méconnaît la chlorose qui , pour être moins complète, n’en est pas moins réelle.
Accidents nerveux. L’hystérie, les spasmes, attaquent souvent les femmes après de grandes perles de sang, après les couches, après l’allaitement , et les jeunes filles qui éprouvent un commencement de chlorose. Ces troubles nerveux cèdent avec facilité aux préparations martiales.
Les convulsions hystériques toutefois ne sont pas aussi heureusement combattues que les spas-
mes essentiels. Toutefois , lorsque cet état spasmodique a lieu chez une femme bien colorée , vigoureuse, et qui n’offre d’ailleurs aucun des attributs de la chlorose , il est plutôt augmenté que diminué par l’emploi des médicaments ferrugineux.
Névralgies. Les névralgies sont un symptôme constant de la chlorose , à ce point que, sur vingt femmes chlorotiques , dix-neuf ont des névralgies.
La névralgie ne se reconnaît pas toujours tresbien, et il arrive que la malade et le médecin sont tous deux trompés sur la nature du mal.
FER
s femmes se plaignent de maux de tôle, d’estoic , de douleurs dans les jambes, etc. , elc. Un amen superficiel ne permet de constater 'une céphalalgie ordinaire , qu’un mal d’esnac analogue à celui (pii accompagne des dislions difficiles , que des douleurs vagues que n attribue à la fatigue ou à une courbature ; iis en y regardant de plus près on constate la ‘ure névralgique de ces douleurs. La douleur tète occupe le sourcil , les tempes , la rém malaire, les dents, en un mot, le trajet i nerfs de la cinquième paire et de leurs raaux ; presque jamais elle n’assiége les deux es à la fois, mais elle passe de droite à gapche, reste fixée dans un point. Tout d’un coup elle déplace et vient se fixer dans la région de l’es* nae, qu’elle abandonne au-si pour occuper le jet du nerf sciatique ou de ses rameaux, les niches diverses du plexus lombo-abdominal, is la céphalalgie reparaît ou moment où cessent souffrances qui occupent les autres points de lonomie.
Hetle inconstance dans le siège de la douleurfort remarquable et très-ordinaire; quelques pourtant la névralgie affecte une seule partie, tête ou l’estomac. Il est rare qu’elle se fixe niâlrémenl dans d’autres points de l’écono- ; ; nous l’avons pourtant vue dans les nerfs du ar, dans le clitoris, dans le plexus cervical erficiel, dans une des branches du plexus chiai ; mais ces cas sont rares.
les formes de névra'gies, si l’on veut bien y e attention, ne s’observent presque jamais chez hommes, et seulement chez des femmes fais,' et qui ont évidemment des symptômes de >rose à un faible degré, juand la névralgie est le phénomène prédomiit de la chlorose , soit qu’elle occupe la tète,
. qu’elle ait l’estomac pour siège, elle guérit c les martiaux moins aisément pourtant que hlorose simple.
.a névralgie temporo-faciale (si impropreît appelée tic douloureux, ce nom devant être ?rvéà la névralgie convulsive) a été combattue nlageusement par le sous-carbonate de Fer à des doses, et Hulchinson , qui peut être re- : dé comme l’auteur de celte méthode (Beîij. chinson , cases of nevralgia spasmodica , idon , 1812) , dit avoir observé près de deux ts cas de guérison. Il donne depuis un demis jusqu’à un gros de sous-carbonate de Fer ié avec du miel trois fois par jour ; Wittke en blêmi les plus heureux résultats. Il le donne à
la dose d’un scrupule avec cinq grains de canelle, trois fois par jour ( Hufeland Journal , 1828, t. iv). Les journaux anglais abondent en observations qui déposent dans le même sens. Mais d’autres médecins n’ont pas été à beaucoup [très aussi heureux, et le Fer, aux yeux d’un grand nombre, est tombé dans un discrédit qui n’est pas justifié par l’exagération de nos voisins d’outre-mer.
Comme nous avons fait un grand nombre d’expériences thérapeutiques sur le Fer et notamment sur le sous-carbonate de Fer ; comme, dans la névralgie surtout, nous l’avons très-fréquemment administré , il nous a été facile de reconnaître la cause des dissidences des thérapeutistes. Quand nous avons donné le Fer aux femmes chlorotiques ou à celles qui, n’ayant qu’un commencement de chlorose, étaient atteintes de névralgies violentes, nous avons presque constamment réussi ; si au contraire nous le donnions ù des hommes, ou à des femmes qui n’étaient nullement chlorotiques , le sous-carbonate de Fer échouait presque constamment. On peut donc, en formulant ces résultats, dire que le sel martial n’est si avantageux dans les névralgies que parce que ces maladies sont, dans les neuf dixièmes des cas, sous la dépendance de la chlorose, laquelle est guérie par le Fer.
Toutefois, dans les cas même ou le Fer a guéri les névralgies, il ne l’a pas fait instantanément, et il a fallu un temps assez long, 8, 15, 50 jours, pour obtenir une guérison véritable. Aussi, dans le traitement des névralgies de la face, proscrivons-nous toujours la méthode d’Hutchinson comme moyen de calmer les accès ; et avonsnous recours immédiatement aux applications topiques d’extrait de datura stramonium ou de belladone, aux vésicatoires ammoniacaux que nous saupoudrons d’bydrochlorate ou de sulfate de morphine ; quand, par ce moyen, les douleurs sont calmées, c’est alors que les martiaux deviennent utiles. Ils guérissent l’état général d’où dépend la névralgie, et s’opposent ainsi efficacement aux récidives.
Gastralgies. Les gastralgies chez les femmes chlorotiques, ou qui déjà présentent quelquesuns des symptômes de la chlorose, ont des caractères spéciaux sur lesquels il est essentiel d’insister ici. Elles ne sont pas continues au début, ce n’est qu’à des intervalles de 2, 3 ou 4 jours qu’elles se renouvellent ; plus tard les accès sont plus rapprochés et se reproduisent tous les jours, et même plusieurs fois dans l’espace de vingtquatre-heures ; l’ingestion des aliments est la
MÉDICAMENTS TONIQUES
cause la plus fréquente de leur retour. Si ces aliments sont au nombre de ceux qui fatiguent le plus les malades, les souffrances pourront suivre immédiatement leur ingestion ; mais dans la grande majorité des cas, le temps qui s’écoule entre le repas et le retour de la douleur est au moins de deux à trois heures. La sensation que la malade éprouve est tantôt celle d’un poids à la région épigastrique, tantôt ce sont des tiraillements qui simulent une faim violente, tantôt des crampes, deschaleurs qu’elle rapporte à la même région ; c’est dans celte partie que la douleur est le plus souvent bornée, mais elle peut sélendte
aux parties environnantes, et elle se fait sentir
presque toujours derrière le sternum et dans le dos à la hauteur de l’estomac. Les douleurs s’accompagnent le plus ordinairement d’un sentiment
d’oppression qui se décèle par de profondes inspirations, par des bâillements, et parle besoin de desserrer les vêtements qui pressent avec quelque force la région de l’estomac. Cependant, malgré cet étal de souffrances si souvent renouvelées, souvent si étendues, la digestion paraît intacte, les aliments ne sont point rejetés, la nutrition des organes se fait d’une manière convenable, et les fèces, par leur consistance et leur aspect, annoncent une digestion complète de la matière alimentaire. La faim éprouve en même temps une modification plus ou moins remarquable ; l’appétit est vif j mais à pe.fie est-il entré quelques aliments dans l’estomac que les malades éprouvent une satiété invincible; quelques-unes cependant mangent beaucoup et avec avidité ; mais à peine le repas est-il fini que la faim se fait sentir de nouveau, et le besoin est quelquefois chez elles si imprévu et si souvent renouvelé qu’elles placent près de leur lit des aliments pour les prendre au milieu de la nuit; la soif, ordinairement augmentée, bien qu’il n’y ait ni fièvre ni sécrétions abondantes, participe aux dérangements qu’éprouvent toutes les sensations qui se rapportent aux voies digestives ; en un mot, dans 1 ensemble de ces symptômes, il y a trouble dans les sensations, intégrité des fonctions.
A ces caractères nous reconnaissons évidemment une affection nerveuse, et nous ne pouvons confondre les symptômes que nous avons décrits avec ceux des gastrites chroniques, toujours suivies de dégoût pour les aliments, entraînant une douleur vive aussitôt après le repas, accompagnées de digestion difficile, et promptement suivies de diarrhée et de dépérissement. Du reste on doit remarquer que jamais les gastrites chroni-
ques ne disparaissent pour alterner avec des névralgies de la face ou de la tête , tandis que, dans les gastralgies, nous voyons des affections siégeant dans les nerfs des joues ou dans ceux du front, apparaître en même temps que se dissipent les douleurs d’estomac et cesser ensuite avec le retour de ces dernières. Ce caractère est d’une haute importance, parce que les maladies qui se déplacent ont probablement toujours le même siège et la même nature, comme on peut le voir dans la succession des catarrhes et dans la mai- . che des rhumatismes.
