‹ Traité de thérapeutique et de matière médciale [sic]Chapitre 176 sur 242 · X OU SPÉCIFIQUES · texte numérisé non relu

X OU SPÉCIFIQUES

talium affectionum naturam , quantum sali cet vires corporis superant , cognovcrit , simulque et si qui» divini in inorbis inest huju-s quoque providcnliam ediscere opoitet. llâc cnim, r aliène, mérité sibi adnurationem et boni medici exislimationem conclitaverit.

(Hipp., Prœnot.)

Le père de la médecine attachait une idée trèsdisiincte et très-juste à cette expression divinum quid. On peut en juger par plusieurs passages de ses écrits : « Il me paraît, dit Barthez, qu’il ippocrate a désigné sous ce nom une cause inconnue qui rend ces maladies très-graves et même promptement mortelles , et dont on ne peut rapporter les effets à des causes sensibles que l’on reconnaisse pouvoir surmonter les forces du corps vivant.

» Ainsi, ce divinum quid n’existe pas, suivant Hippocrate , dans une inflammation particulière dont on reconnaît que le progrès suffit pour donner la mort eu détruisant l'organe enflammé; mais il a lieu dans des fièvres véritablement malignes, dans des angines pernicieuses où il ne parait point de signes d’inflammation ni de gangrène , et dans plusieurs autres affections spasmodiques d’une nature funeste. »

Cet étonnant génie, à qui nous devons tous les grands principes de l’art de guérir, recommande un critérium très-précieux pour n’élre pas sur pris par la fatalité des affections malignes, et pour remplira temps opportun les indications vitales qu’elles présentent. Si quid in inorbis p rester rationem eveniat, dit-il, non fuîendum.

En effet, il faut se défier de ce qui s'écart- de la marche régulière de la nature ; il faut se défier des accidents qui sont sans rapport évident avec la constitution connue du malade, le genre d’affection qu’il présente , et l’influence déterminée par l’observai ion des modificateurs internes et externes qui agissent sur lui. Voilà pourquoi l'harmonie pathologique, la conservation des synergies sont les attributs de la force médicatrice; celle-ci est calculable dans sa marche et l’enchaînement de ses actes : le caractère de l'ataxie est de ne l'être pas. La force médicatrice n’a que quelques voies franches et diiecles pour rétablir l'ordre physiologique. L’ataxie, la malignité qu’on pourrait appeler, comme Stahl, un délire et une distraction de la force médicatrice, in malignis , anima obliriscilur et desipit : neque deinccps nec tiietur nec vigilat (Stahl), l'alaxi. , au contraire, a mille voies imprévues putir conduire à la mort. « Lorsque la nature est eu pleine vigueur, dit l'illustre Grimaud, ses mouvements soin par-

MÉDICATION TONIOUE.

failement réglés, mesurés; ils se présentent conslomment dans le même ordre, el ils sont dès lors très faciles à suivre el ;) connaître : mais il n’en est pas de même quand elle éprouve des aberrations profondes; car le nombre en est indéfini ; el comme elle tend à sa conservation par des procédés simples .et qui soûl toujours les mêmes, elle marche à sa destruction par des routes dont il est impossible de fixer le nombre. »

Aussi Hippocrate requérait-il, pour qu’une maladie fûl simple el exemple de danger , qu’elle offrit le plus de rapport possible avec l’âge, la constitution du malade ainsi qu’avec la saison : In morbis minus periclitantur ii quorum naturœ et œtati et habitui et tenipori mugis similis fuerit morbus, quàmii quibus horuni nulli fuerit similis.

Il est temps à présent que nous nous tournions un instant vers les ressources que la matière médicale nous fournit, pour conjurer les étals morbides si graves dont nous avons dû, avant tout, bien déterminer la nature et l’aspect. Si on trouvait que nous l’avons fait trop longuement el que de pareilles excursions dans le champ de la pathologie générale sont des hors-d’œuvre déplacés dans un traité de thérapeutique, nous répondrions que nous sommes fidèles aux principes que dans notre introduction (iie part., p. 14), nous avons étab'is comme devant nous guider dans nos chapitres généraux. Nous y avons annoncé , en effet , que la source réelle des indications serait toujours recherchée et distinguée de toutes les autres qui ne sont pas elle, avant l’art de remplir ces indications, el que le résultat de cette dernière opération viendrait à son tour confirmer ou infirmer la première donnée; en un mot, que toutes les choses qui indiquent seraient constamment appréciées sous toutes leurs faces pratiques avant les choses indiquées, etc

Nous nous abstenons autant que possible de ce travail , quand nous savons que les véritables sources d’indications sont exposées convenablement dans les ouvrages modernes qui servent à l’instruction des élèves; mais nous ne reculons pas devant lui , et il nous semble indispensable de nous y livrer quand il est clair pour nous que ces choses sont dédaignéesou méconnues. Ce n’est pas notre faute si les notions que nous venons de développer sont oubliées el ignorées , pour des connaissances d’un ordre souvent bien moins important.

