IPÉCACUANHA
Ipèccicuanha, Radix Ipecacuanhœ, Radix brasiliensis. La plante qui fournit l’Ipécacuanha est le Cephaelis Ipecacuanha, de la famille des rubiacées , qui croît au Brésil.
La racine de Plpécacuanha n’a commencé à être connue qu’au milieu du XVIIe siècle : ce fut Pison qui l’introduisit dans la thérapeutique, et qui parla de ses propriétés antidyssentériques, déjà bien constatées au Brésil. Mais c’est à peine si les médecins firent attention à ce qu’avait écrit Pison , qui se recommandait à la considération des savants, plutôt par des connaissances botaniques que par son expérience médicale. En vain un médecin nommé Legras , qui avait fait trois fois le voyage d’Amérique , rapporta-t-il en France de Plpécacuanha et en fit-il vendre publiquement; le nouveau remède ne devait trouver de crédit que par le charlatanisme. En effet, en 1080 , à l’époque à peu près
où le fameux remède de Talbot , le quinquina , avait valu à son inventeur les faveurs du roi de France et une fortune considérable , un marchand français nommé Grenier , séduit sans doute par l’exemple , rapporta du Brésil 150 livres de racine d’Ipécacuanha , et ne sachant comment en tirer parti et comment donner crédit à son remède , il s’associa un médecin hollandais qui exerçait à Paris , Adrien Helvétius , à qui il fit connaître les vertus anlidyssentériques de Plpécacuanha. Helvétius expérimenta d’abord sur des hommes obscurs; puis sur des gens d’une condition élevée , puis enfin sur le Dauphin luimême qu’il guérit d’un flux de sang ; et il obtint alors de Louis XIV l’autorisation de faire à PHôtel-Dieu de Paris des expériences publiques sur les vertus anlidyssentériques de son arcane. Ces expériences ayant réussi , il obtint du roi le privilège exclusif de débiter son remède , et il reçut en outre une récompense de mille louis. Cependant Helvétius . en associé peu scrupuleux, gardait pour lui honneurs et profits ; Grenier alors voulut revendiquer sa pari: de là un
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procès en parlement que ce dernier perdit. Indigné de la mauvaise foi d’Helvétius , Grenier divulgua le secret , et désormais l’ipécacuanha fut du domaine public.
Avant d’étudier les propriétés thérapeutiques de PIpécacuanha, il est bon de nous arrêter un instant sur ses effets, indépendamment de toute maladie.
Les expériences les plus curieuses qui aient été faites sur les effets physiologiques de l’Ipécacuanha sont dues à Bretonneau ( de Tours ). Ce praticien constata en effet que la poudre d’Ipécacuanha mise en contact avec la peau dépouillée de son épiderme suscitait une inflammation locale des plus énergiques, qu’une petite pincée de cette poudre insufflée dans l’œil d’un chien donnait lieu à une phlegmasie oculaire tellement intense que la cornée était quelquefois perforée. Il démontra donc que l’Ipécacuanha était un agent d’irritation locale , et il pensa que ses- propriétés vomitives et purgatives devaient être attribuées à l’inflammation qu’il déterminait sur la membrane muqueuse gastro-intestinale.
Donné à l’intérieur et mis en contact soit avec l’estomac soit avec le rectum , il cause une inflammation locale que l’autopsie démontre , inflammation beaucoup plus intense qu’on ne pourrait le supposer, en ayant égard à l’apparente innocuité du remède.
Les expériences de Bretonneau n’infirment en rien les résultats thérapeutiques de nos devanciers ; elles les expliquent d’une manière plus satisfaisante ; et nous verrons en effet qu’il est très-facile de concilier l’action irritante locale de l’Ipécacuanha et son action curative dans la gastrite et la dyssenterie,
L’ipécacuanha ingéré dans l’estomac détermine des vomissements, et cet effet est tellement constant que cette substance est placée parmi les vomitifs à côté du tartre stibié.
