VIOLETTE
La Violette, Viola , est une plante de la famille des cystées. Trois espèces sont employées en médecine : la Violette odorante, Viola odorata; la Violette sauvage, Viola canina; la Pensée, Viola tricolor.
La ViolePo odorante est trop connue pour que nous en voulions faire la description : elle est très-commune dans les bois, dans les prairies, dans les jardins. La fleur, que Ton range parmi les espèces pectorales, est peut-être légèrement excitante, et en même temps elle est un peu laxative, quand on en donne une forte infusion. Cette infusion est une tisane agréable et surtout fort usitée. Ces fleurs servent encore à préparer un sirop avec lequel on édulcore les potions pectorales. Ce sirop sert aussi de réactif en chimie.
Les fleurs de la Violette sauvage ( Viola canina) sont tout à fait inodores, participent aux propriétés laxatives de celles de la Violette odorante ; mais elles ne sont jamais employées en médecine.
Quant aux racines de ces deux espèces de Violettes, elles jouissent de propriétés identiques, aussi nous contenterons-nous de parler de la Violette odorante.
Les racines de la Violette odorante ressemblent singulièrement à celles de l’ipécacuanha , et cette ressemblance physique s’étend jusqu’aux propriétés intimes.
Les expériences de Bretonneau ont démontré que la poudre de racine de Violette, appliquée lopiquement sur la peau dénudée et sur les membranes muqueuses , donnait lieu exactement aux mêmes accidents que la poudre d’ipécacuanha et de polygala.
Déjà Linnée avait indiqué ces racines comme succédanées de l’ipécacuanha ; mais les expériences de Coste et Willemet ( Matière méd. indig.,\i. 0) démontrèrent que la poudre de racine de Violette à la dose d’un demi-gros avait donné lieu à un vomissement et à trois déjections alvinesj que de deux scrupules à un gros on obtenait jusqu’à six vomissements.
Ils pensèrent donc que la racine de Violette pouvait être avantageusement conseillée comme
émétique succédané de l’ipécacuanha ;|el même ils lui reconnurent aussi des propriétés antidyssentériques , point de ressemblance de plus avec la racine du Brésil.
Il est bien probable que les idées de Coste et Willemet sont fondées j car une analyse chimique récente a démontré dans la racine de Violette un alcaloïde analogue à l’émétine que Boulay propose de nommer émétine indigène. ( Mèm . de l’académie roy. de méd., t. Ier, p. 417. )
Les racines de la Pensée (Viola tricolor) , Pensée sauvagé, jncée , jouissent de propriétés vomitives analogues à celles de la Violette odorante. L’infusion de la plante tout entière, au dire de Bergius (Mat. méd., p. 709) , purge et fait quelquefois vomir : l’herbe sèche est un purgatif très-doux pour les enfants ; on la donne alors en décoction à la dose d’une demi-once pour une livre d’eau.
Nous ne savons si des propriétés que nous venons d’indiquer ici dérivent celles qui ont été attribuées à celle plante depuis plusieurs siècles, la Pensée sauvage passe , en effet, pour un des plus puissants dépuratifs que possède la matière médicale.
On peut lire dans Malthiole (Comm. in Dioscorid., p. 822) , dans Fush (Hist. stirp., p. 804), dans Bauhin (Hist. plant., I. ni, p. 547) , ce que ces auteurs racontent de l’efficacité des feuilles et des tiges de Pensée sauvage dans le traitement des maladies cutanées chroniques.
Toutefois cette plante semblait oubliée, lorsque Strack (De crustâ infantum ejusque remedio, Francf. ad iniad., 1779) reprit une série d’expériences sur celte plante, et démontra qu’elle avait une efficacité remarquable dans les affections de la peau : il la prescrivait surtout dans les affections dites laiteuses des enfants , que l’on comprend , dans le langage vulgaire , sous la dénomination générique de gourme , et qui sont tantôt un impétigo, tantôt un eczema, plus rarement un lichen, tantôt enfin un véritable favus.
On peut lire dans Murray (App. med., t. icr, p. 789) la nombreuse liste des médecins qui ont eu à se louer de l’emploi de la Pensée sauvage dans le traitement de la croûte laiteuse des enfants. Les exemples ne manquent pas non plus qui prouvent l’action curative de cette plante dans le traitement des affections diverses du cuir chevelu des enfants el des adolescents.