Nous avons senti (page 130 de cette partip) la nécessité , pour combattre les maladies qui frap-

pent et affaiblissent directement la résistance vitale, de moyens spécifiques, c’est-à-dire qui produisent des effets thérapeutiques immédiats , non précédés d’effets physiologiques.

Le quinquina réunit cette condition par excellence.

Barthez est l’auteur qui ait le mieux caractérisé j la vertu spécifique du quinquina. Les accroissements de ces forces (1rs forces radicales), a-t il dit , se font d’une manière directe par l'action de divers fortifiants qui peut se porter immédiatement sur ces forces. Il est aussi naturel que des remèdes fortifiants , tels que le quinquina , parexemple, puissent augmenter directement les forces radicales du principe vital , qu’il l’est que les poisons puissent attaquer directement el même détruire ces forces radicales.

Ce qui prouve à quel point la manière dont nous concevons l’action des Toniques spécifiques découle de l’observation des faits dont elle est la formule la plus générale , c’est ce qu’on remarque dans le traitement des fièvres intermittentes par le quinquina.

Hippocrate , qui était privé de cet héroïque remède , signalait déj,à , dans les médicaments dont il se servait pour guérir ces sortes de fièvres, la propriété de fixer l’état des forces organiques et de prémunir la résistance vitale contre le retour de l’accès fébrile , théorie qu’il a aussi nettement énoncéeque possible danscette phras e(Deadfect., > cap. 4 ) : Haruin autem febrium (tertiana et quartana ) médicamenta banc liabent facultalem, ut lus epotis, corpus in loco sit ; hoc est in consuetâ caliditate et frigiditate juxtà locuvn consistât, neque prœler naturam incalescat , neque refrigeretur. On s’évertue depuis bientôt deux cents ans à découvrir le inode d’action physiologique du quinquina , ce qui est la pierre philosophale en thérapeutique; et, depuis plus de deux mille ans , Hippocrate a écrit , sans qu’il soit possible d'y rien ajouter, la formule de son action thérapeutique. Celte formule pourra paraître à bien des personnes une banalité , parce que ce n’est qu’un fait général , immédiatement et on serait presque tenté de dire naïvement, déduit de l’observation d’un résultat ; el on ne prend pas garde que ces faits généraux incontestables et placés au-dessus des explications , sont les fondements des sciences.

C’est sans doute pour consacrer l’opinion du père de la médecine que nous venons de faire connaître , que Barthez a très-justement dit : <> Je donne le nom de vrais toniques aux remèdes

TONIQUES RADICAUX OU SPÉCIFIQUES

(tels que le quinquina et les martiaux) dont l'action spécifique établit dans tout le système des forces ce que j’appelle la stabililè d’énergie. »

Quelques exemples d’une observation vulgaire rendront tout ceci très-évident.

Un homme est affecté de fièvre intermittente. Vous administrez le quinquina méthodiquement , c’est-à-dire dans l’apyrcxie. L’accès suivant est considérablement mitigé ou même supprimé, et cependant cet homme reste exposé à l’influence de la cause morbifique, les effluves marécageuses, pat exemple; l’action physiologique du quinquina a élécomplélementTtulle; et si le retour d’un trouble intermittent de l’organisme n’avait été empêché , rien n’aurait révélé les effets d’un agent bien puissant néanmoins. Mais la résistance vitale de l’économie faiblissait périodiquement, et le quinquina lui a rendu sa stabilité d’énergie. La cause a eu beau continuer son action , celle-ci a été neutralisée par une résistance vitale supérieure à elle , et le quinquina seul y a pourvu , immédiatement, sans faire appel à une influence tierce , à une modification intermédiaire. La résistance vitale avait été idiopaihiquement frappée , elle a été primitivement relevée. Nous avons vu comment agissaient les causes des maladies malignes ; ainsi leur antagoniste : par malo rcmedium.

L’expérience a prouvé qu’on vivait jusqu’à un certain point impunément dans un pays marécageux où les fièvres intermittentes régnent endémiquement, si on a soin de prendre régulièrement du quinquina à litre de prophylactique. Aurionsnous eu tort, d’après ce fait . d’affirmer que l’action physiologique du quinquina est nulle? Non sans doute : l’organisme était sain et fort; le quinquina, sans susciter le moindre phénomène appréciable ni en plus ni en moins , l’a conservé sain et fort contre faction d’une cause efficace et presque certaine de maladie. Il ne l’a pas changé, mais il l’a empêché d’être accessible à un changement d’état; il a imprimé à son énergie de la stabilité et fixé sa résistance vitale : faciunt ut corpus in locos it.

