PURGATIVE
seigle agit encore plus rapidement que le plus actif de ces purgatifs.
De quelque manière d’ailleurs que l'on envisage le mode d’action des substances purgatives, les phénomènes organiques sont toujours les mêmes : irritation de la membrane muqueuse , augmentation du mouvement péristaltique, des sécrétions gazeuses et folliculaires, coliques, augmentation du flux biliaire pancréatique; en définitive diarrhée.
Mais si les phénomènes sont les mêmes, l’ordre de leur apparition varie. Pour les purgatifs irritants directs, l’inflammation de la membrane muqueuse ouvrera scène, ultérieurement surviennent les sécrétions folliculaires et glandulaires, les flatuosités et les coliques. Pour les purgatifs indirects, les coliques commencent, c’est-à-dire l’augmentation du mouvement péristaltique, la congestion de la membrane muqueuse ; les sécrétions folliculaires et glandulaires ne viennent que secondairement.
Cette étude préalable était essentielle pour concevoir les anomalies apparentes que l’on observait dans l’influence des divers purgatifs.
On se demandait, par exemple, pourquoi l’huile de crolon liglium, d’épurge, de ricin. le calomel , faisaient perdre pendant plusieurs jours l’appétit aux malades , et les jetaient dans un état tout à fait analogue à celui que l’on a décrit sous le nom d’embarras gastrique? pourquoi les sels neutres produisaient un effet analogue, mais très-passager? pourquoi l’aloès , le jalap , le séné , purgeaient aussi activement et même plus activement que la plupart des substances que nous venons d’énumérer , sans amener, du côté de l’estomac, des troubles à beaucoup près aussi notables? pourquoi les purgatifs de la classe des euphorbiacées ne buvaient être longtemps continués sans un grand dommage pour la santé, tandis que les purgatifs salins et les purgatifs indirects avaient en général tant d’innocuité? Ce que nous avons dit plus haut répond à ces questions d’une manière assez satisfaisante.
Emploi thérapeutique des purgati/s. Constipation. — L’idée qui se présente au malade tout d abord et au médecin inexpérimenté, c’est de purger quand il y a constipation. O11 obtient en effet un soulagement immédiat, et l’accident que l’on voulait combattre a si vite disparu, et cela à si peu de frais , que l’on comprend peu comment pourrait être nuisible une semblable médication 5 et cependant il suffit d’étudier le
MEDICATION PURGATIVE.
mécanisme delà constipation pour se convaincre que si les purgatifs sont indispensables dans certains cas, ils sont nuisibles dans quelques autres.
La constipation peut être causée par un obstacle mécanique au cours des matières stercorales. Si cet obstacle est placé à une hauteur telle, qu’on ne puisse l’atteindre par le rectum , évidemment il faut y remédier par des médicaments capables de rendre les mat, ères plus liquides, de manière qu’elles puissent passer par une filière plus étroite 5 si l'obstacle est voisin de l’extrémité de l’intestin , évidemment il convient de lever l'obstacle avant tout, et les purgatifs ne viennent en aideau médecin que comme moyen dilatoire.
Mais le plus souvent la constipation tient à un état d’atonie du gros intestin qui reconnaît plusieurs causes, et peut occuper la membrane muqueuse seulement , ou à la fois la membrane musculeuse et la muqueuse. L’atonie musculaire se produit sous l’influence d’un grand nombre de causes, la principale est la rétention des matières slercorales. La rétention des matières stercorales est d’abord volontaire, et cela s’observesurlout chez les femmes : elles s’habituent à résister à l’aiguillon qui avertit du besoin d’aller à la garde-robe, et bientôt elles 11e se présentent plus ii la chaise que vaincues par un besoin pressant. lien résultedeux inconvénients : premièrement une insensibilité de plus en plus prononcée de l’extrémité anale du rectum, et en outre l’accumulation anomale des fèces dans le gros intestin. Chez les femmes, ce n’est pas toujours la mauvaise volonté, qui, dans les premiers temps, a amené la constipation : le développement de la matrice pendant la gestation, d’abord dans le petit bassin où elle comprime le rectum, et ne permet pas au bol exerémentitiel de descendre de manière à éveiller la contraction des fibres terminales de l’intestin, et plus tard au-dessus du détroit où elle appuie sur la portion iliaque du colon, et empêche évidemment les bols excrémenlitiels de cheminer vers l’anus.
Les déplacements et les engorgements chroniques de l’utérus agissent encore exactement dans le même sens que la gestation ; mais en outre ils ont une autre influence que nous allons signaler. et qui est fort remarquable.
Les femmes atteintes de déplacement ou d’engorgement chronique de la matrice 11e peuvent faire d’efTorts violents sans augmenlerleurmalaisc , et instinctivement elles sc retiennent, et
finissent par devenir réellement inhabiles à con-
I racler énergiquement les muscles de l’abdomen.
