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Partie thérapeutique

La connaissance que l’on avait des propriétés drewses du Datura stramonium , l’analogie et nème l’identité d’action de celte plante cl de la >el!adone, engagèrent les praticiens à l’essayer i lans des cas où celte dernière réussissait.

Storck ( Libellus quo demonstratur Stramouüm:etc etc. Y indobonæ, 17G2) passe pour être e premier qui essaya d'utiliser les propriétés actifs du Dalura Stramonium. I! traita cinq malais : deux atteints de folie , un de danse de Sainljuv, et deux autres d’épilepsie : le premier naïade était une jeune fille de douze ans, folie li-puis deux années. Storck coifimença par un lemi-grain d’extrait de Stramoine malin et soir. Il 7 eiJt de l’amélioration dès la troisième semaine : >n continua pendant deux mois , en augmentant l'un demi-grain . Pendant ce traitement, la eune malade recouvra graduellement la raison, .e second fait n’est pas moins curieux: il s’agit 'une femme de quarante cl quelques années, ni, depuis deux ans, éprouvait des vertiges : peu peu, la raison s’était altérée, et il y avait mainenant des accès de fureur. Slorck commença

lia

par un grain d’extrait , et graduellement , il alla jusqu’à trois grains. Au bout de quatre jours, il y avait un amendement sensible. Un mois s’était ii peine écoulé, que l’intelligence était parfaite. On cessa le Stramoine; mais, peu de temps après, la malade mourut, et l’on trouva dans le cerveau un grand nombre d’hydalides. L’état d’une jeune fille atteinte de danse de Saint-Guy, fut aggravé pendant l’administration du Dalura; et deux épilepsies furent seulement modifiées momentanément.

Les médecins qui , à l’exemple de Slorck, administrèrent le Datura stramonium dans les névroses dont nous venons de parler n’apportèrent pas toujours dans l’observation des faits la même bonne foi , ni la même critique ; ainsi Oiiliélius , médecin de l’hôpital de Stockholm , prétendit avoir traité quatorze épileptiques , et en avoir guéri huit et soulagé cinq : un seul n’éprouva aucune amélioration. Mais, à ce sujet, Greding ( Mé/n . de P Acad, de Stockholm ) fait observer avec r aison que les malades d'Odliélius, étant tr op promptement sortis de. l’hôpital, il était impossible de rien affirmer de la guérison d’une maladie dont les paroxysmes revenaient ù des intervalles si peu calculables.

Uir assez grand nombre de faits semblent confirmer l’utilité du Stramoine employée contre la manie. Ainsi Schneider ( voyez Bayle , Bihliot. thércipeut. , lom. it) guérit, lentement, il est vrai, à l’aide delà teinture de Datura stramonium, une dame de cinquante ans , atteinte de mélancolie démonomaniaque, et une autre femme devenue folle peu après être accouchée. Bernar d ( Bulletin des Sciences méd., tom. xi, pag. 545 •) cite l’histoire d’une femme atteinte d’une manie chronique qui était survenue également après l’accouchement: elle prit par «regarde des grains de Stramoine, éprouva tous les accidents de l'empoisonnement , et fut guérie. M. Amelung, chaud partisan du Datura stramonium , en conseille la teinture dans la manie aiguë; mais seulement, quand l’agitation violente et les symptômes de pléthore-cérébrale ont été calmés. Il cite quatre cas de manie guéris par ce moyen ( Journal dTJufctand , novembre , 1828 ).

Nous ne croyons pas que des médecins aient eu plus (pie Storck à se louer de l’administration du Stramoine dans la chorée; mais une névrose beaucoup plus redoutable , le tétanos , a été une fois combattu a\ec succès par James Begbie ( I ransact. of lhe médico-chirurgical , Society of Edinburg , loin. I, pag. 285).

STUPÉFIANTS

L’emploi du Datura stramonium dans les névroses telles que la manie, l’épilepsie, la danse de Saint Guy , n’a pas réussi entre les mains delà plupart des médecins qui ont répété ces essais; mais l’incontestable efficacité de ce médicament dans l’asthme et dans les névralgies, le placent toujours au rang de ceux sur lesquels la thérapeutique peut le mieux compter.

L’usage de fumer une espèce de Datura ( metel fastuosa), pour guérir l’asthme, est populaire dans les Indes Orientales, si l’on en croit Sitns (The Edinburg med. and. surg. journal , tom. 8. an 1812). Le docteur Anderson, médecin à Madras qui le recommandait beaucoup , en remit à un officier-général anglais qui en apporta en Europe en 1802 , et en donna à M. le docteur Sims. Celui-ci en fit fumer à une jeune phthisique et à un médedin aslhmat que qui furent notablement soulagés.