Il est si vrai que les Toniques radicaux ou spécifiques agissent purement et simplement en imprimant à l’organisme delà résistance vitale , et en le prémunissant contre les influences dépressives de celle force , que leur administration n’est jamais plus opportune qu’au moment où les fonctions jouissent le plus de leur stabilité et de leur harmonie. Ainsi, c’est entre 1rs accès qu’on doit les faire prendre , alors que tout est rentré dans l’ordre , et c’est à l’époque la plus éloignée pos-

sible de l’accès à venir qu’il convient encore le mieux de les introduire dans l’économie; car ils n’arrêtent pas un accès commencé, mais ils préviennent celui qui doit revenir.

On croit généralement , et à tort selon nous , que le quinquina et ses succédanées sont des antidotes de la cause morbide, des miasmes marécageux par exemple; qu’ils neutralisent cette cause, comme le mercure neutralise la cause syphilitique. Il ne nous paraît pas qu’il en soit ainsi. Le quinquina laisse subsister la cause avec toute son intensité, mais il met l’organisme en mesure d’y résister, et le résultat est le même. Le mercure , cet autre spécifique, ne donne pas à l’organisme la faculté d’être inaccessible à l’influence morbifique de la cause ; car on ne se préserve pas de la contagion vénérienne en prenant du mercure, mais la maladie existant, il en éteint la cause.

L’action des Toniques radicaux sera donc d’autant plus puissante , qu’on les emploiera dans des affections intermittentes , c’est-à-dire qui se reproduisent après des intervalles de repos pendant lesquels l’organisme a recouvré son état normal et est susceptible d’être fixé dans un équilibre qu’il doive conserver.

Si la porlée d’action de nos toniques est relative à la forme totale de la maladie, elle l’est aussi notablement à la forme de chaque accès.

L’organisme affecté par la même cause morbide ne réagit pas toujours contre cette cause de la même manière. Ainsi, trois individus sont exposés à l’influence des effluves d’un marais ; c’est la même cause, et chez tous trois une maladie intermittente, identique pour la nature , différente pour la forme , va se déclarer. Nous observerons chez l’un un mode de réaction qu’on appellera fièvre intermittente légitime; chez l’autre, larvée; chez le troisième , pernicieuse.

La première mérite bien la dénomination de légitime , parce que l’organisme a réagi au moyen des fonctions vitales communes , c’est-à-dire par une fièvre générale et régulière. La résistance vitale a bien reçu une atteinte directe , mais les synergies n’ont pas été rompues, il n’y pas eu ataxie. Au contraire , la réaction s’est manifestée par des phénomènes simultanés, bien proportionnés, calculables, critiques comme tous ceux qui sont opérés par l’ensemble des fonctions vitales communes de ces fonctions générales par lesquelles tout être organisé vit, persiste dans la vie, se conserve au moyen d’une réaction incessante contre toutes les influences nuisibles. C’est contre celle forme des

MÉDICATION TONiyüE.

affections intermittentes que les Toniques radicaux développent leurs effets les plus constants cl les plus sûrs , parce que la nature s’y écar te moins de ses habitudes , de ses voies normales , et qu’elle n’a besoin pour ainsi dire que d’un léger secours pour y rentrer. Ajoutons qu’ils les développent avec d’autant plus de succès et de promptitude, que les intervalles qui séparent chaque accès sont plus égaux entre eux et laissent plus d’espace entre chaque nouvelle invasion. Effectivement, on supprime plus facilement et plus promptement une fièvre tierce qu’une quotidienne, et une quarte qu’une tierce. 11 semble que , dans la première, le tonique n’ait pas le temps suffisant pour imprimer à l’organisme de la résistance vitale et le prémunir contre l’accès si prochain. Ce désavantage a sa compensation ; car si on supprime plus aisément une fièvre à type quarte qu’à type quotidien , celle-ci une fois bien disparue est infiniment moins sujette à récidiver (pie là fièvre quarte, et on n’est pas obligé (comme on l’a vu à l’article quinquina) de continuer aussi longtemps les doses préventives de l’écorce du Pérou.

Dans la fièvre larvée , la nature prend le masque d’une autre maladie. Elle ne réagit plus par l’ensemble des fonctions vitales communes, mais par quelque fonction ou quelque action organique spéciales , par exemple , une douleur locale , un trouble fonctionnel isolé, etc... Celte anomalie, celle cause qui déclare son existence par des effets prœler rationevi , annonce en général une affection plus tenace , plus réfractaire : la cause est la même , seulement l'organisme y a répondu autrement, anormalement, et il sera plus difficile d’en être maître parce que, indépendamment de la résistance vitale affaiblie qu’il faut fortifier, il' y a une lésion particulière , existant en vertu d’une prédisposition qui peut être très-ancienne et Irèsenracinée , et sur laquelle le Ionique n’aura souvent pas d’action. Tout à l’heure il y avait de l’ordre dans le désordre, une tendance, des efforts salutaires . l’organisme fonctionnait d’une nouvelle manière, et cela était le sijjne et le garant d une maladie simple , docile . d’un équilibre facile à rétablir. Maintenant voilà une bizarre localisation de la réaction organique ; ce n’est pas l’économie entière qui r.e soulève avec des efforts coordonnées ; c’est un nerf qui souffre ; une fonction spéciale qui esL pervertie : il est besoin d’une action thérapeutique plus puissante , plus soutenue.