L’effet vomitif de l’Ipécacuanha est moins rapide que celui que l’on obtient par les préparations antimoniales ; mais il dure plus longtemps. Il est également moins sûr, parce que la poudre qui ne peut être dissoute est quelquefois entièrement rejetée par le premier vomissement, et par conséquent n’a plus d’action. Les doses à l’aide desquelles on obtient le vomissement sont extrêmement variables : tel vomit avec deux grains et même avec une quantité beaucoup moindre , tel autre vomit à peine avec 24 ou 56 grains. Le moyen le plus sûr pour obtenir des effets vomitifs, c’est de donner PIpécacuanha trèsfinement pulvérisé, délayé dans une assez grande
quantité d’eau chaude; mais il faut le faire prendre à petites doses, répétées souvent : ainsi un scrupule sera divisé en six prises que le malade avalera délayées dans de l’eau toutes les dix minutes. Les avantages de ce mode d’administration sont bien évidents. Si la première dose provoque un vomissement , on donne immédiatement la seconde; si sous l’influence de celle-ci les vomissements sont suffisamment abondants, on cesse PIpécacuanha ; dans le cas contraire , on passe à la troisième, à la quatrième et ainsi de suite. Si au contraire on donne en une fois toute la quantité d’Ipécacuanha que l’on doit administrer, la poudre émétique peut être rejetée dès le premier vomissement, et tout s’arrête. Le mode d’administration est donc ici d’une grande importance : quant aux doses, elles doivent toujours être plutôt trop fortes que trop faibles, et il n’y a aucun inconvénient à les donner plus considérables qu’il n’est strictement nécessaire pour arriver à l’effet vomitif ; la raison en est que les vomissements entraînent au dehors la plus grande partie de la poudre ingérée. Aussi chez les enfants à la mamelle n’hésitons-nous jamais à prescrire 6 grains d’ïpécacuauha en 4 prises à dix minutes d’intervalle; 12 grains chez les enfants de 2 à 12 ans; 20 grains de 12 à 18 ans; de 24 à 56 grains chez les adultes.
II arrive, quoique assez rarement, que la poudre d’Ipécacuanha soit conservée dans l’estomac et ne détermine aucun vomissement ; dans ce cas elle purge ordinairement : cet effet purgatif est même obtenu à peu près dans la moitié des cas chez les personnes qui ont suffisamment vomi sous l’influence du médicament; mais il ne se prolonge pas au delà de quelques heures , et il s’accompagne rarement de fortes coliques.
Lorsque l’on fait prendre l’Jpécacuanha à doses très-minimes, un quart de grain par exemple toutes les demi-heures, toutes les heures, toutes les deux heures, on jette le patient dans un état de malaise indéfinissable, avec mal de cœur, tendance à la lipothymie, sueursgénérales,etc.,etc. Cet état , que le médecin cherche quelquefois à obtenir, a, sur certaines maladies , une influence puissante que nous tâcherons d’analyser dans l’article général sur la médication évacuante.
Action thérapeutique de V Jpécacuanha. — Pison , qui le premier a fait connaître l’ipécacuanha , l’appelle sacrant anchoram, quâ nullum prestantius ac tutius, in plerisque alvi fluxihus , cuvn vel sine sanguine , compescendis , natura excogitârit remedium.
1PÉCACUANHA.
