‹ Traité de thérapeutique et de matière médciale [sic]Chapitre 29 sur 242 · AMANDES AMÈRES · texte numérisé non relu

AMANDES AMÈRES

’s effets des amandes amères sur l'organisme.

Les propriétés toxiques des amandes amères dent connues des anciens. Dioscoride ( Mat. ‘d. , livre 1, pag. 1 7 G ) rapporte qu’elles donienl la mort aux renards. Wepfer , à uneépoe plus rapprochée de nous , fit sur cette submce, d intéressantes expériences, qui furent létéis par un grand nombre d’auteurs ; mais nos jours les travaux de MM. Brodie , Coullon, fermé , Orfila , Chrislison, n’ont presque rien ssé à désirer sur l’histoire toxicologique des landes amères.

Lue petite quantité d’amandes amères peut odmre des effets toxiques , et Chrislison raprle que le docteur Grégory ne pouvait manger moindre quantité de ces fruits sans éprouver effets d’un véritable empoisonnement, aux- .'ls succédait une éruption semblable à celle de ’ticaire. Chaque année nous voyons arriver des idents causés par l’emploi des amandes ainèdans les pâtisseries ou dans les bonbons , et Yirey (. tournai (le Pharmacie , loin. 2 ,

'• 201) parle des accidents que produisent vent les macarons dans la composition des- Is entrent beaucoup d’amandes amères.

M. Orfila a fait périr un chien en lui faisant avaler vingt amandes ( Toxicol. , loin. 2, pag. 170) ; Wepfer a Jué un chat eu lui donnant un gros d’amandes pilées. ( Cicutco aquaticœ historia et no.vœ , pag 241). Les Ephéméridcs des curieux de la nature et divers recueils rapportent un grand nombre de faits semblables. On lit dans la Bibliothèque germanique qu’un naturaliste prit quatre onces d’amandes ainèrcs, et qu’il éprouva tous les effets d’un empoisonnement auquel il eût succombé s’il n’cùt pas été secouru à temps. Le même recueil rapporte l’histoire de trois enfants qui en mangèrent une assez grande quantité, et qui éprouvèrent de graves accidents. Coullon {Recherches sur l’acide hydrocyanique) cite des laits assez nombreux , desquels il résulte que des quantités notables d'amandes amères ont déterminé chez l'homme des accidents graves que le vomissement seul a dissipés; et le docteur Kennedy ( London , med. arul. p1\ys. Journ. loin, lvii, pag. 150) a vu mourir un homme qui avait mangé une grande quantité d’amandes amères. Wepfer ( loc.cil .) fait observer que l'empoisonnement est beaucoup plus actif si l’on ne dépouille pas les amandes de leur enveloppe.

Les effets délétères de l’huile essentielle d’amandes amères soûl beaucoup plus sensibles. Davies les avait signalés depuis longtemps ; et il avait fait périr un serin en deux minutes, en lui déposant dans le bec une goutte de cette huile. La même quantité mise dans la bouche d’une grenouille , causa immédiatement des accidents nerveux fort graves , et ce reptile n’échappa à la mort qu’en se plongeant dans l’eau. Sœmmering fils a répété ces expériences, et a obtenu les mêmes résultats. {Journal de Phar. , loin. 5, pag. 544. )

Des accidents sont souvent causés en Angleterre par l’emploi de l’huile essentielle des amandes amères, que l’ont vend dans le commerce et chez Ions les droguistes sous le nom d’huile de noyaux de pêche ( Chrislison , on poisons , p. G80). Wons lisons dans les Transactions philosophiques, année 1811, p. 185, que M. Brodie faisant des expériences sur ce poison, en mit une petite quantité sur sa langue, et qu’il éprouva des accidents nerveux assez graves et Merlzdorff ( Journal complèm., t. xvn. p, 56G) a rapporté avec des détails fort curieux l’histoire d’une hypocondriaque qui prit deux gros d’huile essentielle et périt en une demi-heure.