C’est ce que prouvent les faits. Il faut des doses triples , quadruples de quinquina , une opiniâ-

treté inconcevable dans colle médication, pour triompher d’une fièvre larvée; et. de plus, un emploi prophylactique du même remède très-persévérant.

Quelquefois il arrive qu’a près plusieurs accès de la forme larvée . qui a résisté ou u’a cédéqu'iinp ufailcment au quinquina , l’organisme vient à réagir par une fièvre générale , et ce qui atteste ; la vérité de ce que nous disions plus haut, la maladie obéilalors desnite à des doses très-modérées du spécifique.

On confond très-souvent la fièvre intermittente pernicieuse avec la fièvre interaiiitenie larvée , et cette erreur se commet quand l’accident particulier qui constitue la forme larvée prend une intensité considérable et en apparence menaçante. Il est bon de savoir que la fièvre reste larvée lauL qu’elle se borne à produire un trouble , une lésiom fonctionnels spéciaux , isolés, auxquels ne prennent pas part les forces radicales de l’économie, et tant (pie les synergies générales sont conservées, quelle que soit du reste i’inlensilé effrayante de cet accident local.

La perniciosité existe lorsque, en même temps quese déclarent un ou plusieurs troubles fonctionnels spéciaux , dont Ta concomitance n'est d’ailleurs pas nécessaire , il y a rupture des synergies dans les fonctions vitales communes , propension à l’extinction vitale directe , menace insidieuse de mort.

Ici les Toniques spécifiques, le quinquina jouissent de toute leur merveilleuse efficacité, et circonstance digne de remarque qui confirmu bien hautement les idées que nous avons émises précédemment , l’expérience apprend qu'ils cri jouissent bien plus sûrement quand la résolution des forces radicales atteint davantage les fonction! vitales communes sans lésion fonctionnelle spé{ ciale , comme dans les fièvres pernicieuses algides! ardentes , lipolhymiqties , diaphoniques , etc.... : en un mot, quand il faut seulement , comme dij Bai lliez , imprimer de la résistance vitale aux for ces radicales de l’économie.

La puissance thérapeutique des Toniques spécij tiques varie encore beaucoup suivant la nature d la cause des maladies intermittentes et maligne*

Ainsi , celles qui sont dues aux miasmes des ma rais , i ouïes ciioses étant égales d'ailleurs, cède il bien plus volontiers que celles qui se développe! ; sans cause connue chez des personnes nerveuses!? dans les grandes villes. Ces dernières au*si soi en général bien plus irrégulières dans leurs cW pressions symptomatiques, dans leur type, daifl

TONIQUES RADICAUX OU SPÉCIFIQUES

leur marche , ce qui vient prêter un dernier appui à l’opinion que nous avons présentée il y a un instant.

Mais les Toniques- spécifiques ne sont pas exclusivement indiqués dans les affections intermittentes malignes ou autres.

Tous les états morbides même continus qui offrent les caractères que nous avons .attribué ù la malignité , à l’ataxie , réclament le secours de ces agents thérapeutiques. Malheureusement ils n’ont plus alors une vertu aussi constante, aussi infaillible ; et cela probablemnnt parce qu’on est privé , pour les administrer , du repos de l’organisme, qui est une des conditions de leur action.

Cependant , toutes les fois que les causes de ces maladies continues avec malignité auront affaibli primitivement les forces radicales de l’économie , et qu’elles ne consisteront pas en des matières vénéneuses et septiques venues du dehors ou engendrées par l’organisme ; toutes les fois que ces causes auront agid’emblée sur le système nerveux qui préside à la résistance vitale et aux synergies, les Toniques-spécifiques posséderont encore une énergique efficacité.

Ces états morbides peuvent être primitifs et constituer toute la maladie , comme dans certaines fièvres nerveuses ataxiques développées par des causes morales très- vives , etc. , etc. , dans un organisme profondément débilité. Plus souvent ils compliquent d’autres maladies , comme cela se voit chez les blessés affectés de pourriture d’Iiôpilaî , ou chez ceux qui , dans le cours d’accidents traumatiques , viennent à être affectés par des nouvelles pénibles , ou/qui ayant perdu leurs sens par une blessure qui les en a privés pendant quelque temps , ne les recouvrent que pour se sentir ou mutilés , ou esclaves , ou voués à la honte , quelquefois même au supplice.

Il est bien important de distinguer les états morbides avec malignité produits par ces causes d’avec ceux qui se développent souvent au milieu des mêmes maladies , mais sous l’influence d’autres causes. Tels sont , par exemple , les accidents ataxiques qui compliquent les grandes plaies suppurantes. Ceux-lù sont dus à la résorption du pus et à un véritable empoisonnement. Tels sont encore ceux qu’on voit dans les fièvres typhoïdes et qui constituent la forme dite ataxique de ces graves affections.