Celte réputation dans le traitement delà dyssenterie et des flux de ventre était telle que celte racine avait pris la dénomination de racine antidrssentèrique. Cette propriété de l’ipécacuanlia a été admise presque sans contestation jusqu’à la fin du siècle dernier. Presque tous les praticiens les plus graves l’ont reconnue et proclamée dans leurs écrits. Administré à temps, c’est-à-dire dans les premiers jours de la maladie quand les évacuations sont encore ensanglantées et que rien n’indique la gangrène de la membrane muqueuse, ce vomitif calme les coliques, diminue le nombre des déjections et l’abondance de l’exhalation sanguine. On revient au même moyen deux et trois fois, en laissant douze , vingt-quatre, quarante huit heures d’intervalle, suivant l’effet que l’on a obtenu par la première administration du remède. Enfin il ne faut pas craindre de donner l’Ipécacuanha après huit, quatorze jours et même davantage , si les accidents dyssenlériques n’ont pas eu une grande gravité et que cependant la santé générale et surtout les fonctions digestives restent profondément troublées.
L’effet de l’Ipécacuanha dans la dyssenterieest d’autant plus certain qu’il a donné lieu à desgarderobes. Quand au contraire ce médicament ne purge pas, il a moins d’action, et même Cullen nie que, dans ce cas, il en ait aucune,- aussi penset-il qu’il agit ici comme laxatif. ( First Unes of the practice of physic} vol. ni, pag. 115.)
Le mode d’administration de l’Ipécacuanha dans la dyssenterie doit être étudié avec soin, et si les praticiens qui de nos jours voudront employer ce médicament concluaient à son inefficacité ou à son danger sans avoir suivi la méthode indiquée par leurs devanciers , ce serait eux qu’il faudrait accuser et non pas l’Ipécacuanha.
Pison (Voyez Cullen, Mat. tnêd., tom. ir, pag. 477 ) voulait que l’on donnât deux gros de racine d’Ipécacuanha infusés ou bouillis dans quatre onces d’eau ; il répétait la dose, si besoin était. Ce médecin semblait compter plus spécialement sur l’action purgative du médicament, et cependant il regarde comme utile qu’il provoque en même temps le vomissement. Degner ( Dysent. bilios., pag. 131 ) donnait aux adultes un demi-gros ou deux scrupules de poudre d’Ipécacuanha. Pringle (Dis. of the army) en donnait un scrupule, et ajoutait pour les malades vigoureux un grain ou deux de tartre slibié : que si les coliques étaient très-violentes , il donnait cinq grains de cette même poudre toutes les heures , jusqu’à ce que la diarrhée survînt. Hil-
lary ( Air and diseases of Barbados) donnait trois grains de trois en trois heures , jusqu’à ce qu’il eût déterminé un effet purgatif. La méthode de Cleghorn (Discas. o( Minorca) ne diffère presque pas de celle de Hillary.
Dans la diarrhée simple qui se lie à un état saburral de l’estomac , et à l’article général sur la Médication évacuante nous nous expliquerons sur ce que nous entendons par là , l’Ipécacuanha fait cesser les accidents presque immédiatement. Dans ce cas on le donne à dose vomitive , 24 grains en quatre prises , en laissant dix minutes d’intervalle entre chaque prise.
Mais dans la diarrhée chronique, lorsque l’on n’a pas lieu de supposer qu’elle soit sous la dépendance de la phthisie tuberculeuse ou d’ulcérations simples de la membrane muqueuse, l’Ipécacuanha se donne à petites doses , un grain ou deux de deux heures en deux heures, dans un véhicule convenable , de manière à ne provoquer ni vomissements , ni évacuations alvines.
