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COLOQUINTE

La famille naturelle descucurbitacées possède plusieurs plantes purgatives. Les principales sont la Coloquinte , PÉlalérium et la Dryone.

La Coloquinte, Colocynthidis poniuvi , est le fruit du Cucumis Colocynthis. La chair de

ce fruit dépouillé de son écorce est celluleuse , spongieuse , légère ; elle n’a pas d odeur sensible , mais une amertume extrême.

La pulpe de Coloquinte est un des purgatifs les plus énergiques que nous possédions : elle doit cette propriété, suivant Vauquelin ( Joum . de Pharm., loin, x, p.41G), à un principe amer qu’il propose d’appeler colocynlhine.

Effets toxiques de la Coloquinte. — Les propriétés actives de la Coloquinte étaient connues de toute antiquité; on savait qu’à haute dose cette substance produisait des superpurgations souvent dangereuses , et qu’elle pouvait même causer la mort ; on savait aussi que , donnée en faible quantité , elle devenait un purgatif assez sûr.

Les expériences tentées par Orfila sur les animaux vivants, ont prouvé que la Coloquinte causait des purgations violentes, et amenait souvent une sécrétion ensanglantée à la surface de l’intestin; mais comme Orfila liait en même temps l’œsophage des chiens sur lesquels il expérimentait , on ne peut rien conclure de positif de ses travaux à cet égard , car il devient impossible d’apprécier dans cette circonstance la part que l’opération a dans la mort des animaux : toujours est-il que , lorsqu’on donne à un chien d’énormes doses de poudre de Coloquinte sans lier l’œsophage, l’animal n’éprouve que des vomissements et de la diarrhée , et se rétablit promptement.

Chez l’homme, il en est de même : la substance ingérée est en grande partie vomie, et elle produit d’autant moins d’accidents que l’estomac en a moins retenu. Mais si la préparation de Coloquinte n’est pas vomie, elle provoque de violentes coliques , des selles trèsfréquentes, des déjections sanguinolentes, du ténesme, et la plupart des accidents nerveux qui accompagnent le choléra nostras. Nous ne connaissons que deux cas de mort causée par de hautes doses de Coloquinte : l’un est rapporté par Orfila ( Toxicol. , 1. 1 , p. G96), l’autre par Christison , dans son Traité des jwisons (p. 524).

Les faits indiqués par Fordyce ( Fragmenta chirur. et med., p. GG), celui que cite Tulpius ( Obs ., lib. iv, c. 26, p. 218), l’histoire rapportée par Christison, et les observations recueillies par Caron, d’Annecy, et rapportées par Orfila, démontrent que si d’énormes doses de Coloquinte peuvent donner lieu à des accidents mortels, le plus souvent elles ne déterminent

ÉVACUANTS

que des vomissements douloureux et d’abondantes purgations.

Tant que l’on suppose que la matière toxique est encore contenue dans le canal alimentaire , on devra donner aux malades des boissons aqueuses fort abondantes et des lavements réitérés; plus tard, des bains généraux prolongés : les applications émollientes , les boissons féculentes , et surtout les préparations d’opium , suffisent pour dissiper promptement les douleurs et l'inflammation locale.

Effets thérapeutiques de la Coloquinte. — L’action immédiate de la Coloquinte administrée dans l’estomac est de causer des coliques et de la diarrhée. Donné en lavement , ce médicament agit de la même manière : à ce litre, il doit donc être rangé dans la classe des purgatifs.

Une dose élevée de Coloquinte cause des nausées , des vomissements, de vives coliques et de fréquentes garde-robes. Les selles, d’abord féculentes, deviennent presque immédiatement séreuses , et le plus souvent un peu sanguinolentes. La sécrétion de sang qui a lieu à la surface de la membrane muqueuse n’est presque jamais un symptôme alarmant ou de longue durée ; elle a lieu lors même que les purgations provoquées par la Coloquinte n’ont eu sur l’état général du malade aucune influence immédiate fâcheuse : aussi rangeaLt-on cet agent thérapeutique parmi les médicaments panchymagogues , c’est-à-dire propres à déterminer la sécrétion de tous les éléments du sang et de toutes les humeurs.