A tous les accidents de malignité déterminés par ce genre de causes , on peut appliquer ce que l’un de nous disait de l’emploi des toniques dans ta forme ataxique des fièvres entéro-mésenlériquos

2r PARTIE.

( Journal des connaissances médio. chirurg. , tome ni , page 154 ) : « L’espèce ataxique est de toutes la plus mortelle. La fièvre , réaction légitime et nécessaire une fois qu’a agi la cause typhoïde , la fièvre dans cette forme est remplacée par des symptômes nerveux qui , comme dans les névroses simples , ne cèdent plus à de simples modificateurs du système nerveux ; mais qui entretenus par une cause , le poison dont je parlais plus haut, qu’il n’est pas en notre pouvoir d’éliminer ou de neutraliser , persistent et tuent tant que l’organisme ne rentre pas dans l’ensemble des phénomènes de réaction fébrile qui seuls , selon des lois nécessaires et calculables , peuvent amener la terminaison favorable de la maladie. »

Pourtant il n’est pas impossible de retirer dan3 ces cas quelques avantages de l’action des Toniques-radicaux ; mais on les emploie alors à titre de remèdes fortifiants , cordiaux . etpouraider la digestion et l’élimination des produits morbides , mode d’action qui ne rentre pas dans cette section, et dont nous parlerons dans un instant

Lorsqu’on administre les Toniques-spécifiques dans les affections continues avec malignité qui en réclament réellement l’usage, les forces radicales sont quelquefois dans un tel état de résolution , que l’action de ces médicaments n’est pas toujours assez immédiatement impressionnante, assez subtile, assez stimulante pour se faire sentir et être assimilée. L’organisme est descendu si bas , son incitabililé est si épuisée , qu’un Tonique pourrait ne pas l’impressionner plus qu’un corps inerte. De plus , les moments sont souvent si pressants, qu’on doit craindre que la vie ne s’éteigne avant que l’action thérapeutique du quinquina ait pu se manifester. Dans ces cas, il faut, par un remède pénétrant, immédiatement actif, un diffusible comme le vin, l’éther, etc..., monter les forces vitales ù un degré où elles puissent être sensibles iï l’action plus lenled’un tonique; de même qu'une corde d’instrument a besoin d’être tendue ;ï un certain degré pour vibrer et résonner sous l’archet. Si par ces diffusibles on peut susciter un peu de fièvre , l’imminence prochaine de la mort est conjurée , car on ne meurt pas avec la fièvre ; ce mode de réaction n’entre pas dans les éléments de l’agonie.

L’opinion qui fait consister le mode d’action du quinquina et ses effets anlipériodiques dans une révulsion locale qui détruirait l’irritation morbide en vertu du principe duobus doloribus simul obortis , etc... Celle opinion est trop puérile et trop discréditée , pour que nous nous arrêtions A la

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réfuter. Il suffit pour en faire sentir l’insignifiance de remarquer qu’on guérit très-bien une fièvre intermittente en faisant pénétrer immédiatement le quinquina dans les secondes voies, comme cela se pratique par la méthode endermique qui peut rendre de si grands services dans les fièvres pernicieuses , où l’administration par les premières voies est impossible. D’ailleurs , n’avons-nous pas dit qu’on se prémunissait contre les fièvres intermittentes endémiques d’un pays qu’on habite, en prenant de temps en temps du quinquina? Est-ce que dans ce cas la révulsion habituelle qu’on entretient par ce tonique ne permettrait pas à une affection de s’établir? S’il en est ainsi, qu’on prenne des purgatifs, qu’on s’applique un vésicatoire, et si de cette manière on se préserve de la fièvre, comme on le fait par le quinquina , nous proclamerons vraie une théorie que jusqu’ici nous qualifions d’absurde.

Il nous reste , pour terminer ce chapitre , à parler des toniques en tant que stomachiques et que fortifiants généraux dans le traitement des affections autres que celles que nous avons étudiées jusqu’ici sous le rapport des indications thérapeutiques qu’avait à remplir à leur égard la médication tonique.

Celte médication était autrefois en bien plus grand honneur que maintenant, surtout dans les maladies chroniques , sur la fin et pendant la convalescence des maladies aiguës, enfin dans tout le cours de certaines espèces de ces maladies.

Il est juste de dire que si la doctrine physiologique a été trop exclusive dans les proscriptions qu’elle a lancées contre l’usage des toniques en général , elle a rendu un service signalé à l’art de guérir.en s’élevant avec force et succès contre l’abus qu’on faisait autrefois de ces médicaments.

Des adeptes inintelligents et forcenés ont souvent fait retomber sur leur illustre chef des accusations dont ses écrits doivent le disculper.

On ne saurait rien dire de plus sage et de plus juste que ce qu’il a établi sur les indications des stomachiques dans les propositions de thérapeutique de l’Examen des doctrines. Nous nous estimerons heureux si , en reproduisant ici ces principes, au lieu d’exprimer les mêmes choses autrement et pour notre propre compte, nous pouvons venger ce grand médecin des erreurs qui ont été commises et professées en son nom.

