‹ Traité de thérapeutique et de matière médciale [sic]Chapitre 20 sur 242 · COMBATTRE · texte numérisé non relu

COMBATTRE

Aux articles valériane , asa-fœtida , gomme ammoniaque , éther , etc. , etc. , nous avons déjà formulé la plupart des indications importantes des substances anti-spasmodiques , il nous reste pourtant quelques idées générales à exprimer sur les degrés d’affinité et de disconvenance plus ou moins marquées qui existent entre certains spasmes et certains anti-spasmodiques. Pour que rien ne nous échappe , nous allons ranger comme dans une galerie et par ordre de gravité croissante les nombreux et mouvants tableaux de l’état spasmodique primitif , et les montrer

surtout dans leurs rapports thérapeutiques avec les agents que nous étudions..

1° Mobilité.

D’abord , arrêtons-nous un instant devant la mobilité nerveuse et puisqu’on n’en parle plus, qu’est-ce que la mobilité nerveuse? C’est un état intermédiaire au spasme et à l’innervation viscérale normale. 11 touche l’état vaporeux, le précède immédiatement , en est la condition nécessaire et n’attend qu’une intensité croissante dans ses phénomènes ou le contact de la cause la plus légère pour s’élever jusqu’à lui. La mobilité nerveuse n’est très-souvent que le plus haut degré de la prédisposition aux spasmes. C’est cette diathèse exagérée et prête à passer à la maladie au moindre ébranlement. Cet état est constitutionnel chez bien des femmes. Hoffmann l’a admirablement décrit et Gorter, sous le titre Mobilitas, en a on ne peut mieux fait voir les conditions et le faciès. Chez beaucoup de personnes il est acquis et accidentel. Une vie molle et luxuriante , l’oisiveté, la diète prolongée, les convalescences des maladies graves , les évacuations excessives de toute espèce , mais surtout sanguines , naturelles ou artificielles , le chagrin , la peur , toutes les passions dépressives, l’hypochondrie , l’abus des bains trop chauds, tout ce qui débilite; en un mol , (caractère fort important ) tout ce qui affaiblit l’énergie cérébrale en exaltant et faisant prédominer vicieusement l’innervation viscérale, jetle dans la mobilité nerveuse. Nous rendrons bientôt cette proposition claire et distincte , en montrant comment elle est déduite de l’observation.

Impressionnabilité soudaine et sans cesse renaissante du centre épigastrique ; anxiétés précordiales , bouffées de chaleur au visage , tressaillement involontaire à la plus légère surprise. Une porle qui se ferme , un attouchement ou une parole inattendue de quelqu’un qu’on ne voyait pas , sont la cause de ces émotions disproportionnées.' Des frayeurs paniques , des susceptibilités vaines et déraisonnables , des pleurs pour rien, une pusillanimité excessive , une influence démesurée causée par la plus faible, surcharge électrique de l’atmosphère , un effroi qui va jusqu’à la syncope , produit par la crainte du tonnerre et de l’orage , etc. , etc. , etc. , tels sont les caractères auxquels on reconnaîtra la mobilité nerveuse avant qu’elle n’engendre l’état vaporeux.

ANTI-SPASMODIQUE. «7

Celte disposition organique arrivée à un certain degré est déjà susceptible d’être combattue, et palliée par les anti spasmodiques. Bien qu’à t’aide de ces moyens on ne doive pas espérer détruire la diathèse de mobilité, on peut cependant lorsqu’elle est exagérée , faire évanouir en quelques instants ses accidents les plus incommodes et empêcher par là l’invasion imminente des vapeurs. 11 suffira presque toujours pour cela de prendre tous les matins un demi gros de poudre de valériane suspendue dans une tasse d’infusion de fleurs de tilleul , et dans les moments de plus grande mobilité quelques cuillerées de sirop d’éther ou d’un verre d’eau sucrée très-chargée d’eau distillée de fleurs d’oranger. A propos d’autres médications, nous indiquerons les moyens de faire cesser radicalement les conditions de la mobilité nerveuse et par suite les accidents qu’elle occasionne.

2° Vapeurs et spasmes.

Ils ont des caractères variables en raison du point de départ de l’aura, condition qui entraîne aussi quelques différences dans la plus ou moins grande efficacité des remèdes anti-spasmodiques. Les anciens pathologistes avaient fixé à trois le nombre des foyers d’où l’aura semble s’élever : l’épigastre , les hypochondres et les organes génitaux : ils auraient dû ajouter les viscères thoraciques et la région qu’occupe le paquet des intestins grêles. Commençons par ceux dont l’aura part des organes qui concourent à la digestion. Ce sont , en général , les plus amovibles , ceux qui retentissent le moins sur l’innervation musculaire.

1° Les anxiétés épigastriques sont, comme nous l’avons déjà vu , un des caractères de la mobilité nerveuse. Quelquefois elles sont si incessantes et si intenses qu’elles causent des nausées, rarement des vomissements complets , une cardialgie qui rompt les forces , plonge dans la tristesse la plus noire et la plus bizarre , et ce qui est son effet la plus funeste, enlève l’appétit, s’oppose aux digestions , et produit une dislension gazeuse de l’estomac suivie d’éructations explosives , bruyantes, non nidoreuses , non acides. Cet état prolongé amène aussi des gastralgies , distinctes des névralgies franches de l’estomac par les spasmes de l’œsophage et la dysphagie passagère qui viennent s’y joindre , par leur douleur moins exquise , mais dilacérante et accompagnée d’un affaissement moral qui va jusqu’au désespoir ; d’après Sauvages, il s’en suit quelquefois un ic-

tère très-long à se résoudre. Pour le premier groupe de symptômes ( dyspepsie , flatuosités inodores , etc. ) , l’usage de la poudre de valériane, immédiatement avant et même après le repas ( un demi-gros dans la première cuillerée de potage ) , est un moyen que nous avons vu souvent réussir. Lorsqu’il s’y joint des vomissements purement spasmodiques ou l’espèce de gastrodynie que nous avons décrite , l’éther à doses élevées réussit très-souvent de l’aveu des meilleurs thérapeutistes. Le camphre combiné à la jusquiame a été aussi fort préconisé dans les mêmes circonstances.

Il y a des cas où chez les personnes très-nerveuses , l'aura nail de l'hypochondre droit , accompagné de douleurs poignantes et erratiques , d’une grande anxiété, de jactitation continuelle, d’éructations continuelles aussi et sans odeur, mais d’évacuations abondantes d’une bile verte et ténue, crue pour nous servir d’une expression qui rend très-bien notre pensée, rejetée par en haut dans le plus grand nombre des cas, cet ensemble d’accidents ayant été précédé d’autres troubles nerveux et du découragement profond où jettent tous les spasmes dont l’aura est cause dans les organes de la digestion : c’est la fameuse colique bilieuse, si bien décrite par Sydenham. Malgré l’autorité de Boerhaave et de Van Swieten, qui se sont attachés à réfuter Sydenham sur ce point et à montrer que ce groupe de phénomènes était toujours symptomatique d’une hépatite , de calculs biliaires ou d’un épaississement de la bile qui ne pouvait s’écouler de ses canaux , etc. , on ne saurait douter que moins souvent sans doute que ne le pensait l’Hippocrale anglais , cet état ne soit dû à un trouble purement spasmodique. Nous connaissons une dame chez qui la mobilité nerveuse est au plus haut degré et qui éprouve souvent et de la manière la plus fidèle tous les accidents que Sydenham a assignés à celte forme spasmodique , qui chez elle n’est certainement pas douteuse. Les anti-spasmodiques et les bains froids lui réussissent très-bien. Lorsque les douleurs prédomineront, les anti-spasmodiques tirés du règne animal devront être préférés. Le musc, le castoréuin seront ceux qu’on choisira. C’est probablement dans ces cas que l’éther a si bien réussi entre les mains de Durande , de Richler, de Sœmmering. Bien que dans celte singulière affection les anti-spasmodiques ne soient pas seuls utiles et échouent quelquefois , on devra toujours les employer et les combiner de diverses manières dans des potions où on fera

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entrer on môme temps les opiacés elles calmants en général. Quant à l’ictère qui en est quelquelois la dernière scène , il ne faut pas attendre sa guérison des remèdes dont nousé udions l’action.

11 est certaines coliques néphrétiques qui simulent la colique calculeuse et sont de même nature que celle que nous venons de décrire; elles réclament les mêmes moyens. On voit plus fréquemment les spasmes abdominaux se montrer sous forme d’anxiété, de passion mésentérique , comme l'ont dit quelques anciens. Cet état s’accompagne de borborygmes , d’intumescences tympaniliques survenant rapidement et cessant de même, de battements tumultueux et violents dans différentes portions de l’aorte abdominale. L’asa fœtida réussit mieux, surtout chez les hommes dans ce genre de vapeurs. En pilules et mieux en lavements à la dose d’un demi-gros, il triomphe assez aisément de ces flatuosités; c’est à lui aussi qu’il faut s’adresser lorsque chez les femmes la valériane n’aura pas eu de succès. Les spasmes de l’intestin se traduisent assez fréquemment chez les hommes principalement, par des coliques qui simulent l’iléus et opèrent une telle déjection des forces avec pâleur et sueurs froides, qu’on a vq alors des syncopes prolongées amener la mort : c’est la colique iliaque nerveuse, dont Barthez a fait le sujet d’une fort belle monographie. Le musc et surtout le castoréum, le camphre, l’ambré, le succin oui paru mieux agir dans ces cas que les autres anli-spassmodiques; les potions seront administrées de préférence aux lavements, sans qu’il faille rejeter ceux-ci; l’éther devra presque toujours en faire partie.

Venons aux spasmes dont l’aura est thoracique. Ge sont , les palpitations de cœur, l’étouffement, la toux convulsive et l’asthme : nous n’y comprenons pas le hoquet, certaines anomalies de la phonation, non plus que l’aphonie nerveuse qui doivent être rangés, le premier dans les accidents précurseurs, les deux autres dans les suites des attaques d’hystérie violentes.

Les palpitations de cœur, si communes chez les personnes nerveuses, cèdent à quelques gouttes d’éther , quand elles ne sont pas intenses et ne constituent pas une maladie véritable ; mais quelquefois elles sont presque continuelles, soulèvent la poitrine avec force , s’accompagnent la nuit de sueurs profuses et affaiblissantes , d’urines limpides, de froid aux pieds , d’un pouls sec , nerveux, et dont la force estdansune disproportion surprenante avec celle des chocs que l’œil perçoit souvent â la région du cœur ; elles

empêchent le malade de se livrer à la moindre occupation. Bien que d’abord elles ne soient le symptômed’aucune lésion matérielle du cœur, elles peuvent en devenir la cause; elles présentent ce caractère de gravité plus chez les hommes que chez les femmes; nous ne parlons pas d’hommes hypochondriaques. Les anti-spasmodiques les plus actifs devront être employés tour à tour en pilules et en polions. La valériane et l’asa fœtida auront ici la préférence et mettront fin le plus souvent à ces palpitations quand toute la maladie sera là. Mais, comme elles sont dans un grand nombre de cas sous la dépendance de l’hypochondrie, il faudra soigneusement s’enquérir de celte condition, dont l’existence ne permettra guère à la médication d’être radicalement utile.

Le mot étouffement égayera sans doute quelques pathologistes qui s’écrieront : Entité ! Nous ne savons pourtant quel nom plus convenable imposer à certaines anhélations qu’on pourrait appeler asphyxies spontanées ou nerveuses, état particulier de l’innervation pulmonaire qu’il serait par trop ridicule de rattacher à une lésion organique, état qui n’est pas l’asthme, qui n’est ni une apoplexie ni même une congestion du parenchyme pulmonaire, état qui est une des mille formes vaporeuses et qui tourmente beaucoup certaines personnes. L’air a beau entrer à pleines voiles jusqu’au fond du poumon, les inspirations ont beau être profondes et répétées, un sentiment d’asphyxie opprime ces personnes ; il semble que tout à coup ( car ces étouffements sont toujours subits dans leur invasion et leur cessation) le sang ne s’oxygène plus , que les nerfs soient paralysés. Cel élal est commun aux deux sexes; il cause des angoisses et une mélancolie profonde, commence par se faire sentir quatre à cinq fois dans un jour, dure trois à quatre minutes d’abord, puis finit par ne laisser que peu d’intervalles lucides, pendant lesquels le malade ne cesse de bâiller. L’elher, au moment de ces accès d’étouffements spasmodiques, lorsqu’ils sont déjà intenses; l’eau distillée de fleur d’oranger lorsqu’ils n’incommodenl pas encore beaucoup, et l’usage journalier, matin et soir, de pilules d’asa fœtida jusqu’à la dose i d’un et même de deux gros par jour, rendronl de grands services dans celle espèce de spasmes fort incommodes et pouvant devenir graves par la mélancolie et l’impuissance oh ils jettent les malades. Comme pour les palpitations de cœur, la condition est que ces spasmes asphyxiques ne soient pas engendrés par un état hypochondriaque, ce qui, nous devoirs en avertir, est très-commun.

ANTI-SPASMODIQUE

La loux convulsive est plus souvent un des jeux de l'hystérie qu’un spasme propre et indépendant. Quelquefois néanmoins elle est isolée, et plus rebelle peut-être qu’aucun autre spasme. Son caractère est d’être comme convulsive, inattendue, très-fréquente, mais non quinteuse, non dyspnéique, sans expectoration, ne présentant que des signes d'auscultation négatifs, et d’être quelquefois entrecoupée par des étouffements ou des spasmes de l'œsophage. C’est encore pour l’asa fœtida ou même l’oxide de zinc unis à l’opium ou encore mieux A la belladone que l’expérience s’est prononcée dans celte espèce de toux.

Notre lâche n’est pas de prouver qu’il existe des asthmes essentiels, c’est-à-dire indépendants de toute lésion matérielle du larynx, des poumons, du cœur et des gros vaisseaux. Nous supposons ces faits admis et connus. Ce que nous avons fait pour iesaulres spasmes, nous ne le ferons pas pour celui-ci, parce que cela nous mènerait trop loin. Galien avait déjà rangé l’asthme essentiel parmi |es spasmes j Rivière, Willis, F. Hoffmann, Baglivi, Sauvages, ont fait de même en s'aidant de tous les caractères de celle affection, et en la comparant aux autres maladies spasmodiques et flatulentes. Comme pour toutes les névroses pulmonaires, l’asa fœtida lient le premier rang parmi les anli - spasmodiques dans le traitement de l’asthme. La gomme ammoniaque, peu applicable aux autres formes spasmodiques, a, dans ce cas, une spécificité d’effet attestée par tous nos devanciers. Hàlons-nous de dire que celte maladie résiste trop souvent à ces moyens les mieux dirigés, et qu’alors d’autres agents l’emportent sur eux, comme nous l’exposerons en traitant des solanées vireuses. Ce qui est fréquemment la cause de ces échecs, c’est que l’asthme, bien que purement nerveux, est une expression morbide, dans un grand nombre de cas, succédanée d’autres affections. C est ainsi que le principe goutteux a le triste privilège de se revêtir souvent de celte forme; que certaines évacuations, hémorrhoïdales par exemple, que des ulcères aux jambes, des

affections dartreuses, etc , disparaissent pour

être remplacés par un asthme que les anti-spasmodiques n’ont jias alors le pouvoir de guérir, mais seulement de pallier. Il faut donc avant de les employer, rechercher soigneusement l’étiologie du mal pour ne pas compromettre des médicaments que nous avons vus presque toujours guérir ou au moins soulager notablement l’état des malades. Il n’est pas inutile non plus d’ajouter

que l’asthme périodique qui revient toutes les nuits, par exemple, pendant une quinzaine de jours, qui cesse alors pour reparaître plus tard avec plus de durée et de violence et s’accroît ainsi progressivement, s’accommode moins bien des anti-spasmodiques , que certains asthmes attaquant de préférence les hommes moins âgés que le précédent, ayant une marche moins périodique, étant plutôt rémittent qu’intermittent, et allant, d’une manière inverse de l’autre, décroissant de plus en plus avec les progrès de l'àge. Le premier n’en devra pas moins être combattu par ce genre de moyens; mais nous avons cru remarquer que leur existence y était plus douteuse et surtout moins entière et moins durable. L’asa fœtida seul , la gomme ammoniaque seule aussi et associée au savon lorsqu’il se joint aux phénomènes nerveux l’existence d’une pituite tenace et crue dont l’expectoration abondante est le signe de la cessa lion de l’accès , sont ici les anti-spasmodiques par excellence. Ils devront être portés à des doses élevées, être pris tous les jours jusqu’à la quantité de un demi-gros d’abord, puis un gros, deux gros même en pilules; puis, l’asthme disparu, on devra les continuer encore, en suspendre l’usage quelques jours puis y revenir, et cela plusieurs fois et pendant longtemps. Les malades devront réserver une certaine quantité deleurs pilules pour les prendre immédiatement avant l’invasion présumée de l’accès. Pendant la durée de celui-ci , les potions éthérées et avec la valériane en atténueront la violence et pourront en hâter la fin. Nous verrons dans un instant que l’existence dans Paslhme de lésions pulmonaires ou cardiaques, même primitives, est loin de contre-indiquerdans tous les cas l’emploi des antispasmodiques : cela sous certaines conditions que nous signalerons avec soin.

Il nous reste à parler des spasmes dont l’aura est fourni par les organes de la génération. La femme seule va nous occuper : car s’il est des des hommes hystériques dans le sens de vaporeux, si, à n’eu pas douter, on en voit qui présentent mille troubles spasmodiques essentiels s’élevant, mais rarement, jusqu’à la convulsion, l’aura de ces spasmes émane toujours d’autres foyers nerveux que ceux du système reproducteur, et l’hystérie dans le sens rigoureux de ce mot n’appartient qu’à la femme.