Une observation qui a été faite par la plupart des auteurs qui ont écrit sur ce point important
ÉVACUANTS
de thérapeutique, c’est que la maladie cutanée prend un accroissement notable au début du traitement; on remarque encore que l’urine acquiert chez beaucoup de malades une fétidité extrême, soit que la crise s’opère par les voies urinaires , soit que la Pensée donne à l’urine une odeur fétide, comme nous voyons la térébenthine communiquer à celte sécrétion l’odeur de la Violette.
Haase ( Dissert, de Viola tricolor., Erlang., 1782) , qui a parlé avec un enthousiasme peutêtre un peu irréfléchi de la Pensée sauvage, et qui lui rend un témoignage si solennel pour le traitement des diversés maladies dont nous venons de parler, la regarde encore comme le meilleur moyen à opposer aux dartres en général, c’est-à-dire à toute cette cohorte de maladies de la peau auxquelles les dermatologistes modernes ont imposé des dénominations si diverses.
Mais à côté de ces admirateurs de la Pensée sauvage, il se trouve quelques médecins qui ne lui reconnaissent que peu de propriétés curatives, d’autres même qui les lui refusent entièrement, soit que réellement il y ait eu beaucoup d’exagération dans les dires des uns, soit que les autres n’aient pas expérimenté avec tout le soin et la patience désirables.
Toutefois Murray ( App . med., t. Ier, p. 792) apporte dans la balance son imposante autorité, et déclare avoir lui-même constaté l’utilité de la Pensée sauvage dans les circonstances indiquées par les auteurs que nous venons de citer.
Cependant on a encore étendu l’emploi de ce remède au rhumatisme chronique, à la vérole constitutionnelle, enfin à toutes les maladies organiques où l’usage des dépuratifs est indiqué. (Murray, loc. cit., p. 795.)
Préparation ; mode d'administration et doses. Starck faisait prendre aux enfants la Pensée sauvage bouillie dans du lait ; il n’a pas dit à quelle dose. Wendt conseillait une poignée d’herbe pour deux livres de lait. Murray {loc. cit.) prescrit pour un enfant d’un an deux gros pour six onces d’eau que l’on fait réduire considérablement par l’ébullition; puis on ajoute dans du lait, que l’on fait encore bouillir, la quantité que l’enfant devra boire dans la journée. On fait des bouillies, des potages avec cette décoction laiteuse. On fait aussi des apozèmes avec une once de Pensée sèche ou une poignée de Pensée fraîche pour deux livres d’eau que l’on fait réduire à huit onces. Pour aromatiser
celle décoction, on la jette encore bouillante sur des semences d’anis, de coriandre ou de fenouil. On peut donner encore la poudre à la dose de deux à quatre gros par jour, mêlés à du miel; l’extrait à la dose d’un, deux et même quatre gros : enfin le suc de la plante fraîche se prescrit à la dose de 4, 6, 8 onces par jour.
ASARUM.
Asarum, Asari radis, folia; Asarum europœum ; Cabaret, Oreille d'homme , plante de la famille naturelle des aristoloches.
La racine et les feuilles du Cabaret ont des propriétés irritantes fort énergiques; mises en contact avec la peau privée de son épiderme ou avec une membrane muqueuse, elles causent une inflammation locale très-vive, exactement de même que le polygala, l’ipécacuanha et la violette. Aussi, comme les poudres de ces trois dernières plantes, fait-il un excellent sternulatoire et est-il employé souvent dans ce but.
Avant la découverte de l’émétique et de l’ipécacuanha, la poudre de Cabaret était le vomitif le plus vulgairement employé. Linnée a constaté que des feuilles d’Asarum réduites en poudre très-fine avaient des propriétés vomitives plus énergiques que l’ipécacuanha ; ce qui a été confirmé par Loiseleur Deslongchamps.
Comme on le suppose aisément, l’Asarum purge en même temps qu’il fait vomir.
On ne trouve dans les auteurs de matière médicale rien de spécial sur les propriétés de l’Asarum, si ce n’est qu’il a souvent été employé dans un but coupable comme abortif.
Les feuilles et la racine de Cabaret servent à composer une poudre sternutatoire, qui excite très-violemment la membrane muqueuse olfactive, et qui a été employée contre des céphalées opiniâtres et pour rappeler vers les narines un flux habituel dont la disparition coïncidait avec le développement d’une maladie nouvelle. On l’a même employé comme topique irritant du conduit auditif externe, pour guérir la surdité.
Pomme vomitif, la poudre des feuilles se donne à la dose de douze à vingt-quatre grains. En infusion, on prescrit l’Asarum à la dose d’un gros dans demi-livre d’eau : cette infusion fait vomir et purge.