‹ Traité de thérapeutique et de matière médciale [sic]Chapitre 159 sur 242 · HUILE DE MORUE · texte numérisé non relu

HUILE DE MORUE

L’Huile de Morue ( Oleum jecoris aselli) est extraite du foie de la Morue, Gadus morrhua , asellus major.

Ce médicament n’a , du moins nous le croyons , été employé en France que par Bretonneau de Tours ; aussi nous est-il impossible de donner ici le résultat de notre propre expérience, mais , en 1830 , il parut dans le tome deuxième de la seconde série du Journal des Progrès, etc., une monographie de Reister qui résume les expériences qui ont été tentées sur la matière, et qui nous a fourni d’utiles renseignements.

Préparation de VHuile de Morue. Quand les Morues sont péthéts, on les ouvre et on enlève le foie que l’on jette dans de grandes cuves exposées à l’ardeur du soleil. Il s’écoule alors une huile limpide, peu odorante, très-recherchée dans le commerce, et qui n'a aucune vertu médit ale. Bientôt un commencement de putréfaction s’empare de ces foies , et il se sépare une nouvelle quantité d’huile , brune et transparente , qui a une saveur de poi son et détermine une sensation âpre dans le fond de la gorge quand on l’avale. C’est

lâ la deuxième qualité du commerce , qui, en médecine , est plus active que la première.

Enfin, pour compléter l’extraction de 1 huile , on jette dans des marmites de fonte les foies déjà putréfiés , et par l’ébullition on en séparé une troisième qualité d'huile qui est brune, peu transparente, a une odeur de poisson désagréable et empyreumalique ; la saveur en est fort âcre. C’est celte huile que l’on doit employer en médecine à l’exclusion des deux autres qualités , et surtout à l’exclusion delà première.

Historique. L’Huile de Morue était employée de temps immémorial parmi le peuple, en Angleterre, en Hollande, en Westphalie, et sur tout le littoral du nord de l’Allemagne, dans le traitement du rhumatisme et du rachitis , mais les gens de l’art ne l’avaient jamais mise en usage. Percival (Essays medical , philosophical and experimental, Warrington , 1790, t. n), et Darbey ( London medical journal, l. m, p. 392), furent les premiers qui firent connaître au monde médical les résultats d’expériences qu’ils avaient tentées dans les hôpitaux. Cependant les médecins n’avaient tenu aucun compte de ces travaux, quand Schenck de Siegen publia en 1822 , dans le Journal de Hufeland, une série d’observations sur l’efficacité de l’Huile de Morue contre les rhumatismes chroniques et particulièrement contre la sciatique et le lumbago. Dès lors les expériences se sont multipliées , et on peut voir dans le Journal de Hufeland, dans le Magasin de Rust , et dans d’autres journaux allemands , un grand nombre de mémoires ou d’observations relatifs à cet important médicament. Elberling de Berlin publia sur ce sujet sa dissertation inaugurale (1826), Reder de Rostoch (1826) et Bettinger de Vürzburg (1827) firent également une monographie sur l’usage médical de l’Huile de Morue.

Action thérapeutique de VHuile de Morue.

L’action de ce remède dans le traitement du rachitis est tellement évidente que l’Huile de Morue mérite de prendre dans la thérapeutique un rang important parmi les médicaments toniques.

Les quatre faits rapportés par Schenck sont pleins d’intérêt. Un enfant de deux ans, rachitique, qui ne pouvait se soutenir, prit matin et soir une demi-cuillerée à bouche d’Huile de Morue , et fut parfaitement guéri lorsqu’il en eut pris 8 onces. Un autre , également âgé de deux

llâ MÉDICAMENT

ans, avait pu marcher à l’àge de douze mois, mais, peu après, il était devenu rachitique, et ses membres atrophiés ne pouvaient supporter son corps. Il prit par jour trois cuillerées à café d’Uuilc de Morue, et fut guéri après en avoir pris douze onces. Un troisième enfant qui avait été très-bien portant la première année de sa vie fut affecté, dans le cours de la seconde , de tous les symptômes du rachitisme ; cet enfant , qui marchait très bien auparavant, ne put bientôt plus se tenir sur ses jambes. Il fut guéri après avoirpris douze onces d’IIuile. On en donnait une cuillerée à café trois fois par jour. Le quatrième fait est encore plus probant. Un petit garçon, figé de trois ans, avait marché seul à la fin de la première année ; bientôt les genoux se gonflèrent, le rachis se dévia, et le pauvre petit se trouva dans l’impossibilité de marcher. Tous les remèdes avaient été déjà inutilement employés quand Schenck eut recours à l’Huile de Morue, il en donna, matin et soir, une demi-cuillerée à bouche. L’enfant fut parfaitement guéri , à cela près d’une légère déviation de la colonne vertébrale, après avoir pris vingt onces d’Huile.