II en résulte que les matières sont poussées presque exclusivement par les contractions de la tunique musculeuse, et l’intestin n’est jamais complètement vidé.
La tunique musculeuse se distend , et le gros intestin finit par présenter une espèce de chapelet d’anfractuosités qui sont rudimentaires dans l’état normal, mais qui prennent alors un développement analogue à celui qu’on observe chez les solipèdes.
Or il est une loi de dynamique physiologique, c’est que les muscles perdent de leur énergie en raison de l’allongement mécanique de leurs fibres; de sorte qu’arrivées à leur point extrême d’élongation, celles-ci, réduites en quelque sorte à une espèce de membrane, n’ont plus qu’une contractilité à peine appréciable. Aussi voyonsnous. sur les cadavres de ceux qui ont été fort longtemps constipés , le gros intestin flasque et distendu comme une poche , tandis que chez ceux qui allaient régulièrement à la garde-robe , le calibre de l’intestin est complètement resserré et se moule en quelque sorte sur les matières peu abondantes qu’il contient. 11 est encore une portion du gros intestin qui peut devenir le siège d’une dilatation analogue; nous voulons parler du rectum lui-même au-dessus des sphincters. Ce conduit se distend en forme d’amphore, dont le goulot serait représenté par la portion supérieure du rectum ; le ventre, par la partie inférieure renflée ; le pied , par l’anus lui-même. Cette altération de texture reconnaît plusieurs causes , qui toutes en définitive sont analogues à celles dont nous avons déjà plus haut apprécié l’influence.
Quand le bol exerémentitiel descend dans le rectum, et que l’on résiste au besoin d’aller à la garde-robe, les matières finissent par s’accumuler en grande quantité, et par distendre mécaniquement l’intest n ; s’il existe un rétrécissement de l’anus, causé soit par un bourrelet hémorroïdal, soit par une induration squirrheuse, soit par une affection syphilitique ou une coarctation spasmodique tenant à la présence d’une fissure, le même effet se produit, et la dilatation, d’abord temporaire, finit par être continue.
II est bien évident que, pour remédier, à l’accident en lui-même, c’est-à-dire à la constipation, les purgatifs seront toujours indiqués , et trèsévidemment ils produiront un effet immédiat et satisfaisant ; mais l’usage des purgatifs est lui-
MÉDICATION
même cause de constipation , et cela d’après la loi de réaction si universellement applicable dans l’économie.
En effet, l’énergie avec laquelle l’économie réagit contre les modificateurs est toujours en raison inverse de la répétition d’action de ces modificateurs, de sorte (pie l’usage des purgatifs finira par rendre la membrane muqueuse du canal digestif déplus en plus insensible à l’action de ces agents, et à plus forte raison ù celle des agents naturellement et continuellement en contact avec le gros intestin ; nous voulons parler des excréments.
Loin donc de modifier heureusement la constipation , les purgatifs l’augmenteront et finiront parla rendre presque invincible.
La constipation qui lient à l’habitude de résister au besoin d’aller à la garde-robe cédera à l’habitude contraire, c’est-à-dire que le malade devra se présenter à la chaise toutes les fois qu’il y sera invité par la plus légère sensation du besoin. Mais si ce besoin ne se fait pas sentir, la volonté, et une volonté bien dirigée, suffira pour rendre aux organes une aptitude fonctionnelle qu’ils avaient perdue. Cette dernière proposition demande que nous entrions dans quelques détails.
Les actes sociaux, l’exercice des mouvements volontaires, des sens, etc., ne sont pas seuls soumis à la volonté, les appétits eux-mêmes s’y soumettent quoique indirectement, en ce sens que l’on peut soumettre ù l'habitude les appétits , et par conséquent les subordonner jusqu’à un certain point à la volonté qui ordonne les habitudes. Ainsi nous réglons, en général , notre vie «le telle manière que nous restons seize ou dixsept heures sans boire ni manger, intervalle qui sépare le dîner de la veille du déjeuner du lendemain ; et pendant ce long espace de temps, le besoin de manger ne se fait pas sentir. Que si nous croyons devoir prendre d’autres habitudes, manger un peu au moment du réveil et peu d’instants avant de nous endormir, la faim va se faire sentir quatre fois par jour, et naguère nous ne l’éprouvions que deux fois : de même pour le sommeil , de même pour les appétits vénériens.
Or le besoin d’aller à la garde-robe peut devenir et devient en effet une habitude. Il se fait sentir aux mêmes hcurep, comme le besoin de manger, et il suffit d’une volonté soutenue pour arriver à ce résultat.
Le point essentiel dans le traitement de la