On trouve pourtant dans quelques auteurs du siècle dernier des observations appartenant à des jeunes gens arrivés à l'âge de la puberté, chez lesquels l’aura spasmodique s’élève manifestement des organes génitaux (cordons spermali-

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ques et régions des vésicule* séminales en particulier), va bouleverser tout le reste du système nerveux de la vie nutritive, jette même dansdes convulsions, tout cela A la manière de l’affection hystérique. Mais ces cas sont très-rares et se sont toujours heureusement terminés après le développement complet des organes, qui, par leur prédominance rapide, avaient un instant joué chez ces adolescents le rôle tyrannique du système analogue chez la femme.

De toutes les affections spasmodiques, celles dont l'aura a une origine hystérique sont les plus rebelles, les plus compliquées, celles aussi qui presque seules vont solliciter des mouvements désordonnés dans le système des muscles de la vie animale, et subjuguer le centre cérébral au point d’en suspendre momentanément toutes les attributions. Comme nous l’avons déjà avancé en traitant de divers anti-spasmodiques en particulier, elles peuvent mentir tous les autres spasmes, être la cause de tous isolément et de tous simultanément.

Bien peu de femmes en sont tout à fait exemptes : Fœminarum enim paucissimœ ah omni horum afféctuum specieprorsùs liberœ sunt, si istas excipias quœ laboribus assuetœ , duré citant tolérant (Sydenham). On sait jusqu’à quel point toute la femme est influencée par le système utérin pendant la période de la vie où il fonctionne. Démocrite exprimait ainsi cette pensée dans une lettre à Hippocrate : Sexcentarum œrumnarum innumerarumque calamitatum aiUorent esse uterum.

Nous devons répéter ici que les accidents spasmodiques de l’hystérie céderont, d’autant mieux à l’emploi des médicaments qui sont l’objet de ce chapitre que ces accidents seront plus détachés , plus vagues , plus récents , et s’épuiseront plus en mille anomalies ^ur l’innervation des différents organes du venli^™. de la poitrine. C’est surtout chez les femmes ou la mobilité nerveuse est trèsprononcée , qui sont d’une complexion délicate , vaporeuse, que l’hystérie se borne à exercer son influence sur l’innervation de la vie organique. Chez celles-là, la passion hystérique gagne moins souvent les portions du système nerveux affectées à la production des mouvements volontaires, et établit plutôt sa tyrannie , comme dit Hoffmann , sur les fonctions vitales ; mais aussi, elle s’y joue sous mille apparences , et reproduit à elle seule tous les spasmes simples et douloureux donl l’aura a pour foyer d’autres organes. Au contraire , le second degré de l’hystérie , celui qui

est caractérisé par les convulsions et la suspension d’action des sens et du centre pensant, attaque plus souvent les femmes puissantes, fortes, celles qui sonl le moins nerveuses. C’est ce qu’avait déjà si bien observé Sydenham : Fœminœ quibus hœc species , quœ uleri slrangulatus vulgô audit , farnilior est , temperamento sunt ut plurimùm plusquàm solel sanguineo et habitu corporis ad viragines accedenle.

Aidé du précepte général que nous venons d’énoncer, et des nombreuses indications que nous avons déjà eu occasion de formuler dans nos études sur la valériane , l’asa fœlida et l’éther en particulier , le praticien saura à quels anti-spasmodiques s’adresser dans le traitement de tous les accidents h} stériques.

Disons un mot de la médication dans le cours des attaques et dans les nombreuses affections nerveuses qu’elles laissent après elles ; et en premier lieu les attaques convulsives de l’hystérie doivent-elles être traitées , arrêtées dans leur marche ? Non , quand par leur intensité ou leur durée excessives elles ne menacent pas d’interrompre l’action de quelqu’une des fonctions les plus immédiatement nécessaires au maintien de la vi e. Si paroxy sinus levior esse solet , absque ulteriori spirituurn perturbatione , sua spontepertransirepennittatur. ( Willis.)

Les femmes hystériques désirent leur attaque, elles appellent les convulsions , par l’expérience qu’elles ont qu’un accès franc et violent met fin à l’état d’angoisse , aux mille et un spasmes viscéraux , à ce que Sydenham noramaiL mœstiora ilia 7ra.6n qui sont les précurseurs de l’attaque. « Une observation que tous les médecins peuvent avoir occasion de faire , et à laquelle M. Camper est le seul qui paraisse avoir fait attention , c’est que chez les personnes sujettes aux convulsions et à qui différentes causes peuvent en occasionner, si quelqu’une de ces causes agit sur elles et les a dérangées considérablement , elles ne peuvent ordinairement se remettre qu’après avoir eu des convulsions ; c’est l’état, dit M. Camper, d’un ciel nébuleux qui ne peut s’épurer sans orage. » ( Tissot. )

Des larmes abondantes, des urines copieuses et limpides , sont aussi très-souvent la crise qui remplace les convulsions. C’est comme si nous disions qu’une personne sous le poids d’un vif chagrin , sent ce poids allégé par des pleurs qu’elle répand ; qu’une autre est soulagée si , amassant depuis longtemps de la colère et de l’indignation , elle peut pour ainsi dire évacuer ces c.uscs de

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outillent et d’angoisses au milieu d’un Ilot de paoles amères et avec des mouvements comme conulsifs et auxquels sa volonté est étrangère. Ce ont des preuves de plus en faveur de notre opiiion sur la nature des affections spasmodiques ssenlielles.

Mais comment faut-il se conduire dans la suptosition que nous avons établie plus haut ? Les noyens les plus puissants de rappeler une femme uffoquée par un accès d’hystérie , plongée dans in état cataleptique ou comateux qui peut inquiéer , ces moyens ne se trouvent guère dans les mli-spasmodiques. On peut cependant approcher ,u nez quelques-unes de ces substances , mais en hoisissant les plus actives , celles dont l’odeur :st plus énergique. De tous temps le musc, le lasloreutn , l’ambre , les plumes brûlées , le camihre , ont été employés dans ce but. Les emplâres formés de ces remèdes et appliqués sur le entre ont une action qui nous parait bien équivoque. Donnés en lavements quand ceux-ci pouront être administrés , ils devront avoir plus d’acion. Quant à la pratique de Forestier, que nous '.vous rapportée à propos du musc , son succès nconlestable est dû à la cause que nous avons ndiquée à l’article où ce médicament est traité, ie qui le prouve, c’est que bien des médecins avant ni avaient eu les mêmes résultats , mais avec le Joigt seul et non enduit de mélanges anti-spasuodiques. Galien et Avicenne recommandent la ilillation du clitoris 5 Ambroise Paré a décrit ce irocédé sans y ajouter l’intromission d’un antispasmodique porté sur le doigt , ce qui montre nen que ce moyen agit non par le médicament , nais par la titillation seule , comme le ferait toute mpression vive, capable de réveiller les instincts ie la femme et de rappeler la puissance vitale à les mouvements de conservation. C’est ce que voulait Aétius par les préceptes suivants : Os œgrœ aperialur ac médius digitus ad vomitum proliciendutn intromittatur.... et super hœc omnia , mulier magnis vociférât ionibus excitelur ac vocctur. Ces moyens seraient plus convenables que ceux des galénisles et des Arabes , dont Sennert dit : Frictio ista ( la titillation du clitoris ) à christiano niedico sua- (lenda non videtur. Quels que soient les moyens de ce genre qu’on emploie , leur but et leur philosophie sont les suivants : Rompre la chaîne de certaines insurrections instinctives pathologiques , pour les remplacer par des actes instinctifs physiologiques. Voilà à quoi se réduit la fulmine indication des anli - spasmodiques

portés directement sur les organes génitaux.

Il est inutile de dire que les anii-spasmodiques sont sans efficacité contre ce que nous appelons les hauts spasmes , comme la catalepsie , 1 extase , et toutes les formes qu’on ne revoit plus guères de nos jours , mais dont le moyen âge est rempli.

Parmi les résultats qu’entraînent à leur suite les paroxysmes hystériques très-violents , il eu est qui constituent de nouvelles maladies , d autres qui ne consistent qu’en des vertiges plus ou moins opiniâtres ; ceux-ci en général obéissent assez bien aux anti-spasmodiques , tandis que les premiers exigent des moyens plus énergiques et d’un autre ordre.

Ces accidents consécutifs des paroxysmes hystériques peuvent être divisés en deux séries selon qu’ils succèdent 1° à des attaques intenses , chez des femmes qui les essuient à des intervalles assez éloignés ; et dans ce cas ils sont de deux espèces , dont la première rappelle le tableau de la mobilité nerveuse , et la seconde comprend la lièvre spasmodique , la stupeur hystérique et diverses altérations dynamiques qui portent principalement sur la sensibilité et le mouvement des organes de relation.

2° L’autre série de ces accidents se remarque chez les femmes qui , depuis fort longtemps , sont à l’épreuve de tous les troubles hystériques ; qui , sans avoir eu des attaques complètes et véhémentes , en éprouvent d’incomplètes , de fractionnées et non critiques , par lesquelles l’affection spasmodique semble n’être pas suffisamment jugée, mais chez qui elles se renouvellent trèsfréquemment et pour la moindre cause ; qui en outre depuis un long temps aussi , ressentent presque incessamment l’hystérie vaporeuse sous toutes ses formes. La condition qui sépare surtout ces dernières des premières , c’est que chez celles-là l’intervalle des attaques étant comblé par la série sans fin des spasmes Viscéraux, cet état peu à peu enraye les digestions , altère les sécrétions et retentil insensiblement sur toutes les fonctions assimilatrices. Ces malheureuses femmes , avant d’arriver aux lésions organiques proprement diLes, qui chez elles sont assez rares , passent par une suite de désordres nerveux, si continuels , si généraux et si graves , qu’elles résument à elles seules toute la classe des névroses depuis les spasmes si mobiles jusqu’aux vésanies les plus rebelles , et que d’autres fois , la fièvre , l’insomnie, etc., les conduisent par ^perversion de tous les actes de composition et de déeompo-

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lion physiologique à une atrophie générale ou à des cachexies dont le scorbut est le dernier terme. La chlorose est très-souvent engendrée de celte manière. C’est ainsi qu’il faut s’expliquer pourquoi les écrivains des derniers siècles reconnais saient des scorbuts hystériques et plaçaient celte maladie à la suite de l’hystérie comme étant un de ses produits. « Quamvis autem satis pateat originanum hujus rnorbi ( hysteria) fomitem in humoribusnullatenùs stabulari , fatendum esttamen (quod res est) spirituum il-

ium, cui ntorbus debetur , huniores putrides in corpore , coacervandos gignere , cùrn tàm illarum partium funclio quœ vehernenliori spirituum impulsa dislenduntur , quàm earum quœ illis privantur omninà perverlatur. Cùmque harum plerœquc organa sint quasi separatoria , excipiendis cruoris recrementis designaia , si earum functiones quovis modo lœdantur , fieri non potest quin ingens fœculentiœ colluvies accumuletur. Huic ego causœ adjudico cachexiàs insigniores , ayopi^iar sivè appetitüs prostrationem ; in juvenculis chlorosin sivè febrim albam ( quant quidem speciem esse affèctionis hystericœ nullus , dubito), aliamque omnern malorum 1er nam in quâ immerguntur misellœ , quotquot hoc morbo diù elanguerunl , quœomnia à succis put rescentibus in sanguine congestis, ut que exindè in organa varia depluentibus , succrescunt. » (Sydenh.) Willis ,Gorter , Hoffmann , Wyth , etc. , ont partagé les mêmes opinions.

Pour ce qui est des anti-spasmodiques dans le traitement de ces accidents consécutifs , la mobilité nerveuse cédera d’elle-même , mais on peut en hâter la terminaison par la valériane et l’éther comme nous l’avons déjà indiqué en traitant de cet état spécial. Quant à la fièvre spasmodique et aux diverses paralysies si bizarres , aux aphonies , aux amauroses , aux hémiplégies , etc., certainement la valériane et l’asa frelida , dont le célèbre Wyth a eu tant à se louer en pareille occurrence , les dissipent quelquefois , et nous en avons été témoins ; mais leur combinaison avec d’autres moyens que nous apprécierons plus tard en parlant de la médication sédative , les affusions froides par exemple, sont des armes bien plus puissantes , et ici les anti-spasmodiques sont des remèdes utiles , mais de second ordre. La fièvre spasmodique pourtant se passe souvent de tout autre traitement que de la valériane en lavements ou de l’asa fœlida donné dé la même manière;

La seconde série d’accidents consécutifs que nous avons établie est presque toujours l’écueil des anti-spasmodiques. Voilà pourquoi Pomme , dont l’ouvrage est presque en entier écrit sous la dictée de faits semblables , proscrivait si exclusivement et si amèrement ces agents thérapeutiques et avait bâti une théorie ( le racornissement des nerfs ) d’après laquelle il rejetait tout ce qui n’etait pas humectant • et relâchant ; mais la confiance qu’il commandait , l’assurance de ses jugements et de ses promesses , son sublime charlatanisme , ont autant contribué à ses succès que les bains lièdes prolongés et l’eau de poulet.

Restent trois affections convulsives ou spasmodiques où nos agents sont avantageux , mais comme moyens accessoires : d’aulres moyens plus appropriés , ce sont l’éclampsie , les convulsions des enfants et la danse de Saint-Guy. Remarquons qu’elles manquent du caractère qui assure presque toujours le succès des anti-spasmodiques , savoir le foyer viscéral de l’aura. La valériane et l’éther pour les deux premières , la valériane , l’asa fœlida pour la danse de Saint- Guy , continués dans ce dernier cas longtemps et à doses progressivement croissantes , aideront puissamment l’action des moyens plus énergiques que ces maladies réclament. L’éclampsie y cédera rarement soit par inefficacité absolue des remèdes , soit par l’impossibilité de leur administration. Les convulsions des enfants , quand elles pourront permettre l’ingestion du sirop d’éther , de l’oxide de zinc , s’en trouveront très-bien ; dans la danse de Saint-Guy , les substances que nous avons indiquées devront toujours faire partie du Iraitemenl. Mais dans tous ces cas , les sédatifs directs et les opiacés revendiquent la première pla ce.

En nous éloignant déplus en plus du caractère essentiel que nous avons assigné au spasme, nous rencontrons l’épilepsie, le tétanos, 1 hydrophobie etc. , maladies dont le traitement a sa place partout et nulle part.

Les faits principaux que nous venons d’exposer dans ce paragraphe se prêtent très-bien à quelques formules générales qui maintenant trouvent leur place et peuvent , si elles sont bien comprises et bien retenues , permettre à l’esprit d’oublier les nombreux éléments dont elles sont le résumé.

1° Les spasmes essentiels dont l’invasion a lieu de la manière la plus brusque , qui ont le caractère de la fugacité , de la mobilité , qui sont avortes , incomplets et encore à l’elat de '

ANTI-BPA6M0D1QUE.

peurs ( palpitations , étouffements , <jlobe stérique , anxiétés viscérales , quelque soit foyer de l'aura), sont plus spécialement en pport thérapeutique avec les substances li-spasmoiliq ues dont l action a , comme eux , •ur caractère l’instantanéité, la fugacité ou promptitude à s’user , qui soulagent de suite i sont de nul effet ( eau distillée de fleurs ’ oranger , valériane , éf/mr sulfurique).

2° Z es spasmes pulmonaires obéissent en nèral à des rernètles anti- spasmodiques *nt l'action est plus fixe. Les gommes fétides, a leur tête l’asa fœtida et la gomme arnmoaque, rencontrent dans ces affections, leur ulication ta plus importante et la plus ex- •esse -, la première de ces sublances jouit ■issi plus sûrement que ses analogues de la ■opiné té de faire cesser les flatuosités et en * nèral toutes les exhalations gazeuses inoves chez l’homme. La valériane réussit ieux contre les mêmes accidents chez la mme.

3° Les spasmes avec douleur dont l’aura t presque toujours épigastrique , hypoconiaque ou mesentérique, réclament plus lécialement les anti spasmodiques tirés du •gne animal , comme le musc , et surtout custoreum. Il faut mettre sur la même ligne i camphre en premier lieu , puis l'ambre et • succin, que l'expérience a aussi consacrés ans la menstruation douloureuse.

4" L'hystérie convulsive ne demande de lédication que dans des cas rares. Les af~ >. étions qu’elle laisse après elle ne répondent sureusement aux remèdes anti spasmodiues que lorsqu’elles retracent les formes vayreuses. Leur efficacité devient d'autant plus outeuse qu'on s'approche davantage des auts spasmes et des névroses des fonctions ni males , ainsi que des cachexies produites ar les spasmes viscéraux opiniâtres et entremues par des causes inamovibles morales u d'un autre genre.

n UES MÉDICAMENTS ANTI-SPASMODIQUES DANS LECKS RAPPORTS AVEC L’ÉTAT NERVEUX EN TANT QU’ELÉMEîNT VENANT S AJOUTER AUX AFFECTIONS A ICI ES ET CHRONIQUES.

« 11 n’est pas difficile , dit Tissot, de s’aperceoir si les nerfs souffrent dans une maladie, mais I est souvent très-difficile de décider s’ils sont ttaqués essentiellement, si la maladie est propre-

ment nerveuse ou s’ils ne sont qu irrites par une cause qui leur est étrangère ;dans ce dernier cas, il faut encore distinguer si l’on doit uniquement porter son attention sur la cause ,ou si les nerfs sont assez irrités pour que l’on doive tenir compte de cet état d’irritation dans le traitement. » C’est ainsi que tous les grands observateurs , que tous ceux qui font la médecine des malades ont conçu la thérapeutique, et ces paroles renferment toute la doctrine des Éléments.