En cherchant à éiablir une différence pntre les •. douleurs névralgiques de l’eslomac et les affections inflammatoires de ce viscère, nous n’avons pas parlé des aigreurs et des vomissements qu’on observe si souvent dans les gastrites chroniques; t l'expérience nous ayant appris en effet que ces J symptômes accompagnaient quelquefois des affections purement nerveuses, nous avons cru J devoir les négliger comme signes différentiels.
La gastralgie une fois établies accompagne de . dérangement plus ou moins notable dans les fonc- a lions des intestins , les selles deviennent rares , les matières fécales dures , et des coliques se font assez souvent sentir.
Les gastralgies s’accompagnent toujours , ou du moins presque toujours de leucorrhée ; ce signe ne préjuge rien sur l’utilité du ter , car il. j s’observe de même dans les gastrites auxquelles le Fer et bien loin de convenir.
La forme de gastralgie commune aux hommes et aux femmes qui ne présentent aucun symptôme de chlorose a un caractère de fixité remarquable, bien différent en cela de celle que nous venons d’étudier et qui alterne souvent avec des douleurs névralgiques occupant différents points de l’économie. Chez les femmes, elle est compatible avec une vive coloration de la peau, une menstruation peu abondante, mais rutilante, a\ec une leucorrhée chronique; tandis que la gastra gie chlorotique s'accompagne, il est vrai, de leucorrhée ; mais le sang des règles est décoloré, le teint ordinairement pâle.
Or, tandis que la gastralgie qui se lié à la chlorose et dont nous avons indiqué soigneusement les symptômes se guérit aisément avec les martiaux, l’autre est presque toujours aggravée par les mêmes moyens.
Le Fer, sous quelque forme qu’on l’administre, est utile dans la gastralgie chlorotique. La limaille d’acier, l’œthiops martial, le sous-carbo-
FER
natede Fer,sonlemployésle plus communément, parce <pie ces préparations sont peu coûteuses. 'Nous devons toutefois prévenir que le sous-carbonate de Fer est souvent mal préparé et que par conséquent il est inégal dans son mode d’action. Au début du traitement on doit toujours proscrire les préparations solubles de Fer, parce qu’elles augmentent la douleur.
Les martiaux , dans les gastralgies, sont donnés d’abord mêlés à un extrait amer et à quelque préparation aromatique. La formule suivante nous est assez familière :
Limaille d’acier deux gros ,
Poudre de cannelle un scrupule.
Extrait mou de gentiane q. s.
La malade prend d’abord une faible quantité de cette masse pilulaire, de manière à ne pas ingérer plus de deux grains de limaille à la fois, et toujours au commencement ou dans le cours du repas.
Ii arrive quelquefois qu’une dose de Fer aussi minime augmente la gastralgie pendant plusieurs jours. Cet accident décourage les malades , il ne doit pas effrayer le médecin. Celui-ci continuera aux mêmes doses , jusqu’à ce que la gastralgie soit au même point qu’avant le commencement du traitement. On augmente alors la dosede Fer , et ainsi de suite jusqu’à ce que l’on prenne à chaque repas un demi-gros ou tout au moins un scrupule de limaille. On passera ensuite aux préparations solubles que l’on continuera jusqu’à la fin du traitement. Du reste nous devons recommander les mêmes précautions que dans le traitement de la chlorose , c’est-à-dire que l’usage du Fer doit être suspendu et repris plusieurs fois , lors .même que la gastralgie serait entièrement guérie.
Il nous reste encore, avant de passer outre, à indiquer quelques préceptes relatifs au régime.
Les aliments que l’estomac digère sans douleur varient presque autant que les malades ; quelques personnes ne peuvent supporter que du lait, les autres sont moins fatiguées par les viandes que par les légumes; celles-là recherchent les pâtes et les préparations du même genre.
Ces dispositions individuelles doivent êlre prises en considération lorsqu’il s’agira de prescrire le régime, car il ne faut point imiter ces médecins qui, considérant la digestibilité des aliments d’une manière absolue , imposent à tous leurs malades une nourriture identique : il faut considérer les susceptibilités spéciales, et , quelque bizarres qu’elles puissent paraître , suivre les indications qu’elles présentent. C’est la méthode que nous avons suivie aussi constamment qu’il nous a été
possible, permettant au malade les aliments que son expérience journalière lui avait fait connaître pour les plus digestibles. Nous avons tâché , au reste . d’en modérer la quantité, au point de ne permettre que le quart ou la moitié des aliments dont fait usage un individu en santé, et lorsqu’il n’existait de répugnance pour aucun aliment , nous prescrivions les bouillons gras , les viandes blanches , rôties , etc! , évitant autant que jossible les légumes farineux , tels que les haricots, les lentilles, dont l’usage trop souvent ré- )élé dans les hôpitaux est sûrement l’une des eau- v ses qui y rendent les succès beaucoup plus rares qu’en ville.
Les névralgies qui occupent d’autres parties que les nerfs de la face et ceux de l’estomac se doivent traiter exactement de même que la névralgie lemporo-faciale, quant aux remèdes topiques, et comme la chlorose pour les moyens généraux.
Aménorrhée , ménorrhagie , hémorrhagies.
Nous voici arrivés à une question ardue dans l’histoire médicale du Fer. Le Fer, dit-on , est le plus puissant emménagogue que nous possédions , et mille observations viennent démontrer que les règles absentes depuis plusieurs années ont reparu après l’administration des martiaux, alors que la rue, la sabine, l’aloès , l’iode etc., etc. , avaient échoué complètement. D’un autre côté , on dit que les préparations ferrugineuses sont le moyen le plus efficace pour tempérer les hémorrhagies de l’utérus , et à l’appui de cette opinion on cite encore des faits aussi nombreux et aussi authentiques. Pour nous qui avons expérimenté , qui avons tenu note des faits par nous observés et qui avons comparé nos résulats , nous pouvons affirmer de la manière la plus formelle que le Fer n'est pas un emménagogue ; qu’au contraire il arrête et modère le flux menstruel ’ qu'il tempère les hémorrhagies internes actives ou passives ; que c'est en un mol un des hémostatiques lês plus puissants que nous ayons à notre disposition.
Recherchons à quoi peut tenir l’opinion si universellement adoptée qui attribue aux martiaux les propriétés eminénagogues. Comme l’aménorrhée s’observe principalement chez les jeunes filles chlorotiques , les médecins s’imaginèrent que la chlorose était la suite de l’aménorrhée tandis qu’en étudiant la marche de la maladie il il était bien facile de se convaincre que Famé norrhée au contraire était un symptôme de la chlorose. Oi, en administrant des martiaux, ils voyaient revenir les règles , et la santé était ré-
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tablio ; le Fer avait donc rappelé les menstrues, et le retour de ce flux était la cause du retour à la santé. Comment ces observateurs, si toutefois ce nom pepl leur être donné, ne voyaient-ils pas, quand il était si facile de le constater, que la santé générale était déjà rétablie quand les règles reparaissaient; et comme les règles se montraient seulement quand la chlorose était guérie , il était logique de penser que les martiaux avaient tout simplement rendu la santé ; et, dès que l'harmonie avait été rétablie entre tous les organes, l’utérus, qui participait au bien-èlre commun, avait, de son côté , repris ses fonctions.
Le Fer n’est donc pas plus emménagogue qu’il n’est antinévralgique, anligastralgique. Il guérit la chlorose et les accidents dont elle est accompagnée : voilà tout.