La Coloquinte se place donc immédiatement à côté de la bryone, de l’aloès, et des purgatifs drastiques empruntés à la famille des convolvulacées; mais son extrême violence, les douleurs qu’elle détermine, et, plus que tout le reste, l’incertitude de ses préparations, ont engagé Murray (4pp., p. 585 et suiv.) à la proscrire comme purgatif. Cette exclusion absolue paraîtra sans doute trop sévère aux praticiens, qui savent tous combien peu il nous est permis de calculer à l’avance l’effet des purgatifs; qui savent que les drastiques les plus énergiques ne causent quelquefois aucune douleur aux mêmes personnes qu’un simple minoratif jette dans un état assez grave ; d’où il suit que nous ne saurions jamais avoir trop de moyens pour arriver au même but, et qu’il ne faut pas se hâter de rejeter un médicament par cela seul qu’il ne trouve que rarement son opportunité.

Mais la membrane muqueuse n’est pas la seule voie par laquelle puisse être introduit le prin-

cipe actif de la Coloquinte. En appliquant sur la peau du ventre la teinture aqueuse ou alcoolique , la pulpe fraîche , ou la poudre délayée dans de l’eau pure ou alcoolisée , on obtient des effets purgatifs (Hermann, Mat. med., p. 335); ceux-là même sont purgés qui triturent et manient longtemps la Coloquinte (Ibid.). C’est à son action purgative toute seule que cette plante doit sans doute de détruire les vers intestinaux: Redi , en effet, a démontré qu’elle n’était pas vermicide, car il a vu vivre pendant quatorze et vingt heures des lombrics plongés dans une infusion très-forte de Coloquinte (Redi , De Ani- \ malculis , p. 161). C’est un usage populaire en Italie, et dans certaines contrées de l’Espagne , 1 d’appliquer sur le ventre des enfants tourmentés par les vers des cataplasmes faits avec la Coloquinte, l’ail et l’absinthe : nous ignorons si celte pratique est justifiée par quelques succès.

Il suffisait que la Coloquinte fût un drastique pour qu’on la rangeât parmi les emménagogues. Van Swielen (vid. Crantz, Mat. med., t. 11, p. 166) s’en servait souvent pour provoquer la

fluxion menstruelle; il la donnait alors unie à

des poudres inertes , de manière à ce que la malade ne prît qu’un huitième de grain toutes les;: trois ou quatre heures. Pour remplir cette indication , les lavements avec la Coloquinte seraient sans doute préférables , puisque , au rapport de Dioscoride (lib. îv, cap. 178), ils provoquent les flux de sang par les vaisseaux hémorroïdaux.! Mais la propriété abortive de la Coloquinte esi

malheureusement trop connue; souvent cetta

substance sert d’instrument à des crimes auxquels les gens de notre profession , les pharma-a ciens , les sages-femmes et les herboristes nu restent pas toujours assez étrangers.

L’usage de la Coloquinte dans un grand nom-iï bre de maladies chroniques douloureuses, telles que la goutte , le rhumatisme, les névralgies, la syphilis constitutionnelle, a été parliculièremen recommandé par Dalberg, Tode, et quelques autres (vid. Murray , 1. 1, p. 588); mais les fait: ne prouvent pas que cet agent thérapeutique ai dans ce cas plus d’action que les autres purgatif^ drastiques.

Il nous reste à parler de la vertu antiblennor rhagique de la Coloquinte. L’empirisme d’abon constata celte propriété ; plus tard elle devint dus domaine des médecins. Colombier raconte qu plusieurs soldats se guérirent d’une blennorrlia J gie aiguë en avalant en une ou deux doses ui ü fruit tout entier de Coloquinte (Code de méd

BRYONE.

militaire , t. v, p. 420). Mais Fabre, dans son Traité des maladies vénériennes, t. n, p. 568, préconise particulièrement la teinture de Coloquinte, dont il a indiqué la formule, "if pomme de Coloquinte réduite en poudre grossière ,

1 once et demie; clous de girofle n° G ; anis étoilé , 1 gros; safran , 12 grains; terre foliée détartré, 1 once: faites digérer pendant un mois dans vingt onces d’alcool. Fabre administrait celte teinture de la manière suivante : le malade, pendant trois jours de suite, à jeun, prend deux gros de celte teinture dans deux ou trois onces devin d’Espagne; il se repose le quatrième jour; recommence pendant trois jours encore , pour rester tranquille encore un jour ; et ainsi de suite, jusqu’à vingt ou vingt-cinq doses. Il faut avoir soin de boire , une heure après l’administration du médicament, deux ou trois verres de tisane d'orge et de chiendent. S’il survient des coliques , il faut donner des lavements émollients. Celte médication de Fabre, excellente dans les blennorrhagies un peu chroniques , a trop été oubliée des médecins de notre temps. Mais il existe aujourd’hui à Paris un homme grossier, sans aucun titre pour exercer notre art, qui s’est fait dans le peuple , et même chez bien des gens dont la position est fort élevée, une grande et lucrative réputation par l’administration d’un spécifique contre la chaudepisse : or ce spécifique n’est autre chose qu’une teinture vineuse de Coloquinte.