Reste maintenant à dire de quelles conditions doit être marqué un appareil nerveux pour exister comme élément et mériter une médication anti-spasmodique. ( Voir dans notre thérapeutique générale l’exposiiion de la doctrine des éléments et la distinction entre un élément et un symptôme.)

Tissot , dans son traité des maux de nerfs, et Bérard, uans son application de l’analyse à la médecine pratique , laissent peu à désirer sur cette importante question. En rectifiant sur quelques points le second de ces deux auteurs , et en complétant le premier, on peut poser les règles suivantes :

1° Les maladies aiguës sont bien rarement grossies par l’élément spasmodique. La raison en est qu’à cause de la rapidité de leur marche , des affections indépendantes n’ont pas le temps de s’enter sur elles. Les phénomènes nerveux y sont presque toujours symptomatiques , et revêtent , comme nous le verrons plus tard, une physionomie qui n’est en rien celle du spasme essentiel. Et puis la puissance vitale est, pour ainsi dire , absorbée entièrement dans sa réaction organique. Il y a un consensus d’efforts qui , à priori , exclut déjà la présence d’actes dont le caractère est l’aberration , la chronicité , l’absence de phénomènes critiques. Une autre raison plus directement opposée , c’est qu’en général celle réaction vive qui constitue les maladie aiguës est fébrile et que la fièvre est antipathique aux spasmes : febris spasmos solvit ( Hipp. ) Les cas qui tout exception à la loi que nous venons d’établir se résument , pour ainsi dire , tous dans ceux que nous avons discutés à l’article Musc, en traitant de l’emploi de cette substance dans ks pneumonies et les phlegmasies malignes ou ataxi ques.

2° C’est dans les maladies chroniques et surtout apyrétiques, alors ^ue l’organisme , réagissant à peine contre la cause morbide, se trouve à peu près dans les conditions où les spasmes, l’affectent primitivement , avec celle autre cir-

MÉDICATION

constance de plus que sa faiblesse relative le rend lrès-*prédisposé ; c’est dans ces maladies, disons-nous, que l’élément nerveux vient le plus souvent se jouer et peut être attaqué à côté de l’altération principale , sans que celle-ci soit dérangée dans son cours ; car tel est le caractère essentiel de l’élément.

Mais cette certitude à posteriori serait inutile au praticien. Il faut lui donner la possibilité de distinguer à priori, l’élément du symptôme : pour y arriver les moyens sont de plusieurs ordres. D’abord on doit considérer le sexe : les femmes depuis l’âge de la puberté jusqu’à celui de la perte des règles n’ont presque pas de maladies chroniques où l’élément spasme ne mérite une grave attention , surtout si ces personnes sont douées d’un tempérament nerveux, mobile, mènent une vie sédentaire et molle , si elles ont éprouvé des émotions d’àme inattendues et profondes , des accidents hystériques antérieurs. Apud fœminas, semper suspicandum de fomitehysterico. (Baglivi.)

2° La maladie principale affecte-t-elle un organe qui fasse appel à beaucoup de sympathies , dans ce cas , les phénomènes nerveux peuvent bien n’être que symptomatiques. Mais les plus sûres données sont tirées, comme dit Tissot , des caractères mêmes des maux de nerfs. Suivant nous, la preuve la plus positive que dans le cours d’une maladie , des phénomènes spasmodiques ont une existence indépendante, c’est la présence d’un aura viscéral. De ce fait découlent tous les signes différentiels qu’on a indiqués et dont les pluscertains sont : 1° De ne pas suivre dans leur marche et les degrés de leur gravité , la marche et le degré de gravité de Paffeclion primitive. 2° D’être survenus après celle-ci , sans aucune connexité avec elle , le plus souvent d’une manière brusque. 5° De finir et de se reproduire sans cause appréciable. 4° De se terminer sans crise apparente. 5° De se porter indistinctement sur tous les organes avec des symptômes si bizarres, si opposés entr’eux et à la nature connue de la lésion principale qu’ils n’aient jamais été vus en résulter , et qu’il répugne de les considérer comme les effets d’une seule et même cause. 6° D’exister en même temps que plusieurs des signes de la mobilité nerveuse , de coïncider avec le froid aux pieds, un pouls convulsif, c’est-àdire, fréquent, vif, dur, sec, pressé, des productions gazeuses inodores dans le tube digestif; des urines abondantes, claires, insipides, inodores affaiblissantes , selon Boerhaave , au point qu’il

croyait qu’il se dissipait avec ces urines une grande quantité d’esprits animaux ; ce dernier caractère tiré des urines est chez tous les auteurs pris en immense considération. « Inter omnia veto, quœ in lioc morbo comparent phœnomena, illud maxime proprium est atque ab eo ferè inseparabile , quôd scilicet œgrœ urinant subindè reddant plané limpidam , ad instar aquœ è rupibus scaiurientis, idquesatis copiosè ; quod quidem ego sigillatim percunctando , in omnibus ferè didici signum esse pathognomonicum eorum affecluum quos in fœminis hyslericos , in màribus hypocondriacos appellandos censemus. » (Sydenh. ) 7° De disparaître en général , si la maladie, jusque-là chronique, revêt une forme aiguë et pyrétique , et de s’accroître et de se multiplier si cette maladie est traitée par des émissions sanguines immodérées, etc., etc. Dans tous ces cas, l’élément nerveux réclamera les anli-spasmodiques aux mêmes titres , d’après les mêmes lois eL le même mode d'administration que lorsque l’affection spasmodique était toute la maladie.

Ces développements légitiment par leur importance l’étendue que nous leur avons donnée et les excursions fréquentes et lointaines que nous avons faites dans le champ de la pure pathologie. Que les praticiens se convainquent bien qu’il esl impossible sans ces sources d’indications de réussir dans la thérapeutique des maladies chroniques , chez les femmes en particulier. Avec ces distinctions toutes cliniques , que l’axiome de la médecine organique : sublatâ causa tollitur effectus , est mensonger , petit et meurtrier ! Il est des cas où cet axiome paraît bien plus spécieux encore et n’est pas moins faux : c’est celui où l’affection spasmodique a son aura dans l’organe ou le système d’organes même qui est aussi h siège de la lésion matérielle. Ici , l’erreur esl plus difficile à éviter. Cela est pourtant possible er s’aidant de quelques-unes des règles formulées plus haut. Prenons pour exemple le cas le plus fréquent , celui où coexistent une lésion organique des viscères thoraciques et un asthme. De puis que l’anatomie a dépassé ses droits médicaux , l’asthme n’est plus qu’un symptôme. La science a tellement obscurci l’art d’observer , que l’asthme était mieux connu d’Arétée que de la plupart de nos pathologistes modernes ! Ce n’esl pas une fois , mais cinquante , que nous avons vu des malades porteurs de lésions pulmonaires ou cardiaques , dûment constatées et déjà avancées, être guéris d’asthmes nerveux entés sur ces

ANTI-SPASMODIQUE

ins , par l’usage des anti -spasmodiques : non, l’avaient plus d’asthme et conservaient avec • immuable lésion des troubles fonctionnels portionnèset qui en suivaient imperturbanent tous les degrés , car en pareil cas les i-spasmodiques ne détruisent que l’élément , aissent le symptôme. Ce qui prouve que dans cas l’asthme n’est pas symptomatique, c’est il est essentiellement intermittent , qu’il a i-souvent poslexisté à la lésion et sans se conner à ses’développements successifs; que plus vent encore, il a préexisté et a eu une trèsnde part dans la production de la maladie ton le fait dériver; qu’il survient alors dans conditions et sous des influences externes et mes qu’il n’est pas de notre objet d’étudier, nielles pouvaient le produire à elles seules et 'pendamment des lésions matérielles qui n’ont qu’en tant que causes déterminantes; c’est I a tous les caractères de l’asthme primitif et cet asthme ne ressemble pas plus par son es à l’asthme symptôme, que les convulsions a méningite aiguë , aux convulsions de l’atle d’hystérie. On a dit que la thérapeutique I toute dans le diagnostic, oui , le diagnostic , c toute l’étendue du sens que ce mot renne. Que les praliciens aient souvenir de l’asa ida et de la gomme ammoniaque dans les cas nous venons de spécifier: ils en retireront ainement les mêmes avantages que nous. La >rose peut être cause et effet des affections smodiques intenses et prolongées. C’est sur e considération qu’on devra régler l’utilité anti-spasmodiques dans cette maladie. Le i souvent les spasmes y sont symptômes et •araissent successivement sous l’influence du tement martial. Quelquefois ils ont assez de dominance pour exiger l’emploi de la valé- 1e comme moyen de rendre possible et de seder l’action des préparations de fer qui seules t radicalement curatives.

IES MÉDICAMENTS ANTI-SPASMODIQUES DANS LEURS .PPOTS AVEC I.’ÉTAT NERVEUX SYMPTOMATIQUE.

t’après ce que nous avons dit plus haut, les nomènes nerveux qui apparaissent dans le rs des maladies aiguës sont presque toujours iptomatiques. Les affections de cette classe ne sont pas des spasmes sont pour le plus nd nombre des inflammations , des fièvres ou névralgies: ces dernières mêmes , souvent >ës par leurs symptômes, sont en général iniques par leur marche.

On peut dire que jamais les symptômes nerveux qui s’observent dans les inflammations aiguës et les fièvres qui ne sont pas nerveuses n’ont l’aspect et le caractère du spasme comme nous le comprenons. Ces symptômes , quand ils ont lieu, sont toujours l’expression d’altérations fonctionnelles du système cérébro-spinal , à moins pourtant que l’ataxie ne survienne ; mais ce n’est pas ici le moment d’en traiter, celle question rentre dans la médication excitante. Il en est de même de ces symptômes dans les fièvres graves et les exanthèmes aigus. Dans tous ces cas la cause qui imprime au système nerveux les dérangements si funestes qui viennent enrayer la puissance vitale dans ses efforts , cette cause agit incessamment. Elle n’est pas dynamique pour être dissipée par des moyens dont la propriété est essentiellement dynamique. Il faut qu’elle soit digérée, éliminée ou atténuée par les élaborations de la chimie vivante sous peine d’empoisonnement et de mort. On trouvera à l’article Camphre ce qu'on doit attendre des anti-spasmodiques dans ces circonstances.

Dans les maladies chroniques constituées par des lésions organiques sans fièvre , il n’est pas rare de voir des phénomènes nerveux symptomatiques et liés à la maladie principale comme un effet à sa cause, s’amender considérablement sous l’influence des anti-spasmodiques portés à hautes doses. Ce fait qui paraîtra paradoxal , n’a cependant rien déplus surprenant que la cessation de douleurs atroces , causées intégralement par un cancer du sein ou de l’utérus, par un morceau de verre enfoncé dans des parties très-sensibles qu’il déchire; après l’administration intérieure de l’opium ou l’application extérieure de

topiques belladonisés, etc , faire descendre

l’organisme à un degré d’impressionnabilité telle, que le stimulus cancer ou corps étranger ne la réveille pas ; voilà tout le secret. Un homme a un embarras pulmonaire avec dyspnée violente : l’asa fœtida, par exemple , va modifier son système nerveux de telle sorte qu’il sera sollicité moins vivement par la cause, qui à la vérité restera toujours la même , mais agira sur un sujet rendu artificiellement plus patient. Il est bien entendu que cette médication n’est que palliative et demande à être renouvelée toutes les vingt-quatre heures , comme l’opium dans les cas que nous avons pris pour termes de comparaison.

Le plus grand bienfait de celle thérapeutique palliative , est de s’opposer à ce que le symptôme n’agisse bientôt comme cause d’augmentation de

MÉDICATION

la lésion primitive. Ce cercle vicieux est , comme on le sait , très-commun dans les maladies du cœur et des poumons.

Une des circonstances qui ont le plus discrédité les anti-spasmodiques principalement chez les hommes adultes et les vieillards affectés de spasmes dont P aura est alternativement thoracique et surtout abdominal , c’est qu’on n’a pas su que ces accidents qui, il faut d ailleurs 1 avouer, dans les circonstances que nous allons indiquer, ne diffèrent lias toujours sensiblement par le spectacle phénoménal des spasmes essentiels les plus purs , sont très-souvent symptomatiques de la goutte irrégulière. Wytli plaçait au nombre des causes les plus puissantes et les plus communes des spasmes , la présence dans le sang du principe de la goutte. Musgrave, Cullen et Barthez ont à merveille spécifié ces cas et ont exalté à l’envi l’asa fœlida , le camphre et le musc pour apaiser ces manifestations goutteuses qui se portent tantôt sur le poumon pour y produire l'asthme , sur le cœur , des palpitations douloureuses et des lipothymies fréquentes, sur l’estomac et les intestins , des éructations interminables et d’atroces coliques. Dans le vertige goutteux, Musgrave et Barthez ont aussi spécialement préconisé la valériane , de même que tous les antispasmodiques qu’ils appelaient anti-goutteux (les éthers, l’asa fœtida , le musc, le camphre), contre l’angine de poitrine considérée par eux comme une traduction fréquente de l’état goutteux irrégulier ainsi que certaines apoplexies. Sloll faisait un heureux usage de la valériane , dans une espèce particulière de danse de Saint- Guy qu’il croyait symptomatique de la goutte. Tous ces grands praticiens qui enseignaient l’art de ne pas guérir la goutte, mais de la maintenir aux articulations ; dont la thérapeutique se contentait du succès suivant : changer la goutte irrégulière et viscérale en goutte fixe et articulaire, n’ont jamais , par les anti-spasmodiques, voulu faire autre chose que de conjurer la forme et le lieu du symptôme : « Dans la méthode analytique de traitement qui convient aux cas plus simples , où la seule cachexie goutteuse produit des maux de nerfs , il faut pallier assidûment les symptômes par des anti-spasmodiques antigoutteux. *> ( Barthez. )

Finissons ces considérations par le précepte qui suit : il est toujours légitime et utile de faire usage des anti-spasmodiques dans les maladies chroniques , toutes les fois qu’on y observe des phénomènes spasmodiques un peu prédominants,

et quand l”élat du tube digestif ne s’y oppose pas.

Pour terminer ce chapitre, jetons un coup d’œil sur les médicaments anti-spasmodiques considérés en eux-mêmes et sur leur mode général d’administration. De nos jours l’esprit de système ne sachant que faire de l’action incontestable des anti-spasmodiques a pris le parti de nier leur efficacité, d’abord; puis cette négation ne prévalant pas contre l’expérience des siècles , on les a laissés tomber dans l’oubli en remontant plus haut et en voulant prouver que puisque les progrès de la médecine moderne avaient destitué les spasmes de leur rang de maladie primitive , on n’avait plus à s’en occuper dans le traitement qui devait être dirigé tout entier contre la lésion organique. Cette opinion a tenu peu de temps devant les faits , et on a fini par déclarer que ces maudits anti-spasmodiques étaient des remèdes très-excitants, très-incendiaires, et c’est cette fin de non recevoir qui a inspiré le plus de crainte , parce que la gastro-entérite chronique et toutes les dégènèrations qu’elle traîne à sa suite seront encore longtemps la terreur des médecins. Nous déclarons ici que les auteurs qui ont soutenu ces propositions ont écrit au coin de leur feu et n’ont aucune connaissance des faits qu’ils ont avancés; que ces faits, ils les onl ployés de force pour compléter bon gré mal gri une doctrine qui en avait besoin. Non . la valériane, les gommes fétides , ne sont pas des excitants; ils sont des anti spasmodiques et voilà tout. Nous défions les explicateurs et les sceptiques d’aller au delà. Nous les défions de produire une fièvre artificielle la plus éphémère possible avec une once de poudre de valériane , comme nous les défions de calmer une femme vaporeuse avec une once d’eau-de-vie ou une quantité quelconque d’ammoniaque. Entre mille faits que noue pourrions citer à l’appui , en voici un seul qu’ur hasard merveilleux nous fournit. A l’instant même où nous écrivons ces lignes , l’un de noue est appelé en toute hâte pour voir une femme qui au milieu de la rue vient de tomber morte . il court muni d’un flacon d’éther et trouve prèi de cette femme enceinte de huit mois et plongé* dans une stupeur hystérique profonde , un confrère qui depuis quelques minutes lui fait respirer un flacon d’ammoniaque pure , et lui er porte même dans les narines en élevant par de: secousses brusques le flacon ouvert sous le nez Pas le plus léger signe de sensibilité de la part d< la patiente. — «Voulez-vous permettre, mon

A NTI-SPASMODIQU e .

ur , que j’essaye de faire respirer un peu d’ér et que j’en introduise quelques gouttes entre lèvres ? — Mais voyez donc : Ceci est de mmoniaque , c’est bien plus fort quel’é- •r. Rien de plus juste : je crains même que is ne cautérisiez très-vivement le nez. L’éther tout simplement un anti-spasmodique : reniez plutôt. « Pendant ce dialogue le flacon ther avait été placé sous le nez de la malade au moment où on le descendait sur les lè\ics ir en instiller quelques gouttes, un piofond ipir et quelques pandiculations avaient préé au retour successif et bientôt complet de la maissance. La malade se rajusta un peu , se a et partit. — Et tontes les commères prêtes de dire : C’est l’éther !