L’idée que le Fer était un excitateur du flux utérin a jeté les médecins dans les erreurs les plus funestes. Il n’est pas rare , et nous en avons vu plusieurs exemples , il n’est pas rare , disonsnous , que la chlorose s’accompagne de ménorrhagie. Nous avons vu, dans notre clientelle , trois jeunes demoiselles dans ce cas, et à l’hôpital nous en avons également rencontré plusieurs exemples. Le fuit de ce genre le plus curieux a été observé par nous en 1854. La fille d’un lieutenant général , député du département de la Meurthe , avait commencé à être réglée à l’âge de treize ans. Peu après , ses règles avaient paru avec une grande abondance et puis s’étaient presque supprimées pendant plusieurs mois. A quatorze ans il y avait une décoloration profonde et tous les symptômes de la chlorose la plus tranchée. Cependant les règles prenaient une abondance excessive , et , après cette époque, la jeune malade tombait dans le plus profond anéantissement. Enfin , au commencement de l’année 1854 , elle avait alors quinze ans et demi, les métrorrhagies prirent une telle intensité que la mort parut plusieurs fois imminente. A chaque période menstruelle , et ceci n’est pas une exagération , le sang, ou plutôt un liquide rose, s’écoulait avec une abondance effrayante; De nombreuses alèzes , deux matelas , un sommier de crin étaient traversés , et le liquide faisait une petite mare sous le lit. Mademoiselle de S... en était arrivée au point que le moindre mouvement était impossible. Les syncopes se succédaient avec rapidité , et lorsque nous fûmes appelés près de la jeune malade , nous trouvâmes une espèce de cadavre. A l’instant même nous mîmes cette jeune fille à l’usage du chocolat martial ; elle en pre-
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liait 10 ou 15 pastilles par jour , le malin, elle en avalait une tablette préparée à l’eau; au bout de huit jours, les forces commençaient à revenir. Bientôt nous pûmes donner, concurremment avec du chocolat , une demi-bouteille d’eau gazeuse martiale, et, après deux mois de traitement, les forces, le teint, la menstruation , tout était revenu à l’étal normal. Or , chez noire malade , le médecin appelé avant nous avait parfaitement reconnu la chlorose , mais il n’osait prescrire le Fer, précisément de peur d’augmenter la rnénorrhagie , imbu qu’il était de cette idée que les ferrugineux sont emménagogues. Il s’était conlenlé de prescrire des acides , des lotions froides , des laissons glacées , de l’extrait de ratanhia, etc., etc. Ces moyens , surtout les acides et le ratanhia, suspendaient pour un instant le flux sanguin, qui peu après reparaissait avec une nouvelle force.
Ce qui s’observe chez les chlorotiques pour les hémorrhagies utérines se remarque encore chez ces mêmes malades pour les hémorrhagies nasales. Nous avons connu une jeune demoiselle chlorotique âgée de vingt-un ans; elle avait presque tous les jours des épistaxis extrêmement abondantes. Vainement avait-on essayé les acides, les astringents à l’intérieur, et surtout en injections dans les fosses nasales ; le saignement de nez se renouvelait sans cesse. L’usage du souscarbonate de Fer à hautes doses guérit en même femps la chlorose et les pertes de sang.
Ce serait se tromper que de croire que les hémorrhagies utérines et nasales ne se guérissent , par les martiaux , que chez les jeunes filles chlorotiques. Nous avons déjà plusieurs fois traité des femmes à l’âge de retour qui étaient épuisées par des métrorrhagies répétées. Malgré la crainte manifestée par les médecins appelés avant nous , nous insistions hardiment sur les préparations martiales , et nous parvenions aisément à modérer l’hémorrhagie. Celle pratique d’ailleurs est conforme à celle de Phil. Frid. Gmelin ( Dissert . deprobato tuloque usu interno vilrioli Ferri adversus hœmorrliagias spontaneas largiores. Tubing. Thesaur.mat. med., t.n).
Le Fer, dans ce cas,’ a une double action. D’abord il répare les perles cruoriques et fibrineuses que la malade vient de faire , et ensuite , par cela qu’il augmente la plasticité du sang, qu’il le rend plus coagulable, il met ce fluide dans des conditions physiques telles qu’il transsudera moins facilement au travers des pores vasculaires , ou des trames membraneuses.
FER
Bien différent des autres médicaments hémostatiques qui, pour un moment, donnent au sang une coagulabililé plus grande, sans le reconstituer , et par conséquent sans remédier à autre chose qu'à l'accident actuel.
Concluons donc 1° que le Fer n’est pas un emraénagogue; 2° que, chez les chlorotiques , il semble provoquer les régies parce qu’il guérit la chlorose ; 3° qu’il modère le flux utérin chez les femmes dans l’état de santé ; 4° qu’il tempère les hémorrhagies utérines , celles du moins qui ne paraissent pas liées à un état pléthorique; 5° qu’il modère les hémorrhagies diverses qui surviennent chez les chlorotiques.
Nous ne savons si les, préparations martiales remédieraient au flux immodéré des hémorrhoïdes, aux hémorrhagies qui constituent le mélœna, comme elles remédient aux flux utérins exagérés. Nous serions tentés de le croire ; c’est d’ailleurs à l’expérience de prononcer sur ce point.
Dysménorrhée. Quand les règles sont difficiles et douloureuses, l'emploi du Fer pendant quinze jours ou un mois diminue évidemment les douleurs.
Stérilité. Les préparations martiales rendent les femmes fécondes; c’est encore une propriété aussi authentique que les vertus emménagognes du Fer. Ce fait s’explique aisément. Si l’on considère en effet que les femmes chlorotiques sont en général stériles, qu’il en est de même de celles qui sont trop abondamment ou très- douloureusement réglées, on concevra que les préparations martiales, qpi remédient à tous ces maux, remédieront en même temps à la stérilité qui en est la conséquence.
Anémie. Entre l’anémie et la chlorose , il n’y a vraiment d’autre différence , que la première est toujours l’effet de pertes de sang abondantes, que l’autre au contraire est le plus souvent produite par des causes dont le mode d’action nous échappe entièrement. Mais fl faut convenir que si , chez une jeune tille , l’anémie a été causée ou par l’imprudence des saignées conseillées par le médecin , ou par des hémorrhagies spontanées, elle ne diffère réellement pas de la chlorose.
Aussi chez l’homme et chez la femme , le traitement de l’anémie est-il le même que celui de 'la chlorose ; à cette différence près que l’anémie cède bien plus aisément , et ne récidive pas si les causes qui lui ont donné lieu ne se renouvellent plus; ce qui n’e&l pas pour la chlorose, ainsi que nous l’avons dit plus haut. El l'on comprend alors pourquoi il devient superflu , dans le trai-
tement de l’anémie , de revenir plusieurs fois à l’emploi des martiaux comme moyen en quelque sorte prophylactique.
Cachexies. Dire, avec les auteurs des siècles derniers , que les préparations martiales remédient aux cachexies, c’est dire quelque chose de bien vague. C’est pourtant énoncer une proposition vraie en quelques points.
Si l’existence d’un cancer ou des écrouelles a fait prédominer dans le sang la partie séreuse ; si les hémorrhagies auxquelles donne lieu une tumeur carcinomateuse ulcérée jettent dans l’anémie ; si une alimentation mauvaise et insuffisante a appauvri le sang , il n’est pas douteux qu’à l’aide de ferrugineux on obtiendra non pas une guérison , mais une modification avantageuse dans l’état général, modification qui pourra quelquefois faire naître des espérances de guérison qui ne se réaliseront pas , parce que la cause , toujours présente, sera plus puissante pour détruire que le remède pour reconstituer.
Hydropisies. Engorgements viscéraux. Il est certain que , dans un état de chlorose trèsavancée, le cœur ne fait plus ses fonctions d’une manière normale. Les troubles circulatoires qui en sont la conséquence mettent l’économie dans les mêmes eireonslancesque s’il existait une lésion organique du cœur. De là l’engorgement des poumons , l’hypertrophie du foie , l’hydropisie , l’anasarque. Le Fer, en guérissant la chlorose, guérit tous ces accidents; mais il n’en faut pas conclure que le Fer pourra guérir ces mêmes lésions quand elles ne reconnaîtront pas la même cause.
Fièvres intermittentes . A la même considération se rattache ce que nous avons à dire de l’influence du Fer, non pas sur la fièvre intermittente , mais sur les accidents qui peuvent en retarder la guérison ou en provoquer le retour. Bretonneau de Tours à fait voir que les miasmes producteurs de la fièvre d’accès, avant de manifester leur action par des paroxysmes bien nettement déterminés, modifiaient le sang à la manière de la chlorose; que la fièvre intermittente se développait avec d’autant plus de facilité que le malade avait été saigné davantage , ou que son sang était plus appauvri ; que la fièvre , quand elle avait duré quelque temps, jetait les malades et surtout les femmes dans un état d’anémie très-prononcé, de sorte que l’anémie était à la fois cause prédisposante et effet. L’expérience avait déjà démontré à Sydenham, à Sioll , que le vin chalybé etven général les préparations fer-
MÉDICAMENTS TONIQUES
rugineuses étaient un adjuvant utile du quinquina. Bretonneau, à l’exemple de ces grands maîtres, en avait introduit l’usage dans son hôpital , et il avait constaté l’extrême utilité de ce moyen pour prévenir l’invasion el le retour des fièvres d’accès et pour guérir la leucophlegmasie et les engorgements de la rate qui succédaient aux fièvres prolongées. Il a pour pratique de donner dans ce cas les martiaux plusieurs mois de suite , et , tous les huit jours , deux gros de quinquina en poudre ou dix grains de sulfate de quinine. Quant ù l’action fébrifuge immédiate attribuée au Fer par Marc ( Journ . gên.de méd., 1810) , par Martin ( Bulletin de la société méd. d’&nyulation , août 1811 ) et par d’Aulier , Bretonneau et Barbier d’Amiens n’ont pu la constater dans des essais assez nombreux qu’ils ont tentés.