L’influence de l’Ipécacuanha sur l’appareil respiratoire est fort remarquable. Nous avons connu à Tours un pharmacien nommé Ducoudray qui était pris d’un accès d’asthme, toutes les fois qu’on ouvrait dans sa boutique le flacon renfermant ITpécacuanha en poudre. On trouve dans les Transactions philosophiques abrégées (tom. ii, p. 69) la relation d’un fait absolument semblable. Les lois pathologiques que nous avons établies en traitant de la médication substitutive (2e, partie, p. 10) expliquent jusqu’à un certain point les bons effets de ITpécacuanha dans l’asthme nerveux et dans l’asthme humide; mais, quelle que soit l’explication , il faut admettre le fait. Or l’expérience démontre que , dans les catarrhes chroniques accompagnés de symptômes nerveux , ITpécacuanha , donné à doses très-faibles et très-souvent répétées , favorise l’expectoration et diminue l’oppression; dans l’asthme sec nerveux on fait cesser quelquefois immédiatement l’accès en faisant vomir avec 24 ou 36 grains d’Ipécacuanha. Dans la dyspnée habituelle , celle même qui est liée à un emphysème pulmonaire ou à une maladie du cœur peu avancée , l’usage habituel des pastilles d’Ipécacuanha donne du soulagement , sans qu’il soit possible de l’expliquer par la révulsion sécrétoire exercée sur la membrane muqueuse gastro-intestinale , attendu qu’administré de celte manière ITpécacuanha constipe plutôt qu’il ne dévoie.
C est avec le même avantage qu’on donne celle substance dans le cours de la coqueluche.
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Pendant le premier mois de cette maladie , il est bon de faire vomir les enfants tous les deux jours avec quatre à cinq grains d’Ipécacuanha pris en une dose ; et plus tard , de petites doses seront utiles. Sans doute par ce moyen on ne fait pas qu’une coqueluche dure quinze jours au lieu de deux mois et demi ou trois mois ; mais on fait que les quintes sont rendues moins fréquentes et moins longues, que le poumon s’enflamme rarement , et que l’appétit des enfants se soutient et permet d’alimenter les petits malades , ce qui, suivant nous , est d’une extrême importance.
Parmi les maladies pour lesquelles on administre Plpécacuanha, nous avons signalé en première ligne la dyssenterie. Pour cette redoutable affection , la racine du Brésil mérite véritablement le nom de spécifique ; mais il est un autre état de l’économie dans lequel Plpécacuanha n’est pas moins héroïque ; nous voulons parler de Y état puerpéral , ou plutôt des maladies qui compliquent l’état puerpéral.
Dans un pays comme le nôtre , où l’anatomie pathologique a envahi la pathologie, il est assez singulier de vouloir donner une place dans le cadre nosologique à ce que l’on appelle état puerpéral; mais, si singulière que soit cette dénomination, nous sommes forcés de l’adopter faute de mieux, et nos lecteurs seront peut-être disposés à prendre le même parti que nous , lorsque nous leur aurons donné quelques explications.
Quoique la grossesse soit un état physiologique , elle n’en apporte pas moins une perturbation profonde dans l’économie. La circulation générale et capillaire , l’influence nerveuse , les actes nutritifs internes sont modifiés. Au moment de l’accouchement il s’opère un changement subit, accompagné de circonstances perturbatrices au plus haut degré. Le ventre, dont tous les viscères étaient comprimés , se débarrasse brusquement du produit de la conception, et une circulation facile succède à la gêne considérable que le sang éprouvait dans son cours. Une hémorragie très-abondante accompagne toujours l’enfantement ; ajoutez à cela l’épuisement causé par d’horribles souffrances et par des efforts soutenus.
Cette réunion de circonstances est déjà plus que suffisante pour mettre l’économie dans un état spécial ordinairement fâcheux. Mais ce n’est pas tout : le placenta , violemment détaché de la surface utérine , laisse une plaie qui suppure , car les lochies sont une véritable suppuration ; d’un autre côté , une fluxion
active et fébrile s’établit du côté des mamelles
Or, nous le demandons , est-il beaucoup d scènes morbides aussi complexes que celle d l’enfantement , et la femme ne se trouve-l-ell pas dans un état tout particulier, état dans U quel elle est accessible à mille causes maladive^ étal dans lequel elle éprouve une multitude dj désordres morbides plus ou moins graves ?
Cet état , nous l’appelons état puerpéral désignant par là l’ensemble des conditions sp , ciales dans lesquelles se trouve la femme no| vellement accouchée.