sfous convenons bien que, comme nous 1 avons à avancé , quelques anti-spasmodiques se u vent sur la limite de cette classe et des stimuts. Ce sont ceux qu’on a appelés diffusibles pii sont : le musc , le camphre et l’éther (n’ou- ,ns pas que leur force excitante est très-inconîte, pour le camphre surtout , et qu’on ne rait dire à priori s’ils la développeront où si : sera nulle) ; mais nous le répétons : la proîté stimulante est ce qu’il y a de moins proicé en eux ; elle ne sert que de prétexte pour proscrire l’emploi ; car la valériane qui agit si puissamment qu’eux n’est qu’un anti-spasdique pur. Nous avons toujours remarqué , jamais les anti-spasmodiques n’avaient eu un l plus sûr, que lorsque les malades disaient , h s’èlre pas aperçus de leur action. Les effets ; rsiologiques de l’alcool et de l’éther sulfurique t bien différents. Leurs effets thérapeutiques ir se ressembler quelquefois par le résultat nilif, n’ont presque point d’analogie par la nière dont ils produisent ce résultat. Corail doncagissenlles anti-spasmodiques directs ? e qu’ils régularisent l’action du système ner- 'X, c’est dire en d’autres termes : les anli-spasdiques sont des anli-spasmodiques ; mais au ins, si c’est se payer de mots, ce n’est pas exmer une erreur , comme lorsqu’à l’exemple de îlques pathologistes modernes , on spécifie datage et on dit : ils régularisent l'action de icéphale ; car l’encéphale n’est pas le foyer des smes , il n’est pour rien dans leur production nédiate. Plus que d’autres organes sams doute, :n souffre des retentissements violents qui ipent de perversion ses trois attributions les i importantes , savoir : le mouvement volone , la sensibilité animale et l’intelligence ,

mais ces désordres ne sont que sympathiques et ce n’est assurément pas en modifiant l’organe dont ils traduisent l’altération fonctionnelle que sont utiles les anti-spasmodiques. Celle question qui peut paraître oiseuse et le serait en effet , si elle était toute de curiosité et de satisfaction scientifiques , demande des développements dont la médication anti-spasmodique peut retirer quelque fruit. ,

Nous avons essayé de démontrer au commencement de ce chapitre ([ue les spasmes essentiels avaient toujours un foyer viscéral , que le fait d'un aura viscéral constituait le génie du spasme , sa véritable nature. Nous avons fait voir aussi , que là siégeait le puissance des instincts, qui loin de reconnaître l’encéphale pour point de départ , se l’appropriaient au contraire irrésistiblement et le faisaient servir sans la part de la volonté à leurs fins conservatrices , aux exigences impérieuses et admirablement aveugles de la vie qui doit se maintenir. C’est donc dans cerlaines conditions de l’innervation viscérale qu’il fautchercher la raison des spasmes essentiels. Qu’apprend à cet égard l’observation ? Quelles sont les circonstances où elle nous monlre l’innervation présidant aux fonctions organiques déviée, pervertie selon ce mode spécial qui caractérise l’état spasmodique? Ces circonstances sont : 1° La privation des matériaux sur lesquels opèrent les organes de la vie nutritive et dans l’élaboration desquels leur action doit s’épuiser. En effet, rien ne développe plus infailliblement la mobilité nerveuse et les affections spasmodiques que l’abstinence prolongée , la diète trop sévère , les spoliations humorales mais principalement sanguines , naturelles ou artificielles , portées trop loin. On peut ainsi créer à volonté des femmes vaporeuses et hystériques , des hommes flatulents et pleins de spasmes, de maux de nerfs, bientôt hypocondriaques. 2° Une autre cause bien efficace de la production de l’état spasmodique, ce sont les passions et bien plus les passions dépressives , qui jettent dans l’abattement ( telles que la peur , toutes les anxiétés morales , les affections tristes , l’envie ou la haine malheureuse, etc.), les passions expansives, stimulantes et qui doublent l’énergie vitale ( telles que la colère, l’orgueil, l’ambition ou l’amour heureux). Si ces passions , c’est-à-dire, cet état pathologique dû à des causes morales a une si énorme influence sur la production des spasmes , c’est qu’évidemment il intéresse les mêmes foyers de l’économie que ceux-ci , ue leur source est

MÉDICATION

commune, et comme nous l’avons déjà remarqué, l’opinion qui assigne aux passions un siège viscéral confirme noire doctrine des spasmes , laquelle à son tour éclaire et corrobore celle opinion. Cette seconde cause en définitive , comme la première , détourne des ades nutritifs la vitalité des viscères; car rien ne suspend et n intervertit les élaborations nutritives comme les passions que nous avons dit développer l’étal spasmodique essen tiel. 5° La présence dans l’organisme du principe goutteux (nous voulons dire de cette cause générale quelle qu’elle soit qui se manisfeste de temps en temps par des accidents locaux et généraux qu’on appelle attaques de goutte ) , principalement lorsqu’il commence à être engendré et qu’il produit les phénomènes de la goutte vague, froide ou erratique. On voit un grand nombre d’hommes (et toutes les femmes sont loin d’en être à l’abri) souffrir pendant plusieurs années de douleurs et de spasmes les plus variés et les plus nombreux lesquels aboutissent à une attaque de goutte articulaire régulière ou à un flux hémorrhoïdal , voire même à de simples marisques sans écoulement de sang, et tous les accidents de goutte vague sont dissipés dès ce moment. 4° Une prédominance constitutionnelle, un excès de développement primitif et congénial de l’innervation viscérale et des centres qui y président. On est forcé de supposer et d’admettre ce fait lorsque la diathèse spasmodique ne dépend d’aucune des conditions que nous venons de passer en revue précédemment. C’est chez cette classe de personnes nerveuses que les saisons chaudes , le séjour trop longtemps prolongé au milieu d’une température élevée, etc., etc., déterminent beaucoup de maladies vaporeuses et spasmodiques en même temps que ces circonstances affaiblissent les fonctions assimilatrices et jettent dans la langueur tous les organes chargé des actes de la vie nutritive. Nous avons déjà remarqué que l’existence seule de ce tempérament établissait chez ces personnes la mobilité nerveuse. 5° La prédominance absolue et comme tyrannique de l’innervation d’un organe ou d’un appareil tel que celui de la génération chez la femme, pendant toute la période dévolue à cet appareil pour le grand acte de la reproduction, surtout à l’époque où ce système va entrer en possession de ses imporianles attributions. Celte condition de développement des maladies spasmodiques est la plus fréquente et la plus féconde ; c’est à elle qu’est due l hystérie et ses innombrables phénomènes.

Nous pouvons bien omettre quelques autres conditions ou causes des spasmes essentiels, mais nous croyons avoir exposé les plus capitales : toutes celles qu’on y ajouterait seraient sans doute susceptibles de leur être subordonnées. Or, pour en revenir à la question du mode d’action des médicaments anti-spasmodiques , nous n’avons qu’une chose à dire, c’est que, par une propriété dont nous ignorons parfaitement le mécanisme , ces agents ont le pouvoir d’apaiser ou de régulariser d’une manière directe et immédiate l’innervation viscérale ou ganglionnaire ainsi déviée et pervertie. Nous ne saurions aller plus loin sans entrer dans le roman de la thérapeutique.

Mais comme on doit déjà le prévoir par l’énumération que nous avons faite des conditions qui amènent l’état spasmodique , ce pouvoir thérapeutique des médicaments que nous éludions existe à bien des degrés , et surtout produit des résultats bien variables pour leur sûreté et leur durée suivant que les spasmes sont nés sous l’influence de l’une ou l’autre de ces conditions. Ainsi pour la première série, c’est-à-dire, celle si commune et si infaillible dans ses effets où les affections spasmodiques sont survenues après des évacuations sanguines naturelles , mais bien plus souvent artificielles exagérées ou une diète intempestive, etc., les anti-spasmodiques ont bien à la vérité une action , maisi elle est toute passagère et uniquement palliative. A ce dernier litre pourtant , ils ont encore) une grand importance pour conjurer les accidents et permettre l’usage de médications plua radicales.

Quelles sont-elles donc dans ce cas ? La réhabilitation des fonctions végétatives générales créer un sang riche et agir en sorte que la puissance vitale soit toute employée à le faire servit aux actes de la nutrition , voilà le secret du Iraii tement, car ce sont les conditions contraires qui ont permis à l’état nerveux spasmodique de sa développer. Aux chapitres des médications to\ nique et excitante , nous traiterons avec ut soin méthodique et étendu des moyens les plui propres à réhabiliter la nutrition et par conséf quent à imposer à l’innervation viscérale un ca raclère de fixité et d’activité exclusivement enn ployée aux élaborations successives que doives subir les éléments réparateurs. Cette condilioni rien ne la trouble et ne la détruit autant que II soustraction des aliments et du sang. En effet l’assimilation de ces matériaux est le seul trava <

ANTI-SPASMODIQUE

uquel soient destinées les forces particulières ont la perversion engendre les affections spaslodiques. La soustraction de ces mômes matéiaux prive les forces en question de leur but , de •ur emploi naturel, régulier et déterminé, ce ui revient à dire , qu’elles n’offrent alors qu’aomalies, écarts, irrégularité, et c’est préciséîent là le caractère des spasmes essentiels, liions par anticipation que les toniques de la îatière médicale et en premier lieu le fer , puis >$ vrais toniques, c’est-à-dire une alimentation romplement réparatrice, un exercice musculire en plein air qui réclame, légitime et mette profit cette alimentation , forment le trailetent radical de l’état spasmodique développé par î premier genre de causes. Nous répétons que :s anti-spasmodiques ont alors une vertu palliave importante à utiliser. Ce point de notre îéorie sur la nature et l'étiologie des spasmes tsentiels , savoir, que ces affections sont trèsjuvent produites par tout ce qui peut détourner nnervation viscérale des actes qu’elle doit îcomplir pour l’entretien de l’individu , et en irticulier par l’anémie que sa cause soit médiate j immédiate, celle idée, disons-nous, bien u’implicitement exprimée par Hippocrate et lusieurs des médecins qu’on a honorés du om d’Hippocralistes , n’a été , que nous sachions j moins , nettement reconnue et formulée^ que ir nous. Quand même une observation attentive . bien faite n’y conduirait pas , les résultats îureux auxquels elle permet d’arriver dans la •atique devraient la recommander puissamment, ydenham agissait en vertu de celle idée lorsqu’il sait: « Ex omnibus quœnoshactenùs abundè mgessimus abundè mihi conslare videiur 'œcipuam in hoemorbo ( liysteria ) indicatiocurativam eam esse quœ sanguinis ( qui nrituum fons et origo est ) corroborationem idigitat • quo facto spiritus invigorati eum •mare possint ienorem qui et iolius corporis singularium parliumœconomiœ competit. »

Pour ce qui est de la seconde condition que )us avons indiquée comme développant l’état asmodique, c’est-à-dire, l’influence des pasans , tant qu’agit la cause de Ces affections moles , les anti-spasmodiques ont peu de portée d’effet ; mais il arrive que ces causes de tssions, de sentiments violents et tyranniques, rsqu’elles ont frappé longtemps et avec énergie «sent après leur cessation complète l’innerva- 'ii viscérale dans un état d’exaspération et de sordre , qui une fois acquis persiste par lui-

même comme un retentissement indéfini: c’est un tempérament nerveux accidentel. Dans ce cas, les anti-spasmodiques reprennent leurs droits de médication essentielle et peuvent souvent seuls suffire à la guérison de l’état spasmodique : mais tant que dure l’influence de la passion , c’est dans le triomphe de la raison, d’une grande énergie de volonté, d’une intelligence puissante et élevée , c’est-à-dire , dans le triomphe des plus nobles prérogatives du cerveau qu’il faut chercher les modificateurs thérapeutiques.

Les affections spasmodiques dues à l’existence, dans l’économie, du principe de la goutte, sont palliées et mitigées d’une manière assez satisfaisante par un cer tain ordre de médicaments anti-spasmodiques. Nous nous sommes déjà prononcés à ce sujet sur les propriétés spéciales du musc, du camphre, du castoréum, de l’éther à hautes doses, etc., etc. Nous n’y reviendrons pas.

C’est dans les affections spasmodiques que nous avons fait dépendre des deux dernières conditions organiques admises par nous comme favorables au développement des maladies nerveuses, que les médicaments dont nous parlons jouissent de la prérogative de médication essentielle ; car ici , on n’a plus , comme dans les séries précédentes , à s’occuper au delà de l’élément spasme d’un autre élément qui le domine et l’a produit , tel que l’anémie , une affection morale, le principe goutteux; tout est dans la diathèse spasmodique primitive , qui a en elle seule la raison suffisante de son existence. La maladie est simple (nous voulons dire non composée ) ; la médication doit l’être aussi, c’est-à-dire, ne doit consister qu’en un seul ordre de moyens quels qu’ils soient du reste, car nous n’avons jamais prétendu que les agents dont nous traitons actuellement soient les seuls qu’on puisse opposer aux affections spasmodiques : nous constatons seulement leur utilité et cherchons à donner les règles générales de leur emploi. Dans ce dernier genre de cas, il est encore pourtant quelquefois permis d’espérer , tant des puissantes distractions de l’esprit , que d’une alimentation fol lement réparatrice et largement dépensée par des exercices gymnastiques bien ordonnés, des fatigues musculaires journalières , en un mot , de l’ensemble des moyens qui peuvent diriger l’innervation viscérale tout entière vers les fonctions nutritives , il est permis , disons-nous , d’espérer de ces ressources combinées une guérison plus solide et plus durable que par les anti-spasmodiques seuls , bien qu’il

STUPÉFIANTS

soit alors toujours indispensable de les administrer et qu’ils rendent dans ces occasions d éclatants services; et puis mille circonstances peuvent empêcher la mise en pratique des moyens hygiéniques que nous venons d indiquer . les anti-spasmodiques restent alors au thérapeutiste comme de précieuses ressources. A 1 exemple de la plupart des agents dont la vertu est toute dynamique et ne produit pas de modifications matérielles , celle des anti-spasmodiques est fugace, prompte à s’user. Leur effet se fait remarquer rapidement ou bien il est nul. Les.gommes fétides font quelquefois exception à celte loi , d’ou découlent l’indication de renouveler souvent leur administration , de ne pas , lorsqu’il y a péril dans la demeure , se fier à leur action si elle ne s’est pas manifestée promptement , et cette autre indication très-capitale de ne pas abandonner ces médicaments , lorsque l’un d’eux n’a pas rempli le but qu’on se proposait. Cette règle de théra-

peutique est surtout vraie pour les substances dont nous traitons. L’éther ne réussit pas , donnez la valériane ; celle-ci échoue , recourez à l’asa fœtida , ainsi de suite , et il vous arrivera plus d’une fois de voir l’indication satisfaite par l’antispasmodique qui ordinairement réussit le moins sûrement. N’abusez pas pourtant de cette recommandation si les moments sont précieux, quand même pour vous l’emploi de ce genre de moyens serait parfaitement indiqué. Ils ne réussissent pas toujours. Bien plus, ils aggravent quelquefois l’état de certaines femmes nerveuses , et malheureusement nons n’avons aucun signe qui à -priori nous éclaire sur de pareilles contre-indications. Les distinctions qu’a voulu fonder à cet égard l’ancienne école de Montpellier sont insuffisantes et illusoires. Dans ces cas, qui à la vérité sont les moins communs, il faut franchement aborder une autre médication ; c’est d’eux qu’Hippocrate a dit: v. Invita Miner va nil quicquam moliendum .»

STUPÉFIANTS

OPIUM

Opium. Suc épaissi des espèces du genre pavot , et surtout du pavot somnifère , papaver somniferum , préparé en Turquie , dans l’Inde, etc., etc. 11 porte un grand nombre de noms , parce qu’il a été employé dans un grand nombre de pays de l’Orient , celui d’Opiura vient d’oVoî,suc; les Grecs le nommaient encore méconium , pavot ; les Arabes l’appelaient anision ; les Perses , affion , etc. ( Mérat et De Lens , Dictionnaire , Tom. 5. Page 48. )

Parmi les médicaments que possède la matière médicale , l'Opium est certainement l’un de ceux dont l’utilité , dont la nécessité soit le moins contestée ; et l’on peut dire de cette substance comme de quelques autres, en très-petit nombre, le mercure ,1e quinquina et le fer, etc., que, sans elles , la médecine serait impossible.

L’Opium était connu d’Hippocrate , qui ne l’a peut-être jamais employé , car le père de la médecine a certainement désigné une euphorbe et non le pavot sous le nom de (xnxuv. Les vertus hypnotiques du pavot n’étaient pourtant pas ignorées de l’antiquité , et les attributs que l’on donne à Morphée en sont la preuve évidente. Il est même extraordinaire que cet important médicament ait eu tant de difficulté à prendre dans la matière médicale le rang qu’il y occupe aujourd’hui , lorsque le hasard tout seul devait mettre sur la voie de ses propriétés médicamenteuses.

Diagoras , contemporain d’Hippocrate , connaissait l’influence que l’Opium exerçait sur les fonctions cérébro-spinales, et c’est pour celte raison qu’il l’avait proscrit. Cependant Sérapion

OPIUM

Héraclide de Tarente ne craignirent pas d’en lire usage quelquefois : niais l’Opium tomba de ouvrau dans l’oubli , à l’époque où les médecins recs vinrent s’établir à Rome et dans l’Italie, 'est à peine si Celse le conseille : Dioscoride et alien n’en parlent que bien peu , et , après eux , étius d’Amide, Alexandre de Tralles et Paul ’Egine , n’en font presque jamais mention dans mrs écrits. Néanmoins l'Opium entrait déjà omine un élément dont l’importance n’était pas oupçonnée dans defameuses préparations officiales, telles que le Mithridate de Daraocrale tant anlé par Pline ; la Thériaque d’Androinachus , lédecin de Néron , que Galien lui-même prépara uivent ; la niasse de Cynoglosse dont Alexandre e Tralles imagina la composition ; mais on peut ire que ce furent les Arabes Rhazès , Avicennes , venzoar , qui placèrent réellement l’Opium au mg qu’il mérite d’occuper.