Scrophules. Cancer. Parmi les nombreux médicaments qui ont été mis en usage contre les scrophules, les martiaux occupaient le premier rang avant que l’iode n’eût été découvert. Mais celte action est fort équivoque, et si l’iodure de Fer est évidemment utile , ne doit-on pas imputer à l’iode seul l’honneur qu’on voudrait faire partager au Fer? Quant à l’emploi du Fer dans les maladies cancéreuses , nous n’en dirons rien , sinon que tous les bons observateurs ont reconnu son inutilité, comme celle de tant d’autres agents thérapeutiques vantés avec un enthousiasme très- peu mérité. ,
Leucorrhée. Blennorrhagie. Dans le catarrhe utéro-vaginal simple , qui est lié à l’état de chlorose, le Fer a une évidente utilité,- mais il augmente au contraire les fleurs blanches qu’éprouvent les femmes fortement colorées. Il ne modifie que bien peu non plus la leucorrhée qui s’accompagne d’une ulcération du col de l’utérus.
Quant à la blennorrhagie, elle a pu, dans quelques cas, être guérie par les martiaux, et l’on sait que les artisans , dans la dernière période de la maladie, lorsque les symptômes inflammatoires sont passés, se guérissent souvent en buvant en grande quantité , et pendant plusieurs jours, l’eau dans laquelle les forgerons éLeignentle Fer rouge, et cette eau, comme on sait, est très-ferrugineuse : mieux vaudrait sans doute , si l’on voulait essayer dans la blennorrhagie les préparations martiales , employer de hautes doses ou de tarlrate ou d’hydrochlorate de Fer.
Conservation de Beau. Depuis quelques années , on fait usage, dans la marine, de coffres
de tôle , dans lesquels on renferme l’eau pour les voyages de long cours. Le sous-carbonate de Fer qui se forme et qui se dissout dans l’eau a le double avantage d'y empêcher le développement des plantes et des animaux infusoires, et par conséquent de la préserver de la corruption , et en même temps d’agir utilement sur la santé des matelots.
ylnlidote de l’arsenic. Tout récemment on vient de préconiser le peroxyde de Fer hydraté dans le traitement de l’empoisonnement par l’acide arsénieux. On conçoit que cette importante propriété ne sera utile que si l’on est promptement appelé à donner des secours au malade, car peu d’instants suffisent pour que l’arsenic exerce sur l’économie des ravages généraux et locaux irrémédiables.
Emploi des préparations martiales dans les maladies externes. Les préparations martiales sont astringentes, elles chassent le sang des tissus avec lesquels on les met en contact , suppriment ou modifient les sécrétions , tempèrent les hémorrhagies , favorisent la résolution des engorgements ; en un mot, remplissent les indications que l’on se propose ordinairement de remplir avec les substances astringentes. Il est bon toutefois défaire observer que les sels solubles de Fer , tels que le tarlrate , le sous-carbonate, le malate, le citrate , le sulfate , Phydrochlorale sont seuls employés dans la thérapeutique externe, tandis que les préparations insolubles sont plutôt conseillées à l’intérieur.
Préparations diverses , modes d’administration et doses.
Limaille de Fer. On doit l’avoir préparée de manière qu’elle ne contienne que du Fer.
On la donne en nature à la dose de un grain à un demi-gros au commencement de chaque repas dans les premières cuillerées de potage.
On en fait des tablettes, des pilules, des électuaires , etc., etc.
Oxyde noir de Fer , safran de Mars astringent. — Æthiops martial. — Il se donne aux mêmes doses et de la même manière que la limaille.
Sons carbonate de Fer , safran de Mars apéritif. S’emploie à doses un peu moindres , mais d’ailleurs dans les mêmes circonstances que la limaille et l’oxyde. Celte préparation est souvent fort mal faite dans les pharmacies, c’est
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pourquoi il faut en général ne pas la proscrire , ei lui préférer les deux précédentes. Veau ferrée , que l’on prépare tout simplement en mettant une poignée de clous dans une carafe d’eau , lient en dissolution et en suspension du souscarhonate de Fer.
Le Peroxyde de Fer diffère bien peu , et pour la couleur et pour les propriétés, du sous-carbonate, il se donne aux mêmes doses , de la même manière ; il entre dans la composition du fameux emplâtre de Canet , si utile dans le traitement des ulcères atoniques el des plaies suppurantes de mauvaise nature.
Protochlorure de Fer (chlorure ferreux, hydrochlorate de protoxyde de Fer, muriate de Fer oxydulé). Il a les mêmes propriétés que les préparations de Fer dont nous venons de parler. lSTous avons fait préparer avec ce chlorure une eau gazeuse martiale , en faisant dissoudre 20 grains de chlorure sec dans une demi-boutedle d’eau gazeuse de Seltz factice. Cette eau se prend aux repas , ou pure , ou mêlée au sirop de sucre , ou avec du vin blanc. Nous en faisons prendre un quart de bouteille d’abord à chaque repas, puis une demi-bouteille dès que les malades la supportent bien.
La teinture de protochlorure de Fer se prépare souvent en faisant dissoudre 1 partie de chlorure sec dans G parties d’alcool.
Deutochlorure de Fer (chlorure ferrique, hydrochlorale de peroxyde de Fer). Mêmes usages exactement que le précédent. Il s’emploie même plus fréquemment. C’est ce perchlorure qui , mêlé avec 7 parties de liqueur d Hoffmann , for mait la fameuse Teinture de Besuchef, que l’on donnait ou pure ou mêlée à l’eau, dans tous les cas où l’emploi du Fer et des autres spasmodiques est indiqué.
Iodure de Fer. S’emploie à l’intérieur à la dose de 2 à 10 grains par jour, dans les scrophules; quand la chlorose est guérie , et que les règles n’ont point encore reparu , l’iodure est particulièrement indiqué, parce qu’il jouit de propiiéiés t-mménagogues qu'il doit à l’iode.
Sulfate de Fer. (Sulfate ferreux , vitriol vert, couperose verte.) Ce sel est souvent mêlé au cuivre. Il ne doit, à cause de cela, s’employer que dans la thérapeutique externe, comme astringent résolutif. Il s’emploie en solution, à la dose de 1 gros à une demi-once dans un litre d’eau. Le sirop chalybè de faillis contenait 4 grains par once de sulfate de Fer.
Acétate de Fer. Mêmes usages , mêmes doses
que le sulfate. Il sert de base au vinaigre chalybè et à la teinture èthèrèe de Klaproth , préparations inusitées aujourd’hui.
Tartrate de potasse et de Fer ( tartrate ferrico -potassique). Se donne à l’intérieur en solution, en pilules ù la dose de 4 grains ù un demi-gros par jour. En en faisant dissoudre 1 scrupule dans une demi-bouteille d’eau de Seltz factice , on a une eau gazeuse martiale dont nous faisons un fréquent usage. — La teinture de Mars tartarisée , (pii se donne a la dose d’un demi-gros ù deux gros par jour; les boules de Mars ou de Nancy , que l’on prend en poudre ù la dose de 10 à 50 grains à l’intérieur, elqiti, en dissolution dans l’eau . jouissent de propriétés astringentes el résolutives; le vin chalybè , qui se donne à l’intérieur à la dose de 2 à 8 onces par jour , ont pour principe actif le tartrate de Fer el de potasse.
Citrate de Fer. Se prescrit en sirop , à la dose de 2 à 6 grains par once.
Il nous reste encore à parler des eaux minérales ferrugineuses, que l’on trouve très-abondamment dans la naiure. Nous en traiterons particulièrement à la lin de cet ouvrage, quand il sera question des eaux minérales.
Ainsi que nous l’avons dit , nous avons fait préparer dans plusieurs pharmacies de Paris des eaux gazeuses martiales , composées de protochlorure el de deutochlorure , ou de tartrate de Fer, que nous faisons dissoudre dans de l’eau, laquelle est ensuite chargée d’acide carbonique comme l’eau de Seltz. — Chaque demi-bouteille doit contenir de 20 à 24 grains de sel ferrugineux.
Chocolat martial. Nous en faisons préparer en triturant avec la pâte de chocolat de Bayonne
I demi-once de sous-carbonate de fer par livre. De celte manière chaque tablette d’une once contient un quart de gros de safran de Mars. Ce chocolat se réduit en tablettes ou en pastilles. Cru, il a un goût fort agréable ; cuit, il prend une saveur alrameniaire très-mauvaise.
Enfin le Fer peut se prêter à tous les caprices du malade et du médecin , el on peut varier à l’infini les formes sous lesquelles on l’administre.
