‹ Traité de thérapeutique et de matière médciale [sic]Chapitre 239 sur 242 · EAU DE MER. — EAU SALÉE · texte numérisé non relu

EAU DE MER. — EAU SALÉE

L’eau minérale la plus abondamment répandue est l’eau de mer , qui couvre la plus grande partie du globe. Le chlorure de sodium , ou sel marin, doit en être considéré comme le principe minéralisateur, et, bien que, dans les différentes mers , les proportions de ce principe varient un peu , ces différences ne sont pas assez importantes pour que nous devions nous y arrêter.

Les bains d’eau de mer, conseillés chez les anciens comme bains de luxe et bains hygiéniques, ont été peu employés dans le but de remédier à quelques maladies ; mais , de nos jours , ils sont devenus l’objet d’une espèce de mode, et leur utilité thérapeutique doit être examinée avec soin.

L’action des bains de mer est multiple. Elle diffère suivant que les bains sont administrés froids , chauds , par immersion , par douches, etc., etc.

Nous traiterons d’abord de l’action des bains de mer froids, puisque c’est là la forme sous laquelle on les ordonne le plus souvent.

Toutes les fois que le corps est immergé dans l’eau froide , il s’ensuit une sédation subite qui porte son action principale sur le système nerveux, et les fonctions qui en dépendent le plus immédiatement. II y a diminution dans la fréquence du pouls et dans la température du corps. Si l’immersion a été de courte durée, il s’établit immédiatement , ou du moins presque immédiatement , une réaction caractérisée par l’accélération du pouls et par l’augmentation de la chaleur de la peau. En d’autres termes, l’immersion dans l’eau froide détermine un pa-

roxysme fébrile avec des stades de frisson et de chaleur. La réaction qui s’établit ordinairement avec facilité après un bain froid dans l’eau ordinaire, est d’autant plus vive après le bain de mer, que les sels qu’elle lient en dissolution sont eux-mêmes doués de propriétés excitantes. Ici donc le bain de mer ne différerait du bain de rivière que par l’énergie plus grande de la réaction qui suivrait.

Or il est d’expérience (et nous avons amplement traité cette question dans nos médications antispasmodique et antiphlogistique ) que l’excitation fébrile est en quelque sorte incompatible avec les spasmes : aussi ne devons-nous pas être étonnés que les bains de mer soient un des meilleurs moyens à opposer aux affections spasmodiques. Les faits démontrent en effet que les personnes nerveuses se trouvent bien de cette médication.

Mais il est une autre précaution sur laquelle on ne saurait trop insister. Quand les bains de mer , au lieu de durer deux , quatre, et au plus six minutes , sont pris au contraire pendant un quart d’heure , une demi-heure et même une heure, la stupéfaction primitive peut durer plusieurs heures , et la fièvre réactionnelle ou n’a pas lieu, ou se développe avec une intensité qui n’est pas toujours sans inconvénients. Remarquez en effet que , si la réaction fébrile n’a pas lieu, l’effet antispasmodique est seulement direct et moins persistant 5 et , si elle est trop forte , ellepeutêtre l’occasion de phlegmasies internes, ou tout au moins de congestions actives d’autant plus redoutables que déjà les organes seront préalablement congestionnés : aussi les médecins qui , dans nos climats , c’est-à-dire sur les côtes de l’Océan depuis La Rochelle jusqu’à Boulogne et dans toute l’Angleterre , prescrivent les bains de mer , recommandent-ils d’une manière trèsexpresse de ne rester dans l’eau que pendant trois ou quatre minutes ; tandis que , dans des climats chauds, et surtout entre les tropiques, les bains de mer n’ont pas d’effets excitants à beaucoup près aussi prononcés.

Parmi les effets des bains de mer, que l’on observe le plus communément, il en est un qui a une grande importance ; nous voulons parler de l’égale répartition de la chaleur animale. Les pieds, les mains, presque toujours glacés chez les gens nerveux, reprennent promptemeut une température normale j et la peau du corps, jadis très-sensible au froid , perd promptement cette susceptibilité. Ce résultat serait de peu d impôt'-

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