« L’indication de solliciter l’estomac par les toniques ne se tire ni de la faiblesse , ni de la maigreur , mais plutôt de la pâleur et de la largeur de la langue , ainsi que du sentiment de

langueur et de la lenteur de la digestion , lorsqu’on a fait usage des aliments peu stimulants. Elle peut aussi résulter des douleurs de l’estomac, des rôts , des borborygmes et des coliques qui accompagnent ces sortes de digestions , lorsque ces accidents disparaissent avec des aliments d’une propriété plus irritante. » ( Prop . 445.)

u La débilité générale sans phlegmasie n’exige que les bons aliments et une dose modérée de vin, si la digestion s’exécute. Si elle se fait avec peine, les amers sont nécessaires. » {Prop. 446.)

« Lorsque la gastro-entérite la plus violente se prolonge jusqu’à un certain point, la débilité fournit des indications qu’il faut remplir avec des matériaux alibiles , pour prévenir la mort per inediam ; car il arrive une époque où la disgeslion est possible, malgré la persistance de l’inflammation , sans produire l’exaspération de celle-ci. * {Prop. 441.)

Les cas indiqués dans ces excellentes propositions sont loin d’être les seuls où les toniques amers peuvent et doivent être employés comme stomachiques ; et nous nous ferions un devoir de signaler tous les états morbides qui en réclament l’emploi , si nous ne nous étions suffisamment acquittés de cette tâche dans notre première partie quand il a été question des ombellifères aromatiques et des labiées. On trouvera tous ces développements, qui s’appliquent très bien aux amers , depuis la page 121 jusqu’à la page 125, ainsi qu’aux pages 150 , 155 , 154 , 155 , 157 et 159 de notre première partie.

Les toniques sont utiles en outre à titre de fortifiants généraux dans une foule de maladies aiguës ou chroniques où il importe de soutenir les forces.

On trouve encore dans l’Examen des doctrines plusieurs propositions de M. le professeur Broussais , où quelques-unes de ces indications sont bien formulées.

« Les hydropisies qui proviennent de la mauvaise assimilation disparaissent par les toniques , l’air sec , chaud , lumineux , les bons aliments et les remèdes du scorbut, si celte maladie coexiste.» {Propos. 595.)

«Les hydropisies qui sont dues à la disette, aux hémorrhagies et aux autres causes d’épuise-i ment se guérissent par les toniques , les bon® alimenis, le vin, l’alcool et les diurétiques actifs, lorsqu’il n’existe point de désorganisation dan^ i les viscères ; mais il faut beaucoup de soins pourç graduer la restauration. » {Propos. 596.)

« Quelle que soit la débilité qui accompagne#

toniques radicaux ou spécifiques.

. • no mut v si-ccs sives exifte des a hmenls gélatineux, albumiles irritations (nous restreignons ici ce mot a si «-s sues exige ue

' . neuv et féculents.

gnifier un degré quelconque d’inflammation aigué ou chronique ; car , en lui accordant la latitude vicieuse qu’il a dans le langage de M. Broussais, nous serions loin de sanctionnei celte proposition), celles-ci fournissent seules les indications , tant qu’elles sont assez violentes pour s’exaspérer par l’ingestion des matériaux alibiles et des médicaments stimulants. Aussitôt que le contraire a lieu la débilité fournit des indications qui se combinent avec celles qui dépendent de l’irritation ; enfin , lorsque celle-ci a cessé , la débilité devient la maladie principale ; mais 1 irritabilité des organes exige de grands ménagements dans l’emploi’ des stimulants. » ( Propos . 428.)

« Les convulsions et les douleurs, quel que soit le nom qu’on leur donne , laissent à leur suite une débilité qui fournit quelquefois seule les indications. . . » • 55

(Propos. 429.)

a L’accouchement est quelquefois suivi d’une débilité qui s’augmente progressivement jusqu’à la mort et qui fournit seule les indications, quoiqu’elle soit un produit de l’irritation. » ( Propos . 436.)

» La débilité avec phlegmasie située ailleurs que dans le canal digestif exige des aliments légers et qui laissent peu de résidu , si la phlegmasie est aigue, mais elle proscrit les stimulants dont l’irritation se répéterait dans l’organe enflammé,- si la phlegmasie est chronique, cette débilité exige des aliments substantiels, mais toujours de facile digestion. Quant aux toniques,' ils n’y conviennent qu’à doses légères et momentanément. n (Propos. 447.)

« La débilité avec un catarrhe qui épuise par une expectoration trop copieuse et sans fièvre demande des aliments substantiels et de facile digestion, avec l’emploi des toniques-astringents à doses très-ménagées. Tels sont le quinquina, le

lichen et l’acétate de "plomb »

(Propos. 7 448.)