QUINQUINA
Le Quinquina, Cinchona , Cliina-China, est une écorce de plusieurs arbres de la famille des Rubiacées ( Pentandrie monogynie de Linné).
II existe , dit Thompson, près de soixante espèces
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d’écorce de Quinquina, que l’on a rangées sous quatre groupes : le Quinquina gris, le jaune, le rouge . et l’orangé.
Quinquina gris. Cette espèce qui est la plus commune, se compose d’écorces fines, roulées, grisâtres en dehors , rougeâtres en dedans , d’une saveur amère franche. Elles procèdent, dit-on, du Cinchona condaminea , et du Cinchona lancifotia.
Quinquina jaune. Les écorces de Quinquina jaune ont une teinte jaune rougeâtre , elles sont plates , et ont un grand volume et beaucoup d’épaisseur. Leur texture est fibreuse, elles sont moins amères que le Quinquina gris. On en distingue trois espèces , le Quinquina calysaya ou jaune royal , qui est fourni, dit-on , par le Cinchona lancifolia : le jaune Carthagène fourni par le Cinchona olivafolia : le Quinquina royal , écorces choisies des Cinchonas lancifolia et olivafolia.
Quinquina rouge. Cette écorce est épaisse, large , beaucoup plus rouge que les précédentes, moins amère, plus astringente. On croit qu’elle est fournie par le Cinchona oblongifolia.
Quinquina orangé. Variété du précédent.
Avant la découverte de la quinine, il importait beaucoup au médecin de trouver dans les officines de bonnes écorces , mais depuis que l’usage de la quinine a presque universellement remplacé celui du Quinquina comme fébrifuge, le Quinquina en nature n’est plus guère employé que pour des cas où le choix de l’écorce est assez indifférent.
Analyses de Quinquinas. Nous n’avons pas besoin ici d’enti er dans de grands détails sur l’analyse des Quinquinas ; nous devons dire seulement, car cela importe au médecin, que, dès 1820 , MM. Pelletier et Cavenlou , guidés par les recherches de Gomès et de Reuss, parvinrent à isoler des écorces de Quinquina la quinine et la cinchonine ; découverte qui a fait la gloire de ses auteurs, et qui a rendu d’immenses services ù la thérapeutique. L’expérience démontra en effet que dans ces deux alcaloïdes , dans la quinine surtout , résidait la propriété fébrifuge du Quinquina, et que le tannin et les autres principes n’avaient aucune vertu antifébrile. L eQuinquina rouge contient une proportion à peu près égale de cinchonine et de quinine. Le jaune contient beaucoup plus de quinine qu’aucune autre espèce, et fort peu de cinchonine. Le gris deux fois plus de cinchonine que de quinine. Dans tous, la proportion du tannin est â peu
près la même , si ce n’est peut-être que le Quinquina rouge en contient un peu plus que les autres.
Historique. Les propriétés médicales du Quinquina furent tout à fait inconnues en Europe et en Amérique même, jusqu’en 1638. Ainsi 150 ans à peu près s’écoulèrent entre la découverte du Nouveau-Monde et celle des propriétés du Quinquina. On a dit et o’n a répété que longtemps avant l’expédition de Colomb, de Coriez et de Pizarre, les Péruviens connaissaient les propriélés fébrifuges du Quinquina , mais qu’ils avaient voulu les tenir cachées à leurs oppresseurs. On comprend jusqu’à un certain point que deux ou trois familles s’entendent pour ne pas révéler un secret, et que ce secret soit gardé pendant quelques mois , mais que tout un peuple sache une chose, et que tous le cachent pendant un siècle et demi , en haine d’hommes dont ils avaient embrassé la religion, dans la famille desquels ils vivaient , et auxquels ils étaient mêlés par des mariages légitimes ou illégitimes, imaginer que pas un prêtre espagnol n’eût reçu une pareille confidence par l’ascendant de la peur et du confessionnal ; que pas un chef de famille atteint de fièvre ne fût parvenu à surprendre par les menaces , par les supplices ou par ruse , le secret de ses malades ou de ses domestiques, qui ■sous ses yeux se guérissaient de la fièvre intermittente; c’est là une de ces idées qui répugnent au bon sens , et on ne comprend pas comment des gens d’ailleurs graves ont pu l’admettre un instant.
Quant ù cette autre idée que les Indiens ont été instruits des vertus fébrifuges du Quinquina par des lions atteints de fièvre qui sont venus instinctivement s’abreuver et se guérir dans des mares ou gisaient renversés des cinchonas, le lecteur nous permettra d’attendre , pour examiner de pareilles inepties , qu’on ait d'abord bien constaté l’existence des lions dans Te Pérou , et jusqu’à quel point ces animaux ont jamais éprouvé la fièvre tierce ou quarte.
Il est beaucoup plus probable que 1,’écorce du Quinquina aura été essayée contre les fièvres , au même titre que les autres amers conseillés par tous les médecins dans ces maladies ; que l’expérience aura démontré l’heureuse influence de ce moyen qui , d’abord connu de quelques personnes, a acquis bientôt une grande notoriété.
On dit, et cette anecdote est probablement controuvée, que l’épouse du vice-roi du Pérou, le comte d’El-Cinclion, atteinte à Lima d’une fièvre
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intermittente opiniâtre, fut guérie par le Quinquina. Ce remède lui avait été indiqué parlecorrégidor de la ville, que la clameur publique avait instruit des propriétés de cette écorce.
La vice-reine, par reconnaissance, se fit protectrice du nouveau remède, et le distribua ellemême à tous les fébricitants. De là le nom de Poudre de la Comtesse, sous lequel le Quinquina fut d’abord connu : etcomme les Jésuites de Lima, sans doute dans un esprit de charité, se mirent à donner le Quinquina aux pauvres malades, il fut bientôt connu plus particulièrement sous le nom de Poudre des Jésuites. Cependant ceuxci en envoyèrent à Rome au général de l’ordre , qui en remit une certaine quantité au cardinal de Logo, d’où le nom d e Poudre Cardinale quifut donné aussi au Quinquina.
Cependant en 1640, le comte et la comtesse d’EI-Cinchon, revenus en Espagne, vantèrent et popularisèrent ce remède, et on en fît venir tout, de suite une telle quantité d’Amérique que les écorces manquèrent, et que les négociants du Pérou trouvèrent plus simple d’y substituer de mauvaises écorces, ce qui . pour un instant, jeta de la défaveur sur le Quinquina.
Mais le nouveau remède trouva de nombreux détracteurs. Il fut proscrit par des facultés, et des médecins qui osèrent en expérimenter les effets furent l’objet de persécutions. C’était au point que Frassoni, médecin à Rome, qui croyait aux propriétés fébrifuges du Quinquina, n’en put trouver chez les apothicaires qui n’osaient pas en vendre et qu’il se vit forcé d’adresser ses malades à des religieuses qui leur vendaient ou qui leur donnaient du Quinquina (Torti, Thérap. spècial, p. 3) Mais en 1679 un empirique anglais, Tabor, Talbor, Talhoth ou Talbot (car son nom est écrit de diverses manières par les contemporains ) , Talbot , disons-nous , guérit Louis XIY d’une fièvre intermittente très-rebelle à l’aide d’un remède secret, qui déjà avait rappelé à la santé un grand nombre de personnes. Le roi lui acheta son secret 48,000 livres, lui fit une pension viagère de 2,000 francs, et l’éleva à la dignité de thevalier. Ce remède fut publié par ordre du roi en 1082. (Le remède anglais pour la guérison des fièvres, publié par ordre du roi, par M. Blegny, à Paris, 1082). Ce n’était autre chose qu’une teinture vineuse de Quinquina trèsconcentrée.
La puissance de Louis XIV , la haute considération dont il entoura Talbot, la munificence des largesses dont il le combla, l'exemple qu’il donna
à son peuple, les ordres qu’il intima aux facullés de médecine du royaume, donnèrent en un instant une vogue inouïe au Quinquina. L Europe suivit immédiatement le ton donné par la t rance, et, peu d’années après la publication du secret de Talbot, l’écorce du Pérou était devenu un remède populaire. Mais les travaux de Badus, de Sydenham, de Morton, de Torti, de Lancisi, de Werlliofif, etc., etc., consacrèrent par les témoignages scientifiques les plus graves la grande puissance du Quinquina et son importance thérapeutique. Quelques voix s’élevèrent il est vrai contr e ce précieux médicament, et l'on regretté de compter celles de Rainazzini et de Baglivi • mais ces deux praticiens rougiraient peut-être aujourd’hui de ce qu’ils ont écrit sous l’influence de quelques mauvaises passions.
A la fin du siècle dernier, et au commencement de celui-ci, la doctrine de Brow donna au Quinquina , dans le traitement de presque toutes les maladies, une vogue que l’expérience a démentie.