Le Datura stramonium seul employé en Europe , jouit de propriétés identiques. Le même médecin raconte qu’un négociant était souvent réveillé tout à coup vers deux heures du matin par un accès de suffocation qui semblait devoir le faire périr , et qui durait de 56 à 72 heures. L’accès a été supprimé immédiatement, puis, toujours prévenu par l’usage du Datura stramonium fumé en guise de tabac ( ibidem ). M. English rapporte dans le même journal ( tom. 7 , an 1811 ) que sujet lui-même à des accès d’asthme extrême ment violents que rien ne soulageait, il fut guéri immédiatement en fumant du Datura stramonium. 11 était employé de la même manière et avec le même succès , par Christie , médecin en chef des hôpitaux de Ceylan. Ce praticien cite le cas d’un M. Eberl , atteint depuis deux ans d’un asthme nocturne ; l’accès était guéri ou prévenu lorsque le malade fumait du Datura fastuosa ( Ib. tom, 7 , 1811 ).

Mais les faits plus récents observés et publiés par Krimer, (. Journal compl. dudict. des sciences médicales, tom. S, p . 575) confirment ceux que nous venons de rapporter. Ce médecin cite cinq histoires d'asthmatiques guéris en fumant du Datura stramonium. Meyer (. Journal d’Hufeland , avril 1827) recommande le même moyen dont il s’est bien trouvé dans les asthmes spasmodiques. Nous avons vu l’illustre Laënnec et M. Cayol se servir du même remède avec avantage dans des cas semblables.

S’il était permis de faire connaître ici les résultats de notre propre expérience, nous dirions que de nombreux essais nous ont convaincus de

l’extrême efficacité du Datura stramonium employé et fumé contre l’asthme. Or, par le mot asthme, nous n’entendons pas une difficulté de respirer permanente et liée évidemment à une lésion matérielle et inamovible des organes de la circulation ou de la respiration : mais bien seulement une dyspnée souvent extrême et essentiellement. intermittente ou rémittente, dyspnée que n’explique aucune lésion matérielle appréciable du cœur ou des poumons; dyspnée toute nerveuse, et qui peut se montrer aussi comme phénomène accessoire et non nécessaire dans les affections organiques diverses de la poitrine.

Les deux premiers maladers que nous ayons traités par ce moyen, offraient tous deux des symptômes identiques, et tous deux ont été guéris.

L’asthmechez eux était franchement intermittent; l’accès débutait brusquement tous les soirs à 10 ou 11 heures pour durer jusqu’à 4 ou 5 heures du matin : son intensité était telle que les malades étaient obligés de se tenir debout, et de s'accrocher aux meubles pour pouvoir respirer. Dès que l’accès était terminé , la respiration devenait calme, et {tendant tout le jour ces deux malades pouvaient vaquer à leurs occupations, marcher, courir monter des escaliers sans éprouver plus d’essouflement que les personnes les mieux portantes et les plus habituées aux exercices violents. Cet état durait pendant huit jours, un mois et davantage, puis il y avait un temps de calme, et les accès recommençaient. L’un d’eux depuis sept mois, l’autre depuis quatre, n’avaient pu se coucher. Nous leur fîmes fumer du Datura stramonium, et à la lettre , la maladie fut guérie à l’instant même; au point que dès la première nuit ils purent se coucher et dormir sans oppression. Depuis plus de quatre ans ils ont éprouvé de temps en temps des retours de leur asthme, mais ils fument dès qu’ils en éprouvent les premières atteintes, et peu de minutes suffisent pour les calmer. C’est donc dans cette forme particulière de l’asthme que le Datura réussit le mieux ; mais il s’en faut qu’il guérisse toujours même dans ce cas; nous avons souvent réussi; mais aussi nous avons souvent échoué, et quelquefois aussi dans l’asthme spasmodique non intermittent qui cède en général moins bien au Datura, nous avons vu ce médicament calmer les accidents avec autant de rapidité que dans l’asthme nocturne. Ce moyen est encore employé avec avantage pour calmer la toux et la dyspnée des phthisiques, des malades atteints de catarrhe cl de maladies du cœur;

DATURA

orsqu’ils éprouvent de temps en temps de l’opiression que l’oa doit rapporter à une modifieaion nerveuse plutôt qu'aux lésions organiques p aves que l’on a pu constater chez eux.