M. Nillcimé, essayant le mode d’aclion des deux principes de 1 huile essentielle d’amandes

STUPÉFIANTS

amères reconnut «pto la portion incrislallis.dite

était douée de propriétés vénéneuses cxtrément actives, tandis que l’auti eétait tout ?» fait innocente. Une gouttelette de la première fit périr un moineau en vingt-cinq secondes, et un cabia.s dans l’espace de dix-huit minutes. (Journal dophar-

macie , loin, vin, p- 50t. )

11 est assez remarquable que l’huile fixe extraite par expression des amandes amères n ait , le pins souvent, aucune des propriétés vénéneuses du fruit. Celte observation avait été déjà faite par Murray ( Appar . mcdicam., t. iii , p. 259) , et cet auteur prétendait qu’on pouvait prescrire indifféremment l’huile d’amandes amères ou celles que l’on lirait des amandes douces. Celle assertion de Murray se trouve répétée par la plupart des écrivains qui se sont occupés de matière medicale. Cependant , M. Cotillon raconte qu’une femme fit prendre à son fils , âge de quatre ans ,

l’huile exprimée d'une poignée d’amandes amères; c’était dans le but de tuer des vers intestinaux. L’enfant fut immédiatement saisi de coliques, de convulsions, et périt an bout de deux heures ( loc . cit. , p. 60). 11 était d’un haut intérêt de rechercher les causes qui avaient pu influer tellement sur les résultats contradictoires obtenus par Murray et par M. Coullon. Les travaux de MM. Robiquet et lîoulron-Charlard ont rendu compte de celle différence.

Veau distillée d’amandes amères a une activité considérable qu’elle doit à l’huile essentielle qu’elle tient en dissolution.

Le tourteau qui reste lorsqu’on a exprimé l’huile fixe des amandes amères est extrêmement

vénéneux, parce qu’il contient encore toute l’huile essentielle , et on peut lire dans les Éphémèrides des curieux de la nature, (déc. 1 , ann. 8. p. 184), (pie plusieurs poules périrent pour avoir mangé de ce résidu.

Symptômes de V empoisonnement ï>ar les amandes amères.

Les symptômes de l’empoisonnement par les amandes amères sont les mêmes soit que le fruit ait été pris en substance, soit (pie l’huile essentielle ait été seule ingérée , ou pure ou mêlée avec d’autres éléments.

Les expériences sur les animaux ont donné presque toutes des résultats analogues. Peu après l’ingestion du poison , des convulsions se manifestent, qui prennent quelquefois le caractère tétanique , et s’accompagnent souvent de cris et

d’antres signes de douleur. En même temps les mouvements de la circulai ion et de la respiration sont accélérés ; mais après une période de temps qui varie depuis quelques secondes jusqu’à dix minutes , une demi-heure et même davantage , suivant la dose de l’agent vénéneux, des phénomènes de prostration remplacent les mouvements convulsifs qui s’étaient d’abord développés; le; animaux ne peuvent se soutenir, la paralysie fait de rapides progrès; les mouvements du cœur et de la respiration se ralentissent , un calme profond survient , et l’animal meurt sans convulsions.

Mais quand la dose est considérable . la mort arrive dans l’espace de quelques secondes; une secousse convulsive, violente , suivie immédiatement d’une complète résolution, indice de la cessation sumultanée des fonctions de la vie animale et de la vie organique , tels sont les seuls phénomènes appréciables pendant celle scène rapide.

Les symptômes observés chez l’homme par Coullon, Mcrlzdorff , Kennedy , ne diffèrent que peu de ceux que nous venons de signaler. Toutefois les vomissements se montrent assez sou\cnl, circonstance favorable à laquelle bien des per sonnes ont dû leur salut ; et il n’est pris rare noi plus d’observer des coliques, de la diarrhée et di météorisme. Les convulsions sont en généra beaucoup plus rares chez l’homme que chez Ici animaux, et c’est une observation que nous.avom eu souvent l’occasion de faire pour presque loin 1rs poisons narcotiques ou narcoüeo-âcres.

Ces symptômes , sur lesquels nous ne nom sommes presque pas arrêtés ,sonl tout à fait Ici mêmes que ceux de l'empoisonnement par l’acidt hydroeyanique , par les amandes de la pêche des cerises, etc., par le laurier-cerise, en unino par toutes tes substances végétales qui renfer ment une grande quantité d’acide prussiqud C’est, en effet, par l’acide hydroeyanique seule] ment que les amandes amères sont aussi activa ment délétères, et on le conçoit aisément si l'oi songe que suivant Kruger de Rostock, les aman des amères peuvent donner un 90e de leur poii d’huile essentielle (Buchner' s repertorium fia die pliannicae, tom. xu, p. 155).

Or , celle huile contient une quantité consiili rallie d’acide prussique anhydre. Schrader tiré 8 , 5 pour cent d’acide d’une huile qui avaj déjà vieilli , et 10,75 pour cent d’une huile efi sentielle récemment obtenue (Fcchner's Jtcyn torium der organis>ehen Chemie , t.n, p. ô| et Gopperl à démontré 14 , 33 pour çenl d’aci; hydroeyanique pur dans de l’huile bien préparç

CYANOGÈNE.