Mais en 1820 la découverte de MM. Pelletier et Caventou rendit plus facile l’emploi du Quinquina, et la quinine sera désormais le plus indispensable des médicaments.
Action du Quinquina sur l'homme en santé. L’action du Quinquina surl’homme en santé n’est pas toujours aussi innocente qu’il a plu à quelques thérapeutistes de le proclamer. A doses modérées, la poudre de Quinquina n’oflfense d'abord que le goût à cause de son amertume extrême ; et son ingestion cause un sentiment de chaleur incommode et de pesanteur dans la région de l’estomac. Chez les personnes un peu irritables , il ne peut être digéré et il provoque des vomissements ; le Quinquina rouge a surtout celte fâcheuse propriété. Rarement il cause de la diarrhée. Quelques heures après qu’il a été reçu dans l’estomac, il survient quelquefois des bourdonnements d'oreilles, des tintouins, des éblouissements et un mal de tête avec sentiment de resserrement des tempes. A la longue, il donne lieu â des douleurs d'estomac qui prennent chez certaines personnes* une intensité remarquable. Ces douleurs qui persistent pendant un temps assez long, bien qu’on ait cessé l’usage du médicament, cèdent difficilement, et doivent en général détourner les médecins de l’emploi du Quinquina dans le traitement des gastralgies qui réclament l’emploi des toniques.
Mais comme en définitive les effets fébrifuges du Quinquina ne sont dus qu’à la quinine et à la
médicaments toniques.
cinchonine, seuls principes véritablement aclifs qu’il contienne , il importe d’étudier l’action de ces principes, et notamment ceux de la quinine, que l’on doit considérer comme type.
Ces effets sont ceux du Quinquina en poudre exagérés. Mais il faut surtout insister sur les phénomènes cérébraux qui surviennent quand on donne le sulfate de quinine à liante dose. Nous avons vu, à l’hôpital de Tours , une. jeune religieuse rester folle pendant un jour pour avoir pris en une fois 54 grains de sulfate de quinine. Un jour, par notre conseil, un tailleur du 5° régiment de carabiniers prit en une fois 48 grains de sulfate de quinine pour se guérir d’un asthme qui revenait tous les jours à heure fixe. Quatre heures après l’ingestion du médicament il éprouva des bourdonnements d’oreilles, des étourdissements, des vertiges et d’horribles vomissements; nous le vîmes sept heures après l’administration de la quinine : il était aveugle et sourd , délirait, et ne pouvait marcher tant étaient grands les vertiges qu’il éprouvait ; à chaque instant il vomissait des flots de bile : en un mot, il était sous l’influence d’une véritable intoxication. Ces accidents, auxquels d’ailleurs nous n’opposâmes aucune médication active, cédèrent spontanément dans le courant de la puit. Quand, au lieu de donner une dose aussi grande que celle qui avait été prise par ce malade, on en donne une moins forte, 15, 20, 25 grains dans la journée, on n’évite pas tous les accidents : celui surtout dont se plaignent la plupart des malades, c’est un obscurcissement de l’ouïe, il leur semble qu’ils entendent dans le lointain. Nous avons si souvent observé ces phénomènes , et avant rions, Bretonneau de Tours les avait si bien indiqués dans ses leçons cliniques, que nous ne concevons pas çomment Bally déclare n’avoir jamais trouvé le plus léger inconvénient à donner jusqu’à un gros de sulfate de quinine par jour. H faut ou que les malades de Bally l’aient trompé , ou que lui-même n’ait pas apporté dans l’examen des faits toute l’attention désirable. L’observation de chaque jour, dit Bretonneau , prouve que le Quinquina donné à haute dose détermine , chez un grand nombre de sujets, un mouvement fébrile très-marqué. Les caractères de celte fièvre et l’époque à laquelle elle se manifeste varient selon les individus. Le plus souvent des tintements d’oreilles , la surdité et une sorte d’ivresse précèdent l’invasion de celte fièvre ; un léger frisson s’y joint : une chaleur sèche , accompagnée de céphalalgie , succède à ces premiers symptômes , s’éteint graduellement
et se termine par de la moiteur. Loin de céder à de nouvelles et à de plus fortes doses de ce médicament. la fièvre causée par l’absorption du principe actif du Quinquina ne manque pas d'être exaspérée (Journ. îles conn. mèd.-chir. 1. 1, p. 13G).
Si le sulfate de quinine cause moins souvent le vomissement que le Quinquina en poudre, il provoque plus fréquemment la diarrhée. On peut même affirmer, et c’est encore un résultat expérimental indiqué et parfaitement constaté par Bretonneau de Tours, que plus des deux tiers des fébricitants sont purgés par 8 à 12 grains de sulfate de quinine pris en une seule dose. Nous savons qu'il n’en est pas ainsi à Paris ; mais nous parlons ici de geris atteints de fièvres intermittentes légitimes et bien constatées. Celte action purgative du sulfate de quinine mériie une attention d’autant plus sérieuse que le médicament, s’il purge , n’exerce aucune action fébrifuge. D’où le précepte rie l’associer toujours à de faibles doses d’opium, d’abord pour neutraliser son action purgative, en second lieu pour l’empêcher d'irriter l’estomac et de provoquer ces gastralgies qui s’observent souvent à la suite de l’ingestion du Quinquina , et plus souvent encore après celie du sulfate de quinine.
Les effets que le sulfate de quinine produit sur le système nerveux sont parfaitement indépendants de l’action irritante topique qu’il exerce sur. la membrane muqueuse du tube digestif. Ce qui le prouve, c’est qu’il irrite quelquefois trèsviolemment le canal intestinal sans occasionner d’effets généraux , et que d’autres fois il donne lieu à des accidents nerveux assez intenses, sans que des actes de la digestion en aient été troublés.
Nous venons de parler de l'action irritante topique du sulfate de quinine : elle a été niée par quelques cliniciens ; nous n’aurons à leur opposer que les faits suivants : chez deux femmes auxquelles nous ne pouvions, sans inconvénient, administrer du sulfate de quinine par la bouche, nous résolûmes de l’appliquer sur le derme préalablement dénudé avec les cantharides. Nous mîmes donc sur le chorion 10 grains de sulfate de quinine. Celte application produisit une très-véhémente douleur et causa une escharre de près d’une demi-ligne de profondeur. Ce n’est pas à dire que de pareils accidents se présentent toutes les fois que l’on emploie le sulfate de quinine par la méthode endermique , mais toujours au moins les malades se plaignent d'une forte dou'eur locale, et il se manifeste des signes peu équivoques d'iü' flammalion.
QUINQUINA
La poudre de Quinquina est loin de donner lieu aux mêmes accidents : c’est que d’abord le principe actif est combiné à l’écorce , qui ne le cède que lentement ; et qu’ensuite il est corrigé parla grande quantité de principe astringent qui lui est associé.
C’est pr obablement au principe astringent qu’il contient qite le Quinquina ert poudre doit de préserver pendant un certain temps les tissus animaux de putréfaction , au même titre d'ailleurs que l’écorce de chêne employé dans l’art du tanneur.
Arrivons maintenant à ses applications thérapeutiques.
Actiox thérapeutique du QciïVQUii'ïA. Fièvres Intermittentes. S’il est, dans la matière médicale, une action médicamenteuse démontrée, c’est celle du Quinquina dans les fièvres intermittentes. Aussi ne discuterons-nous pas un fait aujourd’hui irréfragable; nous étudierons seulement les diverses modes d’administration du Quinquina dans les fièvres intermittentes.
Faut-il donner le Quinquina avant , pendant ou après l’accès ?
A quelle dose faut-il le donner?
A quels intervalles les doses doivent elles être répétées? 1° pour guérir ? 2° pour prévenir?
Par quelles voies convient-il d’administrer le Quinquina ?
Quelles modifications les règles que nous poserons doivent-elles subir suivant la nature , le caractère de la fièvre intermittente, suivant le lieu dans lequel elles sont contractées. Faut-il un traitement préalable, et quelle est l’influence de ce traitement? Quel est le traitement consécutif, pour prévenir les récidives?
A. Faut il donner le Quinquina avant , pendant ou après l'accès?
La méthode romaine , la première qui fut connue en Europe , et qui avait été enseignée par les jésuites de Lima à ceux de Piome , voulait que l’on donnât le Quinquina immédiatement avant l’accès. Si la fièvre était double tierce, on administrait le médicament au début de l’accès le plus violent , afin de détruire plus sûrement le paroxysme du lendemain qui était naturellement plus faible. Celle méthode était généralement adoptée en Italie ; c’était celle que Torli tenait de son maître , celle qu’il suivait dans les fièvres intermittentes ordinaires ( Thcrap . spccialis. Cap. vu).