« La débilité avec colite aiguë n’exige que le traitement indiqué pour celte maladie ; mais dans le cas de chronicité , elle nécessite des fécules dépouillées de tout ce qui peut laisser du résidu dans le colon et l’usage modéré du vin rouge , pour retenir les aliments dans Pesloinac , car l’irritation du colon les appelle vers cet intestin avant leur assimilation , et ils y font l’office de purgatifs. «(Propos. 450.)

« La débilité produite par les hémorrhagies ex-

neux et féculents, avec un peu de vin rouge, quelques astringents et des toniques fixes ; mais elle repousse les aliments de haut goût. Les stimulants diffusibles ne conviennent qu’immédiatement après les grandes hémorrhagies. «(Propos., 441 .)

Les fièvres entéro-mésentériques revêtent quelquefois une forme qu’on appelle adynamique et dans laquelle l’emploi des toniques est parfaitement indiqué. Mais pour en retirer du fruit, il faut avoir bien reconnu les véritables caractères de l’adynamie. Nous nous livrerions volontiers à cette élude, s’il ne nous devenait nécessaire de reproduire ici dans toute son étendue un assez long travail de l’un de nous, inséré dans Ie*lome troisième du Journal des Conn.-Mêdic ,-Chir. , page 149. Nous ne pourrions que nous répéter, et nous y renvoyons.

L’indication des Toniques ne se présente nulle part plus fréquemment et plus impérieusement que dans les maladies des vieillards. Nous ne pensons pas, comme nous l’avons déjà dit dans cette partie , que les phlegmasies des vieillards doivent être traités sans moyens antiphlogistiques et toujours avec des toniques, mais nous croyons utile de combiner alors ces deux sortes de médications. On peut lire un très-bon Mémoire de M. le Docteur Guislain, dans la Gazette Médicale du 5 avril 1836, sur le traitement des maladies mentales par les toniques.

Une classe d’affections dans laquelle les toniques rendent d’éminents services est la classe des affections scrophuleuses; on peut même dire que les aliments analeptiques, les toniques gymnastiques, les bains de mer, l’usage dessubslances amères en petite quantité et par intervalles, sont les plus puissants eL peut-être les seuls agents réellement curatifs des scrophules.

Les toniques étaient autrefois beaucoup employés sous le titre d’alexipharmaques, c’est-àdire, de chasse-poison , de dépuraleurs. II est certain qu’il est souventbon d’aider par des agents fortifiants l’économie à se débarrasser des matières nuisibles qui la surchargent et l’offensent ; maisc’est une chose difficile que de bien comprendre ce genre d’indications. Quelques anciens avaient le tort de croire à une action neutralisante directe des alexipharmaques , tandis que ce n’est qu’en donnant des forces à l’économie pour digérer et éliminer les produits morbides qu’agissent alors les toniques et les stimulants.

« Lu médecine , dit M. le professeur Broussais (Ex. des doct. mèd., tome iv , p. 561) , n’est pas

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MÉDICATION TONIQUE

une manipulation chimique; les réactifs exercent bien quelque action sur les substances étrangères, lorsqu’elles ne sont que clans les voies digestives , encore faut-il tenir compte de la vitalilé de leurs parois : mais dans les secondes voies , dans celles de l'absorption , de la circulation , de la sécrétion, et dans la trame intime où s’opère la nutrition , l'œil du chimiste ne voit rien , la main du manipulateur ne dirige rien ; c’est d’après d’autres données que celles tirées de la chimie brute qu’il faut opérer : ce sont les lois vitales , constituant la providence intérieure de l’organe, qui opèrent les transformations, les départs , les éliminations , les dépurations , et , le plus souvent , il ne faut que modérer ou ranimer l’excitation à propos, pour qu’elles réussissent dans ce travail. »

C’est de celle manière qu’il faut considérer l’avantage des toniques dans les affections gangréneuses. L’organisme aidé par eux élimine une portion de membre gangrénée , par le même mécanisme que des matières putrides circulant avec le sang.

La thérapeutique possédait autrefois dans ces cas un moyen bien exalté et tout à fait discrédité de nos jours , la thériaque. Sydenham appréciait beaucoup ce monstrueux élecluaire , et il servait aux anciens médecins dans un nombre infini de circonstances. Il l’employait dans les maladies nerveuses. Voici ce qu’il en dit : Theriaca Andromaca vel sola, si crebrà diùque usurpetur , magnum est in hoc malo ( liysteria ) remedium. Nequevero in hoc solo , sed in aliis quàmplurimis à caloris et concoctionis sivi digestionis defectu ortis omnium forte potentissimum quœ hactenùs nobis innoluere, ut àplerisque fasiidiatur , quàd et pervulgata sit et à tôt sœculis jàm cognita.'

Comme c’est bien ici le lieu de parler de cette composition, et que notre expérience personnelle ne nous a pas suffisamment instruits sur la valeur dé ses propriétés, nous croyons devoir finir, en citant le remarquable morceau que Bordeu a écrit sur la thériaque dans ses recherches sur l’histoire de la médecine ( OEuvres de Bordeu , t. ii , p. 564).