’usls Magasin fur die gesammle Uie/kunde, XXXII, p. 500).

11 esl facile, d’après ces analyses, de calculer îs doses d’amandes amères (pii pourront prouire l’empoisonnement ; il suffira pour cela de onnaître la portée toxique de l’acide liydroyanique.

Les altérations anatomi<iues trouvées à l’ouerlure des corps, le moyen de constater l’emlisonnement après la mort et durant la vie , traitement de l’empoisonnement sont les mêles que pour l’acide liydrocyanique. Toutefois ous ferons remarquer que la couleur lileuc del bile n’a été signalée que dans le cas d’empoi •rmement par l'huile essentielle d’amandes amè- ■s que Mertzdorff a rapporté et dont nous avons :jà parlé : ajoutons que si l’on trouve dans l’es mac ou dans les matières vomies de la pulpi amandes amères ou de fruits A noyaux , on sera duit à penser que l’empoisonnement u’a point é produit par l’acide prussique pur, ou par des ux distillées qui en continssent.

letton thérapeutique des amandes amères.

Les amandes amères en nature , en émulsion , t bien encore l’eau distillée qu’on en relire, sont nployées en thérapeutique dans les mêmes cas ie l’acide hydrocyanique, auquel Irès-probableenl elles doivent leurs propriétés. Cependant a cru leur reconnaître quelques propriétés spédes qu il ne sera pas inutile d’indiquer.

Suivant Dioscoride, cinq ou six amandes araèi suffisent pourdissiper l’ivresse. Cette opinion lit pi ob.iblement accréditée chez les anciens ;

• Plutarque raconte que le fils du médecin de muereur Tibère tenait têteaux plus intrépides vi-urs , en ayant soin de manger quelques landes amères. Cependant Lorry dit avoir •’0uvé un sentiment d’ivresse pour en avoir >ngé douze. Ce fait , s’il est vrai, n’infirmerait rnn les assertions de Dioscoride, car nous Jons (lue ''ammoniaque, qui produit elle-même phénomène d’une sorte d’ivresse, dissipe idemment les fumées du vin chez une foule de "sonnes.

La vertu diurétique de ces fruits a été recone également ( Éph. nat. cur. , Déc. 1 , A un. obs. //, p. 88-3) ; et dans le même article on tend que les amandes amères tuent rapide- "l les vers intestinaux. Cette dernièrepropriété te constatée par Wielbel , qui, parce moyen ,

évoque l’expulsion d’un lœnia Journal ttifeland , 1800).

Bergius {Mat. med ., pag. 413) affirme qu’une livre ou deux d’émulsion d’amandes amères donnée dans l’intervalle des accès , guérit les fièvres intermittentes qui ont été rebelles h l’action du quinquina. Cullcn , Ilufeland , Frank et surtout Mylius, ont soutenu hautement celte idée thérapeutique. Ce dernier préfère les amandes amères A tous les autres succédanés du quinquina. Il lait faire une émulsion avec un gros et demi ou deux gros d’amandes dans trois ou quatre onces d eau, et il fait prendre cette dose en une fois, une heure avant l’accès. Il prétend «voir guéri par ce moyen dix sept maladies dans l’espace de deux mois : pour quelques-uns il n’a fallu que tiois doses , d’autres en ont pris jusqu’à onze.

( Aouv . Journ. deméd ., tom. v, pag. 120.)

Frank, qui avait répété les expériences de Bergms et de Mylius , approuve la pratique de ces deux auteurs seulement il ajoute à l’émulsion un ou deux gros d’extrait de petite centaurée.

Quant à l’action des amandes amères dans •'hydrophobie, nous n’y pouvons croire, quoique Thébéaius {Nova acta nat., c-urios ., tom. 1 , p. 181) cite douze cas de guérison obtenue par ce moyen. Mais la partie mordue par l’animal enragé avait été d’abord scarifiée et recouverte de ventouses, on avait administré des bains , et l’on faisait manger quelques amandes matin et soir pendant une ou deux semaines. Remarquons que jamais Uiébesius n a prétendu avoir réussi dans la rage confirmée : et d’ailleurs en lisant son travail, on est étonné de l’omission de tous les détails importants , au point que l’auteur ne cite pas même le nombre d’amandes amères qu’il donnait à ses malades.

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