Nous disons que la femme se trouve dans de conditions toutes spéciales , et cette assertie n’est pas difficile à prouver. Et d’abord l’enfai tement , cette cause morbide toute particulière suffirait à lui seul pour constituer la spéciali de l’état puerpéral; mais si des causes no descendons aux effets , nous verrons que les i. fluences de l’état puerpéral sur l’économ sont toutes spéciales elles -mêmes ; et, poi plus de simplicité , ne jugeons la chose quedai l’ordre pathologique. Dans quelles autres coj dilions de l’économie voit-on une phlegmas de la plèvre , du péritoine , du péricarde , d. méninges , passer presque instantanément à suppuration, et tuer avec une rapidité fo droyante? dans quelles autres conditions < l’économie voit-on toutes les veines du cor s’enflammer simultanément? Si l’on répond q ces accidents s’observent fort rarement, il < vrai , dans d’autres circonstances que celles l’enfantement, nous répondrons que ces ci constances si rares prouvent mieux encore 1 spécialité de l’état puerpéral , dans lequel graves accidents que nous venons de signait sont si déplorablement communs.
Ce qui caractérise surtout l’état puerpéral, c’I la proclivité à subir l’influence de causes ml bides auxquelles l’économie eût résisté faci ment, dans toute autre circonstance.
Or l’expérience démontre que presque tj les accidents qui accompagnent l'état puerpéi sont conjurés par l’Ipécacuanha, et ici nous; parlons pas d’après l’autorité des livres, ni d’après ce que nous avons vu , d’après ce nous avons fait. Pendant cinq ans que ni avons eu à l’Hôtel-Dieu de Paris un service? soixante lits de femme , où nous recevions! très-grand nombre de femmes en couche, jars nous n’avons manqué d’administrer l’Ip * cuanha aux femmes malades récemment acch citées, quelle que fût d’ailleurs l’affecii
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locale dont elles étaient atteintes , et jamais, nous pouvons ici V affirmer, nous n’avons vu le moindre accident résulter de cette pratique; et, au contraire, dans presque tous les cas, nous avons obtenu ou la guérison ou un notable amendement. Cette méthode , que nous avions vu suivre à Récamier, est employée à l’flôlel-Dieu de Paris par cet ingénieux praticien depuis prés de 40 ans.
Les accidents qui se lient à l’état puerpéral sont le plus souvent des phlegmasies gastrointestinales , caractérisées par l’inappétence, l’amertume de la bouche, les nausées, la constipation ou la diarrhée; du côté des organes générateurs, la suppression des lochies, la métrite subaigue , l’inflammation du tissu cellulaire de la fosse iliaque ; du côté des organes thorachiques, le catarrhe bronchique, la pneumonie subaigue. Or il est rare que tous ces désordres ne se dissipent pas ou ne se simplifient pas d’une manière très-notable après l’administration de vingt-quatre ou trente grains d’Ipécacuanba , pris en quatre ou cinq doses , en laissant , entre chaque prise , dix minutes d’intervalkî. Mais quand il existe une lésion locale fort étendue, comme, par exemple, une inflammation des sinus utérins , une phlébite générale, une péritonite grave, une pneumonie très-intense , une méningite , l’Jpécacuanha modère souvent mais n’arrête presque jamais les accidents, à moins qu’il n’ait été administré tout à fait au début. C’est ainsi que nous voyons, dans une épidémie de fièvre puerpérale qu; régna à l’Hôtel-Dieu de Paris en 1782, Doublet obtenir un succès remarquable, en faisant vomir à l’aide dé l’Ipécacuanha au début de la maladie, et en répétant ce moyen plusieurs fois daus le cours de l’affection {Ane. jour, de mèd. tome lvii, pages 448 et 502); et tout récemment Désormeaux constata les heureux effets de celte médication dans une péritonite puerpérale trèsmeurtrière qui régnait à la Maternité de Paris. Toutefois on ne peut se dissimuler que l’ipécacuanha, comme la plupart des autres moyens connus , échoue le plus souvent quand l’inflammation du péritoine est un peu intense et qu’elle a déjà plus d’un jour de durée.