« Andromaque, médecin de Néron, fit un assemblage énorme de toutes sortes de drogues. On ne sait quel génie le conduisit dans cette composition. Ce ne fut pas la méthode , qu’il devait connaître assez pour sentir et craindre le ridicule des mélanges qu’il faisait, mais qu’il ne connaissait pourtant pas assez pour le détourner de son entreprise; il combina toutes les formules des

empiriques : il fit un composé monstrueux qui dure encore, cl qui durera toujours; qui toujours sera l’écueil de tous les raisonnements, de tous les systèmes, et qu’on ne bannira jamais : elle est, pour ainsi dire, suivant le cœur, suivant l’instinct ou suivant le goût de tous les hommes.

Il me semble (pie la thériaque, qui tient essentiellement des liqueurs spirilueuses, elqui ne peut être suppléée en partie que par le vin et ses préparations, contient éminemment toutes les vertus nécessaires dans les incommodités et dans beaucoup d’accidents des maladies : elle console la nature, elle la remet dans tous les cas de langueur, de faiblesse , de tristesse ; elle réveille les fonc- • lions de l’estomac, toujours en faute dans les maladies : elle excite dans les corps un tumulte d’ivresse nécessaire pour vaincre les dérangements de ce viscère important, qui est , à tant d’égards , un des centres de la vie , de la santé , et de l’exercice de toutes les fonctions. Elle réussit dans mille cas qui semblent opposés , parce qu’elle- a mille côtés favorables à la santé; elle réunit , pour ainsi dire , tous les goûts possibles de tous les estomacs.

» J’en suis fâché pour la théorie et pour les médecins de toute autre secte que celle des empiriques. Ils l’attaqueront tant qu’ils voudront : ils prouveront que cette composition n’a pas le sens commun , suivant les règles de la bonne pharmacie ; mais le langage deTous les siècles est plus fort que les plus belles dissertations. Andromaque fit un chef-d’œuvre nécessaire à l’espèce humaine, et non moins utile aux animaux, lorsqu’il imagina ou qu’il ramassa les matériaux de la thériaque.

» Ce médecin serait bafoué parmi nous, s’il voulait répondre à toutes les objections de théorie I qu’on pourrait faire à sa composition : il ne serait pas reçu bachelier dans nos écoles ; mais son re- t mède est en vogue partout. J’ai vu pendant plusieurs années donner chaque soir un bol de thériaque â tous les malades de l’hôpital de Montpellier, tandis que les écoles de celte métropole de la médecine retentissaient d’invectives]j contre cette composition.

» J’ai vu donner de la thériaque , et même à très-forte dose, dans toutes les incommodités . ; dans tous les ménages, par toutes les vieilles gens i d’expérience , et j’ai vu réussir celte manœuvre j dans beaucoup d’occasions, où je n’aurais su quel parti prendre en suivant les indications puisées dans le principe de la théorie. Quelle vogue n’ont pas prise de nos jours , au milieu de Paris , des

TONIQUES RADICAUX OU SPÉCIFIQUES

formules qui n’étaient que des diminutifs de la thériaque ou des cordiaux plus ou moins actifs ! Combien d’efforts ceux-mêmes qui décriaient ces formules n’ont-ils pas faits pour les imiter !

® Je connais un médecin qui prétend prouver un jour qu’on a plus employé , pendant ces dix dernières années, de drogues chaudes dans Paris, qu’on n’en avait employé pendant les trente précédentes; cet emploi s’est fait par ceux-mêmes qui décriaient ceux qui ont remis en vogue l’usage que nos grands - pères faisaient des remèdes chauds; c’est-à-dire de la thériaque, du vin et des résines qu’on y dissolvait.

» Tous les volumineux éloges de l’eau pure, le grand nombre de guérisons qu’on lui a attribuées, l’usage immodéré qu’on en a fait , n’ont pu détourner l’instinct des hommes incommodés et malades de la pente qu’il a pour les cordiaux et pour les drogues actives qui raniment la vie , qui aident 5 en supporter le fardeau. Si les malades

se sont accoutumés à craindre les remèdes échauffants et à courir après ce qui rafraîchit ; si l’histoire de la circulation et les scholarités de l'inflammation ont appris à connaître le feu et la gangrène , et les engorgements , et la suppuration , et les petits vaisseaux , ce n’est , il faut en convenir , que du préjugé seul que partent ces craintes. 11 faut , le plus souvent , des remèdes qui aident à vivre, qui donnent des forces, qui remuent les passions nécessaires dans les divers états où les hommes se trouvent.

» C’est à la médecine à trouver ces remèdes. L’eau qui rafraîchit, la diète qui affaiblit, sont sous la main de tout le monde. La thériaque et ses diminutifs , le vin et ses diverses combinaisons réveillent l’activité et soutiennent la vie au lieu de l’affaiblir. Il est pourtant vrai qu’il y a quelques occasions où les vrais cordiaux sont des aqueux ou relâchants. Telles sont, par exemple, les maladies aigues. »

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