Talbot au contraire voulait que l’on commençât à donner le Quinquina à la fin du paroxysme, et jamais au début , et toutes les quatre heures il
en faisait prendre une nouvelle dose jusqu’à l’heure présumée de l’accès qui devait suivre.
Celte méthode de Talbot que Torli ne blâmait pas , bien qu’il ne voulût pas la suivre , fuc hautement adoptée et proclamée par Sydenham qui se l’appropria et qui fil sentir les inconvénients qu’il y avait à donner le Quinquina au début du paroxysme; Morton suivit en cela la pratique de Sydenham.
Cullen, dans sa matière médicale , revint à l’opinion de Torli et la soutint opiniâlrémenl, mais de nos jours Bretonneau de Tours expérimenta comparativement ces divers modes d’administration , et se rangea pleinement à l’opinion de Sydenham. Il vit , ce que d’ailleurs Sydenham avait parfaitement indiqué, il vit, disons-nous, qu’en donnant le Quinquina immédiatement avant le paroxysme , le médicament était souvent vomi ; ce qu’avait reconnu Torti lui-même qui, pour cette raison, consentait à le donner quelquefois après l’accès : Exhibendo videlicet drachmas duas chinœ chinœ, invadente paroxysmo , vel , si inavis , eodem déclinante ; siquidem in principio accessionis metus est , ne vomitu , tune temporis facili, rejiciatur (Torti, Therap. spec. Cap. vu . p. 58). 11 constata que le paroxysme était plus violent, plus douloureux pour le malade quand le Quinquina avait été administré avant l’accès : que pourtant l’accès suivant n’en était pas moins supprimé ou singulièrement atténué; qu'en outre on obtenait cet heureux résultat tout aussi sûrement lorsqu’on faisait prendre l’écorce du Pérou immédiatement après le paroxysme; que par conséquent il n’y avait que de l’inconvénient et nul avantage à suivre le mode adopté par Torti. Nous verrons plus bas comment , dans le traitement des fièvres pernicieuses , il convient de s’écarter de celte règle.
En résumé Bretonneau formule sa pratique en ces termes : Administrez le quinquina te plus loin possible de l’accès à venir ( Journ . des conn. mèd. chirurg. tom. i , p. 155).
La raison de ce précepte esL toute simple. Le Quinquina n’agit pas par un principe vo'atil et diffusible qui, absorbé immédiatement , soit rnis rapidement en contact avec tous les tissus de l’économie; son principe actif est absorbé lentement et il lui faut un temps assez long pour modifier puissamment l’organisme. Ce temps. quand la dose de Quinquina n’excède pas les limites ordinaires , est au moins de 18 ou 24 heures. Quand la dose au contraire est plus forte, 6, 8, 12 heures suffisent. Si donc on donne le Quinquina au commun-
MÉDICAMENTS TONIQUES
cernent de l’accès, quel but peut-on se proposer? De supprimer ce même accès? La chose est impossible. De supprimer le suivant ? Mais pourquoi avoir laissé au malade un paroxysme de plus , lorsque, en donnant le fébrifuge au moment où finissait l’accès précédent, on avait assez de temps pour que le Quinquina fût absorbé?
B. A quelles doses faut-il donner le Quinquina? Dans la méthode de Talbot, l’infusion vineuse de Quinquina était donnée aux malades à doses assez fortes, il est vrai; mais pendant plusieurs jours, les doses n’étaient pas telles que le paroxysme suivant pût être aisément vaincu; aussi fallait-il insister longtemps. Sydenham et Morton administraient le Quinquina en nature ou l’incorporaient dans un opiat; mais ils le faisaient prendre comme Talbot, à doses faibles, répétées plusieurs fois par jour et continuées pendant un certain temps. Mais Torli . qui suivait la méthode •romaine , voulait qu’on donnât en une fois une forte dose , estimant qu’on obtenait parce moyen bien plus qu’en fractionnant et en divisant en plusieurs jours une quantité de Quinquina beaucoup plus considérable. Neque enim sex scrupuliv. g.pulveris, per sex successivos dies assumpti, (équivalent activitati, li cet (équivalent ponderi dnarum drachmaruni uno haustu assumptarum; quod , ut maxime verum est , ita maxime notandum in praxi.
Hinc est, quod unus medicus, cum draclimis sex , vcl uncia una chinœ chinœ , quamlibei febreni internat tentent diuturniorem sanet , et itiani prœcaveat , aller vero cum unciis tribus vel quatuor, vix ac ne vix quidem id assequatur ; si videlicet primus drachnias duas prima vice porrigat, ( quibus solis febreni immédiate supprimit), dein, post unani vel altérant diem , drachmam unani iterum pro pinet, ac , seqtienli die, altérant simili ter drachmam, dernumque, interposito octo circiter dierum spatio , senti drachmam quotidie per alios octo dies continuos exhibeat , qua methodo omnis fere semper inhibetur récidiva : aller vero très uncias, ad scrupulum unum quotidie ; prope inutililer , impendat (loc. cil. p. 55). Bretonneau a donné la sanction de sa haute expérience à ces préceptes de Torli.
« Trois gros et même quatre gros de Quinquina jaune royal suffisent ordinairement pour supprimer un accès de fièvre intermittente légitime ; mais cette dose doit être administrée en une seule fois. La même quantité fractionnée ne produit plus le même effet. Deux onces
du même Quinquina ont été donnéesdans l’espace de cinq â six jours , dans les intervalles apyrétiques sans que la fièvre ait été supprimée, tandis que quatre gros administrés en une seule fois ont eu les résultats accoutumés » {Jour, des Conn. méd. chirurg. tome i, page 135). Il ne faut pas cependant entendre, suivant la lettre judaïque , ce précepte de Torli et de Bretonneau. Noué avons souvent entendu ce dernier expliquer ce qu’il entendait par une seule dose. Il veut que, dans un espace de temps très-court , une, deux, trois heures au plus , la quantité prescrite de Quinquina soit ipgérée. Car on conçoit qu’il est des malades qui ne supporteraient pas aisément d’avaler d’un coup une demi-once de poudre de Quinquina. Ceci s’applique aussi au sulfate de quinine.
En formulant nous dirons : le Quinquina doit être administré à la dose de 2 à 4 gros en une seule fois ou à des intervalles très-rapprochès.
La plupart des médecins , dans l’administration du Quinquina ou du sulfate de quinine, suivent encore les errements de Talbot et de Sydenham et refusent d’adopter le mode conseillé par Torli et Bretonneau. Très-certainement ils guérissent la fièvre, mais à plus de frais et moins vite que les autres.
C. A quels intervalles les doses doivent-elles être répétées, pour guérir, pour prévenir la fièvre ?
Nous venons de voir que le Quinquina devait toujours être donné, d’abord dans un intervalle apyrétique et le plus loin possible de l’accès à venir, c’est-à-dire à la fin d’un paroxysme; nous avons vu ensuite qu’il fallait en donner une forte dose pour supprimer un accès.
Sans doute, et nous en avons vu mille exemples, quand on administre le Quinquina en temps et aux doses convenables, l’accès suivant est supnimé : mais il ne l’est pas si nettement que le malade n’en éprouve encore quelques légers souvenirs : ce sont ou une chaleur plus vive accompagnées de malaise, ou, ce qui est bien plus ordinaire, ces sueurs abondantes qui se reproduisent aux jours où le paroxysme devrait avoir ieu. La fièvre alors n’est véritablement pas guérie ; et si l’on cesse brusquement le médicament fébrifuge, on voit immédiatement reparaître les accès, d’abord plus faibles et moins tranchés, >ientôl avec leurs caractères les plus nets et les dus positifs. D'où le précepte admirable énoncé par Torli dans le passage que nous citions tout à
QUINQUINA
l’heure; précepte qu'il tenait lui-même de ses maîtres et des médecins romains qui les premiers avaient donné le Quinquina. Cette méthode avait été adoptée par Sydenham qui dans ses ouvrages l’a reproduite avec tant d’insistance , qui l’a motivée par tant de raisons pratiques , qu’elle a pris le nom de ce grand homme , et qu’elle est connue dans tous les écrivains du siècle dernier sous le nom de Méthode de Sydenham. Sydenham , avons-nous dit, administrait le Quinquina ù doses un peu faibles , mais il le donnait plus longtemps que Torti. 11 formulait un électuaire fébrifuge ainsi composé : Quinquina en poudre , une once; conserve de roses de Provins, deux onces : mêlez. Matin et soir, dans les jours apyrétiques, le malade en prendra gros qpmme une noix muscade , jusqu’à ce que la dose soit entièrement consommée. Torti ne diffère de Sydenham que par les doses qui sont un peu plus fortes, et nous l’approuvons en cela. Il donne, comme on l’a vu (page 9G) , d’abord deux gros en une fois , puis un gros le lendemain ou le surlendemain , puis un autre gros le jour suivant. Ce dernier mode est également celui de Bretonneau qui pourtant se contente le plus souvent de deux fortes doses, trois gros par exemple , donnés deux jours . de suite. Ordinairement alors la fièvre est coupée suivant l’expression adoptée par des malades.