Le témoignage du docteur Fehr sur cette propriété tonique de l’Huile de Morue dans le traitement du rachitis mérite d’être cité. « Ce n’est pas seulement, dit-il {Hecher’s Annalen, Juillet 1829, p. 546), après un changement de régime, ou à l’entrée de la belle saison, ou au commencement d’une période de croissance, mais bien souvent au bout d’une ou dcnx.semaines que se manifeste l’efficacité frappante de ce médicament. Les dents souvent noires, branlantes, de ces enfants, se nettoient et deviennent solides.Des enfants qui ne pouvaient étendre les jambes et qui jetaient les hauts cris quand on essayait de les mettre debout commencent à se tenir sur leurs jambes et même à marcher lorsqu’ils sont en âge de le faire ou qu’ils avaient déjà marché auparavant. Leur digestion s’améliore, le ventre redevient plus souple , surtout dans la région hépatique ; la faim canine ou l’inappétence ces^ sent en même temps que les aigreurs d’estomac ; les côtes , en quelque sorte distordues, reprennent leur forme naturelle ; la respiration devient libre et facile, la rectitude des jambes se rétablit, et souvent les dents poussent promptement, etc., etc. »

Bretonneau, qui ignorait les travaux scientifiques entrepris en Allemagne sur l'Huile de Morue, fut conduit de la manière suivante à essayer ce moyen dans le rachitis. Un négociant hollandais

? TONIQUES

était venu s’établir à Tours, et il avait pris Bretonneau pour médecin. Un de ses enfants devint rachitique au plus haut degré , et lorsque le savant praticien qui dirigeait la santé de l’enfaut eut vainement essayé les moyens ordinairement conseillés dans le traitement du rachitis , h* père lui dit que l’aîné de ses enfants , atteint de la même maladie , avait été guéri en Hollande par un remède populaire , l’Huile de poisson. Bretonneau essaya le^ même moyen sur son jeune malade , et le succès fut si incroyablement rapide qu’il en fut frappé. Il recommença l’expérience sur d’autres rachitiques, et ce fut alors que, faisant des recherches sur l’Huile de Morue , il vit avec plaisir que les succès qu’il avait obtenus étaient confirmés par ceux des écrivains allemands : que nous venons de citer.

Si tous ceux qui ont expérimenlé l’action thérapeutique de l’Huile de Morue sont d’accord sur ce point que ce médicament est incontestablement utile dans le traitement du rachitis , ils ne s’accordent, pas aussi bien sur son utilité contre le rhumalisque chronique. Cependant les faits rapportés par Schenek ( loc . cit .) offrent un grand intérêt. Dans ces observations que Schenck qua- 1 lifie du nom de rhumatismes , il s’agit bien plutôt de maladies de la moelle et de la colonne vertébrale que de véritables rhumatismes. Toutefois, des paraplégies douloureuses qui duraient depuis longues années; des sciatiques doubles ou simples qui probablement étaient dues à une affection de l’extrémité de la moelle épinière, cédèrent rapidement sous l’influence de l’Huile de Morue, alors que les médications les plus énergiques étaient restées inefficaces. Wesener ( Hufeland’s Journal, 1824, mai), Volkmann ( ibiil. , novembre 1824), Sehülte ( Arch . fur Medizin, 1824), Redcr (/oc. cit.), rapportent de nombreuses observations qui témoignent de l’utilité de ce médicament dans les maladies chroniques ou scrophuleuses du système osseux.

Résumé. En comparant entre elles 71 observations dans lesquelles il a été tenu compte des effets particuliers produits sur l’organisme par l’usage de l’Huile de foie de Morue, Reisler arrive aux résultats suivants :

Estomac. Des nausées ont été observées dans trois cas , des vomissements dans trois cas; danun cas, perte de l’appétit et sentiment d’ardeuil dans l’estomac; la diminution de l’appétit a surtout été remarquée chez les enfants rachitiques J qui ont ordinairement l’appétit si vorace.

Canal intestinal. Augmentation plus au moinJ

TAN MX.

forte dos évacuations observée dans dix-sept cas.

Appareil urinaire. Accélération de la sécrétion urinaire avec sédiment briqueté dans huit cas.

Appareil générateur. Augmentation du flux menstruel , tellement forte que l’usage de l’huile a dû être suspendu; le même phénomène fut observé à plusieurs reprises; une fois, rétablissement de règles.

Appareil cutané. La diaphorèse fut augmentée dans douze cas : dans l’un de ces cas , la sueur se manifesta seulement aux membres inférieurs; dans deux cas, elle avait l’odeur de l’huile; trois fois, elle fut précédée d’une chaleur répandue sur tout le corps ; une fois , démangeaison brûlante à la peau; deux autres fois, éruption de petites taches rouges avec prurit.

Dans un très-grand nombre de cas, les douleurs rhumatismales ont été augmentées par les premières doses de médicament.

En somme, l’Huile de Morue guérit dans un très-grand nombre de cas les douleurs et affections chroniques soit internes, soit externes , qui sont de nature arthritique ou rhumatismale. Le rachilis a été traité avec plus de succès encore. Des caries osseuses onl encore été guéries par le même moyen.

Mode d'administration , doses el précautions. L Huile de foie de Morue doit être prescrite, pour les adultes , à la dose de deux , trois ou quatre cuillerées à bouche par jour; aux enfants , on donne le même nombre de cuillerées à café. Afin d’en rendre l’ingestion plus facile, le malade pput se boucher le nez pendant qu’il l’avale. Pour éviter les éructations désagréables , on fait prendre aux enfants une demi-cuillerée à café de liqueur telle que de l’anisette, et aux adultes un petit verre de rhum , d’eau-de-vie ou de toute autie liqueur. On peut encore , pour éviter le goût de l'Huile , se gargariser, avant de l’avaler , avec une cuillerée d’eau-de-vie. Le docteur Fehr administre l’Huile de Morue soit seule, soit sous la forme suivante pour laquelle les enfants montrent peu de répugnance.

R. Huile de Morue, une once; sous-carbonate de potasse tombé en déliquium, deux gros; huile de calamus aromalicus , tro.s gouttes ; sirop d’écorces d’oranges, une once; une ou deux cuillerées à café malin et soir.

On peut encore émulsionner l’Huile avec du loocli blanc et la donner sous celle forme.

La quantité d’Huile nécessaire pour opérer une guérison varie depuis six onces jusqu’à dix et vingt livres.

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