A une époque plus rapprochée de nous , Tliéohraste Paracleseel le grand Sydenham r endirent l’Opium toute l’importance qu’il avait perdue mdant les siècles de barbarie ; et dè nos jours , découverte de la morphine dans le suc du paît a ouvert un champ encore plus vaste aux apicalions thérapeutiques de l’Opium.

Dans les deux derniers siècles et dans le nôtre , :s expériences nombreuses ont été faites dans le Jt de constater les propriétés toxiques et niédiimenteuses de l’Opium. Mais ces expériences ont pas été assez rigoureuses pour qu’on pût 1 tirer des inductions bien précises , et nous ’ons cru qu’il était nécessaire de les renouveler )n plus sur les animaux , car on ne pouvait rien i conclure de bien utile , mais sur l’homme luiéme , et les occasions se présentaient si souvent donner l’Opium ou ses préparations, qu’il ms a été possible de rassembler en peu de temps i grand nombre de faits dont l’analyse nous a induits à des résultats positifs. Les préparations Opium avec lesquelles nos expériences ont été itis, étaient 1 extrait aqueux et gommeux et s sels de morphine. Nous avons d’abord conslé qu’il n’y avait aucune différence d’action, i tenant compte des doses proportionnelles, dre l’Opium , ses préparations diverses et les ls de morphine. Alors choisissant les sels de orphine exclusivement , nous les avons arimislrés soit sur le derme dénudé ,soit par laveents.

Les auteurs qui ont écrit sur l’action de l’Opium de ses principes immédiats n’ont constaté ndanl l’usage prolongé de ces agents que la

continuation des effels primitifs avec des variations d’intensité. Une élude attentive n’a pas tardé à nous convaincre que ces effets, observés à des jours différents , se distinguaient par leur siège , leur nature , leur coordination ; qu’en un mol on pouvait reconnaître dans la médication par les narcotiques des périodes , comme on le fait dans la plupart des maladies : il nous a paru également qu’au milieu des variétés nombreuses que présentent ces phénomènes , il était possible d’apercevoir les relations qu’elles ont entre elles, soit dans un même appareil , soit dans des appareils différents ; qu’indépendamment des phénomènes communs déterminés par les sels de morphine et par l’Opium introduits par dans les premières voies , ou appliqués sur le derme dénudé, il y avait encore des phénomènes qui appartenaient spécialement à l’une ou à l’autre de ces méthodes. Guidés par ces premiers aperçus , nous avons été conduits à des observations , 1° sur la marche progressive des phénomènes qui se développent dans le cours de la médication narcotique ; 2° sur les relations que présentent les variélés de ces phénomènes ; 5° sur les modifications spéciales correspondant aux différents modes d’administration. Nous examinerons chaque phénomène sous ces trois points devue,enles considérant toutefois dans leurs rapports avec les doses du médicament , les sexes , les tempélamenls , la nature des maladies ; et après les avoir étudiées successivement par appareils, nous chercherons à résoudre quelques problèmes généraux sur le mode d’action de l’Opium.

Modifications de l’appareil digestif.

L augmentation 'de la soif est l’un des phénomènes qu ou observe le plus constamment à la suite de l’administration des opiacés ; un deraigi'ain ou un grain de sulfate ou d’hydro-chlorale de morphine , placés sur le derme dénudé , suffisent pour la développer un quart d’heure, ou tout au moins quelques heures après leur application ; mais elle suit d’une manière moins sûre et moins rapide l’administration interne de ce médicament : la sécheresse de la bouche et de la gorge accompagne toujours la soif, et quelquefois même il existe en même temps de la gêne dans la déglutition. Il est des cas , très-rares à la vérité , où la soif diminue et où la salivation devient très-abondante ; nous n’avons observé ce phénomène qu’à In suite de l’administration externe des sels de morphine , bien que souvent

STUPEFIANTS.

nous les ayons donnés intérieurement jusqu’à la dose de quatre, cinq et huit grains par jour. Il est à remarquer que, dans ces circonstances, la déglutition a toujours été facile , et que la diminution dans la sécrétion de la salive avait précédé le ptyalisme. Les malades soumis à 1 influence de la morphine n ont jamais éprouvé p^niçi'tiinie de la bouche , tandis que tous ceux à qui l’on a donné de la belladone ou du daturastramonium à dose suffisante pour produire des effets appréciables se sont plaints de ce phénomène comme du plus incommode qu’ils eussent éprouvé. 11 est à remarquer que ces derniers n’avaient point de vomissements et que les premiers en étaient très-fatigués; il n’y a donc point eu de rapport entre l’amertume de la bouche et les vomissements, et l’on ne doit point comme l’a dit M. Bally, considérer l’une comme l’avant-coureur des autres.

Tant que le malade est sous l’influence de la morphine , tant qu’il éprouve de la somnolence et cet étal de malaise qui précède les vomissements, il a du dégoût pour toute espèce de nourriture ; lorsque les phénomènes encéphaliques sont dissipés , ce dégoût peut se prolonger, mais souvent l’appétit revient avec la même force , et l’on est étonné d’entendre des malades qui absorbent chaque matin deux grains d’hydrochlorale de morphine demander l’augmentation de la quantité des aliments que l’on avait déjà accordés à leurs instances.

Il en est de la digestion stomacale comme de l’appétit : les fonctions de l’estomac se font mal pendant l’action de la morphine : aussi doit-on se garder de panser les vésicatoires deux heures avant ou après le repas ; toutes les fois qu’on oublie ce précepte . on s’expose à provoquer des vomissements , même après l’application d’un demi-grain de sel narcotique. Nous n’avons point établi le rapport qui existe entre le nombre de fois où la soif , la salivation , la perte d’appétit , etc. , ont été observées et le nombre de malades sur lesquels nous avons employé les préparations de morphine : pour que des résultats de ce genre pussent être obtenus , il faudrait interroger chaque jour sur les symptômes les plus indifférents et passer en revue une série de de trente à quarante phénomènes ; l’attention , dans une grande visite d’hôpital , ne peut se porter constamment que sur les plus remarquables ; ce sont aussi les seuls dont l’existence ou l’absence se trouvent indiquées dans toutes nos observations. De ce nombre sont les vomissements.

Les vomissements ont eu lieu chez plus des deux tiers de nos malades , mais avec des différences bien remarquables , suivant le mode d’administration , le sexe, le tempérament, la nature de la maladie.

En général , lorsque les sels de morphine ont été mis sur le derme dénudé , les vomissements ont eu lieu pendant les deux ou trois premiers jours de l’application , lors même que la dose ne dépassait pas un grain ; plus lard , les nausées ont seules existé et au cinquième, sixième jour de la médication, une dose triple ou quadruple de celle qu’on avait employée au début ne pouvait déterminer (je vomissements.

Dans l’administration des sels de morphine par la méthode interne , nous avons observé un ordre tout à fait inverse, c’est-à-dire que les vomissements ne paraissaient qu’au deuxième et même au quatrième jour de la médicaiion , et se prolongeaient ensuite durant toute sa durée ; et ne croyez point que l’on eût commencé par des doses faibles et qu’on eût la précaution d’augmenter par huitième ou quart de grain ; on commençait souvent par un et deux grains d’acétate de morphine pour doubler le lendemain, de telle sorte que des malades ont pris trois ou quatre grains d’acécate de morphine les deux premiers jours, et que d’autres sont allés jusqu’à cinq grains dans le même espace de temps, sans avoir de vomissements. Du reste , l’ordre que nous indiquons dans la succession des phénomènes a éprouvé quelques modifications. C’est ainsi que nous avons observé des vomissements dès le premier jour , où un grain d’acétate de morphine fut pris à l’intérieur, sur trois femmes sèches et nerveuses, dont une avait une névralgie sciatique , et les deux autres des douleurs ostéoscopes. L’observation reste vraie toutefois pour les hommes , et même pour les femmes affectées de rhumatismes , et c’est dans des maladies de ce genre que nous avons fait presques toutes nos observations.

lndépendammeut des faits dont nous venons d’indiquer les résultats , plusieurs autres démontrent quelles modifications remarquables le sexe apporte dans la susceptibilité à ressentir les effets des narcotiques.

Sur vingt-deux hommes qui , pendant deux ou trois jours dans les salles de l’Hôlel-Dieu, ont absorbé par la peau un grain au moins d’hydrochlorate de morphine, et chez qui le médicament a été continué à plus forte dose quelquefois plus d’une semaine , huit ont eu des vomisse-

OPIUM

lenls : sur vingt femmes placées dans les mômes (•constances, nous avons observé dix-huit fois : phénomène , c’est-à-dire que chez les hommes existence des vomissements a été à l’absence e ce symptôme comme 8 à 14, et chez les •rames comme 18 à 2, ou en d’autres termes , n les a observés chez les femmes trois fois plus nivent que chez les hommes.

En employant le sulfate de morphine à l’inléeur à peu près à la même dose qu’à l’extérieur, est-à-dire en commençant par un grain et allant isqu’à trois et quatre par jour , nous avons dérminé des vomissements chez des hommes quatre 'is seulement sur dix , et chez les femmes six ■is sur dix. La différence de susceptibilité qu’ont s individus de différents sexes à ressentir les ffets de la morphine s’observe donc à la suite de iuministration interne ou externe de ce medicaent. Ces faits bien constatés , si l’on remarque le tous les hommes soumis à nos observations aient des ouvriers vigoureux, et que les femmes /aient la plupart cette susceptibilité nerveuse si immune dans les grandes villes , même dans la asse pauvre , on verra que les individus doués il lempéramept sanguin sont ceux chez lesquels s sels de morphine produisent les vomissements vec plus de difficulté ; si l’on considère ensuite ue les deux femmes qui n’avaient pas vomi , ;algré des doses réitérées , étaient des femmes mpbatiques et portant des traces scrofuleuses ; je les femmes nerveuses ou ayant des névralgies )t été celles chez qui les vomissements ont été s plus fréquents, on n’hésitera pas à croire que sexe féminin , le tempérament nerveux , ont je influence sur les effets de la morphine et présposent aux vomissements. Il y a loin de ces ées à celles des auteurs qui ont considéré le rnpérament sanguin comme activant les effets i l’Opium.

Les envies de vomir avec l’état de malaise , de ;goùt qui les accompagne toujours , sont un nénomène beaucoup plus constant que les vodssements : sur trente-deux cas, nous ne l’avons j manquer que trois fois chez les hommes , et ir trente , qu’une fois chez les femmes. 11 est utile de dire que les vomissements n’ont jamais i lieu chez ceux qui n’ont pas eu des envies de unir. Les remarques que nous avons faites sur s vomissements par rapport aux doses et aux •oques de la médication s’appliquent donc aux ivies de vomir , et l’on peut établir ainsi d’une anière générale qu’un grain d’hydio-chlorale : morphine appliqué sur le derme avec aug-

I menlation progressive d’un demi-grain chaque jour, déterminera le premier jour, nausées , vomissements ; le second jour, mêmes phénomènes; le troisième ou le quatrième , nausées ; le cinquième ou le sixième , absence de nausées et de vomissements ; et qu’avec des quantités égale» données à l’intérieur, la progression sera inverse, les nausées et les vomissements manquant au début, et pouvant se prolonger jusqu’à la cessation complète de la médication.

Nous avons indiqué déjà les doses considérables de morphine dont nous nous étions servis, et nous n’avons pas déterminé cette prompte révolte de l’estomac , que M. Bally annonce devoir être la suite de l’administration de la morphine à la dose d’un quart de grain augmentée chaque jour d’une égale quantité. Une seule fois il nous a été impossible de dépasser un demi-grain ; c’était chez une femme extrêmement nerveuse , sèche, grêle , ayant eu pendant longtemps des attaques d’hystérie, et ressentant, à l’époque où elle prenait la morphine , des contractions involontaires dans les membres : cette femme réunissait l’ensemble des dispositions que nous avons fait connaître plus haut comme prédisposant aux vomissements. Il est , au reste , difficile d’établir d’une manière rigoureuse l'influence relative de chacun des éléments modificateurs , tels que le mode d’administration , l’époque de la médication , le sexe , le tempérament , la nature de la maladie; il faudrait pour cela avoir tenté des expériences comparatives , avec la facilité de faire varier un seul agent à la fois. Par là , on pourrait rigoureusement apprécier la cause de la différence qui existe entre une expérience et une autre ; mais en thérapeutique on ne peut , comme dans les sciences physiques , suivre une semblable méthode ; plusieurs conditions varient simultanément, et l’esprit fixe d’une manière plus ou moins arbitraire la part de chacune d’elles ; on ne peut guère démontrer que l’existence de tel ou tel modificateur sans préciser le point où commence son influence et celui où elle finit. #

Nous ne terminerons pas ces observations sur les vomissements sans faire remarquer que jamais ils ne nous ont paru accompagnés de symptômes de gastrite ; jamais des douleurs notables d’estomac ne se sont fait sentir ; jamais la langue n’a éprouvé de modification remarquable.

La partie inférieure de l’appareil digestif n’est pas modifiée d’une manière moins puissante que la partie supérieure; la constipation ou la diarrhée sont un des effets constants de l’emploi des

STUPÉFIANTS

sels de morphine ; mais ces deux effets reconnaissent des causes qui nous paraissent dépendre surtout de la différence du mode d’administration; la constipation a toujours existé :) la suite de l’administration externe , et la diarrhée n’a été produite par la morphine que lorsque celle-ci a été prise ù l’intérieur iî la dose de plusieurs grains, et après un usage de trois ou quatre jours au moins. Dans ces cas , au reste , la diarrhée était toujours précédée de la constipation, comme dans un catarrhe pulmonaire la sécheresse de la membrane muqueuse s’observe souvenl avanl qu’il survienne une expectoration plus ou moins abondante. Remarquez , au reste , l’analogie de ce phénomène, eu apparence singulier, avec l’étal des fluides de la bouche, qui tantôt sont supprimés et tantôt sont en excès. Nous pouvons , au reste, citer encore plusieurs exemple de ce genre, sur l’ensemble desquels nous reviendrons.

Les modifications les plus remarquables que les sels de morphine produisent dans le tube digestif sont donc la soif, la perte d’appétit, la difficulté des digestions, les envies de vomir, les vomissements , la constipation ou la diarrhée ; le rapport qui existe entre ces divers phénomènes est important à étudier; la soif , la perte d’appétit , les difficultés des digestions, la rareté des selles , voilé un ensemble de symptômes qui peut exister sans nausées , sans vomissements : les envies de vomir supposent tous les phénomènes antécédents comme les vomissements supposent les envies de vomir, et par suite toute la série des symptômes indiqués. Nous avons cru d’abord qu’entre les vomissements et la constipation il y avait un rapport déterminé, l’existence du premier entraînant celle du second; mais des observations nombreuses nous ont démontré que ce rapport était loin d’être constant , et que lorsque , par l’usage prolongé de l’Opium, la diarrhée s’établissait, les vomissements n’en continuaient pas moins.

Modifications dans les appareils des sécrétions.

En même temps que les glandes et les follicules du tube digestif sont modifiés d'une manière puissante par les sels de morphine , les autres organes sécré-'eurs exhalants ressentent des effets que nous devons étudier tout à la fois d'une manière absolue et relative.

La quantité de l’urine peut être augmentée ou diminuée :1a diminution se remarque plus souvent que l’augmentation-, mais l’une et l’autre

exigeai pour se développer, que les sels de morphine aient été employés au moins pendant deux jours ù la dose d’un ou deux grains. 11 est des cas où , dès le premier jour , un seul grain de sel de morphine suffit pour donner naissance à ces phénomènes. L’augmentation de la quantité d’urine est plus fréquente à la suite de l’administration interne des sels de morphine (pie lorsque ceux-ci sont placés sur le derme dénudé; chez les hommes , nous l’avons observée dans le cinquième des cas où l’usage des sels narcotiques a été suivi intérieurement pendant quelques jours. La diminution de la quantité de l’urine a été beaucoup plus fréquente que son augmentation , ef nous avons lieu de nous étonner que l’auteur d’un mémoire académique, sur les effets des sels de morphine , ait nié le'ur influence sur la sécrétion urinaire. 11 a mieux apprécié celle qu’ils exercent sur l’excrétion de ce fluide , en indiquant la difficulté qu’un grand nombre de malades éprouvent à uriner. Cependant , sous ce point de vue , noi observations sont encore peu d’accord avec lei siennes , car nous avons observé plusieurs foii cette difficulté chez des femmes, dont l’excrétior de l’urine n’est point , dit-il, rendue plus difficih par l’usage des sels de morphine ; nous avoir cherché si celte dissidence pouvait dépendre di l’usage fréquent que nous avons fait de la raé thode endermique ; mais , en relisant nos obser valions , en répétant nos expériences, nous avom noté la difficulté de l’excrétion urinaire , niêmi chez des femmes soumises depuis peu de jours i l’usage des préparations de morphine ; il est vra toutefois que les modifications des organes uri naires ont été plus constantes et plus notable: chez les hommes que chez les femmes.

Le rapport qu’ont entre elles la sécrétion de l’urine et son excrétion peut éclairer sur la cause qui modifie celle dernière. Dans le plus grand nombre des cas, les malades, après avoir fait de: efforts impuissants et prolongés , ne renden qu’une très-petite quantité d’urine; et dans cim cas, où nous avons été obligés de souder les ma lades , hommes ou femmes , nous n’avons retiri que de six à dix onces de liquide, quoique les malades n’eussent point uriné dèpuis un jour ot deux. Il est des cas , rares à la vérité , où le: efforts pour uriner étaient suivis d’une excrétioi très -abondante de liquide, sans que toute fois le regorgement ait jamais été observé.