Mais la récidive est imminente , et c’est pour la prévenir que la méthode de Sydenham est réellement puissante, et qu’il faut hautement la proclamer parce qu’eiie est presque inconnue de la plupart des praticiens.
Sydenham avait observé que lorsqu’il avait supprimé une fièvre tierce eu administrant le Quinquina, comme il a été dit plus haut , la maladie se remontrait après 7, 8, 10 jours d’intervalle; que s’il avait eu affaire à une fièvre quarte, les paroxysmes se renouvelaient après deux septénaires. En même temps il constatait que , par les méthodes analogues à celles de Talbot . les récidives ne se montraient ni aussitôt , ni aussi fréquemment. Or la méthode de Talbot était la suivante : il donnait , entre les paroxysmes, cinq ou six onces de teinture vineuse de Quinquina , en répétant celte dose toutes les quatre heures jusqu’au commencement de l’accès suivant ; il continuait ainsi plusieurs jours , puis il ne donnait plus son infusion que le malin et le soir, puis une fois seulement chaque jour, et ainsi de suite pendant plusieurs semaines , bien que la fièvre fût coupée.
2* partie.
Sydenham , qui avait tenu compte des inconvénients réels qui résultaient de l'administration trop longtemps continuée de l’écorce du Pérou , voulut donner aussi peu que possible de Quinquina , et cependant prévenir le retour des accès. Il pensa donc que si la fièvre tierce reparaissait au bout de sept jours et la quarte au bout de quatorze , il empêcherait qu’elles ne reparussent en recommençant à administrer le médicament fébrifuge cinq jours après la cessation de la fièvre, dans la tierce, et dix ou douze jours , dans la quarte.
En effet , l’expérience lui démontra promptement l’efficacité de cette méthode. Lors donc qu’il avait administré l’électuaire dont nous avons donné plus haut la formule suivant le mode indiqué , et que la fièvre était coupée, il attendait cinq ou dix jours , suivant le type, et redonnait le même électuaire aux mêmes doses eL de la même manière; puis , laissant alors un intervalle un peu plus long , il revenait encore une fois au même moyen.
La méthode adoptée par Torti , comme on peut le voir (pag. 96), diffère à peine de celle de Sydenham. Stoll,Yan Swielen avaient*reconnu l'Utilité pratique des conseils de l’Hippocrâte anglais , et , de nos jours , Bretonneau a constaté , par de nouvelles expériences , l’excellence de celte méthode.
Ainsi donc, dans les fièvres intermittentes simples , donner trois jours de suite de fortes doses de Quinquina ; laisser cinq ou six jours d’intervalle ; reprendre de nouvelles doses de Quinquina, et recommencer encore.
11 ne faut pas croire qu’en suivant exactement celle méthode , si excellente qu’elle soit , on prévienne très-sûrement les récidives : on les prévient tant qu’on laisse le malade sous l'influence du médicament ; mais si l’on cesse , et que cependant ii reste exposé aux causes productrices de la fièvre intermittente, ou qu’il ait demeuré longtemps au milieu des marais, et que sa constitution soit profondément détériorée, si, depuis plusieurs mois, depuis plusieurs années, il est presque sans cesse atteint de fièvres d’accès , dans ce cas la méthode de Sydenham n’aura qu’une utilité temporaire, et au lieu d’être suivie pendant, 15 ou 20 jours, elle devra l'être pendant 2 , 5 , et même G mois ; mais alors les doses de Quinquina n’auront pas besoin d'être aussi fortes.
Les avantages que présente la méthode de Sydenham sont d’abord d'être certainement plus
MÉDICA MENTS TONIQUES .
curalive que les autres; mais elle est exempte encore de quelques graves inconvénients sur lesquels nous devons appeler l’attention de nos lecteurs.
Lorsque, par d’autres méthodes, on donne tous les jours nue dose faible de Quinquina , la fièvre est modifiée et guérie quelquefois , mais plus difficilement et moins sûrement; il survient bientôt de vives douleurs d’estomac , et le fébrifuge finit par ne pouvoir être supporté , sous quelque forme qu’on l’administre. Si donc la fièvre reparaît, on ne peut plus la guérir. Mais si de fortes doses sont renouvelées chaque jour et continuées pendant longtemps, outre les douleurs d’estomac dont nous venons de parler, il se manifeste une espèce de fièvre parfaitement indiquée par Bretonneau , et qui affecte un type intermittent quand le Quinquina est donné d’une manière intermittente. Cette fièvre estime espèce de cercle vicieux dans lequel tournent très-souvent des médecins inexpérimentés; ignorants de l’action excitante du Quinquina , ils redoublent les doses du médicament et jettent le malade dans un état qui peut être fort grave.
Un autre inconvénient, c’est celui qui résulte de l’accoutumance, s’il nous est permis de nous servir de cette vieille expression. Les malades, à force de prendre du Quinquina , finissent par être insensibles à son action , et la fièvre se renouvelle malgré les doses que l’on donne chaque jour. On comprend que , dans la méthode de Sydenham , ces inconvénients sont évités.
Parmi les accidents attribués au Quinquina, il en est qui certainement ne lui sont pas imputables ; nous voulons parler de l’engorgement de la rate. Dès les premiers temps de la découverte de l’écorce du Pérou , ce grief fut un des plus graves qu’on lui reprochât , et de nos jours encore il se trouve des médecins qui renouvellent, celle vieille querelle. La question est assez complexe , et voici pourquoi : quand la fièvre intermittente dure depuis longtemps , il est ordinaire que les malades aient pris du Quinquina; la rate, dans ce cas, est toujours engorgée : faut-il attribuer cet engorgement à la maladie ou au médicament? Au lieu d’accuser le Quinquina, comme le faisaient et comme le font encore les détracteurs de cette précieuse substance, il faut rechercher avec soin , dans les pays où règne endémiquement la fièvre intermittente , des individus qui n’aient jamais pris de Quinquina, et qui souffrent de la fièvre depuis cinq ou six mois; chez eux on trouvera invariablement la
rate hypertrophiée; et cet engorgement de la rate peut même être constaté par la percussion , après cinq ou six accès , comme Piorry l’a fait en maintes circonstances ; et Bailly de Blois l’a souvent reconnu à l’autopsie , dans les fièvres intermittentes pernicieuses , chez des malades qui n’avaient pas pris de Quinquina. D’un autre côté, il est facile de s’assurer que la rate conserve son volume normal chez les personnes qui , pour une affection névralgique ou autre, ont eu souvent recours au Quinquina.
Nous avons vu comment le Quinquina devait être administré dans les fièvres intermittentes simples, et nous avons longuement insisté sur les avantages de la méthode de Sydenham ; mais cette méthode , préférable à tous égards dans les cas simples , doit être modifiée dans le traitement des fièvres pernicieuses.
Mercatus , de l’aveu de Torti lui-même, est le premier qui ait bien décrit la fièvre pernicieuse ; mais il ne l’a pas traitée avec bonheur. Sydenham en avait entrevu quelques cas et avait indiqué les avantages que l’on pourrait retirer de l’administration du Quinquina ; mais Morton formula plus explicitement l’heureuse influence du Quinquina dans ces fièvres , sans pourtant indiquer une méthode à l’aide de laquelle on pût en triompher presque toujours. C’est à Torti vraiment que l’on doit d’avoir fixé le traitement de ces fièvres redoutables. Le premier, il fit comprendre que la méthode de Morton , qui consiste à donner toutes les trois ou quatre heures 1 gros de Quinquina , est vicieuse en tous points, à moins qu’on ait à traiter une quarte pernicieuse qui laisse une longue apyrexie ; mais quand la fièvre est subintrante,ou seulement rémittente , comme il arrive souvent, il est évident qu’une méthode aussi molle ne peut convenir.
Torti le premier comprit qu’il fallait gagner de vitesse l’accès qui allait venir, et, pour cela, donner une dose triple ou quadruple de celle qu’il administrait dans les fièvres intermittentes simples. Il faisait donc prendre au malade d’un seul coup quaLre ou six gros de Quinquina. Mais il faut , dit ce praticien , que le médicament soit administré au moins douze heures avant le prochain accès, et le plus loin possible de ce paroxysme. « Siquidem necesse est, bonam quantitatem intra brève tetnpus liausisse , et hausisse longeante horam, quantum fieri potest, futuri paroxysmi. » ( Torti, Ther., spec., lib. III, c. 5, p. 146.) Il donnait le Quinquina , non pas au moment de l’inlcrmission ,