Les propriétés antidyssenlériques de l’Ipécacuanha avaient fait ranger cette racine parmi les astringents , et c’est à tort , suivant nous ; on crut alors devoir l’essayer dans le traitement des hémorragies. Raglivi appelle l’Ipécacuanha infallibile remedium in ffuxibus dysenlericti
aliisque hemorrhagiis; d’autres auteurs, parmi lesquels il faut citer Barbeirac , Gianella , et surtout Dalberg (Murray, App. med., loin. 1er , page 822), vantent son efficacité dans la ménorragie , l’hémoptysie, le flux immodeié des hémorroïdes. Nous l’avons plusieurs fois donné avec succès dans les hémorragies utérines , mais surtout dans celles qui se liaient à l’état puerpéral. Nous nous rappelons aussi une femme qui avait presque tous les jours des hémoptysies depuis plus de dix-huit mois. Chez elle tous les moyens connus avaient été vainement essayés; nous lui administrâmes l’Ipécacuanha , et le crachement de sang cessa pendant près de. trois mois.
Émétine. Magendie et Pelletier ont trouvé dans Tlpécacuanha , entre autres principes , un alcaloïde qu’ils on appelé émétine et qui entre pour les M dan) cette racine.
L’j Émétine pure est une poudre blanche ou d’un jaune soufré, azotée, inodore, légèrement amère, soluble dans l’alcool, peu soluble dans l’eau froide : on ne l’obtient que difficilement , et , à cause de cela , on ne la trouve pas dans les pharmacies.
L’ Émétine des pharmacies , émétine officinale, est en écailles transparentes, d’un brun rougeâtre.
Cette substance est vomitive à la dose de 1 à 5 grains.
Malgré les efforts de Magendie pour l’introduire dans la thérapeutique, l’émétine n’est aujourd’hui employée par personne.
Préparations d’Ipécacuanha. — La racine d’Ipécacuanha se donne le plus souventen poudre, à la dose de trois grains à deux scrupules , suivant les âges , suivant l’effet vomitif ou purgatif que l’on veut produire. Pour les enfants , on prépare un sirop d’Ipécacuanha qui contient, par once, la décoction de 16 grains; on le donne aux enfants à la mamelle à la dose d’une demi-once, aux enfants de 1 à 4 ans à la dose d’une once. Une autre préparation fort usitée est celle des pastilles qui contiennent chacune un quart de grain de poudre d’Ipécaeuanha ; on les donne à la dose de 2, 4, 6, 8 par jour.
L’Ipécacuanha entre dans le sirop deDesessart contre la coqueluche , et fait partie intégrante de la fameuse poudre de Power.
POLYGALA.
Polygala , Polygala, genre de plantes de la famille naturelle des poJygalées.
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Le Polygala sencga , seneka , ou Polygala de Virginie, est seul usité en thérapeutique; on n’emploie que sa racine ; son odeur est trèslégèrement aromatique, sa saveur est un peu âcre , piquante et même cuisante ; elle provoque abondamment l’expuition de la salive lorsqu’on la goûte et de la chaleur au gosier. (Mérat et de Lens, Dict. de Thèrap., t. v, p. 424.)