A quelle cause maintenant rapporterons-nou cette difficulté dans l’excrétion de l’urine ? Devons nous l’attribuer au gonflementde la prostate

OPIUM

7lî

tais celte glande n’existe pas chez la femme, et ous. avons vu que les effets de la morphine taient les mêmes dans les deux sexes , à peu de hose près. A la paralysie de la vessie ? mais les bres musculaires du réservoir de l’urine ne perent jamais leur contractilité sans que tôt ou tard issue du liquide ne se fasse par regorgement. A i moindre quantité de l’urine sécrétée ? mais elle diminution n’est pas constante.

N’en serait-il pas de la vessie comme de la ouche? En effet, lorsque, par suite de l’action de i morphine , les fluides qui humectent la cavité uccaie et pharyngienne cessent d’èlre versés à la iirface de la membrane muqueuse, la dégluiiion devient fort difficile ; or le mucus qui revêt i membrane interne de la vessie doit être un gent de lubréfaction , et s’il vient à être tari , omme l’analogie et quelques observations direcîs tendent à le faire croire , il doit arriver que urine traverse moins aisément le col de la vesie, et que , par conséquent l’excrétion soit renue plus difficile.

Quoiqu’il en soit de cette explication, il n’en si pas moins fort probable que la diminution ans la contractilité de la vessie joue , dans celte irconstance , un rôle qui n’est pas sans imporance.

Nous pourrions dès à présent chercher quelles oïncidenees existent entre les modifications iniquées dans l’appareil digestif et celles que nous enons de signaler dans l’appareil urinaire ; tais, pour généraliser davantage nos obseralions , nous préférons parler d’abord de l’état e la peau.

lTne ou deux heures après que la morphine a té appliquée sur le derme dénudé, la sueur ruis- :lle quelquefois sur toute la surface de la peau; tais les premières parties où elle se manifeste ont ordinairement les membres sur lesquels les fils narcotiques ont été appliqués , et de là elle 'étend, de proche en proche, sur les autres paries du corps ; une fois établie, elle dure ordinaiement vingt-quatre heures; la chaleur de la eau est augmentée, et la face est plus ou moins olorée. La sueur se montre moins promptement, tais tout aussi constamment à la suite de l’adlinistration intérieure ; et sous ce point de vue os observations sont d’une telle identité «pie nous vous lieu de nous étonner qu’on n’ait pas insisté avantage sur ce phénomène. Aussi , toutes les >is que nous voulons produire un effet sudorifiue, c’est à la morphine que nous croyons devoir ecourir. Deux cas cependant s’éloignent de ceux

que nous venons d’indiquer : dans l’un, la sueur ne parut point; c’était une jeune fille narcolisée cependant d’une manière bien remarquable; et dans l’autre la sueur fut diminuée : le malade était affecté de rhumatisme.

Il està remarquer que très-rarement les hommes ont été forcés de changer de linge durant la nuit , tandis que les femmes le faisaient ordinairement trois ou quatre fois dans le même espace de temps. En rapprochant celte observation de celles que nous avons faites plus haul sur la sécrétion urinaire , on voit que la peau chez les femmes , les reins chez les hommes , sont relativement plus fortement influencés ; du reste, les sécrétions cutanées et urinaires se font constamment en sens inverse. Chez ceux dont les urines ont été très-abondantes , les sueurs l’ont été peu et réciproquement. Le malade dont la transpiration fut diminuée par l’application des sels de morphine urinait souvent , et rendait chaque fois près d’une livre de liquide.

La peau des malades traités par les sels de morphine est aussi le siège de démangeaisons plus ou moins incommodes. Les démangeaisons commencent ordinairement dans le membre sur lequel on fait l’application extérieure du sel de morphine , et se propagent au reste du corps , comme nous l’avons indiqué pour les sueurs. Quelquefoisc’esl par les paupières, le nez, le dos et les lombes , que débutent ces démangeaisons ; tantôt elles restent bornées à ces parties ; mais le plus ordinairement elles s’étendent à tout le corps , et restent plus vives dans les parties où elles ont commencé. Aussi, quelques heures après l’application d’un grain ou deux de sel de morphine , Yoit-on les malades se frotter les yeux et le nez, s’agiter dans leur lit , frotter les parties postérieures de leur tronc, et même se gratter les pieds et les mains comme s’ils avaient la gale. Le prurit qu’ils éprouvent est quelquefois si grand qu’ils ne peuvent goûter un instant de repos. Ces deux phénomènes, les sueurs et les démangeaisons, s’observent le plus souvent réunis ; ils peuvent cependant exister isolés, surtout au début de la médication. C’est ainsi que , chez quatre malades affectés de rhumatisme , et traités par l’application extérieure de l’hydro-chlorate de morphine à une dose moindre que celle d’un grain, nous avons vu des sueurs abondantes pendant trois jours, sans que les démangeaisons se soient manifestées. Nous avons observé des phénomènes à peu près inverses, c’est-à-dire des démangeaisons très-incommodes avec très-peu de

STUPÉFIANTS

sueur, chez un homme très-vigoureux qui avait eu deux grains d’hydrochloralc de morphine sur ses vésicatoires; enfin , chez plusieurs malades , nous avons vu une sueur très-forte découler du front , tandis qu’une démangeaison très-incommode existait au nez et aux paupières qui n’étaient pas même humides de transpiration.

Les démangeaisons sont-elles la conséquence des éruptions diverses qui se développent sous l'influence des sels de morphine? C’est ce que l’on ne peut admettre, puisque souvent le prurit existe sans éruption d’aucune espèce. Les éruptions, que l’on peut toujours rapporter à ces trois classes, prurigo, urticaire, eczéma, sont toujours accompagnées de démangeaisons ; elles se développent surtout à la face et autour des vésicatoires recouverts de sel de morphine , et doivent être considéréescomme des symptômes consécutifs aux sueurs et aux démangeaisons , dont l’apparition est beaucoup moins prompte.

Des phénomènes analogues à ceux que nous venons de décrire s’observent quoique moins souvent , à la suite de l’administration interne des sels de morphine; ils apparaisssent , en général, plus lentement et sont portés à un moins haut degré. La peau chez les femmes est plus vivement influencée que chez les hommes, ce qui s’explique aisément par la plus grande délicatesse du système dermoïde ; mais , par contre , nous n’avons jamais observé que deux fois chez les femmes la supersécrétion de l’urine, et elles nous ont paru aussi plus disposées à la constipation.

On voit , d’après les faits que nous venons de faire connaître , quelles modifications les sels de morphine impriment à la plupart des sécrétions. Celle influence ne peut donc pas être résumée , comme l’ont fait quelques auteurs , par celte formule : augmentation de l’exhalation cutanée , diminution des sécrétions internes. Ce cas est bien, il est vrai , le plus ordinaire ; mais des phénomènes inverses peuvent être observés, comme nous en avons indiqué des exemples. En général, toute sécrétion qui a été modifiée en plus a pu l’être en moins , et réciproquement ; mais l’ordre suivant lequel ces deux modifications se sont succédé n’a point été variable ; l’époque à laquelle ils se sont montrés a eu toujours quelque chose de constant : c’est ainsi que les supersécrétions ont toujours été précédées d’un étal inverse , et ne sont revenues qu’à une époque plus ou moins avancée de la médication. Nous ne parlons ici <pie des sécrétions dont le produit s’écoule au dehors et dont on peul apprécier l’étal avant et

après l’emploi des moyens qui les modifient. Iternarquez qu’avec la diminution de sécrétion a toujours coïncidé la gêne dans le mouvement des liquides qui doivent parcourir les voies que lubrifie la sécrétion diminuée ; la gêne de la déglutition n’a jamais existé avec la supersécrélion de la salive, et si la difficulté de l’excrétion urinaire coïncide avec la supersécrétion de l’urine, ce fait n’est pas en contradiction avec le précédent. L’urine, en effet, n’est pas l’agent de lubréfaction de la vessie, et le mucus est seul destiné à celte fonction ; l’urine dans ce cas , est donc pour la vessie ce que sont les boissons pour la cavité buccale.

Modifications de l’appareil génital.

L’exhalation menstruelle a été quelquefois modifiée. Chez huit femmes , parmi celles que nous avons traitées à PHôtel-Dieu , les règles sont devenues plus abondantes, ou bien elles ont paru plus tôt que d’ordinaire ; et même , lorsqu’elles avaient cessé depuis quelque temps , elle se sont rétablies pendant l’usage des sels de morphine. Nous citerons surtout une femme hydropique, chez qui elles réparurentlrois mois après leur suppression :1a dose d’acétate de morphine était continuée depuis sept ou huit jours , à une dose moyenne de quatre grains par jour. Chez cette femme toutes les sécrétions de la peau , du tube intestinal, des voies urinaires, étaient augmentées. Il fallait changer son linge de corps trois ou quatre fois dans la nuit , tant était abondante la transpiration; elle allail par jour six ou sept fois à la selle, urinant souvent et en grande quantité; et elle eût paru se sousLraire à la loi de compensation entre les fluides exhalés, si l’exhalation des séreuses n’eût diminué proportionnellement, et si la salivation n’eût été beaucoup moins abondante qu’avant l’emploi des narcotiques.

Modifications de l’appareil de la circulation.

Plusieurs des fondions que nous avons examinées jusqu’ici peuvent être modifiées sans que la circulation et la respiration le soient en même temps , mais il n’en est pas de même des sueurs, qui s’accompagnent toujours de chaleur, d’une coloration plus vive de la peau, de l’accélération du pouls et de la fréquence plus grande des mouvements de la respiration. Aussi est-il évident pour nous que les organes respiratoires et circulatoires ne sont , pas plus que les autres appa-

OPIUM

:il$ organiques , étrangers aux modifications jissantes que les sels de morphine déterminent ms l’organisme. Or, toutes nos observations démmt dans le même sens, et nous avons été fort .on nés en lisant , dans le mémoire de M. Daily , je les sels de morphine n’influent point sur les atlements du pouls et sur le caractère des iuspiilions, que tout au plus ils peuvent leur impriter une légère diminution ; or il nous paraissait iffieile de concilier ce ralentissement avec les leurs brûlantes dont nous avons parlé , avec ces durations animées de la face. M. Daily, qui ait bien aperçu cette contradiction , l’a fait •^paraître , en niant l’exislence des phénomènes s plus tranchés peut-être, savoir l’abondance *s sueurs et la chaleur de la peau.

f édifications de l'appareil nerveux de la vie de relation .

Nous arrivons à l’ensemble des phénomènes enqdiaüques déterminés par l’administration des :ls de morphine. L’attention des observateurs étant portée d’une manière plus spéciale sur cet rdre de phénomènes que sur ceux que nous veons d’examiner, nous n’avons que peu de chose ajouter A ce qu’ils oni fait connaître; aussi nous 'insisterons point sur le trouble de la vision , s tintements d’oreille, les douleurs et la pesanur de la tête , la faiblesse des muscles , etc. ous n’examinerons avec quelques détails que ce ii concerne l’état des pupilles , l’intelligence et sommeil.

Nous avons toujours trouvé , à une seule ex- •ption près, les pupilles resserrées, et ce resserent coïncidait toujours , lorsqu’il était trèsarqué , avec les vomissements, la tendance au mirneil , etc. ; en un mot , nous avons tournis remarqué, un rapport exact entre le resservent des pupilles et les phénomènes de narcosine. Ces faits parfaitement en rapport avec mxque M. Daily a fait connaître, ne s’accordent oint avec la description générale que M. Orfila donné des symptômes du narcotisme causé par üpium. Cet habile et consciencieux expérimenter considère la dilatation des pupilles comme i effet assez fréquent de l’action de l’Opium . ous ne pouvons expliquer une différence aussi unarquable entre nos résultats et les siens que m la différence des sujets sur lequels nos obseritions ont été faites : la plupart des expériences : M. Orfila ont été pratiquées sur des chiens, et s nôtres sur des hommes. Or on sait que l’in-

fluence des nerfs sur l’état des pupilles varie beaucoup dans les diverses classes d’animaux j et que, par exemple , la section de la branche ophlhal inique du nerf de la cinquième paire dilate la pupille des chiens et resserre celle des rongeurs.

En même temps que les pupilles sont resserrées , les paupières s’abaissent sur le globe oculaire ; elles ont une teinte légèrement violacée , qui se répand dans le sillon qui pari de leur angle

interne. Ges modifications , jointes à l’air d abattement et de faiblesse répandu sur toute la face , rend facile à reconnaître l’influence de l’Opium , porté à une dose un peu considérable. Quelque nombreuses qu’aient é;é nos observations sur les sels de morphine , quelque élevées qu’aient été les doses auxquelles ils ont été donnés , jamais nous n’avons observé de délire violent , de cris ; ce qui joint au resserrement des pupilles, établit une différence bien tranchée entre les effets des préparations d’opium et ceux de la jusquiame, du datura et de la belladone. Nous reviendrons plus lard sur celle différence.

Le sommeil produit par les sels de morphine peut être calme , lorsque la dose est faible et que le malade ne ressent aucune autre influence narcotique ; mais lorsqu’en même temps il y a des envies de vomir , des démangeaisons , du resserrement des pupilles , le malade est assoupi , il ne se réveille que pour s’endormir un instant après ; mais ce sommeil est de courte durée et presque toujours interrompu par quelques rêves pénibles. Cet état se prolonge tant que l’on ne discontinue point l’usage des sels de morphine et qu’on en augmente chaque jour la dose; mais lorsqu’on cesse cette médication après un emploi de quelques jours, l’insomnie la plus rebelle fatigue le malade , et pendant plusieurs semaines il peut se trouver dans l’impossibilité de dormir. Nous n’avons point parlé des cas où le malade , plongé dans le coma , est insensible à la plupart des excitations. Quoique nous ayons porté jusqu’à six ou sept grains en vingt-quatre heuresles sels de morphine à l’intérieur et à l’extérieur, nous n’avons jamais déterminé d’accidents aussi graves.

Considérations thérapeutiques.

Tels sont les résultals principaux de nos observations sur les effets des sels de morphine. Nouspourrons à présent considérer ses effets sous un> point de vue plus général, et rechercher lesapplications qu’on peut faire de leur connaissance à la thérapeutique.

STUPÉFIANTS

Les sels de morphine agissent-ils avec |>lus d’activité placés sur le derme qu’introduits dans l’esloiuac ? Pour résoudre ce problème , nous avons comparé les individus présentant le plus possible des conditions identiques, et absorbant un grain ou deux de morphine par la peau ou par l’estomac. Dans le premier cas, la soif , les vomissements , la somnolence , la pesanteur de la tête , le trouble 'de la vision , sont presque instantanés ; les malades commencent quelquefois à éprouver de l’ivresse deux minutes après l’application du sel de morphine sur le derme dénudé. Dans le second cas , les symptômes restent quelquefois une heure et même deux ou trois heures, avant de se développer , et les vomissements se font attendre ordinairement deux ou trois jours. Ces résultats , quoique étudiés sur des individus différents, démontrent bien que la rapidité de l’absorption est plus grande par la peau que par l’estomac , et ils nous suffiraient pour répondre à la question que nous nous sommes proposée ; mais , pour mieux l’éclairer , nous avons observé des individus soumis successivement à la méthode interne ou externe. Toutes les fois que cette dernière méthode a été substituée à la première , les effets ont été plus puissants si les doses sont restées les mêmes ; et , bien que celles-ci eussent été diminuées d’un quart ou de la moitié , les symptômes ont démontré une action aussi puissante. Ces résultats peuvent dépendre de ce que la force d’absorption de la peau est plus grande que celle de l’estomac ou bien de ce que ce dernier organe digère et modifie les sels qui sont introduits dans sa cavité , et alors il en serait de l’estomac comparé à la peau ce qu’il en est du même organe comparé au gros intestin. On sait , en effet , que les substances médicamenteuses prises en lavements agissent plus vivement qu’ingérées dans l’estomac , lorsque leur séjour est aussi prolongé dans un cas que dans l’autre; il est probable que cette différence dépend moins de la force plus grande d’absorption dans le gros intestin que de l’impossibilité où est cet organe d’altérer par la digestion les substances qui sont en rapport avec lui. Quand on considère la rapidité avec laquelle les vomissements se développent à la suite de l’application extérieure des sels de morphine , et le temps qui s’écoule entre l’ingestion de l’opium dans l’estomac et l’apparition des vomissements , on voit que ceux-ci ne sont point le résultat de l’action directe du médicament sur l’estomac , mais bien de l’influence exercée sur l’encé-

phale ; aussi trouve-t-on un rapport exact entre les phénomènes encéphaliques , suite de l’administration des sels de morphine , et les vomissements qui leur sont étroitement' liés ; aussi les femmes , plus facilement narcotisées , out-el'es des vomissements plus prompts, plus faciles que les hommes. Mais le même rapport n’existe pas entre les phénomènes nerveux et les modifications des autres appareils ; les urines peuvent être supprimées ou très-abondantes ; les démangeaisons , les sueurs et les éruptions de la peau peuvent être très-marquées , ou ne point apparaître , sans que les fonctions de l’encéphale soient modifiées en même temps et dans le même rapport : c’est que toutes les exhalations , les sécrétions, sont sous l’influence du système ganglionnaire , et restent indépendantes du système cérébro-spinal , et que l’action des sels de morphine sur chacun de ces systèmes varie sans doute par des circonstances qu’il ne nous est point encore donné d’apprécier.

On ne pourrait guère révoquer en doute l’influence des sels de morphine sur les ganglions , et ne pas lui attribuer l’état si remarquable de la sécrétion de la salive , de la bile et de l’urine , la sécheresse des intestins et l’augmentation de l’exhalation de la peau ; phénomènes dont l’ensemble montre qu’il est à peine une sécrétion qui reste dans l’étal où elle se trouvait avant la médication.