Nous faisons habituellement mêler des feuilles le Datur.là parties égales de feuilles de sauge. On urne ou avec une pipe ou avec de petites cigarettes de papier. La dose de feuilles sèches de Da- 1 ura est pour chaque pipe de 15 à 20 grains. Ou en urne une on plusieurs par jour suivant le besoin. Pour les hommes qui font un usage habituel du iabac, on mêle le Dalura au tabac lui-même.

Les inspirations de vapeur d’eau chaude chargée de Dalura stramonium conviennent aussi, nais soin loin d’être aussi actives; elles ne peuvent d’ailleurs être employées quand la suffocaion est extrême, car elles augmentent momentanément les accidents dyspnéiques.

Quanta l’administration interne de ce médicament dans les cas'de dyspnée, nous n’avons jamais ni beaucoup â nous en louer, mais M. Skipters Transactions of the meil . antl. physical So- :icty of Calcutta, vol. 1. 1827) médecin aux Indes-Orientales, raconte qu’il a guéri deuxperlonnes d’un asthme spasmodique extrêmement violent, en leur faisant boire de l’infusion d’une mee d’écorce de racine de Datura fastuosa ians une livre et demie d’eau, que l’on réduisait i une livre; il donnait à la fois deux onces de :ctle décoction.

Coqueluche. Parmi les affections spasmodipies des organes respirateurs, la coqueluche ient à coup sûr le premier rang ; le succès que l’on avait obtenu de l’administration de la Bellalonedans celte maladie, a engagé les praticiens « prescrire le Stramonium dans le même cas, et ivec un égal avantage-. Il en est de même poulies toux nerveuses qui s’accompagnent ou non de lésions organiques du larynx ou des poumons. Dans ces diverses circonstances , le Dalura se •lonne à l’intérieur sous forme d’extrait, de leinlure ou d’inlusion ; ou bien encore en fumée comme pour l’asthme ou en fumigation de vapeur, que l’on inspire à l’aide d’un appareil particulier.

A cvralfjies. Mais l’emploi du Dalura .stramonium dans le traitement des névralgies, est aujourd'hui nq nombre des médications les plus efficaces et dont l’uühlé soit le moins contestable. Lent in rapporte (Journal de liufdand, loin. 9) qu il a traite quatorze personnes atteintes de tic douloureux sans pouvoir en guérir une seule radicalement; le seul icinède dont il ait eu à se louer, est la teinture de stramoine administrée à

l’intérieur, à la dose de 4 ou 5 goullcs lotîtes les trois ou quatre heures. Les observations de James Begbie déposent, dans le même sens (Transactions ofthe médico-chirurgical Society ofEdinburg , loin. 1, p. 285) : ce praticien donnait l’extrait do Stramoine à la dose d’un quart de grain, quelquefois de deux grains, toutes les trois ou quatre heures. Marcel, médecin de l’hôpital de Guy à Londres, guérit dans l’espace de trois semaines avec un grain et demi d’extrait de Datura stramonium par jour, une femme de 30 ans, atteinte depuis plusieurs mois d’une sciatique trèsgrave; une autre femme de 48 ans, souffrant dt puis deux ans de la même maladie fut guérie par le même moyen. Il soulagea et guérit de même plusieurs tics douloureux de la face, des douleurs ostéocopes rhumatismales ( Médicochirurgical transactions of London, tom. VII, 1810). Kirchoff employait la teinture de Slramoine en frictions sur le trajet du nerf douloureux. Il faisait pratiquer 12 à 15 fois par jour des frictions avec la teinture alcoolique de Dalura sur la partie douloureuse. Ces frictions doivent être continuées quelque temps après la guérison de la maladie. 1! cite quatre cas remarquables qui témoignent de l’efficacité decclle méthode. Lapins récente des névralgies dont il rapporte l’observation durait depuis neuf mois (Archives générales de médecine, tom. 14, p. 373).

Nous avons nous-mêmes employé bien souvent le Datura stramonium dans les névralgies, et surtout dans celles de la face, du cuir chevelu et du cou, et c’est un des médicaments sur lesquels nous comptons le plus. Nous l’employons moins à l’intérieur qu’exlérieurement : nous appliquons sur le lieu douloureux tantôt des emplâtres composés d’un demi-gros d’extrait alcoolique, auquel nous faisons ajouter quelquefois cinq ou six grains d’hydrochlorate de morphine, tantôt des compresses épaisses imbibées d'une décoction chargée (une once pour une livre d’eau), tantôt nous faisons faire des frictions avec la teinture, suivant la méthode de Kirchoff; quelquefois nous préférons une pommade que nous composons avec parties égales de cérat et d’extrait alcoolique. L’application du médicament doit être longtemps continuée, lors même que toute douleur a cessé. Nous n’avons jamais obtenu de bons effets de ces moyens dans les névralgies profondes, telles que celles du plexus brachial ou du nerf sciatique. Nous avons complètement échoué dans quelques cas de névralgies de la lace, qui duraient depuis un grand nombre d’années. En un mot, il estévi-

