‹ Traité de thérapeutique et de matière médciale [sic]Chapitre 240 sur 242 · EAUX MINÉRALES SALINES · texte numérisé non relu

EAUX MINÉRALES SALINES

tance s’il ne menait ù un autre qui est autrement capital. En même temps que la peau cesse d’être sensible à l’action du froid , les viscères cessent eux-mêmes de souffrir sympathiquement de cette sensation de refroidissement , sans doute parce que la peau a repris une aptitude réactionnelle plus énergique. Il en résulte que des personnes qui naguère s’enrhumaient dès qu’elles sentaient un peu de froid , ou qui éprouvaient de la diarrhée et des accidents divers, peuvent aujourd’hui braver impunément les rigueurs d’une mauvaise saison.

C’est d’après cette observation que nous sommes dans l’usage d’envoyer aux bains de mer les personnes que le froid impressionne vivement et qui, chaque hiver, éprouvent soit du côté de l’appareil respiratoire , soit du côté des viscères gastriques , des accidents souvent renouvelés.

Par un mécanisme analogue, les bains de mer modifient ces congestions viscérales habituelles si communes surtout chez les femmes. Il importe de nous arrêter un instant sur ce point de pathologie , et sur l’indication précise des bains de mer dans les congestions.

On remarque que , chez les femmes surtout , un organe , l’utérus , est soumis à des congestions d’autant plus faciles que naturellement le sang y est appelé chaque mois. L’habitude des congestions finit par amener un état fluxionnaire permanent , et des métriles chroniques , des déplacements de matrice et tout l’appareil de symptômes qui accompagne ces désordres organiques. La menstruation se dérange , ainsi que les autres fonctions de l’utérus. De là une multitude d’accidents généraux ; de là la stérilité.

Les bains de mer froids, par cette propriété qu’ils ont de rétablir dans l’économie l’égalité de la répartition de chaleur et parlant du fluxus normal , modifient d’autant plus rapidement ces désordres de l’utérus qu’ils durent depuis moins longtemps et qu’ils sont bornés à la simple congestion. L’expérience prouve en effet que les bains de mer guérissent le plus souvent les douleurs utérines qui accompagnent la menstruation , et , par suite , la leucorrhée et la pesanteur de reins qui suivent et qui précèdent les règles. On comprend peu, au premier abord , comment agissent les bains de mer dans les déplacements de l’utérus. On dit qu’ils sont toniques et qu’ils donnent plus de ressort aux ligaments de la matrice , explication aussi peu physiologique que peu anatomique ; les tissus fibreux en effet ne

subissent guère l’influence de la médication tonique ou débilitante ; mais l’influence des bains de mer est de toute autre nature. Ilne faut, pour comprendre leur mode d’action dans ce cas , que se reporter à l’origine des déplacements. Ils tiennent toujours ou du moins presque toujours a un gonflement de la matrice. Ce gonflement une fois déterminé , il faut de toute nécessité que le poids de l’organe l’entraîne en bas d’abord et dans diverses positions vicieuses , les ligaments étant essentiellement impuissants à maintenir l’organe en place du moment qu’il est hypertrophié.

Or, l’hypertrophie de la matrice reconnaît pour cause , ou l’inflammation chronique, ou la congestion répétée. Dans le premier cas , il faut d’autres moyens que les bains de mer; dans le second , les bains de mer , comme nous l’avons dit, remédient à la congestion, et par conséquent à l’hypertrophie. Sans doute la médication ne va pas directement contre l’hypertrophie; mais en empêchant que chaque mois le sang ne se porte activement vers l’utérus, il met l’organe dans les meilleures conditions pour que la résorption ait lieu spontanément. Remarquez que dans la phlegmasie chronique de la matrice, les bains de mer, bien que moins efficaces que dans le cas qui nous occupait tout à l’heure, rendent pourtant d’assez grands services en augmentant la tendance du sang vers la peau et en diminuant d’autant l’imminence de la congestion utérine. Ainsi , efficacité presque constante dans la congestion interne simple; utilité très-grande dans l’hypertrophie et les déplacements de la matrice entretenue par des congestions habituelles; utilité assez grande dans la phlegmasie chronique , entretenue par les congestions utérines habituelles.

On comprend tout de suite par quel mécanisme les bains de mer sont si utiles dans le traitement de la leucorrhée, de la gastralgie et de la constipation, qui se lient au mauvais état delà matrice.

Mais il est une vertu des bains qui est trop évidente pour qu’on la puisse contester , nous voulons parler de la faculté qu’ils ont de remédier à la stérilité chez les femmes. Quand la stérilité dépend d’une maladie de l’ovaire ou de la trompe , il est bien évident que les bains de mer sont tout aussi inefficaces que les autres moyens; mais quand elle tient à un état congestif habituel de la matrice, à un déplacement, les bains de mer, en remédiant à la cause, remédient ainsi aux effets.

EAUX MINÉRALES, etc.

Il s’en faut de beaucoup que les bains de mer chauds aient la même influence que les bains froids. Ils agissent par le calorique qu’ils contiennent, comme excitant général, en même temps qu’ils stimulent assez vivement la peau. Ils sont conseillés dans tous les cas où il existe une débilité générale profonde, comme dans les maladies scrofuleuses , dans la goutte atonique, en un mot dans presque tous les cas où nous avons conseillé les bains sulfureux.

Quelques eaux minérales, celles de Bourbonne, par exemple , ont pour principe minéralisateur le chlorure de sodium qui y est contenu en quantité beaucoup moindre que dans l’eau de mer. Ces eaux d’ailleurs ont exactement la même influence que les bains de mer chauds. Quand on les donne en douches , elles excitent fortement la peau sur laquelle elles sont appliquées , et l’excitation révulsive qui s’ensuit agit utilement pour modifier les phlegmasies qui occupent les articulations et la continuité des membres , et

qui reconnaissent pour cause principale l’affection rhumatismale.

Les bains de mer artificiels se composent en faisant dissoudre du sel marin dans de l’eau ordinaire. Pour 200 litres d’eau, on met habituellement 2 à 4 kilogr.de sel, c’est-à-dire 1 à 2 gram. par litre d’eau. On les donne alors ou froids ou chauds, suivant l’indication que l’on veut remplir. Les douches artificielles de Bourbonne se font de la même manière.

L’eau de mer , dans quelques circonstances , a été donnée à l’intérieur. Elle est vomitive et purgative en même temps. Nous doutons fort qu’elle agisse d’une manière spéciale et qu’elle soit de tout point préférable au sulfate de soude ou de magnésie. Ce qu’on en rapporte prouve une seule chose , c’est qu’elle agit un peu plus vivement que les eaux minérales qui tiennent en dissolution des sels neutres, et que d’ailleurs elle s’emploie dans les mêmes circonstances-

Page 1