Doses. — La poudre de Coloquinte se donne depuis2 grainsjusqu’à 12 et 15, mêlée à du sucre, à de la rhubarbe ou de la magnésie ; la teinture vineuse, à la dose de 1 à 4 gros ; la teinture alcoolique, depuis 1 scrupule jusqu’à 1 gros et 2 gros.

ELATERIUM.

L’Élatérium, Momordica Elaterium , Concombre d’àne, Concombre sauvage , croît dans toute l’Europe méridionale.

Toute la plante est d’une amertume extrême; la racine et les fruits sont seuls employés en médecine.

La racine est vomitive, et sollicite également d’abondantes évacuations alvines ; les anciens la conseillaient surtout dans l’hydropisie. A faible dose, elle passait pour utile dans le traitement des obstructions. Dioscoride et Avicenne donnaient la racine à la dose de quinze grains comme purgatif; Failopc (De purg antibus , lib. lv, p. 122) allait jusqu’à une drachme.

Extérieurement , en fomentation ou en cataplasmes , la racine de concombre sauvage était encore conseillée pour résoudre les engoigemenls œdémateux des membres..

Toutefois, la racine d’Élalérium en substance a cessé depuis longtemps d’être usitée en médecine : on connaît et on prescrit sous le nom pharmaceutique d 'Elaterium un extrait que l’on prépare avec le suc du fruit.

Cet extrait jouit de propriétés purgatives énergiques. Sydenham le regardait comme un des plus puissants hydragogues. (Op. onin., p.488.) Un grand nombre d’autres après lui (Murray , Jpp.med., t. i,p. 597) renchérirent encore sur les éloges donnés à l’Élalérium par le médecin anglais.

L’extrait d’Élatérium est un purgatif indigène énergique, et il remplit toutes les indications des purgatifs drastiques.

Si nous consultons les auteurs sur les doses qu’il convient d’administrer, nous trouverons des différences qui évidemment ne peuvent être attribuées qu’à la différence de préparations. Ainsi , tandis que Dioscoride permet de 5 à 10 grains , Fernel va jusqu’à 20. Sydenham, au contraire, se contente de deux grains, etBoerhaave de quatre.

L’incertitude dans les effets de cette substance, la difficulté d’une bonne opération , doivent éloigner les médecins d’en conseiller l’emploi , avec d’autant plus de raison que, comme la coloquinte , elle enflamme violemment les tissus avec lesquels elle est en contact , ainsi que l’ont démontré les expériences d’Orfila ( Toxicologie ).

BRYONE.

La Bryone, Bryonia dioïca , Couleuvréè, Vigne blanche, est une plante vivace qui croît , dans nos pays, autour des haies.

Sa racine est seule employée en thérapeutique. Elle est allongée, a quatre à six pouces d’épaisseur et même davantage. Sa saveur est âcre, nauséeuse , son odeur repoussante.

Comme la coloquinte et l’élalérium , elle peut à juste litre être rangée parmi les poisons irritants. Les expériences d’Orfila ( Toxicol. gén.) le démontrent surabondamment. Deux gros et demi de poudre de Bryone qu’il introduisit dans le tissu cellulaire de la cuisse d’un chien, déterminèrent une violente inflammation, de vives douleurs , et amenèrent la mort au bout de soixante heures. Une demi-once introduite dans l’estomac lit également périr un autre chien.

ÉVACUANTS

Appliquée sur la peau , la pulpe de racine de Bryone provoque une phlegmasie analogue à celles que déterminent la moutarde ou plutôt les renoncules.

Malgré son activité, qui pourtant est moindre que celle de la coloquinte , la Bryone a été recommandée par Loiseleur üeslongchamps , comme l’un des purgatifs indigènes les plus sûrs, et placée par lui au même rang que le jalap. Il a constaté qu’il faut, chez un adulte , 24 à 50 grains de poudre de racine de Bryone pour obtenir un effet purgatif bien marqué. L’effet est encore plus certain si l’on administre une infusion longtemps prolongée de deux gros de cette substance dans six onces d’eau.

Les femmes , dans les campagnes, ont l’habitude de prendre, pendant quelques jours , des lavements faits avec la racine de Bryone, quand elles cessent de nourrir et qu’elles veulent tarir la sécrétion du lait dans les mamelles. (Barbier, Mat. méd., t. ni.)

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