SÎUm'IANTS.

déni pour nous que si, par ce moyen, on triomphe aisément des névralgies stiperficiel'es et peu invétérées, dans celles qui sont plus profondes et plus ancienhes, il faut recourir à l’application de la morphine sur le derme dénudé, ou h d autres méthodes de traitement. Nous avons plusieurs fois essayé d’ appliquer sur la peau dépouillée de son épiderme, l’extrait alcoolique de Datura stramonium au lieu de morphine, nous avons obtenu des résultats extrêmement satisfaisants surtout dans les névralgies profondes; mais le contact de l’extrait avec le chorion est assez douloureux, et quelquefois nous nous sommes vus forcés de renoncer à celte utile médication.

Rhumatismes. L’efficacité du Dalure dans le rhumatisme est beaucoup plus contestable. C’est à l’exemple de Marcet de Londres ( vide supra ) qui avait traité et soulagé par l’administration intérieure de la stramoine une lombago très- grave que d’autres médecins, et entre autres M. Alex. . Lebrelon de Paris , ont essayé de guérir , par le même moyen , les rhumatismes interarticulaires et même les rhumatismes articulaires les plus aigus. M. Lebrelon fait prendre aux malades un quartde grain d’extrait de semences de stramoine toutes les 5 heures, jusqu’à ce que le délire survienne : ce phénomène obtenu , il diminue la dose de manière à laisser persister le délire au même degré pendant deux , trois ou quatre jours, puis il cesse tout à coup. Par cette héroïque médication qui , d’après nos propres expériences , est tout ù fait exempte de danger , il prétend guérir en peu de jours les rhumatismes synoviaux fébriles et généraux. Quoique nous ayons connaissance personnellement d’un malade qui a en effet guéri par ce moyen, nous n’avons cependant jamais osé employer celle méthode, ni dans les hôpitaux , ni dans notre pratique particulière , et nous n’avons pas vu que les malades auxquels nous avions donné du Datura d’une main un peu avare, il est vrai, en aient éprouvé le moindre soulagement ,dans les rhumatismes aigus articulaires.

Mais dans les rhumatismes interarticulaires et dans les rhumatismes articulaires chroniques , aussi bien que dans les sciatiques chroniques , nous avons eu beaucoup à nous louer de l’administration de pilules composées d’un huitième de grain d’extrait de stramoine et d’opium. Nous donnons de ces pilules de deux à dix par jour , jusqu’à ce que la vue soit notablement troublée , et nous en continuons l’emploi pendant quinze jours ou un mois , même après l’entière disparition de la douleur.

Douleurs. Mais quelle que soit la cause et la nature de la douleur, on peut la combattre par l’usage externe et interne de la stramoine , soit en potions, soit en cataplasmes, etc. etc., et c’est ici le cas de répéter que le Datura peut tout ce que peut la belladone ( Voyez ce mol), et qu’il jouit seulement de propriétés plus actives. Nous renverrons donc à ce que nous avons dit de la belladone, mais nous répéterons encore que le Datura , qui croit partout en abondance , doit toujours être préféré à cette dernière.

Modes d’administration et doses.

Le Datura se donne en substance , en extrait, en infusion , en décoction , en teinture. Toutes les parties de la plante ont une grande activité: les semences sont plus actives que tout le reste. La poudre de Datura se donne à la dose de 1 à G grains dans les vingt-quatre heures ; l’extrait , à celle de 1/8 de grain à 5 ou 4 grains. En infusion et en décoction , pour l’usage interne , il est dangereux d’aller à plus de 20 ou 50 grains pour 8 onces d’eau. La teinture se donne à la dose de 2 à 20 gouttes. Mais pour l’usage externe , il est impossible de préciser les doses , qui peuvent être considérablement augmentées sans aucun inconvénient grave , à moins qu’on ne les applique sur le derme dénudé , ou sur une surface ulcérée.

Nous ne finirons pas sans faire remarquer que les mêmes préparations de Datura sont loin de posséder toujours la même activité. Nous avons pu donner , sans produire d’accidents , jusqu’à 6 et 8 grains d’un extrait de Datura préparé chez un pharmacien , tandis que nous avions presque des effets toxiques avec un grain , lorsque le médicament sortait d’une autre officine.

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