Parmi les phénomènes que nous venons de décrire , les uns se manifestent dès le jour où les sels de morphine sonl employés pour la première fois ; les autres se font attendre plus ou moins longtemps ; les premiers sont la soif , les vomissements , le besoin fréquent d’uriner , la difficulté de l’excrétion urinaire, les sueurs, les démangeaisons , la somnolence , la contraction des pupilles , l’air d’abattement et de langueur répandu sur la figure ; les seconds , plus rares et plus longs à se manifester , sont la salivation , la suppression des selles ou la diarrhée , la supersécrétion de l’urine , l’apparition des règles , l’insomnie opiniâtre. Ces dernières , quoique méritant d’être notées , sout loin de pouvoir aider dans le diagnostic spécial des empoisonnements par les divers narcotiques , soit qu’on les examine isolés , soit qu’ils se combinent dans les rapports que nous a\ons cherché à faire connaître. Les phénomènes indiqués dans la première série peuvent donc servir seuls de moyens de diagnostic ; ils ne manquent jamais , et leur étude nous paraît devoir conduire ù une détermination

OPIUM

réeise dis caractères propres à distinguer le îarcotisme produit par l’Opium des affections pii peuvent le simuler. Avant d’entrer dans l’exanen de ces faits , nous ferons remarquer que e narcolisme , suite de l’emploi des sels de morihine, peut consister seulement dans les symptônes que nous avons décrits , ou bien être porté usqu’à la perte complète de connaissance . Il mimait être confondu avec celui que détermine 'action des autres substances rangées parmi les îareotiques, telles, que lajusquiame , le datura tramoainm , la belladone , etc. Or ces médicanents , administrés à haute dose , causent une .‘norme dilatation des pupilles , les malades sont lans le délire , ils poussent des cris , et l’on est jbligé de les attacher pour arrêter leurs mouvenents désordonnés ; ils n’ont que rarement des ruptions à la peau ; on ne les voit pas frotter :on Ire les draps les diverses parties du corps , el •aremenl la transpiration est aussi abondante que orsque les accidents ont été produits par la mor- Dliine. L’ivresse causée par les vins et l’alcool se rapproche un peu du narcotisine produit par les >els de morphine , el souvent il arrive que les malades comparent ce dernier état au premier. Dans l’un et l’autre cas , il y a des vomisse- i menls , une sueur abondante , du trouble dans i les fonctions cérébrales ; mais dans l’ivresse les vomissements n’ont point le caractère bilieux ; ils exhalent , ainsi que l’haleine , une odeur alcoolique qui est caractéristique ; les sueurs ne sont point compliquées de démangeaisons à la peau ; il y a un délire variable , et l’aspect delà face est celui d’une congestion seulement , et non celui de la langueur et de l’abattement.

Il n’est pas de médicaments dont on ait mieux constaté les effets que ceux de l’Opium : il importait peu de connaître par quels moyens mystérieux , il produisait les phénomènes qu’on lui voyait produire , cependant cette recherche a gravement occupé beaucoup d’expérimentateurs. Quelques questions plus utiles ont été soulevées a celle occasion el la plus capitale a été la suivante: u L’Opium agil-t-il d’abord sur les extrémités nerveuses el son action est-elle de là transmise au cerveau par les conducteurs nerveux ; ou bien au contraire est-il absorbé et porté par les vaisseaux jusqu’à l’encéphale. » La première opinion eut pour elle la puissante autorité de Boerbaave et de son école. On ne pouvait expliquer par l’absorption la rapidité des effets de l’Opium , el d’ailleurs , en donnant à un animal une pilule d’Opium , il se produisait des plié»

nomènes toxiques fort graves , et la pilule n avait encore rien perdu de son poids. W liytt est conduit aux mêmes résultats par ses expériences ; il arrache le cœur d’une grenouille en même temps qu’il l’empoisonne avec de 1 Opium , et il voit la sensibilité s’éteindre aussi vite que si le cœur était entier : au contraire il laisse le cœut , en enlevant le cerveau et la moelle , et les cllets sont plus lents. 11 est vraiment superflu de discuter les singulières expériences de Whylt , et les conclusions plus singulières encore qu’il en tire ; le fait de Boerbaave semble avoir plus de valeur , el cependant il ne prouve rien contre l’opinion de ceux qui défendent l’absorption. Les expériences tentées dans ce siècle ont en effel démontré qu’il suffisait de quelques minutes pour que certaines substances fussent absorbées et pussent être reconnues dans le sang par l’analyse chimique. Quant à l'objection tirée du poids de la pilule , elle n’a réellement rien de solide , car il est tout simple qu’une niasse sèche cède à l’absorption une partie des éléments qui la composent, et qu’elle s’imbibe des sucs contenus dans l’estomac de manière à acquérir un poids plus considérable.

Il est au contraire facile de démontrer que l’Opium se transmet jusqu’aux centres nerveux par le système vasculaire. Monro répétant les mauvaises expériences de Whylt , obiienl des résultats complètement opposés ; il injecte de l'Opium dans les veines d’un annimal , et immédiatement se produisent les mêmes effets que si le poison était mis depuis longtemps en contact avec une autre partie ; et d’ailleurs les expériences sans nombre de Magendie , de Ségalas et de Fodéré , ne permet Lent pas de croire que l’Opium agisse sur le cerveau autrement que par l’intermédiaire des vaisseaux, excepté dans quelques circonstances que nous indiquerons dans un autre lieu.

Action thérapeutique.

Maladies des centres et des conducteurs nerveux. Les propriétés hypnotiques de l’Opium l’ont fait conseiller dans l’insomnie ; ce médicament est en effet un des plus sûrs moyens de procurer du sommeil ; mais le sommeil est ordinairement lourd , agité par des rêves pénibles , troublé par des réveils en sursaut ; et d’ailleurs , l’usage de l’Opiuin devient bientôt une cause nouvelle d’insomnie , l’organisme ne pouvant se passer de l’action de cette substance. On se voit

STUPÉFIANTS

alors obligé de recourir à des doses successivement plus considérables ; de là des troubles graves dans les fonctions de la vie animale et de la vie organique, troubles sur lesquels nous reviendrons un peu plus bas.

. Pour l’insomnie qui ne semble dépendre d’aucune maladie douloureuse ou fébrile, l’Opium nous semble être un médicament dangereux , et nous lui préférons de beaucoup les anti-spasmodiques et les tempérants.

La douleur est ordinairement soulagée par l’Opium , quelle qu’en soit d’ailleurs la cause ; non que le mal lui-même soit toujours calmé ; mais bien parce que le cerveau devient inapte à recevoir la sensation douloureuse , et pourtant l’action de l’Opium est mixte. Appliqué localement , il engourdit la sensibilité des nerfs de la partie sans influencer le cerveau j ici l’action est toute locale : porté dans le torrent de la circulation , il agit d’une part sur le cervau dont il engourdit la sensibilité , d’autre part sur les parties douloureuses dans lesquelles il est porté avec le sang.

La plupart des névroses ont été traitées par l’Opium : l’hystérie , la chorée , le delirium tremens , le tétanos, l’hydrophobie , l’épilepsie , les convulsions.

Uni aux anti-spasmodiques , l’Opium est évidemment utile dans l’hystérie ; une mixture dans laquelle entre l’Opium, l’asa fœlida et l’éther , nous a paru convenir à la plupart des phénomènes hystériques. Mais lorsqu’il existe des douleurs aiguës, telles que le clou hystérique, les crampes , etc., etc. , l’Opium doit être administré en plus grande proportion, et des topiques opiacés rendront , dans cette circonstance de grands services. Bichat conseillait dans l’hystérie les injections vaginales avec des préparations d’Opium.

La chorée ne cède pas toujours facilement aux bains froids par affusion ou par immersion , et aux médications diverses qui la modifient ordinairement. Dans les cas les plus rebelles nous avons d’abord tenté , en désespoir de cause , de hautes doses d’Opium , et nous sommes arrivés à des résultats si extraordinaires et si satisfaisants , que désormais nous avons traité toutes les chorées par cette méthode , et nous n’en avons vu qu’une sur quarlorze ne pas êLre rapidement guérie. Mais ici l’Opium doit se donner à des doses considérables , un , deux , et jusqu’à dix et quinze grains par jour : à l’Hôtel- Dieu nous avons porté chez une femme la dose

de sulfate de morphine jusqu’à huit grains dans les 24 heures. En un mol , nous faisons donner un demi-grain d’Opium d’heure en heure, jusqu’à ce que les mouvements convulsifs soient notablement calmés , et qu’il y ait commencement d’ivresse , puis nous entretenons toujours le malade dans le même état d’intoxication pendant cinq , six et même huit jours : nous nous arrêtons alors pour donner quelques bains et faire reposer le malade. Puis nous recommençons quelques jours après. Il est rare qu’au bout de quinze jours la chorée ne soit pas tellement modifiée, que la nature achève elle-même la guérison en peu de temps.

Dans la chorée alcoolique avec ou sans délire, si improprement nommée delirium tremens , l’efficacité de l’Opium a été dès longtemps con-: staté et nous avouons que c’est par là que nous avons été conduits à administrer l’Opium à hautes doses dans la chorée ordinaire. C’est à Simmons que l’on doit d’avoir osé le premier donner de fortes doses d’Opium dans la chorée alcoolique : Saunders vint ensuite qui publia de nouveaux faits et fit oublier ceux que Simmons avait fait connaître ; mais c’est surtout Wilicke qui mania le médicament avec une heureuse énergie qui fut depuis imitée par Sullon , Delaroche, Guersent , Duméril , Dupuytren , Rayer et nous-mêmes. Ce praticien donnait un demi-grain, un grain , et jusqu’à un grain et demi d’Opium toutes les heures jusqu’à ce que le malade s’endormît , et il a été ainsi sans inconvénients , jusqu’à 7, 21, 25 et même 27 grains d’Opium.

C’est avec la même méthode que nous avons très-rapidement guéri à l’IIôlel-Dieu de Paris , plusieurs chorées mercurielles fort graves. Mais nous avons remarqué que dans ce cas spécial , le délire succédait quelquefois à notre médication, et persistait pendant quelques jours.

Le tétanos, cette névrose si grave et si ordinairement mortelle a été toujours combattue avec l’Opiu m ; mais il faut arriver à une époque assez rapprochée de nous pour voir l’Opium administré dans celte maladie d’une manière vraiment utile : c’est en faisant prendre ce médicament à des doses vraiment effrayantes. Ainsi Monro a vu donner sans accidents toxiques 120 grains d’Opium dans un même jour : Chalmers , plus d’une once de teinture thébaïque , dans le même espace de temps. Murray parle d’un homme guéri après voir pris plusieurs jours de suite plus de 20 onces de laudanum , sans que cette incroyable dose produisit immédiatement ni sommeil ni résolu-

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on du spasme. Gloster parle d’un lélanique qui uérit après avoir pris 3 onces d’Opium : Liltleton t disparaître le tétanos chez deux enfants de ) ans, en donnant à l’un une once de laudanum quide en un jour Pt à l’autre 14 gros d’extrait Opium en 12 heures.

11 est extraordinaire vraiment qu’en présence e faits aussi graves et de témoignages aussi ombreux , les médecins de notre époque aient mployé avec une telle timidité un médicament ii n’a d’action dans une maladie presque confinaient mortelle que lorsqu’il est donné à 'énormes doses.

Toutefois un médecin de Montréal (Canada) préconisé dans ces derniers temps une méthode e traitement qu’il dit avoir été suivie des plus eureux résultats , c’est la combinaison de Opium et des affusions froides. Lorsqu’un maade est atteint de tétanos , il le soumet à une ffusion froide , prolongée assez longtemps pour u’il survienne une espèce de syncope 5 alors n enveloppe le patient dans des couvertures de line bien sèches et bien chaudes, ^ et on lui dministre une potion composée de vin chaud t d’Opium à une dose fort élevée. On recommence celle médication dès que l’on voit le pasme se reproduire , et ainsi de suite jusqu’à tarfaile guérison.

Mais ce n’est pas seulement sur l’usage intérieur e l’Opium qu’il faut compter pour guérir le étanos. Plusieurs auteurs ont conseillé d’appliuer ce médicament sur la plaie qui a été le point e départ de la névrose , etc. ; M. Lembert et , son exemple, d’autres médecins ont heureuseîent modifié le tétanos , en dénudant le derme u voisinage de la plaie et en le recouvrant d’un el de morphine.

Les succès obtenus dans le tétanos avaient ait penser à quelques médecins , que l’hydrohobie elle-même pourrait être guérie par de ortes doses d’Opium. Nugent cite un cas de guéison et Whytt en rapporte un autre ; mais ■’ranck qui a expérimenté dans le même cas et >ar la même méthode n’a vu aucun bon résultat uccéder 5 l’administration de ce médicament. >e nos jours, l’hydrophobien’a pu être influencée ar l’Opium , donné même à la dose d’un gros ; eut-être ici comme pour le tétanos , cette dose sl-elle insuffisante.

Quant à l’épilepsie, elle n’est modifiée par Opium que d’une manière immédiate , lorsque ar exemple , les phénomènes convulsifs se sucèdent avec rapidité et menacent prochainement

la vie dit malade. L’Opium modifie dans ce cas la disposition organique actuelle en vertu de laquelle les convulsions reviennent avec une fréquence insolite ; mais , cet orage apaisé , il n’empêche pas les attaques de se reproduire ultérieurement. On comprend alors comment , dans l’éclampsie , maladie toute soudaine et (pii passe avec autant de rapidité qu’elle a apparu , l’Opium peut rendre d’importants services.

Tant que l’Opium ne fut administré qu’à l’intérieur , on n’obtint pas dans les maladies névralgiques et rhumatismales les succès que l’on obtint plus tard en appliquant le médicament sur la peau qui recouvrait le lieu de la douleur ; et surtout on n’arriva pas aux résultats immenses auxquels on est parvenu depuis la découverte des sels de morphine , en appliquant le médicament sur le derme dénudé.

Les auteurs divers qui ont écrit sur les névralgies et surtout sur la névralgie faciale ont conseillé l’usage interne et l’application extérieure de l’Opium ; mais depuis que MM. Lembert et Lesieur eurent découvert la méthode endermique entrevue seulement avant eux , plusieurs médecins publièrent dans les divers recueils périodiques des histoires de névralgies et de rhumatismes guéris par l’application des sels de morphine sur le derme dénudé. Nous avons nous-mêmes tenté à cet égard , à l’Hôtel-Dieu de Paris , de très-nombreuses expériences et nous allons consigner ici le résultat de nos travaux et de ceux qui nous ont devancés.

Nous nous servons ordinairement, pour dénuder la peau , de vésicatoires ammoniacaux 5 cependant , dans quelques circonstances , et surtout pour la sciatique, nous préférons quelquefois les vésications oblenues au moyen des cantharides. Mais il y a dans l’application de ces vésicatoires et dans leur mode de pansement de trèsimportantes précautions à prendre que nous avons indiquées plus bas. (Voyez Vésicatoires. )

Le premier vésicatoire est appliqué le plus près possible du point d’origine du nerf douloureux ; on place sur le derme dénudé , un quart de grain, un demi-grain, un grain et jusqu’à deux grains d’hydro-chlorate ou de sulfate de morphine , et la dose est graduée en raison de la susceptibilité du malade.

Nous n’avons jamais vu , dans une névralgie superficielle, la douleur n’êlre pas calmée après un quart d’heure. Celte action, stupéfiante et sédative dure rarement moins de douze heures , et plus de vingt-quatre ; que si on veut éviter le

STUPÉFIANTS

retour de la douleur , il est important d’appliquer de nouveau la morphine , avant que son action locale et générale soit entièrement épuisée: nous avons donc fait un précepte capital de panser le vésicatoire au moins deux lois par jour. Mais il n’est pas moins important de continuer l’application de la morphine encore quelques jouis après que la maladie semble guérie. C est surtout dans la sciatique qu’il faut insister sur cette médication.

Les applications extérieures de morphine suffisent sans doute dans un grand nombre de circonstances pour guérir les névralgies ; mais il n’en faudra pas moins donner concurremment , dans un grand nombre de circonstances soit du quinquina , soit des solanées vireuses qui secondent merveilleusement l’action de l’Opium. Aussi sommes-nous dans l’habitude à la fin du traitement , de prescrire les pilules suivantes , que nous avons nommées à cause de cela , anti-névralgiques.

Extrait de slramoine . . . . dix grains.

Extrait aqueux d’Opium dix grains.

Oxyde de Zinc deux gros.

Pour 40 pilules.

Ces pilules sont administrées depuis 1 jusqu’à 8 dans les 24 heures. 11 faut avoir soin d’en porter la dose jusqu’au point où le malade commencera à éprouver un trouble notable de la vue et continuer ainsi au moins quinze jours après la cessation totale des douleurs.

Le rhumatisme local apyrétique , quelque douloureux qu’il soit, se guérit avec une grande facilité par l’application de la morphine sur le derme dénudé. Deux ou trois pansements suffisent ordinairement. L’Opium à l’intérieur et à dose élevée produit souvent le même résultat. Mais avec moins de certitude. Dans le rhumatisme articulaire général qui ne s’accompagne ni de tuméfaction des jointures ni de fièvre , l’emploi intérieur de l’Opium à hautes doses nous a semblé préférable et il est rare que cette forme de rhumatisme ne cède pas après deux ou trois jours de traitement.

Quant au rhumatisme articulaire aigu , nous l’avons vu céder quelquefois avec une grande facilité aux applications locales de sels de morphine; mais ici il faut deux fois par jour faire des pansements avec le plus grand soin. Multiplier les vésicatoires ammoniacaux en raison de la multiplicité des articulations envahies ; et seconder l’emploi de ce moyen , de celui des pur-

gatifs, administrés et dans le cours du traitement et après que les accidents sont entièrement dissipés. Nous renvoyons d’ailleurs pour l’exposé complet de cette méthode au mémoire que nous avons publié en 1852 dans les Archives générales de médecine , de concert avec M. le docteur Bonnet, chirurgien major de PHôlel-Dieu de Lyon.