Nous avons rangé cette racine à côté de. Tipécacuanha, bien qu’elle n’ait été mise parmi les vomitifs par aucun auteur; Cullen, seulement, dans sa matière médicale , la regarde comme uniquement purgative. Nous dirons sur quelles expériences nous nous fondons pour la placer
Ces expériences sont de Bretonneau (de Tours), qui a reconnu au Polygala et à l’ipécacuanha des propriétés à peu près identiques , s’il y a identité possible entre deux agents de la matière médicale. Il constata en effet qu’en appliquant sur la peau privée de son épiderme, sur le tissu cellulaire , sur la conjonctive, de la poudre de Polygala , on déterminait sur la partie une violente inflammation, absolument comme avec la poudre d’ipécacuanha ; qu’en faisant avaler cette même poudre aux animaux , il survenait immédiatement des vomissements ; qu’en l’introduisant dans le rectum, dans la vulve, on donnait lieu à une violente phlegmasie de la membrane muqueuse ; il vit que, chez l’homme, la poudre de Polygala était vomitive comme l’ipécacuanha ; que seulement il fallait en donner à peu près trois fois davantage pour obtenir des effets semblables.
Si maintenant nous jetons un coup d’œil en arrière , nous verrons que l’expérience de nos devanciers a constaté précisément des propriétés analogues dans ces deux plantes , à l’exception toutefois des vertus antidyssentériques, qui n’ont pas été expérimentées pdiir le Polygala : celui-ci n’a pas non plus été administré pour combattre les accidents de l’état puerpéral ; mais les propriétés purgatives pectorales, purgatives diurétiques, ont été universellement admises dans le Polygala comme dans Tipécacuanha ; et, dans les essais que nous avons faits, nous n’avons, ù vrai dire , trouvé à la première de ces substances aucune vertu qui la recommandât spécialement. Toutefois nous indiquerons sommairement ce qu’en ont dit les auteurs qui nous ont précédés.
Tennent, médecin écossais, qui avait exercé plusieurs années dans la Virginie, avait vu les
Indiens se servir avec avantage du Polygala pour combattre les accidents causés par la morsure du crotale. Or, comme la morsure de ce reptile causait de graves désordres inflammatoires du côté des organes de la respiration, Tennent imagina que dans les maladies aiguës de la poitrine dues aux causes ordinaires le même moyen réussirait qui réussissait dans un si grave empoisonnement. Il administra donc le Polygala dans les pleuropneumonies aiguës, en ayant soin de saigner une fois d’abord. Il avait remarqué que le Polygala faisait vomir et purgeait. Dès que les travaux de Tennent furent connus en France, Lémery, Duhamel, Jussieu, qui n’étaient rien moins que médecins, donnèrent aux idées de Tennent une sanction sans importance à nos yeux; mais Bouvart, Linnée, Perceval, Detharting, citèrent aussi des observations qui prouvèrent, sinon que le Polygala était utile dans les pleuropneumonies aiguës, du moins qu’il agissait utilement dans les catarrhes chroniques.
Suivant Bretonneau , le Polygala a une action spéciale sur la membrane muqueuse phlogosée des canaux aérifères , dont il active et modifie la sécrétion. Un grand nombre d’observations lui ont prouvé qu’immédiatement après l’administration du Polygala donné à doses réfractées , l’expectoration mucoso-puriforme, propre au catarrhe chronique , simple ou compliqué de phthisie pulmonaire tuberculeuse , devenait plus fluide et plus abondante. La suspension de la médication était suivie d’une modification si immédiate en sens inverse que cette sorte d’influence n’a pu lui laisser aucun doute. C’est particulièrement cette propriété qui Ta déterminé à associer le Polygala au calomel dans le cas de | croup, surtout lorsque l’aridité des surfaces muqueuses, indiquée par la sécheresse de la toux, semblait être devenue le principal obstacle à l’expulsion des fausses membranes. (Bretonneau, Traité de la Diphthérite, p. 241.) Déjà, avant Bretonneau, Archer, Hardford, Valentin et d’autres avaient également préconisé le Polygala dans le traitement du croup; mais comme ces médecins diagnostiquaient fort mal cette maladie, on ne peut faire aucun fondement sur leurs assertions.
Doses. Le Polygala s’administre de la même manière que Tipécacuanha; les doses seules doivent être différentes.
Comme vomitif, on le donne à une dose double ou triple de celle de Tipécacuanha.
Pour deux livres de tisane , on ne donne guère