Dans les otalgies , dans les odontalgies on a le plus souvent à se louer de l’application des sels de morphine sur le derme dénudé , derrière la mâchoire.

Maladies des appareils des sens. Le laudanum entre dans presque tous les collyres que l’on emploie dans les maladies aiguës des yeux. Il faut pourtant se garder d’administrer de l’Opium soit localement soit à l’intérieur , quand il existe une inflammation de l’iris , et préférer les solanées vireuses aux papavéracées. Nous avons vu plus haut, en effet, que l’Opium augmentait toujours la tension contractile de l’iris, et nous verrons plus bas que les solanées relâchent ce plan musculeux. Toutefois quand l’iris ne menace pas de. compliquer la maladie , les lotions faites avec du laudanum et à l’aide d’un pinceau sur les ulcérations et sur les laies de la cornée , auront le double avantage de favoriser la cicatrisation de l’ulcère et d’activer l’absorption de la lymphe plastique qui, interposée entre les lames de la cornée, a constitué la taie.

L’Opium a été regardé comme un des plus utiles moyens que l’on puisse employer dans les maladies éruptives de la peau. Sydenham regardait l’Opium comme un spécifique presque aussi certain dans les varioles confluentes , que le quinquina dans les fièvres intermittentes. Morton , Boerhaave, Van Swielen ne s’en louaient guère moins:DeîIaen l’administrait dans toutes les phases et dans toutes les formes de la variole. Mais c’était surtout dans les éruptions languissantes et anomales que Sydenham le conseillait à ses malades.

La même médication s’applique à la rougeole, quand cette pyrexie exanthématique s’accompagne d’une forte diarrhée et d’une violente toux, et surtout quand la diarrhée arrive pendant la période d’éruption , quand la convalescence se prolonge trop longtemps. Mais il n’en est pas de même de la scarlatine, maladie dans laquelle l’éruption a presque toujours besoin d’être modérée plutôt que favorisée , et dans laquelle les symptômes nerveux les plus redoutables éclatent dès le début. L’opium ici serait funeste.

Maladies de l’appareil de la respiration. L’Opium a été conseillé dans les maladies aiguës

OPIUM

3 la poitrine , et la méthode de Sarcône avait :quis dans le siècle dernier une grande célé- ■ilé. Cette méthode est la suivante: Saigner irgement et deux fois au moins dans l’espace de ois heures. Immédiatement après , un tiers de rain d’Opium de deux ou de trois en trois heu- 3s. Ordinairement la fièvre tombe avant que 1 on 3it à la quatrième dose. Que si la fièvre et le oint de côté restent aussi violents on revient à i saignée, à l’application des sangsues et des venuises sur le côté et ensuite à l’Opium. C’est de •lie manière que Sarcône prétend juguler la madie. Huxham . De Haen adoptaient une méthode îalogue; ils saignaient vigoureusement au déit ,mais ils ne donnaient l’Opium que lorsque la ivre était tempérée.

Il est impossible d’utiliser aujourd’hui les faits i ces auteurs, d’une part, parce qu’ils ont fort .al décrit la maladie , d’une autre part parce qu’ils >n fondaient sous le titre générique de pleurésie, l’inflammation de la plèvre, et celle du parenîyme pulmonaire. Or, la distinction est d’autant us importante à faire dans la pratique, que la eurésic- aigue simple est le plus souvent exemple î danger.

Dans la pleurésie aigue nous avons souvent ambaltu le point de côté par des applications cales de morphine sur le derme dénudé; et, dans ; plus grand nombre des cas, cette médication i simple a suffi pour faire disparaître et la douiur et la fièvre. Quant à l’épanchement il se réorbait tantôt rapidement, tantôt avec lenteur, ms qu’il fût possible de déterminer l’influence ue l’Opium avait pu avoir sur la résorption. Laennec avait l’habitude d’associer l’Opium à émétique dans le traitement de la pneumonie guë. M. Louis a adopté cette association; pour ous,nous ne la conseillons que le premier et le icond jour, et nous cessons l’Opium dès que la dérance est bien établie.

Dans le catarrhe aigu, dans les toux opiniâtres ui tiennent soit à l’inflammation de la membrane îuqueuse du larynx, soit à ces chatouillements icommodes que les mala-des éprouvent fréquemîent au larynx, les préparations d’Opium sont un es moyens les plus utiles.

C’est même de celte manière seulement que Opium rend de si grands services dans la phthie pulmonaire. II soulage un mal que l’art ne eut guérir et ici comme dans les cancers, il rend n peu moins pénibles les derniers moments des naïades.

Wbytt a préconisé l’Opium dans les accès

d’asthme nerveux. Ce moyen réussit, il est vrai, soit uni aux solanées vireuses, soit associé aux anti-spasmodiques.

Maladies de l'appareil de la circulation. La péricardite aiguë rhumatismale est avantageusement traitée par l’application locale des sels de morphine sur le derme dénudé. Nous avons plusieurs fois suivi cette méthode avec avantage à l’Hôtel- Dieu de Paris.

Maladies de l’appareil digestif. L’Opium est un des meilleurs moyens ù opposer au symptôme vomissement. Mais il faut se souvenir que l’Opium dès qu’il détermine quelques accidents nerveux est lui-même une cause très-puissante de vomissement, ainsi que nous l’avons établi au commencement de cet article, et chez certaines personnes il ne faut qu’une dose bien minime pour y donner lieu.

Dans les névralgies intermittentes de l’estomac que nous croyons très-différentes de ce que l’on comprend ordinairement sous la dénomination de gastralgies , l’administration de l’Opium en potion, ou l’application des sels de morphine sur le derme dénudé à l’épigastre, calme très-efficacement la douleur et en prévient souvent le retour. II en est de même des coliques rhumatismales, si toutefois on doit donner ce nom aux douleurs abdominales vives et soudaines qui succèdent quelquefois à la disparition d’un rhumatisme fixé auparavant sur une autre partie. L’Opium est encore le meilleur moyen de calmer la douleur colique , abstraction faite de sa cause.

C’est sans doute ce fait thérapeutique qui avait engagé les praticiens à traiter la colique de plomb par l’Opium à hautes doses. La méthode d’Huxham, de De Haen, deStoil, consistait à appliquer sur le ventre des fomentations fortement opiacées et à donner à l’intérieur de l’Opium jusqu’à ce que les douleurs fussent passées. On administrait ensuite quelques laxatifs. Sloll d’ailleurs, le plus chaud partisan de cette médication affirme que souvent il n’était pas nécessaire de donner des laxatifs, l’Opium seul suffisant pour résoudre le spame et pour rétablir les garde-robes.

Dans la hernie étranglée l’Opium a été donné avec moins d’avantages, il est vrai, que les solanées vireuses. Guérin de Bordeaux conseille dans ce cas des lavements opiacés, et l’introduction dans le canal de l’urètre, d’une sonde enduite de parties égales d’extrait aqueux thébaïque et d’extrait de belladone.

En parlant au commencement de cet article, de I ’intluence qucl’Opium exerçait sur les divers ap-

STUPÉFIANTS

pareils, nous avons vu qu’employé extérieurement, il amenait toujours la constipation; qu’à l’intérieur et surtout lorsqu’il était donné à des doses élevées, il Constipait au début; mais qu après quelques jours, il provoquait souvent la diarrhée chez ceux qui n’en avaient pas auparavant.

Celte propriété de l’Opium a été utilisée dans le traitement de la diarrhée aigue et chronique. Dans la diarrhée aiguë, les lavements, les potions et les fomentations qui contiendront de l’Opium suffisent ordinairement pour amener à fin la maladie ; mais dans la diarrhée chronique l’Opium ne calme que temporairement; et il faut promptement recourir à d’autres moyens, pour revenir de temps en temps à l’Opium, et, dans ce cas spécial, l’administration extérieure du médicament, et surtout celle de la morphine sur le derme dénudé sera plus utile que l’usage intérieur de l’extrait d’Opium.

De l’efficacité de l’action de l’Opium dans les coliques et dans la diarrhée, on en avait conclu à priori à son utilité dans le traitement de la dysenterie aiguë. Sydenham contribua le plus à accréditer la médication par l’Opium, après lui Sennert, Brunner, Wepffer et Ramazzini vinrent ajouter leur autorité à celle de l’illustre praticien de Londres; mais au contraire Degner, Pringle, Young, Zimmermann déclarèrent que l’Opium était pernicieux dans cette maladie. Les uns et les autres soutinrent leur opinion par des théories plus ou moins ingénieuses et par des faits; mais quand on lit l’histoire des épidémies de dysenterie observées par Stoll, on ne tarde pas à se convaincre que les dissentiments qui se sont élevés entre des praticiens également recommandables par leur savoir et leur probité médicale, tenaient à ce qu’ils avaient eu sous les yeux des épidémies dont le génie était différent.

Maladies de l’appareil génito-urinaire. Bien que la colique néphrétique soit causée, dans la pluralité des cas, par la présence d’un calcul dans les calices, dans le bassinet ou dans l’urètre, l’Opium peu néanmoins être employé avec avantage d’abord contre la douleur, et ensuite contre le spasme des conduits qui retiennent le calcul; ce n’est pas non plus sans grands avantages que les lavements opiacés sont donnés à ceux qui ont des pierres dans la vessie, ou qui souffrent d’un catarrhe aigu ou d’un rhumatisme du réservoir de l’urine.

Dans les chaudepisses cordées, dans les blennorrhagies aiguës de la femme, des injections

émollientes auxquelles on ajoute quelques grains d’extrait goinmeux d’Opium ou du laudanum de Rousseau, calment les douleurs trop vives, et hâtent la terminaison de la période inflammatoire. Il en est de môme des inflammations de l’urètre, ou du vagin, qui n’ont aucun caractère syphilitique.

Dans les douleurs utérines qu’elles soient un symptôme précurseur de l’avortement, ou qu’elles tiennent à une phlegmasie aiguë ou chronique de la matrice, A un déplacement ou à une névralgie de cet organe, les injections fortement opiacées et les lavements de même nature suffisent souvent pour amener un notable amendement.

La même médication est encore très-utile dans des aménorrhées qui ne sont pas liées à un état de chlorose; et l’influence qu’exerce l’Opium sur les fonctions utérines, influence que nous avons déjà fait connaître au commencement de cet article, avait dû nous conduire à administrer ce médicament toutes les fois que la suppression des règles s’accompagnait d’un étal congestif vers la matrice.

Les vertus anti-syphilitiques de l’Opium , ont été vei;s la fin du siècle dernier préconisées avec un enthousiasme presque aussi ridicule, que de nos jours l’heureuse influence du traitement anli-phlogistique exclusif, dans la vérole. Un fait de guérison extraordinaire par l’Opium, fait peut-être apocryphe, engagèrent Noolh et Michaelis à faire en Angleterre des expériences à ce sujet. Les premiers essais furent heureux, et la disparition des accidents primitifs fit attribuer immédiatement à l’Opium une vertu spécifique qu’il était loin de posséder : cependant l’illustre Cullen fût lui- même un instant ébloui par ces succès; mais l’expérience vint ensuite et démontra que l’Opium pouvait, il est vrai, modifier les accidents primitifs, que son association avec les mercuriaux était utile; mais que ce n’était qu’àvec le mercure seul que l’on pouvait compter sur une guérison solide.

11 est peu de médecins aujourd’hui qui ne soient dans l’usage d’associer l’Opium au mercure toutes les fois que cette dernière substance est administrée à l’intérieur. Tout récemment on a conseillé de traiter les végétations syphilitiques par l’application locale de l’extrait d’Opium en nature. Nous avons essayé ce moyen qui ne nous a pas réussi.

Maladies diverses. L’Opium a été conseillé par Cullen , par Gland, par Hufeland, dans les maladies typhoïdes et formellement repoussé par

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rctonncau , par Chomel et par un grand nom- •c d’autres praticiens distingués. Quant à nous , ous l’avons quelquefois administré dans la doliuenlérie et toujours nous nous en sommes lai trouvés, excepté dans les cas de perforation itc.-tinnle dothinentérique} mais pendant laconalesccnce de ces maladies , alors que les sympimes nerveux ont cédé et qu'il ne reste plus u'iine diarrhée rebelle , l’association dn qninnina à l’Opium peut amener une convalescence lus rapide et plus franche.

Dans la peste, l’Opium et les opials divers, ;!s que la thériaque, le milhridafe, le plutonium,

: diascordium , ont été conseillés à la fois comme loycn préservatif et curatif. C’est à l’expérience e prononcer sur ce point encore fort obscur. Quant à l'usage de l’Opium dans la fièvre inîrmittenle, il a été reconnu utile par un si grand ombre de bons observateurs , que l’on ne peut e point en faire mention , bien que toujours sans otite l’emploi du quinquina doive lui être préré. Avant la découverte du quinquina , l’Opium tait regardé comme un des meilleurs fébrifuges; araceise, Horslius, Ellmtiller, ‘Wedelius le douaient un peu avant le paroxysme de la fièvre Uermittenle. Berryat qui, le siècle dernier , a essuscité celte méthode , donnait , une heure à eu près avant l’accès, G ù 8 gouttes de laudatim de Sydenham aux enfants de 5 à 5 ans; 0 à 12 gouttes à ceux de 10 à 12 ans; et 18 u 30 gouttes aux adultes. Lind , Iloulston et dier de Genève veulent au contraire que ce inéieamenl ne soit administré qu’une demi-heure près le début de la période de chaleur.

Mais Causland s’est fortement élevé contre elle méthode, et tout en admettant que l'Opium md évidemment le paroxysme moins long et îoins douloureux , il affirme que la fièvre detenl beaucoup plus rebelle.

Plus haut , quand nous avons parlé des moificalions importantes que l'Opium exerce sur s appareils des sécrétions , le lecteur a pu pen- < r qu’il devait ressortir de ces phénomènes tielques inductions thérapeutiques. Nous avons n effet essayé d'utiliser celle influence de l’Oitun soit pour activer les sécrétions cutanées, ait pour en supprimer d’aulrcs.

Deux fois dans un cas d’hydropisic symptomatique d’une lésion du foie nous avons essayé ’cxciler une forte diaphorèse, et de diminuer n même temps l'exhalation séreuse du tissu celdaire et des cavités splanchniques. Nous somles arrivés à ce double but ; mais l’épanchement

abdominal n’a diminué que pendant quelques jours . et l'abondance extrême de la transpiration ne nous a pas semblé compenser utilement la suppression presque totale des urines , causée par les hautes doses d'Opium que nous avions administrées.

Les sécrétions muqueuses quelles qu’elles soient se suppriment au contraire presque complètement sous l’influence de fortes doses d’Opium. Ainsi les pblegmorrbagi.es pulmonaires, les catarrhes chroniques de la vessie sont rapidement modifiés, et, en continuant la médication pendant plusieurs jours , la membrane muqueuse perd peu à peu l’habitude de fluxion qu’elle avait prise.

C’est probablement d’après le même mode d’action que ce médicament est vraiment utile dans les hémorrhagies. Whytl le préconise spécialement dans les métrorrhagies qui suivent l’avortement ou la couche, et dans ce cas il l’associe ft l’acide'sulfurique. Nous avouons que nous expliquons mal celte influence , lorsque surtout nous avons constaté par l’expérience qu’il provoquait le flux mensuel. Toujours est-il que dans plusieurs cas d’hémoptysie nous avons administré l’Opium avec avantage.

Dans le ptyalisme mercuriel , Ilun ter conseillait des collutoires fortement opiacés. II nous semble que , dans ce cas , il serait bon de donner en même temps l’Opium à l’intérieur.

Déjà plusieurs fois , dans le cours de cet article, nous avons vu que l’Opium s'associait utilement à quelques substances médicamenteuses. Le but du médecin en faisant cette association peut être ou d’user des propriétés spéciales de l’Opiuin pour en obtenir un effet thérapeutique qui vienne en aide à l’action thérapeutique principale qu’il veut obtenir par l’autre médicament, ou bien de metire avec le secours de l’Opium l’organisme en état de supporter la substance médicamenteuse sur laquelle on compte spécialement. Ainsi en combinant l’Opium et le mercure , l’Opium et certains anli-spasmodiques, on utilise toutes les aclions thérapeutiques associées; mais si, lorsqu’un malade ne peut, sans vomir, supporter le sulfate de quinine , si on donne un peu d’Opium en même temps , l’Opium ne sert pour ainsi dire que de passe port , et le sulfate de quinine est ici le seul agent thérapeutique.

L’opium est un des médicaments dont les médecins et ics malades ont le plus de tendance à abuser. Mais on ne le donne pas toujours sans inconvénient. Dans les coliques violentes qui ac

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coinpagncnl une indigestion , dans les diarrhées ou dans toute autre supersécrétion qui auraient un caractère critique , en ce sens qu’elles soulageraient le malade , l’Opium pourrait devenir un médicament fort dangereux.

Quant à l’abus que les malades en peuvent faire , il a cela de grave , qu’i's sont obligés d’user de doses successivement croissantes , et qu’invités sans cesse par le bien être momentané qu’ils en éprouvent , ils finissent par se tenir dans un état perpétuel d’ivresse, et tombent bientôt dans ce marasme physique et moral où sont plongés ces orientaux que les voyageurs nous dépeignent et qui sont connus sous le nom de mangeurs d’Opium.

Principes immédiats de V Opium.

Les principes immédiats de l’Opium sont la morphine, la narcotine et la codéine.

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